23/01/2017

"Primaire": un bel hommage à l'école (et 5 autres films à l'affiche)

FullSizeRender.jpgAller voir un film dont l’école est le sujet central quand on y passe soi-même une bonne partie de son temps, est-ce bien raisonnable ? Dans le cas de « Primaire », la réponse est affirmative. Le film est dans l’ensemble crédible et rend hommage à cette profession difficile d’enseignant. Il y a certes quelques facilités scénaristiques, mais rien de bien choquant. « Primaire » est bel et bien une œuvre de fiction, qui se nourrit logiquement de faits improbables, et non pas un documentaire.

Florence est passionnée par son métier et gère le mieux qu’elle peut son rôle d’enseignante et de mère divorcée d’un enfant qui est dans sa propre classe, ce qui n’est d’ailleurs pas sans poser certains problèmes. Cet équilibre sera rompu quand Sacha, un élève en difficulté en raison de sa situation familiale, fera son apparition dans la vie de Florence remettant en question ce en quoi elle croit.

Sara Forestier est très convaincante dans le rôle de cette enseignante attachée non seulement à transmettre des connaissances, mais également à mettre en place les conditions pour que chacun trouve sa place au sein de la classe. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si une élève autiste occupe un rôle en vue dans le film.

On suit donc avec plaisir - on rit souvent grâce à des situations comiques et à des dialogues qui font mouche - et parfois émotion cette classe de CM2 (élèves de 10-11 ans) jouée par des enfants confondants de naturel, la palme revenant à l’acteur qui joue le fils de Florence absolument épatant. (3 étoiles)

Toujours à l’affiche

5 étoiles. « Sully ». Tout le monde se souvient de l’amerrissage d’un Airbus A320 sur l’Hudson en plein New-York en janvier 2009 avec 155 passagers à son bord et…155 survivants. Un véritable miracle qui pourtant est avant tout un exploit humain hors du commun qui va d’ailleurs au-delà du pilote, même si celui-ci joue bien évidemment un rôle central. C’est cet aspect de ce fait divers heureux que privilégie Clint Eastwood. « Sully » est avant tout une aventure humaine qui montre aussi l’autre côté du décor, à savoir l’enquête ouverte sur le commandant de bord pour savoir s’il n’aurait pas dû privilégier d’autres options que l’amerrissage et ainsi sauver aussi l’appareil. Le film mêle très habilement grâce à un excellent montage et une mise en scène au cordeau, le côté spectaculaire et à grand suspense du film avec celui beaucoup plus intimiste des remises en question du commandant, génial Tom Hanks, et de l’enquête. « Sully » fait passer le spectateur par toutes les émotions - peur, pleurs, rage, soupir, sourires – et c’est un vrai plaisir.

5 étoiles. « Moi, Daniel Blake ».  Récompensé par la Palme d’or au Festival de Cannes 2016 le film a pour thématique principale le poids d’une administration qui au lieu de venir en aide à ses administrés ne fait que de les enfoncer toujours plus dans la précarité. C’est ainsi que l’on suit les déboires de Daniel Blake qui se voit refuser une rente invalidité après un grave accident cardiaque. Il se retrouve dès lors condamner à s’inscrire au chômage pour toucher des indemnités et à faire des recherches d’emploi alors qu’il a l’interdiction de ses médecins de travailler. On peut, certes, reprocher au film son côté un brin démagogique et un peu trop manichéen – les fonctionnaires, à l’exception d’une, sont tous des méchants et les pauvres tous des gentils – mais c’est bien le seul reproche qu’on puisse lui faire. « Moi, Daniel Blake » est émouvant, bouleversant même, il dénonce avec force un système dénué de toute humanité et qui dérape. La mise en scène est d’un grand réalisme avec des scènes très variées qui donnent de l’épaisseur à l’histoire et les dialogues sont percutants. Le tout est joué par des acteurs formidables qui vous touchent jusqu’à en avoir les larmes aux yeux.

5 étoiles. « Ma vie de Courgette ». Ce film d’animation est un vrai bijou. Techniquement bien sûr, mais aussi au niveau de son scénario intelligent, des dialogues percutants prononcés par des voix formidablement bien choisies et de la bande son tout aussi remarquable. Rien n’est laissé au hasard, le film est soigné dans ses moindres détails aussi bien du point de vue de la psychologie et de l’apparence des personnages que de leur environnement. C’est un plaisir visuel immense de faire une nouvelle découverte pratiquement à chaque plan. « Ma vie de Courgette » véhicule, avec finesse, tendresse et humour, beaucoup d’émotions, sans pathos. Tous les enfants qui fréquentent ce foyer, lieu d’apaisement qui protège des agressions du monde extérieur, et les adultes qui gravitent autour d’eux sont extrêmement attachants. « Ma vie de Courgette » est un film tout public. Mais le travail d’orfèvre qu’il a fallu accomplir pour le réaliser prend probablement encore une autre dimension avec des yeux d’adulte. Cour(g)ez-y !

4 étoiles. « Dalida ». La première chose que l’on a envie d’écrire après avoir visionné le film, c’est à quel point la performance de Sveva Alviti dans le rôle-titre est époustouflante. Elle ne joue pas Dalida, elle l’est. Une vraie résurrection. La ressemblance est frappante, il a certes fallu quatre heures de maquillage chaque jour pour arriver à ce résultat, et la gestuelle parfaite jusqu’au bout des ongles. Un travail d’actrice de haut vol qui vaut déjà la peine à lui tout seul d’aller voir le film, le reste la distribution étant également excellent. Si le film est parfois un peu pesant en raison des événements dramatiques qui ont émaillé la vie de Dalida, et sur deux heures ça fait beaucoup, il n’en demeure pas moins que « Dalida » est à l’image de son héroïne : flamboyant, touchant, émouvant, intelligent, divertissant, entraînant, réjouissant. On ajoutera enfin que le film est également un régal pour l’œil, car il est soigné dans les moindres détails au niveau des décors et des costumes. A regretter qu’une heure de film ait été coupée au montage.

2 étoiles. « Nocturnal animals ». C’est le titre du manuscrit que Susan Morrow, riche galeriste d’art à Los Angeles, reçoit un jour de son ex-mari Edward épousé dans sa jeunesse et qu’elle a quitté pour un homme plus ambitieux qui la délaisse. Elle entreprend alors la lecture du manuscrit, un thriller plutôt violent, âmes sensibles s’abstenir, qui se déroule devant les yeux du spectateur. Lecture interrompue par des flashbacks et la vie actuelle de Susan, le roman la renvoyant à son passé avec Edward et à son présent désenchanté. L’histoire du roman est bien plus passionnante que celle qui nous raconte l’existence chaotique de Susan. Les allers et retours entre réalité et fiction, si l’on ose dire, finissent par lasser mettant lentement mais sûrement une distance entre le spectateur et le film à l’image de la fin dénuée de toute émotion et qui vous laisse sur votre faim. Un film pas désagréable à regarder avec une excellente distribution, mais sans âme.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

22/01/2017

"Nocturnal animals": beau, mais sans âme

FullSizeRender.jpgGlaçant. C’est l’adjectif qui vient en premier pour qualifier le deuxième long métrage de Tom Ford après le superbe « A single man ». Glaçant au niveau de sa superbe esthétique et de la double histoire qu’il raconte.

« Nocturnal animals », c’est le titre du manuscrit que Susan Morrow, riche galeriste d’art à Los Angeles, reçoit un jour de son ex-mari Edward épousé dans sa jeunesse et qu’elle a quitté pour un homme plus ambitieux qui la délaisse. Elle entreprend alors la lecture du manuscrit, un thriller plutôt violent, âmes sensibles s’abstenir, qui se déroule devant les yeux du spectateur. Lecture interrompue par des flashbacks et la vie actuelle de Susan, le roman la renvoyant à son passé avec Edward et à son présent désenchanté.

Il n’est pas trop compliqué de suivre les deux histoires en parallèle, quand bien même Jack Gyllenhaal joue deux rôles ce qui implique parfois une ou deux secondes pour savoir où on en est. Mais la complication vient du fait que l’histoire du roman est bien plus passionnante que celle qui nous raconte l’existence chaotique de Susan. Les allers et retours entre réalité et fiction, si l’on ose dire, finissent par lasser mettant lentement mais sûrement une distance entre le spectateur et le film à l’image de la fin dénuée de toute émotion et qui vous laisse sur votre faim. Un film pas désagréable à regarder avec une excellente distribution, mais sans âme. (2 étoiles)

Toujours à l’affiche

5 étoiles. « Sully ». Tout le monde se souvient de l’amerrissage d’un Airbus A320 sur l’Hudson en plein New-York en janvier 2009 avec 155 passagers à son bord et…155 survivants. Un véritable miracle qui pourtant est avant tout un exploit humain hors du commun qui va d’ailleurs au-delà du pilote, même si celui-ci joue bien évidemment un rôle central. C’est cet aspect de ce fait divers heureux que privilégie Clint Eastwood. « Sully » est avant tout une aventure humaine qui montre aussi l’autre côté du décor, à savoir l’enquête ouverte sur le commandant de bord pour savoir s’il n’aurait pas dû privilégier d’autres options que l’amerrissage et ainsi sauver aussi l’appareil. Le film mêle très habilement grâce à un excellent montage et une mise en scène au cordeau, le côté spectaculaire et à grand suspense du film avec celui beaucoup plus intimiste des remises en question du commandant, génial Tom Hanks, et de l’enquête. « Sully » fait passer le spectateur par toutes les émotions - peur, pleurs, rage, soupir, sourires – et c’est un vrai plaisir.

5 étoiles. « Moi, Daniel Blake ».  Récompensé par la Palme d’or au Festival de Cannes 2016 le film a pour thématique principale le poids d’une administration qui au lieu de venir en aide à ses administrés ne fait que de les enfoncer toujours plus dans la précarité. C’est ainsi que l’on suit les déboires de Daniel Blake qui se voit refuser une rente invalidité après un grave accident cardiaque. Il se retrouve dès lors condamner à s’inscrire au chômage pour toucher des indemnités et à faire des recherches d’emploi alors qu’il a l’interdiction de ses médecins de travailler. On peut, certes, reprocher au film son côté un brin démagogique et un peu trop manichéen – les fonctionnaires, à l’exception d’une, sont tous des méchants et les pauvres tous des gentils – mais c’est bien le seul reproche qu’on puisse lui faire. « Moi, Daniel Blake » est émouvant, bouleversant même, il dénonce avec force un système dénué de toute humanité et qui dérape. La mise en scène est d’un grand réalisme avec des scènes très variées qui donnent de l’épaisseur à l’histoire et les dialogues sont percutants. Le tout est joué par des acteurs formidables qui vous touchent jusqu’à en avoir les larmes aux yeux.

5 étoiles. « Ma vie de Courgette ». Ce film d’animation est un vrai bijou. Techniquement bien sûr, mais aussi au niveau de son scénario intelligent, des dialogues percutants prononcés par des voix formidablement bien choisies et de la bande son tout aussi remarquable. Rien n’est laissé au hasard, le film est soigné dans ses moindres détails aussi bien du point de vue de la psychologie et de l’apparence des personnages que de leur environnement. C’est un plaisir visuel immense de faire une nouvelle découverte pratiquement à chaque plan. « Ma vie de Courgette » véhicule, avec finesse, tendresse et humour, beaucoup d’émotions, sans pathos. Tous les enfants qui fréquentent ce foyer, lieu d’apaisement qui protège des agressions du monde extérieur, et les adultes qui gravitent autour d’eux sont extrêmement attachants. « Ma vie de Courgette » est un film tout public. Mais le travail d’orfèvre qu’il a fallu accomplir pour le réaliser prend probablement encore une autre dimension avec des yeux d’adulte. Cour(g)ez-y !

4 étoiles. « Dalida ». La première chose que l’on a envie d’écrire après avoir visionné le film, c’est à quel point la performance de Sveva Alviti dans le rôle-titre est époustouflante. Elle ne joue pas Dalida, elle l’est. Une vraie résurrection. La ressemblance est frappante, il a certes fallu quatre heures de maquillage chaque jour pour arriver à ce résultat, et la gestuelle parfaite jusqu’au bout des ongles. Un travail d’actrice de haut vol qui vaut déjà la peine à lui tout seul d’aller voir le film, le reste la distribution étant également excellent. Si le film est parfois un peu pesant en raison des événements dramatiques qui ont émaillé la vie de Dalida, et sur deux heures ça fait beaucoup, il n’en demeure pas moins que « Dalida » est à l’image de son héroïne : flamboyant, touchant, émouvant, intelligent, divertissant, entraînant, réjouissant. On ajoutera enfin que le film est également un régal pour l’œil, car il est soigné dans les moindres détails au niveau des décors et des costumes. A regretter qu’une heure de film ait été coupée au montage.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

 

20/01/2017

"Arrête avec tes mensonges"

FullSizeRender2.jpgIl y a une dizaine d’années, le romancier Philippe Besson est entré dans ma vie accidentellement. Il l’a fait avec le bien nommé « Un homme accidentel », bientôt adapté au cinéma, qu’une amie très proche m’a prêté, persuadée que ce livre me plairait. Elle avait vu tellement juste que j’ai depuis lu tous ses livres, 18 à ce jour avec le dernier qui vient de paraître « Arrête avec tes mensonges ». J’ai même eu la chance de le rencontrer et de converser avec lui quelques minutes lors de l’édition 2016 du salon du livre. Un moment inoubliable.

Ce roman autobiographique est un cadeau inestimable de l’auteur à ses lecteurs, car il « offre une vérité intime sans filtre alors que cette vérité filtrait dans les romans précédents, mais elle n’était jamais au premier plan. » Philippe Besson « raconte un souvenir de sa jeunesse qui l’a poursuivi longtemps et qui l’a rattrapé récemment et qui explique sans doute une part de l’homme et du romancier qu’il est devenu. »

Dans « Arrête avec tes mensonges », le style direct, des phrases le plus souvent courtes entrecoupées de virgules, qui donne un rythme soutenu au récit et vous emmène avec lui dès la première ligne, est une nouvelle fois présent.

Mais le style, aussi bon soit-il, ne suffit toutefois pas à vous embarquer dans un livre au point qu’il est difficile de s’arrêter une fois que vous l’avez commencé. Il faut aussi savoir raconter des histoires. Philippe Besson le sait. D’une manière remarquable.

« Arrête avec tes mensonges » met en avant la difficulté d’être soi-même ou pas suivant son contexte familial et social. Un constat qui dépasse largement le cadre de « cet amour immense et tenu secret » entre deux adolescents qui a fini par se rappeler aux bons souvenirs de Philippe Besson. Bouleversant.

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