Bonn(y)dée

  • « Madame » : captivant et émouvant

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    E63C16AE-45F8-43E1-853B-DA222F402A6E.jpegMadame, c’est Caroline, la grand-mère du réalisateur Stéphane Riethauser. Ils engagent un dialogue cinématographique intergénérationnel très intime sur les thèmes du genre, de la sexualité et de la transmission de l’identité. Grâce à des images d’archives familiales de qualité tournées par Stéphane Riethauser lui-même, qui voulait à la base « simplement » garder des souvenirs de sa grand-mère avant son décès, et par son père qui aurait voulu être cinéaste, « Madame » est bien plus qu’un documentaire. C’est une véritable œuvre cinématographique.

    Comment autrement expliquer le fait que le spectateur soit captivé dès la première minute et jusqu’à la dernière par cette histoire d’une grand-mère qui s’est battue toute sa vie durant contre le patriarcat et de son petit-fils qui s’est également battu pour s’accepter en tant qu’homosexuel dans un milieu tout aussi hostile que celui dans lequel sa grand-mère évoluait ?

    Ces deux récits de vie aux croisements multiples sont remarquablement mis en scène grâce à un montage qui mérite toutes les louanges : il permet de tenir en haleine le public alors que les films et les photos de famille des autres lassent en principe très vite leur auditoire, comme le relevait Stéphane Riethauser à l’avant-première du film. Et s’il n’en est rien, c’est parce que le film parle à chacune et chacun d’entre nous d’une façon ou d’une autre et qu’il arrive à produire ce qui est la marque d’un grand film : de l’émotion. A ne pas manquer. (5 étoiles)

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  • Du grand au petit écran : « La promesse de l’aube », « Petit paysan » et 2 autres films

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    IMG_9172.jpgAdapté du roman autobiographique éponyme de Romain Gary, « La promesse de l’aube » raconte la vie du double lauréat du prix Goncourt de son enfance en Pologne dans les années 20 à son adolescence à Nice jusqu’à ses années estudiantines à Paris et son dur vécu pendant la seconde guerre mondiale. Mais « La promesse de l’aube » raconte avant tout comment une mère par son amour, sa volonté, ses rêves et son esprit libre a façonné son fils en grand écrivain.

    « La promesse de l’aube » est à la fois une comédie et une tragédie où par moment la réalité et la fiction s’entremêlent en faisant régner une douce folie dans cette relation mère-fils hors normes. C’est un film d’aventure dans le sens où l’action et le dépaysement ne manquent pas, mais c’est aussi une aventure humaine parfois un peu laborieuse, surtout dans la première partie, et qui manque d’âme.

    Le jeu de Charlotte Gainsbourg n’est pas étranger à ce constat, car il agace tant il paraît excessif. « La promesse de l’aube » devient bien plus intéressant à partir du moment où l’excellent Pierre Niney entre en scène et où le héros prend, par la force des choses, ses distances physiques, mais pas psychiques, avec sa mère. Au final, un film de très bonne facture sur la forme, mais qui n’arrive que trop rarement à émouvoir.

    3 étoiles. « La promesse de l’aube », RTS 1, lundi 18 novembre, 20h45.

    IMG_9173.jpgCe « Petit paysan » se nomme Pierre. Il a la trentaine et toute sa vie est organisée autour de ses vaches. Ses relations se résument à celles qu’il a avec sa sœur vétérinaire et avec ses parents dont il a repris l’exploitation. Sa mère a beau essayer de forcer le destin pour faire entrer la boulangère dans la vie de Pierre, rien n’y fait, les vaches ont toute son attention. Alors, quand il va découvrir que l’une de ses bêtes est infectée par une maladie contagieuse, il ne va pas hésiter, pour sauver son troupeau, à enfreindre les règles et accumuler les mensonges dans ce qui ressemble fort à une fuite en avant.

    Hubert Charuel, dont c’est le premier long-métrage, est lui-même fils de paysan. Il avait dix ans quand la crise de la vache folle s’est déclarée. Ce n’est donc pas un hasard si « Petit paysan » a un côté film documentaire renforcé par le fait que les acteurs ne sont pas tous professionnels. Il n’y a là rien de bien gênant, même si du coup la réalisation et la mise en scène ne font pas preuve d’une folle originalité.

    Le spectateur est donc plongé dans le monde de Pierre, avec une caméra qui filme le plus souvent en gros plans, et partage avec lui ses angoisses en étant prêt à lui pardonner des actes pourtant répréhensibles. Porté par Swan Arlaud, absolument formidable, et Sara Giraudeau, « Petit Paysan » est un film sensible, touchant, parfois drôle, virant au thriller agricole avec un vrai suspense dans sa deuxième partie. Un premier film réussi.

    3 étoiles. « Petit paysan », RTS 1, nuit du jeudi au vendredi 22 novembre, 0h15.

    IMG_9174.jpgBasé sur une histoire vraie, « Imitation Game » raconte le parcours d’Alan Turing, mathématicien de génie, spécialiste en cryptologie, qui se voit confier au début de la seconde guerre mondiale par le gouvernement britannique la mission de percer avec sa petite équipe le secret d’Enigma, la machine de cryptage allemande réputée inviolable.

    Si le film relate logiquement les différentes étapes de cette quête, entre espoir et désespoir, il s’attache tout particulièrement à la personnalité d’Alan Turing, être aussi brillant qu’emprunté dans ses relations sociales. L’action se déroule principalement pendant la guerre. Mais plusieurs scènes de son passé de collégien et l’enquête à laquelle il est soumise au début des années 50, liée à son homosexualité, viennent éclairer à bon escient cette période de la vie d’Alan Turing et permettent ainsi de mieux comprendre le personnage.

    Remarquablement interprété, avec une mention spéciale à Benedict Cumberbatch, « Imitation Game » réussit à la fois à brosser avec subtilité le portrait d’Alan Turing et à raconter une histoire non dénuée de suspense avec un montage très réussi. On regrettera toutefois que dans la toute dernière partie du film la descente aux enfers d’Alan Turing soit trop précipitée et manque par conséquent de consistance. Mais ce bémol mis à part, ce film est à recommander.

    4 étoiles, « Imitation Game ». FRANCE 3, jeudi 21 novembre, 21h05.

    IMG_9175.jpgDans son rôle de mère et veuve qui accueille à bras ouverts sa fille de 40 ans contrainte de retourner dans le domicile familial après avoir tout perdu, Josiane Balasko est parfaite. A la fois drôle, émouvante et espiègle, elle donne une grande crédibilité à son personnage de mère dévouée, mais aussi de femme d’un certain âge qui n’entend pas pour autant renoncer à sa vie intime dont ses enfants ignorent tout. Le potentiel comique de cette double vie est fort bien exploité dans le film et conduit à des scènes vraiment très drôles.

    Il y a certes des facilités scénaristiques, spécialement la fin digne d’un happy end à l’américaine, et la mise en scène n’est pas très inventive. Mais ces défauts n’empêchent pas de passer un bon moment grâce à des dialogues bien écrits alternant entre humour vache et doux-amer, des scènes à pleurer de rire et des quiproquos bien trouvés. « Retour chez ma mère » est donc une comédie familiale plutôt réussie.

    3 étoiles. « Retour chez ma mère ». RTS 1, samedi 16 novembre, 21h00.

    5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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  • « La Belle Epoque » : tendre, drôle et romanesque (et 8 films à l’affiche)

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    IMG_9162.jpgAntoine est un entrepreneur d’un genre particulier : il offre la possibilité à chacun de ses clients de se replonger dans le passé. Pour y parvenir, il reconstitue avec son équipe (habilleurs, décorateurs, machinistes, assistants, comédiens) des décors de cinéma dans lesquels ses clients vont pouvoir se projeter dans une époque qu’ils auraient voulu vivre ou revivre. C’est ce qui va arriver à Victor. Sexagénaire désabusé, au chômage et aux relations conflictuelles avec son épouse, il va être projeté dans les années 70 où il va revivre la première rencontre avec celle qui deviendra sa femme jouée par une comédienne qui ne va pas le laisser indifférent.

    « La Belle Epoque » mélange avec bonheur réalité et fiction. C’est le plus souvent ludique et par moment carrément jouissif. On a en effet beaucoup de plaisir à suivre Victor dans son retour vers le passé et de partager avec lui des moments à la fois empreints d’une grande nostalgie, mais également source d’un nouveau départ. Si le film fonctionne très bien, malgré quelques scènes un peu répétitives, il le doit à son originalité, à son inventivité, à une réalisation fluide qui ne perd jamais le spectateur en route, à d’excellents dialogues et à la très grande qualité de ses interprètes.

    C’est ainsi que Daniel Auteuil est formidable. Pour Nicolas Bedos, choisir Daniel Auteuil était une évidence : « je cherchais un homme dont l’âge « mûr » ne rendrait pas pour autant pathétique ou grotesque ce retour à sa jeunesse, aux costumes cintrés des années 70 ! Un homme sans âge qui nous ferait croire à son histoire d’amour avec une très jeune femme, sans que cela paraisse libidineux, prosaïque. » Le reste de la distribution est à la hauteur, à commencer par Fanny Ardent qui a toujours la grande classe et Pierre Arditi qui est génialement facétieux. Un film tendre, drôle et romanesque. (4 étoiles)

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  • « Matthias et Maxime » : une amitié mise à rude épreuve

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    IMG_9147.jpgMatthias est un avocat qui a tout pour faire carrière. Il est en couple avec Lisa. Maxime s’occupe de sa mère pleine de problèmes, vit chichement et se prépare à partir pour deux ans en Australie à la recherche d’un avenir incertain. Matthias et Maxime sont des amis d’enfance. Un jour, ils sont amenés à s’embrasser pour les besoins d’un court métrage. Un baiser de cinéma anodin aux conséquences pourtant dévastatrices.

    Huitième long métrage de Xavier Dolan, dans lequel il tient fort bien un des deux rôles principaux aux côtés de Gabriel D’Almeida Freitas également très convaincant, « Matthias et Maxime » raconte une histoire d’amitié qui prend une tournure inattendue. Leur relation va être mise à rude épreuve et l’issue incertaine jusqu’au dernier plan. Ce suspense émotionnel, si on ose dire, est d’ailleurs le point fort du film : plus les minutes avancent et plus on s’attache aux deux personnages principaux.

    Mais pour finir par s’intéresser vraiment à leur histoire, il faut supporter un début qui part dans tous les sens, extrêmement bavard, trop long et une caméra brouillonne. Limite pénible, à vrai dire. Heureusement, tout s’arrange dans une seconde partie qui laisse la place aux doutes qui habitent Matthias et Maxime. Xavier Dolan se concentre alors sur l’essentiel et le film prend une autre direction : celle de l’émotion. (3 étoiles)

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  • « Hors normes» : à ne pas manquer (et 7 films à l'affiche)

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    186B86E9-B974-4FD9-978F-E399F09A885B.jpegLes deux réalisateurs d'« Intouchables», Eric Toledano et Olivier Nakache, ont réussi à faire encore plus fort avec « Hors normes». Si le film n'atteindra sans doute pas les sommets de fréquentation de son prédécesseur, il n'a par contre rien à lui envier sur le plan des émotions qui est…hors normes !

    La genèse du film remonte à 25 ans quand les deux réalisateurs ont rencontré, dans le cadre de leur formation de directeur de colonies de vacances, Stéphane Benhamou, le créateur de l'association Le Silence des Justes, spécialisée dans l'accueil et l'insertion des enfants et adolescents autistes. Ils racontent « qu'ils ont été profondément impactés par l'énergie et l'humanité que Stéphane et son équipe dégageaient. L'alchimie entre jeunes référents et jeunes en situation de handicap les a complètement bouleversés. » Et le moins que l'on puisse écrire est qu'ils ont parfaitement réussi à transposer à l'écran ce qu'ils ont ressenti.

    Avant d'écrire le scénario de leur film, Eric Toledano et Olivier Nakache se sont immergés au sein de deux associations. Toutes les scènes du film ont été vécues par les réalisateurs dans la réalité, y compris la plus stressante dont on ne parlera pas ici pour ne rien dévoiler. Pour faire leur casting, ils ont recruté des acteurs au sein d'une compagnie artistique qui travaille avec des personnes présentant différents troubles. C'est ainsi que, notamment, Benjamin Lesieur, qui est formidable dans le rôle de Joseph, a été engagé.

    « Hors normes», c'est donc l'histoire de Bruno (Vincent Cassel absolument génial dans un rôle à contre-emploi) et de Malik (Reda Kateb impeccable, comme d'habitude) qui au sein de leurs deux associations respectives forment des jeunes issus de milieux défavorisés pour encadrer des enfants et adolescents qui souffrent d'un grave trouble et dont les institutions publiques ne savent pas que faire. La manière dont ces jeunes sont pris en charge sort des sentiers battus et va leur occasionner des difficultés avec l'administration.

    « Hors normes» est un film d'un grand réalisme rendu encore plus palpable par le fait qu'il a été tourné caméra à l'épaule, avec une scène introductive haletante qui donne le ton. Il est également d'une très forte intensité sur le plan émotionnel, difficile en effet de retenir par moment ses larmes. Ce ne sont pas des larmes de tristesse, ni de joie, quand bien même on rit aussi souvent dans le film, mais des larmes d'optimisme, de courage, d'empathie, de subtilité, en un mot d'humanité. A voir absolument. (5 étoiles)

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