25/02/2017

César 2017: un palmarès globalement décevant

IMG_8111.PNGQuelle déception! "Elle" désigné meilleur film français de l'année! Comment l'académie des César a-t-elle pu consacrer un film aussi tordu? C’est en effet le mot qui résume le mieux le film de Paul Verhoeven (Basic Instict, Showgirls) avec en vedette Isabelle Huppert dont on ne compte plus les rôles qui s’accompagnent également de ce qualificatif.

« Elle » oscille entre le thriller et la comédie tragi-comique vitriolée, un registre dans lequel Isabelle Huppert excelle une fois de plus et qui lui a valu, sans surprise, le César de la meilleure actrice. « Elle » est un film dont la perversité atteint des sommets et qui met mal à l’aise. Les scènes de viol, faut en supporter plusieurs au cours du film, qui évoluent en acte sexuel consenti par cette femme de pouvoir qui aiment se faire dominer, bonjour le cliché, sont extrêmement violentes. Baignant dans une atmosphère glauque, « Elle » tire en longueur et laisse sur sa faim.

Vraiment difficile de comprendre l’enthousiasme quasi unanime de la presse pour ce film malsain à sa sortie qui a malheureusement déteint sur les votants dont on peut se demander combien l'ont vu.

On peut d'ailleurs se poser la même question pour "Juste la fin du monde", le moins bon film de Xavier Dolan à ce jour, pourtant récompensé par trois César, dont ceux de meilleur réalisateur et meilleur acteur.

IMG_8110.PNGHeureusement que l'attribution de deux César à "Ma vie de Courgette" et celui, largement mérité, de meilleur acteur dans un second rôle à James Thiérrée dans "Chocolat" permet d'atténuer l'impression globale de déception qui domine de ce palmarès 2017.

Quant à la cérémonie en elle-même, elle a été animée avec plus de finesse que d'habitude et aura, comme de coutume, alterné le bon et le moins bon avec comme point d'orgue un hommage très émouvant à Jean-Paul Belmondo.

23/02/2017

Et le gagnant, la gagnante est...

Vendredi soir aura lieu la 42ème cérémonie des César. Ayant vu au cours de l'année écoulée la grande majorité des films en compétition, voilà ce que j'aurais voté si j'en avais eu l'occasion.

Meilleure actrice

Isabelle Huppert est la grande favorite pour son rôle dans « Elle ». Il est vrai qu’elle est excellente, mais comme je n'ai pas aimé le film, je préférerais largement que ce soit Marion Cottillard qui l'emporte. Elle est bouleversante dans « Mal de pierres ». Elle est LA raison de voir ce film qui par ailleurs ne soulève pas vraiment l’enthousiasme.

FullSizeRender2.jpgMeilleur acteur

Choix difficile entre François Cluzet pour « Médecin de campagne », dont c’est la seule nomination alors que le film est pourtant très bon, et Pierre Deladonchamps pour l’excellent « Fils de Jean ». Petite préférence pour ce dernier moins connu.

Meilleure actrice dans un second rôle

S’il y a une chose à sauver du très décevant « Juste la fin du monde », c’est bien la performance de Nathalie Baye. La voir récompensée ne serait donc pas une injustice.

Meilleur acteur dans un second rôle

Toute autre désignation que celle de James Thierrée pour « Chocolat » serait un scandale. On se demande d’ailleurs bien pourquoi il n’est pas nommé pour le César du meilleur acteur tant sa prestation est égale avec celle d’Omar Sy, nommé lui dans cette catégorie.

Meilleure espoir féminin

Paula Beer tient la dragée haute à Pierre Niney, nommé pour le César du meilleur acteur qu’il a obtenu l’année dernière, dans « Frantz ». C’est tout dire de son talent.

FullSizeRender3.jpgMeilleur espoir masculin

Comment départager Corentin Fila et Kacey Mottet Klein qui sont tous les deux remarquables dans « Quand on a 17 ans » ?

Meilleur film d’animation

Qui d’autre que « Ma vie de Courgette » ?

Meilleur documentaire

Je n’ai vu qu’un seul film sur les cinq nommés, mais il était tellement bon qu’il sera peut-être récompensé ? Il s’agit de « Fuocoammare ».

 

 

Meilleur film étranger

Sorti sur les écrans genevois il y a seulement deux semaines, « Manchester by the sea » est un film sans aucune fausse note parfaitement écrit, réalisé, monté et photographié. Il mériterait incontestablement de remporter le prix.

FullSizeRender.jpgMeilleure réalisation et meilleur film

Il est rare que ces deux César ne soient pas attribués au même film. « Les innocentes », film réalisé par Anne Fontaine, est mon film préféré de 2016. Je ne pourrais donc qu’être satisfait s’il était couronné par deux fois.

Verdict vendredi soir vers minuit en espérant que la soirée ne soit pas trop soporifique…

22/02/2017

"Loving": un amour de film (et 6 autres films à l'affiche)

FullSizeRender.jpgRichard et Mildred Loving, les bien nommés, s’aiment et souhaitent se marier. Mais en 1958 dans l’Etat de Virginie, c’est interdit quand les futurs époux ne sont pas de la même race. Qu’à cela ne tienne, d’autres Etats l’autorisent. Sauf que de retour en Virginie, ce mariage n’a plus aucune valeur et vivre ensemble sous un même toit est un crime qui conduit tout droit en prison.

« Loving » raconte sur une décennie l’histoire vraie de ce couple qui a, presque malgré lui, fait avancer d’un grand pas les droits humains aux Etats-Unis. Le film se concentre principalement sur l’histoire d’amour entre Richard et Mildred Loving, l’aspect judiciaire étant une conséquence de cet amour qu’ils ne peuvent pas vivre librement.

Le film est du coup moins spectaculaire et démonstratif qu’il aurait pu l’être, mais il permet de pénétrer avec une grande sensibilité et tendresse dans l’intimité du couple Loving et de ses trois enfants. Le rythme relativement lent du film ne rime absolument pas avec ennui, d’une part parce que la tension est toujours palpable et, d’autre part, parce que la mise en scène et le jeu des acteurs dégagent une formidable finesse.

La nomination aux Oscars 2017 de Ruth Negra pour la meilleure actrice est d’ailleurs largement méritée. On peine à comprendre qu’il n’en soit pas de même pour son partenaire Joel Edgerton, tout aussi formidable. On s’étonnera également que le film soit reparti bredouille de Cannes l’année dernière où il était en compétition.

Mais au diable les récompenses, « Loving » est un beau film, au sens propre et figuré, qui de manière subtile, simple et émouvante, mais sans pathos, met en scène cette histoire d’amour qui a marqué la lutte contre les inégalités raciales et des droits civiques aux Etats-Unis. (4 étoiles)

Toujours à l’affiche

5 étoiles. « Manchester by the sea ». Lee Chandler est concierge à Boston. Il est taciturne, fuit la compagnie et provoque des bagarres dans les bars quand il a trop bu. Lorsque son frère décède subitement d’une crise cardiaque, il doit retourner à Manchester, une heure et demi de voiture de Boston, pour s’occuper des funérailles et apprendre que son frère l’a désigné comme tuteur de son neveu de 16 ans l’obligeant à se confrontant à un passé tragique avec lequel il tente de vivre ou plutôt survivre. La mission que lui a confiée son frère sera-t-elle l’occasion d’un nouveau départ ou y a-t-il des drames dont on ne se remet pas parce qu’ils sont définitivement trop lourds à porter ? « Manchester by the sea » est un film sans aucune fausse note parfaitement écrit, réalisé, monté et photographié. Malgré son sujet difficile, il ne tombe jamais dans le pathos, tout est fait en finesse à l’image du jeu des acteurs tous formidables avec une mention spéciale pour Casey Affleck époustouflant et bouleversant. Un film d’une grande humanité qui vous habite encore bien des jours après l’avoir visionné. Absolument remarquable.

5 étoiles. « Ma vie de Courgette ». Ce film d’animation est un vrai bijou. Techniquement bien sûr, mais aussi au niveau de son scénario intelligent, des dialogues percutants prononcés par des voix formidablement bien choisies et de la bande son tout aussi remarquable. Rien n’est laissé au hasard, le film est soigné dans ses moindres détails aussi bien du point de vue de la psychologie et de l’apparence des personnages que de leur environnement. C’est un plaisir visuel immense de faire une nouvelle découverte pratiquement à chaque plan. « Ma vie de Courgette » véhicule, avec finesse, tendresse et humour, beaucoup d’émotions, sans pathos. Tous les enfants qui fréquentent ce foyer, lieu d’apaisement qui protège des agressions du monde extérieur, et les adultes qui gravitent autour d’eux sont extrêmement attachants. « Ma vie de Courgette » est un film tout public. Mais le travail d’orfèvre qu’il a fallu accomplir pour le réaliser prend probablement encore une autre dimension avec des yeux d’adulte. Cour(g)ez-y !

4 étoiles. « Tu ne tueras point ». Basé sur une histoire vraie, "Tu ne tueras point" raconte l'histoire de Desmond Doss, un jeune homme qui veut absolument s'engager dans l'armée américaine pour servir son pays au cours de la seconde guerre mondiale tout en refusant de porter une arme, sa foi le lui interdisant. "Tu ne tueras point" est un film qui ne laisse pas indifférent, et ce bien au-delà de la dureté des scènes de bataille qui montrent bien l'horreur de la guerre. Il questionne sur la foi qui peut renverser les montagnes, sur la violence intériorisée et ce que l'on peut en faire, sur le besoin de s'engager malgré sa différence, sur l'absurdité de la guerre. Le film de Mel Gibson, 6 nominations aux Oscars 2017, n'est pas parfait. On peut lui reprocher quelques longueurs, un brin de manichéisme et d'appuyer un peu trop sur la foi de Desmond. Mais ces défauts sont largement compensés par des images à couper le souffle, une mise en scène et un montage brillants, des acteurs excellents, un suspense par moment insoutenable et des émotions tout au long du film qui vous clouent sur votre siège au moment du générique de fin.

4 étoiles. « Dalida ». La première chose que l’on a envie d’écrire après avoir visionné le film, c’est à quel point la performance de Sveva Alviti dans le rôle-titre est époustouflante. Elle ne joue pas Dalida, elle l’est. Une vraie résurrection. La ressemblance est frappante, il a certes fallu quatre heures de maquillage chaque jour pour arriver à ce résultat, et la gestuelle parfaite jusqu’au bout des ongles. Un travail d’actrice de haut vol qui vaut déjà la peine à lui tout seul d’aller voir le film, le reste la distribution étant également excellent. Si le film est parfois un peu pesant en raison des événements dramatiques qui ont émaillé la vie de Dalida, et sur deux heures ça fait beaucoup, il n’en demeure pas moins que « Dalida » est à l’image de son héroïne : flamboyant, touchant, émouvant, intelligent, divertissant, entraînant, réjouissant. On ajoutera enfin que le film est également un régal pour l’œil, car il est soigné dans les moindres détails au niveau des décors et des costumes. A regretter qu’une heure de film ait été coupée au montage.

3 étoiles. « La La Land ». Golden Globes, 14 nominations aux Oscars 2017, un battage médiatique énorme, des critiques pour la plupart élogieuses et pourtant « La La Land » n’est pas le chef d'œuvre annoncé. Cet hommage aux comédies musicales des années cinquante est esthétiquement une réussite: la photographie, les costumes et les décors nous font replonger dans l'âge d'or des comédies musicales avec un côté moderne puisque l'action se passe de nos jours. La musique, les chansons et les danses sont plutôt entraînantes. Ryan Gosling et Emma Stone sont craquants et très investis dans leur rôle de pianiste de jazz et de comédienne à la poursuite de leur rêve. Mais « La La land » est à l'image de la vie de ses deux héros: il y a des hauts et des bas. Un début sur les chapeaux de roue, puis ça patine dans le mélo avant de reprendre son envol pour se terminer avec une fin qui tire en longueur et qui n’assume pas le conte de fées jusqu'au bout. « La La Land » ne manque donc pas de qualités, sans pour autant susciter un fol enthousiasme. Il y manque indéniablement ce qui fait la marque des tout grands films: de l'émotion.

2 étoiles. « Jackie ». Dallas, 22 novembre 1963, assassinat du président des Etats-Unis John Fitzgerald Kennedy, sous les yeux de son épouse, Jacqueline Kennedy. Le film s’attache à raconter la semaine de la désormais ex-First Lady qui a suivi cet événement particulièrement traumatisant pour elle et son combat pour que son mari ait le droit à des funérailles grandioses pour marquer l’Histoire. Il faut bien reconnaître que le film de Pablo Larrain soigne les détails et est très agréable pour l’œil. Le choix de le tourner en 16 mm pour donner un aspect brut à l’image est une excellente idée qui permet de faciliter l’intégration de séquences d’archives, une belle réussite. Les costumes et les décors sont également à la hauteur. Mais « Jackie » est trop bavard, les allers et retours entre le présent et le passé coupent trop souvent le rythme déjà très lent du film et la musique est par moment insupportable. Mais à ces défauts déjà majeurs, il faut en rajouter un qui est rédhibitoire : le manque d’émotions qui se dégage du film, à l’image de son personnage principal pour lequel on éprouve très peu d’empathie.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire