17/06/2013

L'école selon l'UDC: une caricature passéiste!

L’école est un sujet sensible. Rien de plus normal. Qu’y a-t-il, en effet, une fois les besoins vitaux couverts, de plus important que la formation ? Sujet sensible, car chacun a fréquenté l’école et continue souvent de la côtoyer bien après l’avoir quittée, ne serait-ce qu’en tant que parents.

L’émotionnel prend une part importante dans le jugement des uns et des autres sur l’école. Avec le risque de tirer des grandes généralités à partir de faits dont la valeur scientifique est discutable, voire inexistante. La résolution de l’UDC votée lors de son congrès spécial sur l’école obligatoire samedi dernier en est l’illustration.

Selon les propos du président de l’UDC, « les enseignants n’enseignent plus, les élèves n’apprennent plus, c’est la pagaille dans les classes et il faut porter un casque de protection pour se concentrer. » A ce tableau…noir, on peut encore ajouter que, selon la résolution de l’UDC, « dans plusieurs cantons de Suisse plus de la moitié des élèves (sur quelles données se base l’UDC pour l’affirmer ?) font l'objet de mesures spéciales - sans succès dans la grande majorité des cas. » Et de conclure sur ce point que c’est au maître de classe de décider « quand et où une aide thérapeutique doit être demandée. » Les parents apprécieront.

Cette résolution demande également l’abandon de l’enseignement des langues étrangères au primaire au profit des matières de base, la fin du temps partiel pour les enseignants (!) ou le salaire au mérite pour les apprentis (!!). L’UDC veut une formation au service de l’économie « pour pouvoir résister à la concurrence »  et que le  principe « montrer comment faire - suivre l'exemple - accéder à la routine » soit érigé en modèle.

Je ne partage pas ces constats ni la vision réductrice de l’école qui en découle.

L’école obligatoire doit enseigner les matières de base, c’est une évidence. Le rôle de l’enseignant dans cette transmission des connaissances est primordial. C’est ce qu’il fait jour après jour et le réduire à un rôle de « gestionnaire de classe » comme le fait le président de l’UDC est insultant. L’enseignant est un professionnel qui doit pouvoir mettre en place les meilleures conditions possibles, à l’aide des moyens didactiques proposés par l’Institution, mais aussi d’autres si les circonstances le demandent, pour que chaque élève puisse atteindre les objectifs du plan d’études.

Circonscrire l’école obligatoire à l’enseignement des matières de base, c’est oublier que notre société est en constante évolution et que les élèves d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’hier. La société de l’information dans laquelle nous vivons demande des compétences qui doivent être prises en compte dans les programmes afin que les élèves puissent utiliser au mieux les technologies de l’information et de la communication. Les adultes de demain devront par conséquent être capables de s’adapter encore mieux et plus vite que leurs parents. A ce titre, vouloir abandonner l’enseignement des langues étrangères au primaire est une erreur. Ce n’est heureusement pas le chemin que l’on prend à Genève puisque l’enseignement de l’anglais sera introduit à la rentrée 2014.

L’école obligatoire devra donc continuer de relever de nombreux défis ces prochaines années. Un cadre très clair a été défini récemment avec l’introduction d’Harmos et du Plan d’études romands. Du côté genevois, la réintroduction des notes au primaire et la mise en place du nouveau fonctionnement du cycle devraient rassurer les plus critiques sur l’évolution de l’école genevoise.

Le peuple genevois demande toujours plus à l’école, comme il l’a démontré avec les votes sur l’introduction du mercredi matin et le « nouveau » cycle. Pour que cette volonté soit respectée, il faut que les moyens suivent. Le psychodrame lors du vote du budget 2013 qui a, dans un premier temps, conduit le MCG, l’UDC et le PLR à biffer près de 500 postes d’enseignant pour la prochaine rentrée n’est pas rassurant.

Sauf pour ceux qui partagent la vision passéiste et caricaturale de l'UDC sur l’école.

Commentaires

En novembre 2010, j'avais écrit, sur mon blog, un texte sur le sujet:

http://etsionenparlait.blog.tdg.ch/archive/2010/11/10/l-udc-n-y-va-pas-de-main-morte.html

Je serais curieux de connaître votre avis sur certains points qui se trouvent dans les propositions de l'UDC.
Plus particulièrement :
- Les parents sont responsables de l'éducation de leurs enfants. L'école est responsable de leur formation.
L'Etat n'intervient dans la responsabilité éducative des parents que si ces derniers ne peuvent les assumer pour des raisons non influençables (cas de force majeure) ou par manque de volonté

- Les enseignants et les autorités scolaires doivent disposer de sanctions efficaces pour maintenir l'ordre et la discipline dans les salles de classe et sur le terrain de l'école.
- Les moyens d'enseignement servent à atteindre les objectifs d'apprentissage. Ce ne sont ni des jouets, ni des instruments d'endoctrinement politique. Leur utilité doit se limiter strictement à la transmission de connaissances et ils ne doivent en aucun cas restreindre la liberté méthodologique de l'enseignant. Ils doivent par leur structure répondre au principe "du facile au compliqué" tout en contenant des matières supplémentaires pour les élèves particulièrement doués. Les moyens d'enseignement doivent contenir suffisamment de matières à exercices afin d'ancrer solidement les aptitudes et connaissances dans l'esprit des élèves. Il est proprement irresponsable de diffamer la répétition systématique des matières en la qualifiant d'abrutissante
- Oui aux notes – non au système porte-folio pour remplacer les notes.
- Formation des enseignants par des gens du terrain!
- La fonction du directeur de l'école en tant que courroie de transmission servant à imposer les ordres de l'administration scolaire cantonale doit être supprimée.

Écrit par : Duval | 17/06/2013

- "Les parents sont responsables de l'éducation de leurs enfants. L'école est responsable de leur formation."

Entièrement d'accord sur le principe, seulement dans la réalité ce n'est pas si simple et c'est la raison pour laquelle, particulièrement au début de la scolarité, il y a une part d'éducation à faire.

- "Les enseignants et les autorités scolaires doivent disposer de sanctions efficaces pour maintenir l'ordre et la discipline dans les salles de classe et sur le terrain de l'école."

En tant que directeur d'école, je dispose de ces moyens selon le règlement de l'enseignement primaire (retenue, suppression de sorties, renvoi de courte durée dans une autre école, renvoi possible de 3 fois une semaine à la maison durant l'année scolaire dans les cas graves d'indiscipline).

- "Les moyens d'enseignement servent à atteindre les objectifs d'apprentissage (...)."

Il me semble que mon texte est clair à ce sujet:

"L’enseignant est un professionnel qui doit pouvoir mettre en place les meilleures conditions possibles, à l’aide des moyens didactiques proposés par l’Institution, mais aussi d’autres si les circonstances le demandent, pour que chaque élève puisse atteindre les objectifs du plan d’études."

- Quant aux notes, ce n'est plus un débat.

- Les stages dans les écoles ont pris de l'importance ces dernières années dans le parcours de formation des futurs enseignants.

- Quant au directeur d'école, ce n'est pas dans cet esprit que j'exerce ma fonction, mais dans celle d'être avant tout un soutien aux enseignants et par ricochet également à leurs élèves et aux parents de leurs élèves.

Écrit par : Didier Bonny | 18/06/2013

Hum! Revenons sur certaines de vos réponses, dont je vous remercie.
- Les sanctions que vous invoquez sont-elles réellement appliquées, selon quelle fréquence? Car à en croire ce qui se dit (argument dont se servent d'ailleurs certains directeurs d'établissement), les incivilités sont nombreuses dans les écoles.
- MMF, par exemple, vous semble-t-il un moyen d'enseignement approprié? Dans le cas contraire, que conseillez-vous pour s'en sortir? De même pour les math, la géo, l'histoire, etc.
- Au sujet des notes, j'admire votre pirouette! Néanmoins, bien que obligé de respecter le règlement, pourriez-vous me dire si tout au fond de vous, vous êtes resté sur vos positions d'avant la votation?
- Vous savez, comme moi, la valeur très relative des stages pour les étudiants à l'IUFE! (pratiquement jamais de prise en charge totale d'une classe par exemple). Que pensez-vous de cette formation en général, en êtes-vous satisfait?
- Encore une fois, j'admire les propos démagogiques que vous tenez quant au rôle des directeurs d'établissement. Pourriez-vous donc développer...concrètement qu'entendez-vous par "avant tout un soutien aux enseignants" ? Je dis bien, concrètement...
Dans la foulée, peut-être que cette fois, vous me direz ce que, encore CONCRETEMENT, un directeur d'établissement fait tout au long de la journée?

Écrit par : Duval | 18/06/2013

Sans réponse...ne me dites pas que vous êtes à court d'arguments.

Écrit par : Duval | 20/06/2013

Monsieur Duval, inutile de répondre plus en détail que je ne l'ai déjà fait à vos questions puisque de toute façon mes réponses ne vous feront pas changer d'avis...

Écrit par : Didier Bonny | 20/06/2013

OK, facile, on botte en touche.

Écrit par : Duval | 20/06/2013

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