16/02/2015

"Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras (jamais)"

« Piège alléchant » (1) ou véritable avancée pour soutenir les familles ? L’initiative du PDC sur la défiscalisation des allocations familiales déchaîne les passions. PS, Verts et…PLR, dans une union pour le moins surprenante, la combattent face à l’UDC et bien évidemment au PDC.

Trois arguments principaux sont mis en avant par les opposants. Premièrement, cette défiscalisation signifie 1 milliard d’entrées fiscales en moins (200 millions pour la Confédération, le reste pour les cantons et les communes). A l’heure où les comptes 2014 de la Confédération viennent d’être bouclés avec un déficit de 124 millions et où de nombreux cantons tirent la langue, ce n’est vraiment pas le bon moment. Cette perte fiscale pourrait se faire au détriment de l’aide aux garderies, aux bourses d’études craignent les adversaires de l’initiative. Deuxièmement, cette défiscalisation profitera essentiellement aux familles qui en ont le moins besoin, puisque celles qui ne paient pas ou peu d’impôts n’en profiteront pas. Enfin, une allocation est un revenu et doit donc être taxé en tant que tel.

A ces trois arguments, les défenseurs de l’initiative rétorquent que les familles suisses auront donc un milliard de plus dans leurs poches qu’elles pourront ainsi investir dans l’économie. Quant à la classe moyenne, qui profiterait principalement de cette défiscalisation, elle est « la vache à lait de la fiscalité » (2). Il est donc temps de la soulager quelque peu. Les initiants remettent également en question le fait qu’une allocation soit un revenu la considérant avant tout comme une aide.

Devant les arguments des uns et des autres, pas forcément évident de se positionner, car si la tête pencherait plutôt pour le « non », les tripes pencheraient plutôt pour le « oui ». Et parfois, il faut laisser parler ses tripes plutôt que sa tête. Quand il s’agit de baisser drastiquement la fiscalité des entreprises avec ces milliards de pertes fiscales, il n’y a curieusement pas les mêmes états d’âme du côté du PLR.

Avoir des enfants coûte cher et ils représentent un risque de pauvreté. Alors oui, cette initiative n’aidera pas ces familles sur le fil du rasoir, mais est-ce une raison suffisante pour ne pas en soulager d’autres ? Poser la question, c’est y répondre. A Liliane Maury Pasquier qui dit qu’il faut « développer des mesures avant tout non fiscales » (1) comme, par exemple, la hausse des allocations familiales ou la suppression des primes-maladies pour enfant, je dis « oui, bien sûr ». Mais combien de temps faudra-t-il attendre avant qu’elles se concrétisent ? Probablement des années, voire jamais.

L’initiative du PDC est certes une réponse imparfaite pour soutenir toutes les familles, mais elle a le mérite d’exister et de pouvoir être rapidement appliquée. Alors, « un tiens valant mieux que deux tu l’auras (jamais) », je voterai « oui » le 8 mars.

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(1) Liliane Maury Pasquier, conseillère aux Etats socialiste, dans l’édition du Courrier du 10 février 2015
(2) Yannick Buttet, conseiller national valaisan PDC, dans le Courrier du 9 février 2015

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