11/04/2015

Des partis et des candidat-e-s qui s'engagent...ou pas pour les droits des personnes LGBT

En vue des élections municipales du week-end prochain, la Fédération genevoise des associations LGBT (1) a envoyé un questionnaire à l'ensemble des candidat.e.s afin qu'elles et ils s'expriment sur plusieurs thèmes touchant la communauté LGBT.

316 candidat.e.s, sur un total de 1769, ont rempli le questionnaire. 22.8% des réponses proviennent de la Ville de Genève et 77.2% des autres communes. Leurs réponses ont fait l’objet d'une analyse pointue qui a également donné lieu à un communiqué de presse (2).

Premier enseignement: la participation des candidat.e.s (3) comprend des différences marquées en fonction de leur appartenance politique. Elle reflète bien l’intérêt des partis pour la question des droits des personnes LGBT en général : PS 37.1% ; Ensemble à gauche 36.7% ; les Verts 28.7%; les Vert'libéraux 27.1% ; le PDC 17.8% ; le MCG 13.85%, le PLR 13.7%  et l’UDC 10.9%.

Deuxième enseignement: les réponses aux quatre questions adressées aux candidat.e.s.  rencontrent une large adhésion (65 à 87% suivant les questions). Ce n'est pas vraiment surprenant étant donné que les candidat.e.s avec des avis contraires s'abstiennent le plus souvent de répondre. Il faut donc noter le courage ou l'inconscience, c'est selon, de celles et ceux qui n'ont pas hésité à partager clairement leurs avis négatifs.

Dernier enseignement: toutes les bonnes intentions exprimées dans de nombreuses réponses devraient logiquement déboucher sur des actions concrètes lors de la prochaine législature. A suivre…


Ci-dessous les principaux résultats ainsi qu’une sélection de commentaires que certain.e.s candidat.e.s ont fait figurer sous leurs réponses aux questions.

1. Soutien aux associations et leur implication

Cette question comprenait deux volets : soutien financier et politique à la Fédération et à ses associations membres et la consultation et l’implication de la Fédération et ses associations dans les projets et actions des communes sur les questions LGBT.

Les candidat.e.s sont favorables à 65% au soutien politique, en mettant un bémol quant au soutien financier. Le volet concernant l’implication et la consultation des associations est plébiscité à 87%.

Catherine THOBELLEM, candidate pour les Verts en Ville de Genève, rappelle qu’il « est indispensable que les communes proches des préoccupations de leurs habitantes et habitants promeuvent la diversité et se positionnent clairement pour l'inclusion des minorités notamment LGBT en soutenant fermement les subventions pour l'important travail effectué par la Fédération et l'ensemble des associations LGBT qui se battent et militent pour défendre les droits des personnes LGBT. »

Brigitte STUDER, candidate pour Ensemble à gauche en Ville de Genève, indique qu’elle est « en faveur d'un soutien important du Canton et des communes au travail essentiel que fait la Fédération genevoise des associations LGBT contre l'homophobie et la transphobie - à tous les niveaux - prévention, sensibilisation, soutien, lutte contre toute forme de discriminations (…).

Stéphane VALENTE, candidat indépendant sur la liste du MCG à l’exécutif de Vernier, « parce que le taux de suicide chez les jeunes LGBT est un fléau », est en faveur « de toute mesure qui permette de sauver ces vies. » 

Pascal ALTENBACH, candidat UDC en Ville de Genève, ne partage pas leur avis : « Les inclinations sexuelles sont du domaine du privé et de l'intime. Ponctionner l'argent des contribuables, c'est admettre que la tolérance ne suit pas un chemin naturel mais que l'on doit forcer artificiellement les citoyens à être tolérants : or ils le sont actuellement. Ce genre d'association doit fonctionner sur le bénévolat et l'initiative personnelle. »

Thierry APOTHELOZ, candidat PS à l’exécutif  de Vernier, répond sur la consultation des associations : « C'est évident ! Comment mettre en œuvre des politiques publiques sans consulter les experts et les personnes concernées (…) ?
Dominique VUAGNAT, candidat UDC à Onex, n’y est au contraire pas  favorable : « Les positions des associations LGBT sont basées sur de faux principes, donc elles sont biaisées à la base. Elles ne peuvent absolument rien apporter de constructif au débat si ce n'est des visions erronées et totalement irréalistes. »

2. Institutionnalisation de la prévention de l’homophobie et de la transphobie

Cette question comprenait quatre volets : actions concrètes portées par un chargé de projets LGBT ou un équivalent au sein des communes, séances de sensibilisation aux questions LGBT au sein des services tels que la police municipale, le travail social hors mur, la petite enfance ou encore le parascolaire, la prévention de l’homophobie et de la transphobie au sein des structures sportives et culturelles de la commune et la mise en place d’actions concrètes pour prévenir l’homophobie et la transphobie au sein des communes en tant que pourvoyeuses d’emploi.

Les candidat.e.s sont favorable aux quatre volets à plus de 80%.

Sandrine SALERNO, candidate PS à l’exécutif en Ville de Genève, précise, concernant les actions concrètes, que  « c'est d'ailleurs pour cette raison que je souhaite que la Ville de Genève soit active dans la lutte contre les discriminations et que j'ai créé un poste de chargé de projet sur les questions liées à l'orientation sexuelle. »

Ariane ARLOTTI, candidate Ensemble à Gauche en Ville de Genève, y est favorable : « Vous n'êtes pas sans savoir que la Suisse n'est pas en avance concernant les droits de personnes LGBT (…). Donc oui, la création de ce poste permet d'actionner d'autres leviers pour défendre les droits des personnes LGBT en étant clairement inscrit dans une politique locale et internationale. »

Nathalie LEUENBERGER, candidate PS à l’exécutif de Meyrin, abonde dans son sens : « (…) Orienter un projet concret de promotion de l'égalité sur le critère de l'orientation sexuelle et/ou de l'identité de genre s'inscrit parfaitement dans cette démarche et renforce le message global d'une lutte contre toutes les formes de discrimination, qu'elles soient de nature phobiques et/ou culturelles. »

Micaël CHANEZ, Hors Parti, candidat à Troinex, indique que des sensibilisations pourraient l’aider dans la pratique de son métier : « Je suis policier municipal et j'ai affaire à l'ensemble de la population, chaque individus ayant ses spécificités. Il est bon d'avoir une bonne connaissance de ces dernières. »

Laurence CORPATAUX, candidate pour les Verts en Ville de Genève, pense « qu'il y a beaucoup de non-dits, de peurs, de fantasmes liés au rapprochement des corps dans l'action sportive puis dans les vestiaires. Cela est source de mise à l'écart, de stigmatisation et de violence à l'écart des personnes "LGBT". Des actions concrètes sont donc importantes pour les prévenir. »

Miguel LIMPO, candidat pour les Verts à Vernier, abonde : « Oui, il faut lier les subventions à un engagement sans faille des associations en faveur du respect et de l’intégration de toutes et tous. »

Alexandre KRASNOSSELSKI, candidat pour Les Démocrates Chrétiens et Entente Communale à Bardonnex, rappelle que « toute forme de discrimination à l'embauche liée à l'orientation sexuelle devrait être combattue au même titre que toute autre forme de discrimination et la prévention devrait être l'action en première ligne! »

Dominique VUAGNAT, candidat UDC à Onex, ne soutient aucun des quatre volets : « Ca n'a absolument aucun sens: la notion d'orientation sexuelle est une aberration en soi: les hommes sont masculins par essence et les femmes féminines de par leur nature; c'est cette différence qui est source de complémentarité et qui fait toute la richesse de l'être humain. Vouloir nier cela c'est juste avilir l'être humain; ça n'a aucun avenir », précisant aussi qu’il faut aider les personnes LGBT « à réaligner leur orientation sexuelle sur leur nature pour qu'ils puissent sortir de cette situation pénible, source de frustrations et de discrimination, et s’épanouir pleinement dans leur état d'homme ou de femme. »

3. Création d’un Centre d’écoute des victimes d’homophobie et de transphobie

Que pensent les candidat.e.s de la création d’un Centre d’écoute des victimes d’homophobie et de transphobie, lequel serait financé par les pouvoirs publics (Etat et communes) et géré par la Fédération ?

68% des candidat.e.s y sont favorables. 25% émettent des réserves, notamment sur le financement ou la gestion d’une telle structure. Beaucoup de candidat.e.s, qui lui reconnaissent une nécessité, seraient favorables à l’insertion des questions d’homophobie et de transphobie dans une structure déjà existante (Centre d’écoute aux victimes du racisme, centre LAVI, etc.).

Annick ECUYER, candidate Ensemble à Gauche en Ville de Genève, souligne que « les personnes victimes d'homophobie, de lesbophobie, de biphobie, et/ou de transphobie ont peu de moyens de défense légaux, et leur situation parfois dramatique n'est que trop rarement reconnue par l'Etat (l'identité de genre est omise des lois contre les violences et les discriminations, les femmes trans* et les hommes gays subissant un viol n'ont pas d'espoir de justice). »

4. Précarité des personnes trans*

Les personnes trans* font face à une précarité sociale et professionnelle particulièrement grave. Cette dernière question porte sur la mise en place d’actions spécifiques pour lutter contre la transphobie et la précarité qui en découle.

68% des candidat.e.s y sont favorables et 22% le sont sous réserves, notamment sur la question de la taille des communes et les éventuelles actions intercommunales ou encore cantonales pour lutter contre cette précarité. D’autres y sont favorables mais pas de manière spécifique, indiquant qu’il ne faut pas faire de hiérarchie des précarités et ne comprenant pas forcément la nécessité de mettre en place des actions spécifiques.

Joël JOUSSON, candidat Veyrier Ensemble, émet une réserve à sa réponse favorable : « Les personnes trans qui ne s’affichent pas de façon ostentatoire par défi ou provocation doivent pouvoir accéder à tout type d’emploi. Ma réserve est envers les professions liées à la petite enfance.»

Jean-Charles LATHION, candidat PDC en Ville de Genève, est favorable à de telles actions, « une nécessité face au désespoir d'êtres humains abandonnés trop souvent par leur famille et les institutions. »

Il ne reste plus qu’à espérer qu’après les élections toutes ces bonnes intentions déboucheront sur des actions concrètes. A suivre…


(1) LGBT : Lesbiennes, Gay, Bisexuel-le-s et Trans*

 (2) http://www.federationlgbt-geneve.ch/blog/2015/04/10/decouvrez-quel-le-s-candidat-e-s-aux-elections-municipales-genevoises-se-positionnent-en-faveur-des-personnes-lesbiennes-gay-bisexuelles-et-trans-lgbt/

 (3)  http://www.federationlgbt-geneve.ch/elections2015/

 

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