15/04/2015

"Un homme idéal" et 10 autres films à l'affiche

FullSizeRender.jpgEst-ce bien raisonnable, malgré que la tête d’affiche soit l’excellent Pierre Niney, récemment « césarisé » pour son rôle d’Yves Saint-Laurent, d’aller voir un film qui, selon la plupart des critiques, n’a rien d’original et comporte de nombreuses invraisemblances ?

Matthieu Vasseur a 26 ans et rêve de devenir un écrivain connu et reconnu, mais en attendant il travaille comme déménageur. Las, ses écrits ne trouvent pas preneur auprès des maisons d’édition, son talent n’étant pas à la hauteur de ses ambitions. Mais la providence vient à son secours sous la forme d’un manuscrit découvert lors d’un déménagement. Matthieu va se l’approprier et le publier sous son nom. Immense succès. Une bonne nouvelle ne venant jamais seule, Matthieu rencontre également la femme de sa vie. Le temps passe. Matthieu est pressé de toutes parts pour publier son deuxième livre alors que la vérité concernant son premier roman le rattrape peu à peu. Prisonnier de son mensonge originel, Matthieu va affronter des situations de plus en plus complexes pour que son statut d’imposteur ne soit pas découvert.

Le film démarre sur les chapeaux de roue, c’est vraiment le cas de le dire, en mettant tout de suite le spectateur dans l’action. On s’attache très vite au personnage de Matthieu en grande partie grâce à l’excellente prestation de Pierre Niney. Et cet attachement n’ira pas en diminuant au cours du film malgré l’évolution pour le moins discutable et improbable du personnage qui oscille entre le super héros et le super salaud. Malgré de nombreuses invraisemblances, on se laisse emporter par cette histoire à suspense pour au final passer un bon moment. Ce n’est déjà pas si mal, même si l’on peut sans problème attendre sa diffusion sur TF1 un dimanche soir ! (2 étoiles)

Toujours à l’affiche

5 étoiles, « Whiplash » : Jusqu’où Andrew (Miles Teller) acceptera-t-il d’être rabaissé et humilié par son professeur pour réaliser son rêve de devenir un musicien d’exception ? Quelle limite Fletcher (J.K. Simmons, Oscar du meilleur second rôle masculin) est-il prêt à dépasser pour pousser son élève dans ses derniers retranchements pour qu’il donne plus que le maximum de lui-même ? Cette limite existe-t-elle ? Le film est porté par deux acteurs exceptionnels, une mise en scène qui ne laisse rien au hasard et un montage tiré au cordeau. Le face à face entre le professeur et son élève atteint par moment des sommets d’intensité incroyables avec en particulier un dernier quart d’heure qui vous laisse scotché sur votre fauteuil au moment du générique de fin ! A ne pas rater ! (Cinélux, samedi 18 et dimanche 19 à 15h15)

4 étoiles, « Birdman » : Ancienne star du grand écran mondialement connue pour avoir incarné le super héros « Birdman », Riggan Thomson (excellent Michael Keaton) est un acteur oublié qui tente de renouer avec son passé glorieux en montant une pièce de théâtre à Broadway. Magnifiquement filmé avec ses plans-séquences habilement montés qui donnent l’impression que les acteurs ont été suivis sans interruption du début à la fin du film, « Birdman », récompensé par 4 Oscar prestigieux (film, réalisateur, scénario et photographie) est une indéniable réussite sur le plan formel. Sur le fond, il faut du temps pour entrer dans le film et s’attacher aux personnages, mais ce défaut apparent n’en est pas vraiment un, car il n’est pas désagréable de voir son plaisir de spectateur augmenté au fur et à mesure de la projection. Si le film est un peu déroutant lors des scènes surréalistes du dernier tiers, elles prennent tout leur sens avec une fin qui réconcilie intelligemment Riggan Thomas avec « Birdman ». Brillant.

4 étoiles, « The Imitation Game » : Au début de la seconde guerre mondiale, Alan Turing, mathématicien de génie, spécialiste en cryptologie, se voit confier par le gouvernement britannique la mission de percer avec sa petite équipe le secret d’Enigma, la machine de cryptage allemande réputée inviolable. Remarquablement interprété, avec une mention spéciale à  Benedict Cumberbatch, nominé aux Oscars, « The Imitation Game » réussit à la fois à brosser avec subtilité le portrait d’Alan Turing et à raconter une histoire non dénuée de suspense avec un montage très réussi. On regrettera toutefois que dans la toute dernière partie du film la descente aux enfers d’Alan Turing soit trop précipitée et manque par conséquent de consistance. Mais ce bémol mis à part, ce film est à recommander.

4 étoiles et 7 César mérités,  «Timbuktu »: Envahie par les djihadistes, Timbuktu va devoir renoncer à sa tranquillité, mais pas sans une certaine résistance. Face à la terreur imposée par une loi soi-disant divine, des femmes, principales victimes de cet ordre nouveau, vont trouver la force de s’y opposer quitte à y risquer leur vie. Il y a des moments très durs dans « Timbuktu », mais aussi des scènes d’une beauté et d’une poésie extraordinaires. Le film n’est pas non plus dénué d’humour quand il confronte les occupants à leurs limites « humaines ». C’est dans cette atmosphère lourde, toutefois rendue plus légère par des images absolument superbes,  que le film raconte en parallèle l’histoire de Kidane et de sa famille qui vivent paisiblement loin de cette terreur jusqu’au jour où leur destin les en rapprochera inexorablement…

3 étoiles, « Selma » : il y a tout juste 50 ans des hommes et des femmes, avec à leur tête le Dr Martin Luther King, ont risqué leur vie, et l’ont parfois perdue, pour que tous les citoyens puissent avoir le droit de voter. « Selma » raconte cette campagne décisive de la conquête des droits civiques pour tous. Centré sur le personnage de Martin Luther King, « Selma » fait la part belle au contexte politique de l’époque. Les hésitations du président Johnson sur la conduite à adopter, alors que son pays est confronté aux yeux du monde entier à des affrontements raciaux d’une rare violence, sont très révélatrices de ce contexte. Au même titre que la stratégie de Martin Luther King qui, à un moment donné, préfère reculer, et affronter l’incompréhension de ses troupes, pour mieux sauter. Le film a donc des vertus pédagogiques indéniables, ce qui fait à la fois sa force et sa faiblesse, car à trop vouloir démontrer il en perd par moment un peu de son intérêt. Un reproche toutefois insuffisant pour ne pas aller voir ce film qui rappelle, si cela était encore nécessaire, que pour obtenir l’égalité des droits, il faut toujours lutter. (Pathé Rialto, samedi 18 et dimanche 19 à 15h35)

3 étoiles, « Still Alice » : Professeur de linguistique réputée, mariée, mère de trois grands enfants, épanouie, Alice Howard présente les premiers signes de la maladie d’Alzheimer alors qu’elle vient de fêter ses 50 ans. Cette nouvelle va bien évidemment bouleverser sa vie et celle de son entourage. Alice va mener ce combat, perdu d’avance, contre la maladie avec une grande dignité pour qu’on n’oublie pas qu’au-delà de sa perte de mémoire, elle demeure une personne à part entière. Le film ne réserve guère de surprises dans son déroulement. Il est classique dans sa forme et les seconds rôles, le mari et les trois enfants, ne sont pas suffisamment développés. Mais il a une immense qualité qui vaut à elle seule la peine d’aller le voir : Julianne Moore. Fort justement récompensée par l’Oscar de la meilleure actrice, elle est bouleversante de bout en bout. Voir à l’écran son regard s’éteindre petit à petit au fur et à mesure que la mémoire la quitte est du très grand art : une performance qui fera sans nul doute date dans l’Histoire du cinéma.

3 étoiles, « Snow Therapy » : Vacances familiales dans les Alpes, pause déjeuner sur la terrasse du restaurant et tout à coup une avalanche qui s’approche dangereusement. Panique à bord. Tomas, le père, s’enfuit alors que la mère se retrouve seule pour protéger ses deux enfants. Plus de peur que de mal, l’avalanche s’est arrêtée au pied du restaurant. Mais elle a tout de même fait de gros dégâts au sein de la famille : le père a failli dans sa mission de protecteur et a perdu la confiance de son épouse et de ses enfants. « Snow Therapy » est une comédie grinçante, par moment jouissive par son côté cruel, qui s’attaque aux clichés de la famille « idéale », mais aussi au rôle de l’homme dans notre société occidentale. Le spectateur et la spectatrice sont forcément bousculés par ce qu’ils découvrent à l’écran et invités à se questionner sur eux-mêmes : qu’auraient-ils fait dans une situation comme celle-ci ? « Snow Therapy » est un film qui dérange et ne s’oublie pas une fois qu’il est terminé quand bien même on regrettera une fin pas à la hauteur du reste. (Cineversoix, dimanche 19 à 18h30)

3 étoiles, « La famille Bélier » : Dans la famille Bélier, tout le monde est sourd sauf Paula, ado de 16 ans qui joue plus souvent qu’à son tour les interprètes indispensables pour ses parents à la tête d’une exploitation agricole. Mais ce bel équilibre familial est menacé quand Paula décide de passer un concours de chant. Le début du film est laborieux et a tous les ingrédients de la comédie française bas de gamme. Karin Viard et François Damiens, les parents de Paula, sont à la limite de la caricature et les préoccupations d’ado de Paula franchement pas passionnantes. Et puis l’histoire prend tout à coup corps quand Paula (Louane Emera, César du meilleur espoir féminin) s’inscrit à la chorale dirigée par un prof désabusé (excellent Eric Elmosnino) qui ne jure que par le répertoire de…Michel Sardou. Dès ce moment-là, le film privilégie, avec bonheur, l’aspect émotionnel plutôt que comique. Un agréable divertissement.

2 étoiles, « Indian Palace – Suite royale » : en 2012, « Indian Palace » narrait avec délicatesse et bonhomie les aventures de retraités britanniques qui se retrouvaient à séjourner bien malgré eux en Inde dans un établissement complètement délabré, mais au charme incomparable. Grand succès. Il était donc tentant de donner une suite aux aventures de ces retraités attachants. Le scénario se résume à la recherche de l’acquisition d’un second établissement par Sonny Kapoor, le directeur gaffeur et adoré des clients du Marigold Hotel. Cette quête se fait entre ses fiançailles, une fête de famille et son mariage, histoire de bien faire couleur locale. On n’oublie pas non plus d’ajouter deux ou trois intrigues, sans grand intérêt, pour les résidents, et quelques réflexions ici ou là sur le temps qui passe. Le film n’en est pas pour autant franchement désagréable. Il y a des scènes drôles et même émouvantes. Et puis, le plaisir de voir à l’écran de formidables acteurs, parmi lesquels les actrices « culte » que sont Judi Dench ou Maggie Smith, est réel et le tout est plutôt bien filmé dans une Inde de carte postale et « bollywoodienne ». Mais tout cela reste bien superficiel.

1 étoile, « American Sniper » : Difficile de rester neutre face à ce film, qui raconte l’histoire vraie de Chris Kyle tireur d’élite particulièrement redoutable ayant officié en Irak entre 2004 et 2009, tant les valeurs qui y sont véhiculées peuvent être ressenties très différemment par les uns et les autres. Patriotisme, virilité et héroïsme dans tous les sens du terme pourront sans doute plaire à ceux qui aiment les films de guerre bien réalisés et bien joués, comme c’est le cas d’« American Sniper ». Mais pour les autres, il faudra une fois de plus assister aux scènes où le héros est humilié par ses formateurs, constater que si le tireur d’élite américain protège les siens, celui de l’adversaire est juste le dernier des salopards ou encore entrevoir les failles du héros presqu’aussi vite balayées afin de retourner au combat. Il y a bien ici ou là des réflexions sur l’utilité de la guerre, quelques rares remises en question du héros ou encore quelques scènes qui montrent les suites dévastatrices du combat pour les vétérans, mais elles ne sauraient remettre en question l’impression générale du film : une ode à la grande Amérique. Décevant.


5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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