14/05/2015

"La tête haute" frappe en plein coeur (et 4 autres films à l'affiche)

FullSizeRender.jpgFilm présenté en ouverture et hors compétition au Festival de Cannes, ce qui nous vaut le plaisir d’avoir enfin un très bon film à l’affiche après le désert du mois écoulé, « La tête haute » raconte l’histoire de Malony et de ses démêlés avec la justice de ses six à ses dix-huit ans.

Confronté dès son plus jeune âge à la juge pour mineurs, suite à l’incapacité de sa mère de s’en occuper, Malony va avoir à faire à elle régulièrement dès qu’il enchainera les bêtises plus ou moins grosses une fois l’adolescence arrivée.

Formidablement bien joué par Rod Paradot, on peut déjà parier sans risque qu’il décrochera le César du meilleur espoir masculin 2015, le personnage de Malony est extrêmement touchant et crédible. Ecorché vif, il se rebelle avec toute personne autre que sa mère (Sara Forestier, excellente dans son rôle de « mauvaise » mère aimante), pourtant totalement immature et dépassée, avec une rare violence verbale, voire physique.

Malgré tout, la juge (Catherine Deneuve, comme d’habitude parfaite) et l’éducateur qui est chargé de son suivi (Benoît Magimel, très convaincant dans son rôle d’éducateur qui revit au travers de Malony un parcours personnel que l’on devine plus ou moins semblable) vont maintenir sans cesse le lien avec l’adolescent. Ils marchent constamment sur des œufs en s'interrogeant sur les moyens à utiliser entre prévention et répression pour tenter de le remettre sur le droit chemin…

Si l’on peut juste regretter la répétition parfois inutile de certaines scènes, cela n’enlève en rien l’excellente qualité de ce film émouvant, et même par moment bouleversant, magnifiquement interprété, écrit et mis en scène. « La tête haute » frappe en plein cœur ! (5 étoiles)

Toujours à l’affiche

3 étoiles, « Still Alice » : Professeur de linguistique réputée, mariée, mère de trois grands enfants, épanouie, Alice Howard présente les premiers signes de la maladie d’Alzheimer alors qu’elle vient de fêter ses 50 ans. Cette nouvelle va bien évidemment bouleverser sa vie et celle de son entourage. Alice va mener ce combat, perdu d’avance, contre la maladie avec une grande dignité pour qu’on n’oublie pas qu’au-delà de sa perte de mémoire, elle demeure une personne à part entière. Le film ne réserve guère de surprises dans son déroulement. Il est classique dans sa forme et les seconds rôles, le mari et les trois enfants, ne sont pas suffisamment développés. Mais il a une immense qualité qui vaut à elle seule la peine d’aller le voir : Julianne Moore. Fort justement récompensée par l’Oscar de la meilleure actrice, elle est bouleversante de bout en bout. Voir à l’écran son regard s’éteindre petit à petit au fur et à mesure que la mémoire la quitte est du très grand art : une performance qui fera sans nul doute date dans l’Histoire du cinéma.

3 étoiles, « La famille Bélier » : Dans la famille Bélier, tout le monde est sourd sauf Paula, ado de 16 ans qui joue plus souvent qu’à son tour les interprètes indispensables pour ses parents à la tête d’une exploitation agricole. Mais ce bel équilibre familial est menacé quand Paula décide de passer un concours de chant. Le début du film est laborieux et a tous les ingrédients de la comédie française bas de gamme. Karin Viard et François Damiens, les parents de Paula, sont à la limite de la caricature et les préoccupations d’ado de Paula franchement pas passionnantes. Et puis l’histoire prend tout à coup corps quand Paula (Louane Emera, César du meilleur espoir féminin) s’inscrit à la chorale dirigée par un prof désabusé (excellent Eric Elmosnino) qui ne jure que par le répertoire de…Michel Sardou. Dès ce moment-là, le film privilégie, avec bonheur, l’aspect émotionnel plutôt que comique. Un agréable divertissement.

2 étoiles, « Indian Palace – Suite royale » : en 2012, « Indian Palace » narrait avec délicatesse et bonhomie les aventures de retraités britanniques qui se retrouvaient à séjourner bien malgré eux en Inde dans un établissement complètement délabré, mais au charme incomparable. Grand succès. Il était donc tentant de donner une suite aux aventures de ces retraités attachants. Le scénario se résume à la recherche de l’acquisition d’un second établissement par Sonny Kapoor, le directeur gaffeur et adoré des clients du Marigold Hotel. Cette quête se fait entre ses fiançailles, une fête de famille et son mariage, histoire de bien faire couleur locale. On n’oublie pas non plus d’ajouter deux ou trois intrigues, sans grand intérêt, pour les résidents, et quelques réflexions ici ou là sur le temps qui passe. Le film n’en est pas pour autant franchement désagréable. Il y a des scènes drôles et même émouvantes. Et puis, le plaisir de voir à l’écran de formidables acteurs, parmi lesquels les actrices « culte » que sont Judi Dench ou Maggie Smith, est réel et le tout est plutôt bien filmé dans une Inde de carte postale et « bollywoodienne ». Mais tout cela reste bien superficiel. Pas indispensable.

1 étoile, « American Sniper » : Difficile de rester neutre face à ce film, qui raconte l’histoire vraie de Chris Kyle tireur d’élite particulièrement redoutable ayant officié en Irak entre 2004 et 2009, tant les valeurs qui y sont véhiculées peuvent être ressenties très différemment par les uns et les autres. Patriotisme, virilité et héroïsme dans tous les sens du terme pourront sans doute plaire à ceux qui aiment les films de guerre bien réalisés et bien joués, comme c’est le cas d’« American Sniper ». Mais pour les autres, il faudra une fois de plus assister aux scènes où le héros est humilié par ses formateurs, constater que si le tireur d’élite américain protège les siens, celui de l’adversaire est juste le dernier des salopards ou encore entrevoir les failles du héros presqu’aussi vite balayées afin de retourner au combat. Il y a bien ici ou là des réflexions sur l’utilité de la guerre, quelques rares remises en question du héros ou encore quelques scènes qui montrent les suites dévastatrices du combat pour les vétérans, mais elles ne sauraient remettre en question l’impression générale du film : une ode à la grande Amérique. Décevant.


5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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