20/05/2015

Chronique d'une dictature ordinaire

La situation au Burundi, après le coup d’Etat manqué, s’est encore tendue. Déterminés à museler ceux qui s’opposent à son troisième mandat de président, le chef de l’Etat, Pierre Nkurunziza, et ses partisans emploient tous les moyens pour maîtriser la communication.

4633233_6_7808_la-police-a-du-affronter-des-foules-compactes_dcbbcb6b0f96c96e80c2b5eb26176da6.jpgC’est ainsi qu’après avoir fait brûler les radios et télévisions privées, le gouvernement s'en est pris aux personnes équipées d’un téléphone et/ou d’un ordinateur portable. Il souhaite ainsi empêcher la diffusion de photos et de films montrant la police et les miliciens du parti au pouvoir s’en prendre violemment aux opposants.

Témoignage de ces pratiques dictatoriales d’une source burundaise dont je préfère conserver l’anonymat pour des raisons de sécurité :

Un médecin de l'ANSS (association burundaise de lutte contre le sida) a été arrêté par les militaires au moment où il retournait à son poste à Gitega en provenance de Bujumbura.

Il était dans un bus. Les militaires ont arrêté toutes les personnes ayant un téléphone ou un ordinateur portable. Ce médecin avait juste le tort d'avoir un téléphone et un ordinateur de service sur lesquels il avait reçu des photos de ce qui se passe au Burundi.

On n’a pas su où il a été emmené. Les exactions extrajudiciaires étant des pratiques courantes dans notre pays, la peur s’est installée au sein de l’association.

Qu’allait-il advenir des centaines de malades séropositifs si ce médecin était tué ? Les malades seront les premières victimes de cette dictature.

Heureusement, grâce à une mobilisation exemplaire, le médecin a pu être libéré quelques heures plus tard. Je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie.

Alors que les manifestations ont repris à Bujumbura après une légère accalmie et que les élections législatives ont été reportées…d’une semaine, il est à craindre que la situation au Burundi continue de se détériorer.

Il suffirait pourtant que le président renonce à se présenter pour un troisième mandat. Les tensions baisseraient d’un seul coup et des vies seraient épargnées. Mais pour cela, il faudrait que le dictateur se transforme en démocrate. Autant croire au Père Noël !

Commentaires

Excellente analyse d'une situation presque vécue "par procuration " via les informations que vous avez réussi à drainer.

Écrit par : Jack_line | 20/05/2015

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