09/08/2015

La mauvaise foi bientôt punie par le Code pénal?

Vitus Huonder, le très conservateur et controversé évêque de Coire, a donc une nouvelle fois fait des siennes en citant le Lévitique pour s’en prendre aux homosexuel-le-s. Ca devient une habitude (1) et finalement, avec un peu de recul, c’est une piqûre de rappel bienvenue pour celles et ceux qui pensent encore qu’il n’est pas nécessaire d’adapter nos lois pour protéger les minorités sexuelles.

Grave erreur ! Seule la loi, en effet, permet de mettre les limites à des personnages irrespectueux comme l’évêque de Coire. Il est certes fort peu probable qu’il puisse être condamné en raison de son autorité spirituelle, même s’il l’exerce avec une bien mauvaise foi.

Mais intenter une action en justice pour actes homophobes permettrait peut-être de faire réfléchir cet évêque qui, décidément, dépasse les bornes. Et si tel n’était pas le cas, c’est sans doute trop tard pour le « sauver », cela devrait au moins faire réagir l’Eglise catholique, dont le silence est assourdissant depuis plus d’une semaine (2).

Cela aurait également pour conséquence de faire réfléchir les opposants au mariage civil pour toutes et tous sur leur manière de communiquer, comme cette image qui circule sur internet le démontre, hélas, que trop bien :

IMG_3067.JPG

Le problème est que pour l’instant le Code pénal ne permet pas de condamner les actes homophobes et que par conséquent il est possible en Suisse de s’adonner à de tels actes en toute impunité, ce qui est choquant pour un Etat de droit comme le nôtre.

Cette situation devrait heureusement rapidement évoluer puisque le Conseil national a déjà voté favorablement ce printemps pour compléter la disposition existante du Code pénal luttant contre la discrimination raciale afin de l'étendre à la discrimination basée sur l'orientation sexuelle. Le Conseil des Etats devrait en faire de même cet automne. A suivre.

 

(1) http://independance.blog.tdg.ch/archive/2015/02/10/dieu-r...

(2) Une pétition en ligne à l’adresse des évêques suisses pour qu’ils se positionnent sur les propos de Vitus Huonder peut-être signée en cliquant sur le lien : https://www.change.org/p/ev%C3%AAques-suisses-refusez-l-i...?

 


 

 

Commentaires

C'est vraiment top, en gros voilà une minorité qui veut jeter en prison ceux qui veulent les jeter en prisons... Comme quoi les extrémistes finissent toujours par se rejoindre.

Écrit par : Eastwood | 09/08/2015

Sauf que les actes homophobes, tout comme les actes racistes ou sexistes sont, si je ne me trompe, déjà condamnés dans la loi. Ce qui n'est pas (encore) illégal, ce sont les discours publics appelant à la haine et à la discrimination des LGBT. Et de fait, Mgr. Huonder ne s'est pas rendu coupable d'actes homophobes. Mais, il a dit des choses assez abominables à propos de l'homosexualité et des homosexuels qui auraient éventuellement pu être condamnées selon l'article 261bis du CP, si elles s'étaient adressées aux femmes ou à des personnes de couleur.

J'avoue que je ne suis plus une grande fan de cet article de loi, dans la mesure où, à ma connaissance, il n'a pratiquement aucun effet dissuasif, sans compter que les juges l'utilisent avec une très, très grande parcimonie, pour rester dans l'euphémisme. En effet, d'après ce que je sais, il n'y a pas eu plus de 10 condamnations au nom de cet article depuis qu'il est entré en vigueur il y a plus de 20 ans. A l'époque, si j'avais eu le droit de vote, je pense que j'aurais voté oui, mais avec le recul, je trouve le bilan vraiment maigre.

Or, quoi qu'on en dise, il s'agit bien d'une tentative de censure d'idées qui nous sont particulièrement répugnantes (avec raison) et d'une forme de démission citoyenne face à celles-ci. Plutôt que de combattre ces discours, on traîne leurs auteurs devant les tribunaux, pour leur faire payer leur cruauté verbale, sans pour autant véritablement les contredire. Dit autrement, on se décharge sur les tribunaux d'une responsabilité qui, à mon sens, se trouve au cœur de la citoyenneté. Résultat des courses: Les quelques rares qui ont été jugés coupables portent leur condamnation comme une couronne de martyr de la liberté d'expression (et du "politiquement incorrect"), mais ne se sentent pas le moins du monde enclins à réviser leurs positions ou leur rhétorique. Et ils continuent de diffuser leurs idées nauséabondes grâce à la logique amplificatrice des réseaux sociaux numériques. A tel point que l'atmosphère sur certaines grandes plateformes numériques en est devenue assez menaçante pour faire fuir nombre de femmes, de LGBT et de personnes issues de minorités ethno-religieuses. Et quand on voit ce qui se passe sur certains fils Twitter ou sur certaines pages Facebook, il faut vraiment avoir les tripes bien accrochées pour ne pas vomir!

Du coup, article 261bis ou pas, le seul moyen de combattre ces discours de haine, à mon sens, c'est encore de les confronter directement, et vue la virulence ainsi que l'agressivité et la grossièreté de certains de leurs tenants, il n'y a même pas besoin de forcément prendre des gants. On peut leur rentrer dans le lard, comme ils prétendent rentrer dans le lard de tous ceux qui ne pensent pas comme eux et qu'ils qualifient facilement de tous les noms d'oiseaux. Naturellement, je préférai toujours un débat calme et respectueux aux matches de boxe verbale, mais parfois, une bonne polémique peut aussi faire comprendre à certains champions auto-proclamés du "politiquement incorrect" que la liberté d'expression ne leur est pas réservée et qu'elle ne garantit en rien une approbation généralisée ni un respect de leurs idées. C'est certes une tâche de Sisyphe, très laborieuse et assez épuisante (surtout si on s'y attelle seul dans son coin), mais j'avoue que je ne vois pas trop d'autres solutions dans le cadre de nos démocraties.

Écrit par : Ariane | 09/08/2015

@Eastwood: Outre que d'après ce que je sais, personne n'a été jeté en prison, à ce jour, à cause de l'article 261bis du CP, il se trouve qu'il n'y a aucune raison que les discours homophobes soient épargnés, là où les discours sexistes, racistes, antisémites ou négationnistes sont condamnés. Alors, à moins que vous soyez en train de nous dire que les féministes ainsi que les militants contre l'antisémitisme et le racisme sont des extrémistes au même titre que les machistes ainsi que les antisémites et les racistes, il faudra peut-être que vous expliquiez plus précisément ce que vous trouvez de si extrémiste à vouloir combattre les appels à la haine des LGBT!

Sinon, mea culpa, il semblerait qu'il y ait quand même eu plusieurs centaines de condamnations au nom de cet article 261bis du CP. Cependant, si j'ai bien compris, la plupart se réduiraient à des sursis, tandis que les plus sévères se soldent par des amendes de plusieurs milliers de francs (apparemment, jusqu'à 5'000CHF). Ce sont certes des amendes salées, mais, je n'ai pas vraiment l'impression que cet article décourage les gens, surtout sur Internet. C'est simple, on a jamais vu la parole soi-disant "politiquement incorrecte" aussi déchaînée sur le Web, y compris la toile suisse, qu'au cours de ces dix dernières années.

Écrit par : Ariane | 09/08/2015

"La mauvaise foi bientôt punie par le Code pénal?"

Ben... La TdG pourra fermer son site, car il n'y restera plus grand monde dans la blogosphère.

Écrit par : Patoucha | 10/08/2015

Ce ne sont pas les homosexuels qui sont contre nature mais les hommes d'église si étroits d'esprit. J'ai toujours entendu que Dieu était grand et qu'il acceptait tout? Alors cet évêque n'a pas du aller dans la même église que moi. Cest une honte d,attiser la violence sous le couvert d'une robe.

Écrit par : catherine | 10/08/2015

Catherine a toujours cru que Dieu était grand et qu'Il acceptait tout...
Si la première partie est en ordre, il n'en va pas de même de la seconde. Dieu n'accepte pas tout. La Bible le démontre, et l'histoire du peuple d'Israël en fournit la preuve.
Toute la différence entre les légendes urbaines et la Vérité.

Écrit par : Nowak | 11/08/2015

Aujourd'hui, de par le monde, il y a des prêtres, et des pasteurs ouvertement homosexuels en activité.

Écrit par : Myriam Belakowsky | 10/08/2015

Les prêtres ouvertement homosexuels sont des apostats. A ce titre, ils ne trouvent grâce ni dans l'Ancien, ni dans le Nouveau Testament.
J'ai toujours trouvé étrange que les non-croyants, qui ne pratiquent, ne lisent ni ne comprennent les Ecritures, se permettent de parler de ce qu'ils ignorent, et tentent d'expliquer comment il faudrait comprendre les Ecritures. La première fois que quelqu'un a essayé d'interpréter la Parole de Dieu, c'était il y a quelques milliers d'années, en Eden.
Nous en goûtons toujours, aujourd'hui, les fruits amers.

Écrit par : Nowak | 11/08/2015

M. Bonny, je suis en complet désaccord avec vous. Mgr Huonder a cité des passages de l’AT réprouvant l’homosexualité. On peut lui reprocher de l’avoir fait de manière unilatérale, d’avoir fait l’impasse sur le contexte historique, et de n’avoir pas mis dans la balance le message-clé du NT, l’amour du prochain. L’anathème qu’il lance sur les homosexuels est déplaisant. Mais dans la mesure où il n’a pas incité à la violence à leur égard, il est protégé par la liberté de religion et d’expression. On ne va quand même pas interdire à un évêque de citer la Bible ou d’être réactionnaire!

La dernière chose dont nous avons besoin, ce sont des dispositions légales réduisant le champ de ce qu’il est loisible de dire à ce qui est dans l’air du temps. L'art. 261bis CP entre déjà en conflit avec la liberté d’expression, comme l’a relevé la CrEDH au sujet de la condamnation suisse du nationaliste turc Perinçek pour discrimination raciale. Alors, n’aggravons pas le problème en introduisant des dispositions contre l’homophobie, l’islamophobie (notez la contradiction), la discrimination des gros, des petits, des bossus… Cet appel constant à l’autorité des juges est une manière d’infantiliser le débat public, un stalinisme des bons sentiments. Cette attitude a inspiré en France une série de lois «mémorielles» imposant une version officielle de l'Histoire. J’espère que le peuple suisse, plus pragmatique, dira résolument non aux muselières du politiquement correct.

Écrit par : Thomas Wyler | 11/08/2015

Thomas Wyler: " Alors, n’aggravons pas le problème en introduisant des dispositions contre l’homophobie, l’islamophobie (notez la contradiction), la discrimination des gros, des petits, des bossus… Cet appel constant à l’autorité des juges est une manière d’infantiliser le débat public, un stalinisme des bons sentiments. "

De nouveau la même confusion: l'homophobie, l'islamophobie (quelle contradiction?), la discrimination sur des critères purement physiques ou ethnico-religieux tout comme les agressions verbales ou physiques contre des individus en raison de leur sexe, orientation sexuelle, race supposée (ou appartenance ethnique), religion, etc., sont déjà punissables. Ce que l'art. 261bis pénalise, ce sont les discours appelant à la haine et à la discrimination. Grosse nuance! Par ailleurs, les appels au meurtre relève d'un autre art. du CP et c'est à ce titre que des organisations de défense des droits des LGBT ont décidé de porter plainte contre Mgr. Huonder.

Quant à la notion de "politiquement correct", c'est une grosse arnaque intellectuelle agitée par ceux qui tentent de faire passer des idées généralement complètement fausses pour des vérités si ébouriffantes qu'elles ne peuvent que générer une levée de boucliers de la part de gens engoncés dans un soi-disant conformisme qu'ils refuseraient de remettre en cause. Le fait est que le "politiquement INcorrect" est le plus souvent littéralement incorrect, au premier sens du terme, c'est-à-dire, inexact, voire faux ou même carrément malhonnête. N'est pas anticonformiste et avant-gardiste qui veut et la plupart des gens qui se présentent comme tels ne le sont absolument pas. Au contraire. Ils sont souvent d'un conformisme conservateur réactionnaire crasse.

Écrit par : Ariane | 12/08/2015

@ Ariane: Jusqu’à nouvel avis, les gens ont le droit d’avoir des opinions pouvant vous paraître conformistes, conservatrices ou réactionnaires, et d’en faire état. En l’occurrence, le courant dominant est aujourd'hui du côté de ceux qui avancent que le mariage gay est la chose la plus normale du monde. D’où les réactions furieuses des nouveaux conformistes quand ils constatent, avec la prise de position de Mgr Huonder, que le débat n’est pas clos. L’existence d’une telle contestation est un affront, il faut donc faire cesser cette aberration de manière autoritaire! Il est amusant de voir que la gauche éprise de liberté veut promouvoir le progrès des idées à coup d’interdictions et de censure.

Je vous rappelle cette citation attribuée à Voltaire: «Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire.» La manière intelligente de réagir aux propos de l’évêque de Coire est de répondre à ses postulats, comme l’ont fait l’évêque de Saint-Gall et l’abbé d’Einsiedeln, et non d’en interdire l’énoncé.

Sur la contradiction que vous dites ne pas voir: On ne peut pas à la fois 1° réprimer la contestation de certains acquis (égalité des femmes, acceptation du fait homosexuel) et 2° protéger ceux des musulmans qui sont réfractaires aux principes républicains de toute critique (notamment sur ces sujets) sous prétexte qu’elle serait islamophobe. En 1989, Danielle Mitterrand, sous l’emprise du relativisme culturel, s’était engagée en faveur de l’acceptation de jeunes filles voilées à l’école. Ce faisant, elle était entrée en conflit avec deux canons de la gauche: la lutte contre la soumission des femmes (et ses symboles), et la laïcité de l’école publique. Pas facile de défendre toutes les causes sans établir des priorités.

Écrit par : Thomas Wyler | 12/08/2015

Cher Monsieur,

Vous citez "le mariage pour tous"....depuis le début de la formule, des questions légitimes me viennent à l'esprit.
S'il faut se baser sur l'amour, on peut ainsi imaginer inclure l'inceste entre adultes consentants et réclamer aussi le mariage. Pour tous, c'est pour tous.
L'inceste entre adultes consentants n'est pas plus choquant (et était admis dans le passé) que pour deux personnes du même sexe....
Il faut se méfier des formules toutes faites pour plaire aux idées du moment...
Bonne journée!

Écrit par : bb | 13/08/2015

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