30/08/2015

L'initiative discriminatoire du PDC premier combat de "Pro Aequalitate"

L'association nationale "Pro Aequalitate", qui a pour but la lutte pour l'égalité des personnes LGBTI (1) dans le cadre d'initiatives, de référendums et de votations populaires, a été créée hier à Berne.

Le premier objectif de cette nouvelle association sera de combattre l'initiative discriminatoire du PDC « Pour le couple et la famille - Non à la pénalisation du mariage ». Sous le couvert d’égalité fiscale, cette initiative vise en effet également à rendre impossible l’ouverture du mariage civil aux couples de personnes de même sexe en inscrivant dans la Constitution suisse le mariage « comme étant l’union durable et réglementée par la loi d’un homme et d’une femme ». 

C’est inacceptable pour celles et ceux qui sont partisans de l’égalité des droits pour toutes et tous. C’est d’autant plus inacceptable que ce débat de société puisse avoir lieu dans le cadre d’une votation sur un objet qui ne respecte pas l’unité de la matière. J’ai eu l’occasion ici de relater les différentes étapes parlementaires qui ont finalement conduit le parlement à rejeter cette initiative, sans lui opposer toutefois un contre-projet qui aurait supprimé cette disposition sur la définition du mariage (2).

C’est regrettable, car les personnes qui voteront et qui seront à la fois en faveur du volet fiscal de l’initiative, mais aussi opposées à la disposition relative au mariage seront prises au piège.

Pour les membres, uniquement des personnes morales, de « Pro Aequalitate », il n’y a pas d’état d’âme. Ils refusent avec force cette initiative pour trois raisons essentielles :

- L’inscription dans la Constitution suisse d’une interdiction effective de se marier pour les personnes de même sexe revient à annuler les (petits) pas faits en direction de l’ouverture du mariage civil pour toutes et tous, repoussant l’égalité aux calendes grecques.

- La victoire de cette initiative conservatrice serait un mauvais signal pour l’adoption de futurs objets comme un projet de loi anti-discrimination, la naturalisation facilitée pour un.e conjoint.e étranger.ère dans un couple lié par un partenariat enregistré ou l’adoption de l’enfant du/de la partenaire.

- L’image de la Suisse, déjà en queue de peloton dans le classement des pays européens pour le droit des personnes LGBTI (3), serait encore péjorée. Alors que l’Irlande, pays nettement catholique, vient de se prononcer à une large majorité en faveur du mariage civil pour toutes et tous, « Pro Aequalitate » entend se battre pour que la Suisse apparaisse non pas comme un pays conservateur, mais comme un pays qui applique avec fierté l’égalité des droits.

C’est en février ou juin 2016, la décision sera prise en novembre par le Conseil fédéral, que cette initiative sera soumise au peuple. On aura donc le temps d’en reparler !

 

(1) Personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans et intersexes

(2) http://independance.blog.tdg.ch/archive/2015/06/19/mariag...

(3) http://independance.blog.tdg.ch/archive/2015/05/11/droits...

 

 

 

 

 

25/08/2015

"La belle saison": "amoureusement militant" (et 4 autres films à l'affiche)

FullSizeRender.jpg« La belle saison » est, comme son titre l'indique, un film lumineux qui sonne juste du début à la fin. C'est indéniablement sa grande force.

Reconstitution fidèle de la France du début des années 70, « La belle saison » raconte l'histoire de Delphine, fille unique d'un couple d'agriculteurs, et de Carole, professeure parisienne qui lutte activement pour les droits des femmes. Leur rencontre va bouleverser leurs vies et inévitablement celles de leurs proches. Choc des cultures, contrastes ville-campagne, emprise d'une société encore fortement patriarcale, leur amour sera-t-il assez fort pour résister à tous ces obstacles?

Porté par deux actrices formidables, Cécile de France et Izïa Higelin, remarquablement bien dirigées par la réalisatrice Catherine Corsini, y compris dans les scènes intimes, le film est un bel hommage à toutes ces femmes qui se sont battues pour le droit à disposer librement de leur corps, mais également pour l'égalité des droits.

« La belle saison » est un film « amoureusement militant » fort bien écrit  et empreint d'une grande finesse, à l'image de sa très belle photographie. Une partie de son action pourrait d'ailleurs très bien se situer de nos jours sans que cela apparaisse comme un anachronisme. Le film mesure le chemin parcouru, mais aussi celui qu'il reste à parcourir. Un très bon moment. (4 étoiles)

Toujours à l’affiche

4 étoiles, « Mission impossible : Rogue Nation».  Un cinquième épisode qui, certes, ne fait pas preuve d’une folle originalité, mais qui ravira les amateurs de films d’action et bien entendu de la série. Pas un seul temps mort, un scénario qui comporte tous les ingrédients qui composent ce genre de film, une dose d’humour, un excellent casting avec un Tom Cruise au top de sa forme et le plaisir de retrouver une fois de plus les éléments qui ont fait le succès de la série télévisée : une équipe qui met les talents variés de ses membres au service du « bien », une longueur d’avance en matière de technologie, les fameux masques et, last but not least, la formidable musique de Lalo Schifrin qui 50 ans après sa création met les frissons aux fans dès la première note du générique. Vivement le sixième épisode !

4 étoiles, « Amy ». Documentaire sur la vie de la très talentueuse chanteuse anglaise Amy Winehouse qui connut une vie aussi brève que tumultueuse, le film du réalisateur Asif Kapadia vous prend à la gorge dès les premières images. Ill fait si bien revivre Amy Winehouse grâce à sa musique, à des images d’archives, des témoignages de ses proches et des interviews de la chanteuse que l’on espère jusqu’au bout qu’elle finira par s’en sortir. Mais il en est bien évidemment rien. Et le spectateur d’assister impuissant à cette descente aux enfers presque irréelle, tant elle est par moment ponctuée de scènes violentes et bouleversantes. Voyeurisme ? Plutôt un hommage brillant à une personnalité hors du commun qui n’avait pas les épaules assez larges pour assumer une célébrité qui l’a poussée vers un abîme dont l’origine remontait déjà à son enfance.

3 étoiles, « Une seconde mère ». Depuis plus de dix ans Val (excellente Regina Casé actrice renommée au Brésil) est au service d’une famille riche de Sao Paulo. L’irruption de sa fille Jessica, qu’elle n’a pas vue depuis des lustres, dans sa vie de bonne et dans celle de ses patrons va chambouler un équilibre familial qui est finalement, malgré les apparences, très fragile. Bousculant les conventions sociales par des actions qui n’ont pourtant rien d’extraordinaires, le passage de Jessica va déclencher une véritable tornade. A la fois tendre, drôle, mais aussi parfois cruel, « une seconde mère », après un début un peu trop en douceur, emmène avec lui le spectateur dans cette histoire qui remet en question les conventions sociales avec un côté lutte des classes par moment jubilatoire. C’est parfois sans grande surprise, notamment la fin, mais en sortant de la salle on est heureux d’avoir passé un bon moment.

3 étoiles, « Ant-Man ». Doté de pouvoirs qui lui permettent de se faire aussi petit qu'une fourmi, mais avec une force inversement proportionnelle à sa taille, « Ant-Man » va devoir affronter le méchant de service, lui aussi en possession de cette technologie, pour l'empêcher de la vendre à des fins guerrières. Rien de bien neuf par rapport au film de ce genre sur le fond, mais on n'en dira pas autant sur le forme. En effet, l'humour est omniprésent et on rit franchement à plusieurs reprises. Les clins d'œil aux Avengers, la bande de copains déjantée de Scott ou encore les effets comiques dûs au contraste "grand-petit" sont très drôles. Les effets spéciaux sont formidables. Ils sont au service du film et non le contraire, ce qui n'est pas toujours le cas dans ce genre de production. Au final, un divertissement de bonne facture avec, en plus, un excellent casting.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

23/08/2015

Les phrases qui tuent

La campagne pour les élections fédérales est montée en puissance cette semaine avec, au niveau national, la conférence de presse du PLR et des socialistes et, au niveau genevois, celle de l’UDC. Rien de nouveau sur le fond, chacun défendant les thèmes qui lui sont chers, mais, à lire la presse, un effort sur le forme en essayant de faire passer des phrases ou des formules qui tuent, en se demandant d’ailleurs si leurs auteurs mesurent toujours leur portée…

C’est ainsi que Christian Lüscher, vice-président du PLR suisse, n’a pas hésité à brocarder le parti socialiste sur son combat pour l’égalité salariale entre hommes et femmes en disant que « si l’on écoutait le PS, il faudrait bientôt interdire qu’un homme puisse courir un 100 mètres plus vite qu’une femme, car c’est discriminatoire. » Mélanger égalité physique et égalité salariale, c’est prendre les électrices et les électeurs pour des idiotes et des idiots, à commencer par celles et ceux du PLR.

Mais dans le genre, il y a encore mieux, ou pire c’est selon, avec les déclarations de la présidente de l’UDC genevoise, Céline Amaudruz, candidate sur tous les fronts aux élections nationales. Elle et son parti veulent « rester zen » dans une circulation qui étouffe…à cause des transports publics ! Mais comment peut-on dire des bêtises pareilles, même en campagne électorale ? Que toutes celles et ceux qui prennent les transports publics se déplacent en voiture et il est évident que la circulation à Genève va s’améliorer…

Et puisqu’il est question de Mme Amaudruz, je ne résiste pas à reproduire ici, pour celles et ceux à qui elle aurait échappé, cette phrase d’anthologie qu’elle a prononcée au cœur de l’été (Tribune de Genève du 27 juillet) concernant le projet de tester les drogues des fêtards. Pour Mme Amaudruz, « on devient tolérant avec des pratiques pourtant illégales. C’est comme un meurtrier qui demande si le couteau avec lequel il va tuer tranche suffisamment ! ».

A la seule différence, Mme Amaudruz, qu’il ne s’agit pas de tuer qui que ce soit, mais au contraire de sauver des vies. Heureusement que les phrases qui tuent n’entraînent pas la mort de leur auteur…