10/09/2015

"Dheepan": un film de son temps (et 5 autres films à l'affiche)

FullSizeRender.jpgAuréolé de la Palme d’or 2015 du Festival de Cannes, ce qui n’est pas forcément le gage d’un succès public tant le choix du jury est le plus souvent étonnant, pour ne pas dire plus, « Dheepan » de Jacques Audiard, l’auteur, entre autres, des excellents « Un prophète » et « De rouille et d’os », est à l’affiche pour juger sur pièce.

Dheepan est un ancien soldat qui veut fuir l’horreur de la guerre civile au Sri Lanka. Pour augmenter ses chances de trouver l’asile en Europe, il fait passer une jeune femme et une fillette, rencontrées dans un camp de réfugiés, pour des membres de sa famille. Arrivé en France, Dheepan trouve un emploi de gardien dans une cité glauque où des voyous règnent en maître. C’est dans cette atmosphère lourde, où un petit rien peut mettre le feu aux poudres à n’importe quel moment, que Dheepan et sa famille fictive vont tenter de se (re)construire et, pourquoi pas, former un vrai foyer.

« Dheepan » est un film constamment sous tension, avec tout de même quelques longueurs, où peut surgir à chaque instant le pire comme le meilleur. Les personnages qui le composent sont des êtres écorchés vifs et par conséquent prêts à tout faire exploser si on les chatouille de trop prêts. Remarquablement bien joué, avec une mention pour Antonythasan Jesuthasan qui joue un Dheepan qui porte en lui toutes les épreuves qu’il a traversées, « Dheepan » est un film parfaitement maîtrisé aux allures de rédemption et de nouveau départ. Un film de son temps (3 étoiles).

Toujours à l’affiche

5 étoiles, « Le tout nouveau Testament saison ». Si Dieu est parfaitement abject (Benoît Poelvoorde sensationnel), mais tellement drôle, son épouse (Yolande Moreau géniale) et surtout sa fille Ea (Pili Groyne remarquable) font preuve de beaucoup…d’humanité. C’est d’ailleurs en quittant le royaume des cieux pour échapper à son horrible père qu’Ea, après avoir semé la zizanie sur Terre en balançant par SMS les dates de décès de tout le monde pour se venger de son géniteur, va faire écrire un tout nouveau Testament, fruit de sa rencontre avec six personnages, les six nouveaux apôtres. Six évangiles qui sont surréalistes, et donc complètement déjantées, et portées par de formidables acteurs, dont Catherine Deneuve. Le film est truffé de gags très drôles qui tombent fort à propos quand son rythme menace de baisser. Les clins d’œil bibliques sont hilarants. La fin est à l’image du reste du film, très réussie. A ne pas manquer.

4 étoiles, « La belle saison ». Reconstitution fidèle de la France du début des années 70, le film raconte l'histoire de Delphine, fille unique d'un couple d'agriculteurs, et de Carole, professeure parisienne qui lutte activement pour les droits des femmes. Leur rencontre va bouleverser leurs vies et inévitablement celles de leurs proches. Choc des cultures, contrastes ville-campagne, emprise d'une société encore fortement patriarcale, leur amour sera-t-il assez fort pour résister à tous ces obstacles? Porté par deux actrices formidables, Cécile de France et Izïa Higelin, « La belle saison » est un film « amoureusement militant » fort bien écrit  et empreint d'une grande finesse, à l'image de sa très belle photographie. Un film lumineux qui sonne juste du début à la fin. C'est indéniablement sa grande force.

4 étoiles, « Mission impossible : Rogue Nation».  Un cinquième épisode qui, certes, ne fait pas preuve d’une folle originalité, mais qui ravira les amateurs de films d’action et bien entendu de la série. Pas un seul temps mort, un scénario qui comporte tous les ingrédients qui composent ce genre de film, une dose d’humour, un excellent casting avec un Tom Cruise au top de sa forme et le plaisir de retrouver une fois de plus les éléments qui ont fait le succès de la série télévisée : une équipe qui met les talents variés de ses membres au service du « bien », une longueur d’avance en matière de technologie, les fameux masques et, last but not least, la formidable musique de Lalo Schifrin qui 50 ans après sa création met les frissons aux fans dès la première note du générique. Vivement le sixième épisode !

4 étoiles, « Amy ». Documentaire sur la vie de la très talentueuse chanteuse anglaise Amy Winehouse qui connut une vie aussi brève que tumultueuse, le film du réalisateur Asif Kapadia vous prend à la gorge dès les premières images. Ill fait si bien revivre Amy Winehouse grâce à sa musique, à des images d’archives, des témoignages de ses proches et des interviews de la chanteuse que l’on espère jusqu’au bout qu’elle finira par s’en sortir. Mais il en est bien évidemment rien. Et le spectateur d’assister impuissant à cette descente aux enfers presque irréelle, tant elle est par moment ponctuée de scènes violentes et bouleversantes. Voyeurisme ? Plutôt un hommage brillant à une personnalité hors du commun qui n’avait pas les épaules assez larges pour assumer une célébrité qui l’a poussée vers un abîme dont l’origine remontait déjà à son enfance.

3 étoiles, « Une seconde mère ». Depuis plus de dix ans Val (excellente Regina Casé actrice renommée au Brésil) est au service d’une famille riche de Sao Paulo. L’irruption de sa fille Jessica, qu’elle n’a pas vue depuis des lustres, dans sa vie de bonne et dans celle de ses patrons va chambouler un équilibre familial qui est finalement, malgré les apparences, très fragile. Bousculant les conventions sociales par des actions qui n’ont pourtant rien d’extraordinaires, le passage de Jessica va déclencher une véritable tornade. A la fois tendre, drôle, mais aussi parfois cruel, « une seconde mère », après un début un peu trop en douceur, emmène avec lui le spectateur dans cette histoire qui remet en question les conventions sociales avec un côté lutte des classes par moment jubilatoire. C’est parfois sans grande surprise, notamment la fin, mais en sortant de la salle on est heureux d’avoir passé un bon moment.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

 

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