27/01/2016

"The Danish Girl", "Carol" et 6 autres films à l'affiche

FullSizeRender.jpgHistoire vraie, « The Danish Girl » raconte la très belle histoire d’amour entre Gerda Wegener qui a épousé Einar Wegener qui au fil des événements de sa vie va laisser naître celle qu’elle est vraiment : Lili Elbe. Elle est connue comme la première personne à avoir subi, au péril de sa vie, une chirurgie pour que son corps soit en harmonie avec son cerveau en 1930. Le film décrit avec justesse, en grande partie grâce au talent de ces deux acteurs principaux bien qu’Eddie Redmayne finisse un brin à agacer avec ses sourires en coin, mais aussi de celui des seconds rôles tous excellents, la relation entre ces deux êtres d’exception, au demeurant tous les deux peintres, ce qui renforce encore plus les liens entre eux. « The Danish Girl » permet d’adopter tour à tour le point de vue des deux protagonistes dans leur cheminement vers la liberté. Un film esthétiquement magnifique et d’une grande sensibilité. (4 étoiles)

 

 

FullSizeRender1.jpgCarol Aird s’ennuie à mourir dans un mariage bourgeois sans  amour. Sa petite fille est son seule rayon de lumière jusqu’au jour où elle fait la connaissance d’une jeune vendeuse (excellente Rooney Mara) qui rêve d’une vie plus trépidante. « Carol » raconte la relation de plus en plus étroite entre ces deux femmes dans le New-York des années 50. « Carol » est un délice pour les yeux et les oreilles. La photographie, les décors, les costumes sont superbes. La musique accompagne à merveille ce film très esthétique dans lequel jouent avec brio deux magnifiques actrices. Si la forme est donc très réussie, le fond n’est pas tout à fait à la hauteur. Film avant tout d’ambiance, « Carol » n’évite pas certaines longueurs. Ce n’est toutefois pas trop grave, car elles laissent le temps d’admirer la sublissime Cate Blanchett au sommet de sa beauté et de son art. Rien que pour elle, il vaut la peine d’aller voir le film ! (3 étoiles)

 

 

Toujours à l’affiche

4 étoiles, « Le pont des espions ». D’après l’histoire vraie de James Donovan (excellent Tom Hanks) recruté contre sa volonté par la CIA pour donner l’illusion d’une défense à un espion russe et qui va se retrouver bien malgré lui à devoir accomplir une mission quasi impossible en pleine guerre froide. Brillamment mis en scène par Steven Spielberg dans une atmosphère parfaitement reconstituée de cette fin des années 50 synonyme de haute tension entre l’Ouest et l’Est, « Le pont des espions » est un film de haute voltige à l’image des négociations menées par son héros, qui n’a pourtant rien fait pour en être un. Prenant du début à la fin, « Le pont des espions » mérite amplement sa nomination pour l’Oscar du meilleur film de 2015.

4 étoiles, « L’hermine ». Président de cour d’assises proche de la retraite, redouté et pour le moins peu aimable avec son entourage, Michel Racine va toutefois se montrer sous un autre jour lorsque le hasard remet sur son chemin au cours d’un procès l’anesthésiste dont il était tombé amoureux six ans auparavant. Il va saisir cette seconde chance qui s’offre à lui en tentant de séduire la lumineuse Ditte (magnifique Sidse Babett Knudsen, l’héroïne de « Borgen »), ce qui ne sera pas sans effet sur le déroulement d’un procès où il est question d’un infanticide. Fabrice Luchini incarne avec justesse cet homme dont on ne connaît pas grand-chose et qui va se révéler bien plus humain qu’il ne l’a jamais été. « Humain » est d’ailleurs le terme qui pourrait le mieux définir ce film qui oscille entre ombre et lumière et fait également la part belle aux seconds rôles tous excellents.

3 étoiles, « Le nouveau ». Fraichement arrivé dans son nouveau collège, Benoit ne va pas recevoir l’accueil qu’il espérait de la part de ces nouveaux camarades plus enclin à le mettre sur la touche qu’à l’intégrer au sein de la classe. Rejeté, il va néanmoins trouver auprès de celles et ceux qui subissent le même sort que lui de formidables ressources pour rebondir dans ce milieu hostile. La grande force de ce film est ses acteurs, et donc également leur direction, absolument tous formidables. Ils jouent juste et du coup cette histoire, pourtant pas des plus originale, en devient extrêmement touchante et plaisante.

2 étoiles, « Nous trois ou rien ». Le réalisateur du film, Kheiron, raconte l’histoire de ses parents forcés pour des raisons politiques à quitter l’Iran au moment de la révolution pour rejoindre la France où ils vont par leur éternel optimisme jouer un rôle primordial dans l’amélioration des relations dans la cité dans laquelle ils vivent dorénavant. Le film aux accents de tragi-comédie dans sa première partie en Iran (était-ce bien nécessaire de faire du Shah d’Iran un demeuré fini ?) se transforme petit à petit en un conte de bienfaisance. Difficile de croire à cette histoire, pourtant vraie, dégoulinante de bons sentiments.

2 étoiles, « Mia Madre ». Réalisatrice en plein tournage d’un film qui ne se fait pas tout seul, notamment en raison de son acteur principal américain (John Turturro, excellent) qui lui donne du fil à retordre, Margherita se voit confrontée dans sa vie privée à la maladie de sa mère et à la crise d’adolescence de sa fille, ce qui pourrait la remettre en question dans son rôle de fille et de mère. Ce n’est de fait pas vraiment le cas et c’est sans doute pour cette raison que l’on a de la peine à entrer dans le film et à s’attacher à ce personnage, pourtant fort bien joué par Margherita Buy. A l’image de son personnage principal, la mère étant clairement un second rôle contrairement à ce que le titre laisse penser, le film dégage peu d’émotions. Au bout du compte, difficile de savoir avec « Mia Madre » où Nanni Moretti a voulu emmener le spectateur qui reste sur sa faim.

2 étoiles, « « 007 Spectre ». Après un début tonitruant très réussi à Mexico lors de la fête des Morts où James Bond fait étalage de tout son talent, le soufflé retombe très vite après le générique. L’enquête du plus célèbre agent secret de sa Majesté pour découvrir qui se cache derrière l’organisation criminelle Spectre n’est pas vraiment passionnante. Entre les différentes scènes d’actions attendues et peu originales qui font voyager le spectateur, l’histoire tire en longueur et l’ennui n’est jamais très loin. Daniel Graig fait le job, sans plus, Monica Bellucci fait une apparition, Léa Seydoux ne paraît pas très concernée, et le méchant (Christoph Waltz) ne fait pas peur. Certes, la dernière demi-heure est palpitante, mais c’est un peu mince pour le James Bond le plus cher de l’Histoire (300 à 350 millions de dollars !) qui ne restera pas dans les annales de la série.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

Commentaires

Je n'irai pas voir The Danish Girl. Le film pourrait être le plus beau du monde, le mieux filmé, le mieux documenté, mais le contexte ne peut être ignoré, je n'irai pas voir The Danish Girl.

C'est, encore et toujours, l'histoire tragique d'une femme trans, avec le message sous-jacent que nos vies sont forcément tragiques.

C'est, encore et toujours, le déni de l'identité de la personne présentée, par la perpétuation d'un nom qui ne l'a jamais représentée, par le choix d'un acteur d'un genre différent.

C'est, encore et toujours, l'appropriation de nos vies et de notre histoire, par des personnes qui ne sont pas concernées.

C'est, encore et toujours, faire fi des rapports de pouvoir entre les personnes qui écrivent, réalisent et diffusent des messages dangereux, destructeurs, à notre sujet, et nous, dont le quotidien est minimisé, nié, réduit au silence.

Combien d'entre nous sommes sans travail et à la rue ?
Combien d'entre nous subissent des agressions et des violences sexuelles ?
Combien d'entre nous disparaissent chaque année sans que personne ne s'en émeuve ?
Combien d'entre nous se retrouve dénié.e.s leurs droits les plus élémentaires ?

The Danish Girl ne fait pas avancer les droits des personnes trans.
The Danish Girl est encore et toujours la parole des dominants sur le dos des dominé.e.s.

Alors que nos allié.e.s nous disent qu'il est trop tôt pour quémander une protection formelle contre les violences et les discriminations. Que les mentalités ne sont pas prêtes à accorder cette protection.

Je ne sais, pas, mais *moi*, je suis prête à exiger le droit au respect et à la vie, ici et maintenant.

Merde aux Laurence Anyways, aux Dallas Buyers Club et aux Danish Girl et à tous ces films qui nous présentent comme de pauvres créatures tragiques superficielles. Merde à tous ces films qui exploitent nos souffrances, en grande partie causées par un système soutenu par celleux qui se disent nos allié.e.s.

RIEN SUR NOUS SANS NOUS !

Écrit par : Annick Ecuyer | 27/01/2016

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