28/01/2016

Une initiative discriminatoire, rétrograde et très coûteuse

12509142_1007161869350921_1818955484174267282_n.jpg

L’initiative du PDC « Pour le couple et la famille – Non à la pénalisation du mariage » sera soumise au vote le 28 février prochain. Ce texte veut mettre fin à la discrimination des couples mariés en matière fiscale tout en créant une autre discrimination : inscrire dans la Constitution que « le mariage est l’union durable entre un homme et une femme » excluant, s’il était approuvé, pendant des années l’ouverture du mariage civil pour les couples de même sexe. Sous couvert d’égalité fiscale, le PDC s’attaque donc à une autre égalité avec sa définition discriminatoire du mariage: celle des mêmes droits pour toutes et tous.

Le Conseil fédéral, le Parlement et la Conférence des directrices et directeurs cantonaux des finances recommandent de rejeter cette initiative qui concerne 80 000 couples. Si elle était acceptée, cela signifierait une diminution des rentrées fiscales entre 1,2 et 2,3 milliards de francs pour les collectivités publiques qu’il faudrait compenser par une diminution de prestations et/ou une augmentation des impôts.

Mais au-delà de l’aspect fiscal, c’est bien évidemment la définition du mariage contenue dans l’initiative qui pose problème aux défenseurs de l’égalité des droits : elle empêche le peuple suisse de se prononcer séparément sur la pénalisation du mariage en matière fiscale et sur l'ouverture du mariage civil pour les couples de même sexe.

Si cette initiative trouvait une majorité devant le peuple, le débat sur l'ouverture du mariage civil pour les couples de même sexe serait par conséquent étouffé dans l'œuf et remis aux calendes grecques. Pire, la Suisse serait le premier pays d’Europe de l’Ouest à adopter une mesure qui interdirait le mariage pour tous. Au niveau européen la Suisse, dont la population homosexuelle est estimée à 500 000 personnes, est classée à la 31ème place sur 49 pour les droits des personnes homosexuelles et trans. Il est temps que notre pays adapte ses lois et ce n’est pas cette initiative rétrograde qui les fera avancer.

Le 28 février, le peuple suisse se prononcera donc sur un texte qui ne respecte pas l’unité de la matière, et c’est regrettable. Mais gageons que dans sa sagesse, les personnes qui voteront ne créeront pas une nouvelle discrimination en mettant fin partiellement à une autre, puisque seule la taxation individuelle est la garantie d’une égalité fiscale totale. Le débat sur l’ouverture du mariage civil pour les couples de même sexe va inévitablement éclipser celui sur l’aspect fiscal de l’initiative. Il fera très probablement avancer la cause de l’égalité des droits. Si tel est bien le cas, on pourra alors paradoxalement remercier le PDC !

Texte publié dans la Tribune de Genève du 26 janvier 2016

 

Lire également à ce sujet: L'initiative du PDC coûtera 4 milliards par an

940844_1046908548663076_3619126378732539029_n.png

12552623_10156405021020548_2429115585280975109_n.jpg

12644670_443796765818788_9059567013212167158_n.png

27/01/2016

"The Danish Girl", "Carol" et 6 autres films à l'affiche

FullSizeRender.jpgHistoire vraie, « The Danish Girl » raconte la très belle histoire d’amour entre Gerda Wegener qui a épousé Einar Wegener qui au fil des événements de sa vie va laisser naître celle qu’elle est vraiment : Lili Elbe. Elle est connue comme la première personne à avoir subi, au péril de sa vie, une chirurgie pour que son corps soit en harmonie avec son cerveau en 1930. Le film décrit avec justesse, en grande partie grâce au talent de ces deux acteurs principaux bien qu’Eddie Redmayne finisse un brin à agacer avec ses sourires en coin, mais aussi de celui des seconds rôles tous excellents, la relation entre ces deux êtres d’exception, au demeurant tous les deux peintres, ce qui renforce encore plus les liens entre eux. « The Danish Girl » permet d’adopter tour à tour le point de vue des deux protagonistes dans leur cheminement vers la liberté. Un film esthétiquement magnifique et d’une grande sensibilité. (4 étoiles)

 

 

FullSizeRender1.jpgCarol Aird s’ennuie à mourir dans un mariage bourgeois sans  amour. Sa petite fille est son seule rayon de lumière jusqu’au jour où elle fait la connaissance d’une jeune vendeuse (excellente Rooney Mara) qui rêve d’une vie plus trépidante. « Carol » raconte la relation de plus en plus étroite entre ces deux femmes dans le New-York des années 50. « Carol » est un délice pour les yeux et les oreilles. La photographie, les décors, les costumes sont superbes. La musique accompagne à merveille ce film très esthétique dans lequel jouent avec brio deux magnifiques actrices. Si la forme est donc très réussie, le fond n’est pas tout à fait à la hauteur. Film avant tout d’ambiance, « Carol » n’évite pas certaines longueurs. Ce n’est toutefois pas trop grave, car elles laissent le temps d’admirer la sublissime Cate Blanchett au sommet de sa beauté et de son art. Rien que pour elle, il vaut la peine d’aller voir le film ! (3 étoiles)

 

 

Toujours à l’affiche

4 étoiles, « Le pont des espions ». D’après l’histoire vraie de James Donovan (excellent Tom Hanks) recruté contre sa volonté par la CIA pour donner l’illusion d’une défense à un espion russe et qui va se retrouver bien malgré lui à devoir accomplir une mission quasi impossible en pleine guerre froide. Brillamment mis en scène par Steven Spielberg dans une atmosphère parfaitement reconstituée de cette fin des années 50 synonyme de haute tension entre l’Ouest et l’Est, « Le pont des espions » est un film de haute voltige à l’image des négociations menées par son héros, qui n’a pourtant rien fait pour en être un. Prenant du début à la fin, « Le pont des espions » mérite amplement sa nomination pour l’Oscar du meilleur film de 2015.

4 étoiles, « L’hermine ». Président de cour d’assises proche de la retraite, redouté et pour le moins peu aimable avec son entourage, Michel Racine va toutefois se montrer sous un autre jour lorsque le hasard remet sur son chemin au cours d’un procès l’anesthésiste dont il était tombé amoureux six ans auparavant. Il va saisir cette seconde chance qui s’offre à lui en tentant de séduire la lumineuse Ditte (magnifique Sidse Babett Knudsen, l’héroïne de « Borgen »), ce qui ne sera pas sans effet sur le déroulement d’un procès où il est question d’un infanticide. Fabrice Luchini incarne avec justesse cet homme dont on ne connaît pas grand-chose et qui va se révéler bien plus humain qu’il ne l’a jamais été. « Humain » est d’ailleurs le terme qui pourrait le mieux définir ce film qui oscille entre ombre et lumière et fait également la part belle aux seconds rôles tous excellents.

3 étoiles, « Le nouveau ». Fraichement arrivé dans son nouveau collège, Benoit ne va pas recevoir l’accueil qu’il espérait de la part de ces nouveaux camarades plus enclin à le mettre sur la touche qu’à l’intégrer au sein de la classe. Rejeté, il va néanmoins trouver auprès de celles et ceux qui subissent le même sort que lui de formidables ressources pour rebondir dans ce milieu hostile. La grande force de ce film est ses acteurs, et donc également leur direction, absolument tous formidables. Ils jouent juste et du coup cette histoire, pourtant pas des plus originale, en devient extrêmement touchante et plaisante.

2 étoiles, « Nous trois ou rien ». Le réalisateur du film, Kheiron, raconte l’histoire de ses parents forcés pour des raisons politiques à quitter l’Iran au moment de la révolution pour rejoindre la France où ils vont par leur éternel optimisme jouer un rôle primordial dans l’amélioration des relations dans la cité dans laquelle ils vivent dorénavant. Le film aux accents de tragi-comédie dans sa première partie en Iran (était-ce bien nécessaire de faire du Shah d’Iran un demeuré fini ?) se transforme petit à petit en un conte de bienfaisance. Difficile de croire à cette histoire, pourtant vraie, dégoulinante de bons sentiments.

2 étoiles, « Mia Madre ». Réalisatrice en plein tournage d’un film qui ne se fait pas tout seul, notamment en raison de son acteur principal américain (John Turturro, excellent) qui lui donne du fil à retordre, Margherita se voit confrontée dans sa vie privée à la maladie de sa mère et à la crise d’adolescence de sa fille, ce qui pourrait la remettre en question dans son rôle de fille et de mère. Ce n’est de fait pas vraiment le cas et c’est sans doute pour cette raison que l’on a de la peine à entrer dans le film et à s’attacher à ce personnage, pourtant fort bien joué par Margherita Buy. A l’image de son personnage principal, la mère étant clairement un second rôle contrairement à ce que le titre laisse penser, le film dégage peu d’émotions. Au bout du compte, difficile de savoir avec « Mia Madre » où Nanni Moretti a voulu emmener le spectateur qui reste sur sa faim.

2 étoiles, « « 007 Spectre ». Après un début tonitruant très réussi à Mexico lors de la fête des Morts où James Bond fait étalage de tout son talent, le soufflé retombe très vite après le générique. L’enquête du plus célèbre agent secret de sa Majesté pour découvrir qui se cache derrière l’organisation criminelle Spectre n’est pas vraiment passionnante. Entre les différentes scènes d’actions attendues et peu originales qui font voyager le spectateur, l’histoire tire en longueur et l’ennui n’est jamais très loin. Daniel Graig fait le job, sans plus, Monica Bellucci fait une apparition, Léa Seydoux ne paraît pas très concernée, et le méchant (Christoph Waltz) ne fait pas peur. Certes, la dernière demi-heure est palpitante, mais c’est un peu mince pour le James Bond le plus cher de l’Histoire (300 à 350 millions de dollars !) qui ne restera pas dans les annales de la série.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

24/01/2016

L'initiative du PDC coûtera 4 milliards par an!

Son titre est bien trouvé, ce qui explique sans doute la bienveillance actuelle à son égard. Mais gare au piège tendu par l'initiative du PDC où les perdants seront bien plus nombreux que les gagnants si elle devait être acceptée ! Sous couvert d’égalité fiscale entre les couples mariés et concubins, le texte du PDC corrigera certes quelques injustices dans ce domaine, mais en créera d’autres. Et à quel prix !

Tout d’abord, il faut savoir que de nombreux cantons ont adapté leur législation pour que les couples mariés et concubins soient au minimum traités sur pied d’égalité, voire avantagés dans certains cas de figure. Ils l’ont même tellement bien fait que « seuls » 80 000 couples sont en fait concernés par cette initiative. Et principalement les couples qui ont un revenu supérieur à 190 000 francs.  Ce « cadeau fiscal » signifie  2 milliards de moins dans les caisses des collectivités publiques chaque année, dont 380 millions pour les communes et les cantons. Avec un tel manque à gagner, qui va payer ? Les concubins et les célibataires qui verront leurs impôts augmentés ? Les bénéficiaires de prestations qui seront diminuées ? Les deux ?

Concernant l’AVS à présent, les partisans de cette initiative mettent en avant que les couples concubins bénéficient de deux rentes, alors que celle des couples mariés n’en ont qu’une et demie. Cette inégalité de traitement est réelle, mais elle est compensée par d’autres avantages que possèdent les couples mariés par rapport aux couples concubins comme les rentes de veuf ou de veuve et le supplément de veuvage ajouté à une rente de vieillesse ou d’invalidité. Dans l’ensemble les couples mariés bénéficient d’une meilleure couverture dans les assurances sociales (prévoyance professionnelle, assurance-accidents, assurance militaire) que les couples concubins.

Si l’initiative passait, les dépenses à la charge de l’AVS augmenteraient de 2 milliards par année, dont 400 millions à la charge de la Confédération. Les couples mariés seraient privilégies de manière spectaculaire par rapport aux couples concubins alors que la Constitution précise que nul ne doit être discriminé selon son mode de vie. Qui va payer ce qui s’apparent en définitive à une promotion du mariage ?

Ce qui est sûr en tout cas, c’est que les couples de même sexe paieront également du point de vue de l’égalité des droits. En effet,  cette initiative, qui de manière scandaleuse ne respecte pas l’unité de la matière, interdit de fait le mariage pour tous en inscrivant dans la Constitution que le mariage est l’union durable (!) entre un homme et une femme. Une gifle pour les personnes homosexuelles, un demi-million de la population suisse alors que 80 000 couples sont concernées par cette initiative, qui n’ont pas d’autre choix que de lutter contre cette initiative si elles ne veulent pas voir le débat sur le mariage pour tous remis aux calendes grecques.

Cette initiative à 4 milliards par an est donc un leurre puisqu’elle crée plus de problèmes qu’elle n’en résout. Sur l’aspect fiscal d’abord, elle fait du mariage hétérosexuel une unité économique et elle empêche d’aller dans la  direction de la taxation individuelle, la seule manière de mettre les citoyennes et les citoyens sur un pied d’égalité. Sur le plan de l’égalité des droits ensuite, puisqu’elle confisque le débat sur le mariage pour tous.

Des raisons bien suffisantes pour dire un NON clair et net à cette initiative le 28 février !