03/05/2016

"Demolition": borderline, mais (hélas) pas trop (et 5 autres films à l'affiche)

FullSizeRender.jpg« Demolition » traite du thème, très souvent porté à l’écran, de la rédemption ou comment toucher le fond pour mieux rebondir. Pas d’une originalité folle a priori. Si ce n’est que la reconstruction de Davis Mitchell va passer par une phase de démolition réelle de ce qu’il a construit les dernières années. Tout y passe, y compris la maison, symbole de ce foyer qui n’a plus de sens et qu’il n’a pas autant investi qu’il l’avait imaginé. Le décès accidentel de son épouse  va petit à petit lui permettre d’en prendre conscience, sa réaction à ce drame étant inhabituelle. La rencontre d’une femme et de son fils adolescent, qui va comme par effet de miroir chercher à se faire démolir pour savoir qui il est réellement, vont l’aider à repartir sur de nouvelles bases.

« Demolition » est porté par une excellente distribution, à commencer par Jake Gyllenhall  qui joue à la perfection son rôle de veuf borderline. La première partie du film est originale et peu conventionnelle dans sa manière d’aborder le deuil. Les accès de destruction massive de Davis Mitchell ont quelque chose de jubilatoires, même s’ils finissent par lasser par leurs répétitions excessives. La rencontre avec l’adolescent, bien que pas assez développée, est bien trouvée, mieux que celle avec sa mère (touchante Naomi Watts) plutôt convenue. Malheureusement, dans le dernier tiers du film, la douce folie qui fait indéniablement le charme de « Demolition » disparaît petit à petit pour s’achever avec une fin qu’on aurait aimée plus osée. Dommage. A quoi bon en effet tout démolir si c’est pour reconstruire à peu près la même chose ? (3 étoiles).

Toujours à l’affiche

4 étoiles. « Quand on a 17 ans ». Pourquoi Tom est-il aussi agressif envers Damien qui fréquente la même classe que lui au point d’en venir aux mains? Cette violence traduirait-elle la peur, celle d’un désir inavouable ? Le dernier film d’André Téchiné brosse avec pudeur, émotion, justesse et beauté le portrait de deux adolescents qui se cherchent, au sens propre et figuré, dans le décor magnifique des Pyrénées, le temps de l’année scolaire. Il est porté par deux jeunes acteurs excellents. Sandrine Kiberlain, qui a le très beau rôle de mère à la fois bienveillante, mais également cadrante quand il le faut, est également à la hauteur. Si le film comporte des longueurs, quelques scènes et personnages secondaires n’apportent pas grand-chose de plus à l’histoire, il n’en demeure pas moins que « Quand on a 17 ans » est globalement une réussite.

4 étoiles, « Médecin de campagne ». Le docteur Werner est médecin de campagne. Il va à son tour être rattrapé par la maladie. Cette épreuve va l’obliger de partager, avec un enthousiasme très modéré, son territoire avec une doctoresse nouvellement diplômée. Le grand mérite de « Médecin de campagne » est qu’il sonne juste du début à la fin. Le film est porté par deux excellents acteurs, François Cluzet et Marianne Denicourt qui éclaire merveilleusement bien le côté sombre de son collègue. Les seconds rôles, la mise en scène ainsi que la photographie sont également à la hauteur. A part quelques petites longueurs, « Médecin de campagne » est un film d'une grande humanité tout en évitant avec bonheur la sensiblerie et la facilité dans la relation entre les deux personnages principaux. Un film français comme on les aime.

3 étoiles, « Good Luck Algeria ». Sam et Stéphane fabriquent des skis de fond dans les Alpes françaises, mais les affaires vont mal. Pour sauver l’entreprise, ils prennent la décision d’essayer de qualifier Sam, franco-algérien, pour représenter l’Algérie au Jeux Olympiques et ainsi réaliser un formidable coup de pub. « Good Luck Algeria » est inspiré de faits réels, à savoir l’histoire du frère du réalisateur qui a participé aux Jeux Olympiques d’hiver de 2006 pour l’Algérie. Si dans le film il est bien question de sport, c’est surtout la rencontre entre deux cultures qui lui donne tout son intérêt. « Good Luck Algeria » est certes un film à la mise en scène classique qui ne va pas révolutionner le cinéma. Mais il bénéficie d’une excellente distribution et de très bons dialogues qui savent à la fois faire rire et émouvoir. Un fin dosage qui permet de passer un bon moment.

3 étoiles, « Demain ». Ce documentaire qui a reçu le César dans sa catégorie, rassemble différentes initiatives prises dans le monde en matière d’agriculture, d’énergie, d’économie, d’éducation et de démocratie. Elles montrent que face aux dangers qui menacent chaque jour un peu plus la survie de notre planète, des solutions existent. Un film qui tranche avec les documentaires alarmistes qui traitent d’habitude de l’état de plus en plus dégradé de la Terre. Certes, tout n’est pas parfait, les chapitres sur l’éducation et la démocratie participative ne sont pas très convaincants au contraire de celui sur les énergies renouvelables, par exemple. Il n’en demeure pas moins que « Demain » est un film plein d’espoir, ce qui explique probablement en grande partie son immense succès public depuis sa sortie en décembre de l’année dernière.

2 étoiles, « Fatima ». Femme de ménage d’origine algérienne vivant en France, Fatima élève seule ses deux filles. La première est âgée de 15 ans et est en pleine révolte, notamment parce que sa mère est au service des autres et se plie en quatre pour que sa deuxième fille, âgée de 18 ans, puisse commencer des études de médecine. C’est pour Fatima à la fois une fierté, mais également une difficulté, parce que ça la renvoie à ses frustrations, notamment le fait qu’elle maîtrise mal le français oral, qu’elle ne l’écrit et ne le lit pas, qu’elle est mal considérée par ceux qui l’emploient ou encore son voisinage qui la regarde de travers parce que sa fille fait des hautes études. Cette histoire, adaptée de deux livres de Fatima El Ayoubi, certes intéressante dans une France qui se pose beaucoup de questions sur sa manière d’intégrer les étrangers, a suffi à l’Académie des César pour désigner "Fatima" comme le meilleur film français de 2015. Que le film ressemble plus à un documentaire qu’à une œuvre de fiction, qu’il ne fasse preuve d’aucune originalité sur le plan cinématographique ou que certains acteurs jouent très mal n’a eu aucune importance aux yeux de la majorité des votants qui s’est réfugiée derrière le politiquement correct. On n’en revient toujours pas (uniquement mardi 3 mai à 19h à Ciné Saussure).

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire


 

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