23/10/2016

Saisir l'occasion de sortir du nucléaire maintenant

FullSizeRender.jpg55% des Suisses diraient « oui » à la sortie du nucléaire le 27 novembre. Ce sondage inquiète la droite qui va dès lors, à son habitude, faire peur aux citoyennes et citoyens durant les semaines à venir en leur promettant le retour à l’âge de pierre et/ou un approvisionnement polluant venant de l’étranger pour compenser la perte d’énergie qu’induirait l’initiative si elle passait.

Quid de l’argument de la sécurité en cas d’accident nucléaire ? La droite s’en moque car le nucléaire, c’est surtout une histoire de gros sous et démanteler les centrales va coûter cher, très cher. Combien ? On ne le sait pas exactement, les exploitants n’étant pas vraiment les rois de la transparence. Mais il s’agit bien de compter en milliards. Alors autant prolonger au maximum la vie de ces chères centrales, faire le plus de bénéfices possibles et tant pis si l’on expose la population au risque d’une catastrophe nucléaire majeure.

Tchernobyl et Fukushima, la droite ne connait pas. C’est ce qu’on appelle la fuite en avant, politique irresponsable que les délégués du PLR et du PBD ont d’ores et déjà approuvée lors de leurs assemblées en rejetant le texte des Verts.

Et pourtant, Beznau I, la plus vielle centrale nucléaire du monde (1969), est à l’arrêt depuis juillet 2015 pour de graves problèmes de sécurité, celle de Leibstadt depuis août 2016 pour des raisons techniques et celle de Mühleberg sera fermée en 2019, car elle n’est pas assez rentable.

Il est donc tout à fait possible de sortir du nucléaire en 2029, date à laquelle toutes les centrales auront dû être débranchées car exploitées depuis 45 ans, et mettre le pied sur l’accélérateur en matière d’énergies renouvelables et faire preuve d’innovation, domaine dans lequel notre pays est un leader mondial.

Une majorité des Suisses saura-t-elle saisir l’occasion qui lui est offerte avec cette initiative de sortir du nucléaire maintenant et non pas dans plus de trente ans avec la Stratégie énergétique 2050 qui pourrait très bien être remise en question d’ici là ? Réponse le 27 novembre.

20/10/2016

"Ma vie de Courgette": un vrai bijou (et 6 autres films à l'affiche)

FullSizeRender.jpgAprès en avoir tellement entendu parler, « Ma vie de Courgette » est enfin à l’affiche. L’occasion de voir si l’on partage à son tour l’enthousiasme de la critique et des spectateurs qui l’ont déjà vu, tant on ne compte déjà plus le nombre de prix reçus par ce film d’animation.

Et bien autant le dire tout de suite, l’avis est partagé et même plutôt deux fois qu’une ! « Ma vie de Courgette » est un vrai bijou. Techniquement bien sûr (60 décors, 54 marionnettes, 8 mois de tournage et encore 8 mois pour la sonorisation et l’assemblage de toutes les prises sur le bon décor), mais aussi au niveau de son scénario intelligent, des dialogues percutants prononcés par des voix formidablement bien choisies et de la bande son tout aussi remarquable.

Rien n’est laissé au hasard, le film est soigné dans ses moindres détails aussi bien du point de vue de la psychologie et de l’apparence des personnages (ah, ces grands yeux tout ronds, quelle merveille !) que de leur environnement. C’est un plaisir visuel immense de faire une nouvelle découverte pratiquement à chaque plan.

Mais « Ma vie de Courgette » est bien plus qu’une réussite technique, c’est également un film qui véhicule, avec finesse, tendresse et humour, beaucoup d’émotions, sans pathos. Tous les enfants qui fréquentent ce foyer, lieu d’apaisement qui protège des agressions du monde extérieur, et les adultes qui gravitent autour d’eux sont extrêmement attachants, même la « méchante » qu’on adore détester parce qu’elle permet de mettre encore plus en valeur le côté profondément humain des autres personnages.

« Ma vie de Courgette », adapté du roman « Autobiographie d’une Courgette » de Gilles Paris, est un film tout public. Mais le travail d’orfèvre qu’il a fallu accomplir pour le réaliser prend probablement encore une autre dimension avec des yeux d’adulte. Inutile donc de trouver un enfant alibi pour courir voir toutes affaires cessantes « Ma vie de Courgette » ! (5 étoiles)

Toujours à l’affiche

5 étoiles. « Le fils de Jean ». Matthieu a 33 ans. Sa mère n’a jamais voulu lui dire qui était son père. Il finit par le savoir quand un ami de ce dernier l’appelle pour lui apprendre que son géniteur, un Québécois, est décédé et qu’il a un paquet à lui envoyer de sa part. Matthieu décide alors d’aller chercher lui-même à Montréal le colis et de faire ainsi la connaissance de ses deux demi-frères qui ignorent bien évidemment tout de son existence. La réalité qu’il va découvrir sur place n’est pas celle qu’il attendait et son séjour prend une tournure inattendue. « Le fils de Jean » fait partie de ces films français que l’on aime aimer. L’histoire est bien écrite et réserve des (jolies) surprises, les dialogues sont percutants et les acteurs sont tous formidables. Et puis, il y a de la délicatesse, de l’humanité et donc de l’émotion, mais sans pathos, juste ce qu’il faut pour sortir de la salle de cinéma avec les yeux humides en étant content d’avoir fait le bon choix en visionnant « le Fils de Jean ».

4 étoiles. « Fuocoamare ». Ours d’or du dernier festival du film de Berlin, « Fuocoammare » est un documentaire qui met en scène des habitants de Lampedusa et le drame des réfugiés qui débarquent par milliers sur cette île sans pour autant que les uns et les autres se côtoient. La grande force du film est de suivre des habitants de Lampedusa, à savoir le docteur, le DJ de la radio locale, Samuele, un garçon de 12 ans, et son entourage, et par leur rôle ou leur regard, de donner un impact d’une force incroyable au drame qui se joue, jour après jour, sous leur yeux, mais sans qu’ils le voient. « Fuocoammare » est un film très intelligemment construit avec des scènes d’une folle intensité, celles qui filment la détresse des migrants bien sûr, mais pas seulement. Il suffit de penser, par exemple, à celle où Samuele joue à faire semblant de tirer en voyant au large des navires de guerre qui sont pourtant là pour sauver des vies. Tourné par un homme seul qui a su tellement bien se fondre dans la réalité avec sa caméra qu’on l’oublie, « Fuocoammare » est un film auquel on pense encore bien longtemps après l’avoir vu (de retour à l’affiche dès le dimanche 23 octobre au Grütli).

4 étoiles. « Frantz ». Pour quelle raison Adrien, un Français, se recueille-t-il sur la tombe d’un soldat allemand, Frantz, mort au front durant la guerre de 14-18 ? Cette question va provoquer de nombreuses réactions, à commencer par celle d’Anna, la fiancée de Frantz, dans cette petite ville d’Allemagne qui tente de se remettre péniblement de la défaite et des immenses pertes humaines causées par la guerre. Tourné en noir et blanc, « Frantz » est ce que l’on pourrait appeler un « beau » film. Mise en scène, photographie, lumières, cadrage, décors, costumes, direction d’acteurs, tout est parfait. On se laisse également prendre par l’histoire de cet ancien soldat (Pierre Niney tout en finesse) dont on se demande pendant toute la première partie du film ce qu’il cherche en faisant ce pèlerinage en terrain « ennemi ». « Frantz » est donc un très bon film à voir. Il lui manque juste ce petit supplément d’âme sur le plan émotionnel qui fait la différence entre un très bon film et un excellent.

4 étoiles. « Théo et Hugo dans le même bateau ». La scène d’ouverture très explicite d’une vingtaine de minutes filmée en temps réel dans un sex-club pour les hommes qui aiment les hommes explique sans doute la raison pour laquelle « Théo et Hugo dans le même bateau » n’a pas trouvé de distributeur en Suisse romande. Dommage, car « Théo et Hugo dans le même bateau » est un très bon film qui va bien au-delà de sa scène inaugurale qui n’a rien de gratuit. Heureusement que le festival Everybody’s perfect est passé par là et que le film aura le droit à une deuxième projection au Grütli ce samedi 22 octobre à 20h15. Le film raconte l’histoire de Théo et Hugo qui suite à leur rencontre enflammée dans un sex-club vont très vite devoir faire face à la réalité quand Hugo, séropositif, prendra conscience que Théo ne s’est pas protégé pendant leur rapport. Filmé en temps quasi réel, « Hugo et Théo dans le même bateau » suit dans les rues de Paris, entre la fin de la nuit et l’aube, ces deux jeunes hommes confrontés à la problématique du sida, dont on ne parle plus guère au cinéma. C’est fait avec finesse, tendresse, optimisme et les deux acteurs sont confondants de naturel.

3 étoiles. « Toni Erdmann ». Le film plaît par son originalité, son imprévisibilité, ses scènes qui font rire jaune, le plus souvent, ou à gorge déployée, sa relation père-fille émouvante, son côté déjanté et loufoque, sa critique sociale et son couple d’acteurs, à commencer par Peter Simonischek parfaitement crédible dans le rôle très complexe de Toni Erdmann. Beaucoup de qualités donc pour un film inclassable qui mélange comédie, satire et drame social. Pourtant, et peut-être à cause de ce mélange des genres, le film ne convainc pas totalement sur sa longueur excessive (2h42), son propos en devenant répétitif. Il n’en demeure pas moins que « Toni Erdmann » est une œuvre cinématographique qui mérite une attention particulière que les cinéphiles ne voudront pas manquer.

1 étoile. « Juste la fin du monde ». Récompensé à Cannes par le Grand Prix du jury, « Juste la fin du monde » met en scène les cinq membres d’une famille qui au cours d’un après-midi vont s’engueuler, s’insulter, se déchirer, hurler, pleurer rendant impossible toute communication entre eux. Et pourtant Louis, après douze ans d’absence, a décidé de se confronter une dernière fois à sa famille pour leur faire une communication de la plus haute importance : il va mourir. « Juste la fin du monde » est une grande déception. Pas, ou très peu, d’émotion, une violence entre les personnages qui tourne le plus souvent à une hystérie vulgaire, une incompréhension du comment cette famille en est arrivée à ce point de non-retour. « Juste la fin du monde » est un huis-clos étouffant, pénible et très décevant.

 

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

 

19/10/2016

"Théo et Hugo dans le même bateau": pudibonderie romande?

FullSizeRender.jpgLa scène d’ouverture très explicite d’une vingtaine de minutes filmée en temps réel dans un sex-club pour les hommes qui aiment les hommes explique sans doute la raison pour laquelle « Théo et Hugo dans le même bateau » n’a pas trouvé de distributeur en Suisse romande. Dommage, car « Théo et Hugo dans le même bateau » est un très bon film qui va bien au-delà de sa scène inaugurale qui n’a rien de gratuit. Pudibonderie romande alors que le film a trouvé un distributeur en Suisse alémanique ? Sans doute.

Heureusement que le festival Everybody’s perfect qui se déroule actuellement à Genève est passé par là et que le film aura le droit à une deuxième projection au Grütli ce samedi 22 octobre à 20h15.

Le film d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, qui en sont à leur huitième réalisation, est sorti en France le 26 avril dernier avec d’excellentes critiques. Il raconte l’histoire de Théo et Hugo qui suite à leur rencontre enflammée dans un sex-club vont très vite devoir faire face à la réalité quand Hugo, séropositif, prendra conscience que Théo ne s’est pas protégé pendant leur rapport.

Filmé en temps quasi réel dans les rues de Paris entre la fin de la nuit et l’aube, « Hugo et Théo dans le même bateau » suit, au sens propre et figuré, la caméra n’étant jamais bien loin des protagonistes, ces deux jeunes hommes confrontés à la problématique du sida, dont on ne parle plus guère au cinéma. C’est fait avec finesse, tendresse, optimisme et les deux acteurs sont confondants de naturel.

Un film émouvant qui aurait incontestablement mérité une sortie sur les grands écrans de Suisse romande, comme ce fut le cas pour « L’inconnu du lac », également très bon, qui comportait pourtant également des scènes de sexe entre hommes explicites. Comme quoi, c’est possible.