06/11/2016

"La fille du train" manque de souffle (et 4 autres films à l'affiche)

FullSizeRender.jpgExercice compliqué que de faire la critique d’un film dont on a terminé quelques jours auparavant le roman dont il s’inspire. La position de spectateur est forcément biaisée, surtout quand il s’agit d’un thriller dont on connaît la fin avant le début de la projection. Reste donc l’intérêt non négligeable de voir comment un livre de 450 pages, qui permet d’entrer dans le détail, a été adapté pour le grand écran.

En ce qui concerne la trame, l’adaptation est dans les faits très proches du roman. Par contre, on n’y retrouve pas l’ambiance plus sombre, plus glauque qui se dégage à la lecture du livre et qui fait sa grande force. Le personnage principal de Rachel, pourtant fort bien joué par Emily Blunt - on n’en dira pas autant des seconds rôles, surtout masculins, pas très convaincants - est beaucoup moins torturé, cette remarque étant d’ailleurs valable pour tous les autres personnages qui sont bien plus lisses que dans le roman.

Cela a une influence sur tout le film qui manque de souffle avec comme conséquence que la tension n’atteint pas celle ressentie lors de la lecture du livre de Paula Hawkins. Il n’en demeure pas moins que cette adaptation est honnête et qu’elle a toutes les chances de plaire aux amateurs de thrillers qui ne feront pas la comparaison avec le roman (3 étoiles) !

Toujours à l’affiche

5 étoiles. « Ma vie de Courgette ». Ce film d’animation est un vrai bijou. Techniquement bien sûr, mais aussi au niveau de son scénario intelligent, des dialogues percutants prononcés par des voix formidablement bien choisies et de la bande son tout aussi remarquable. Rien n’est laissé au hasard, le film est soigné dans ses moindres détails aussi bien du point de vue de la psychologie et de l’apparence des personnages que de leur environnement. C’est un plaisir visuel immense de faire une nouvelle découverte pratiquement à chaque plan. « Ma vie de Courgette » véhicule, avec finesse, tendresse et humour, beaucoup d’émotions, sans pathos. Tous les enfants qui fréquentent ce foyer, lieu d’apaisement qui protège des agressions du monde extérieur, et les adultes qui gravitent autour d’eux sont extrêmement attachants. « Ma vie de Courgette » est un film tout public. Mais le travail d’orfèvre qu’il a fallu accomplir pour le réaliser prend probablement encore une autre dimension avec des yeux d’adulte. Cour(g)ez-y !

4 étoiles. « Fuocoammare ». Ours d’or du dernier festival du film de Berlin, « Fuocoammare » est un documentaire qui met en scène des habitants de Lampedusa et le drame des réfugiés qui débarquent par milliers sur cette île sans pour autant que les uns et les autres se côtoient. La grande force du film est de suivre des habitants de Lampedusa, à savoir le docteur, le DJ de la radio locale, Samuele, un garçon de 12 ans, et son entourage, et par leur rôle ou leur regard, de donner un impact d’une force incroyable au drame qui se joue, jour après jour, sous leur yeux, mais sans qu’ils le voient. « Fuocoammare » est un film très intelligemment construit avec des scènes d’une folle intensité, celles qui filment la détresse des migrants bien sûr, mais pas seulement. Il suffit de penser, par exemple, à celle où Samuele joue à faire semblant de tirer en voyant au large des navires de guerre qui sont pourtant là pour sauver des vies. Tourné par un homme seul qui a su tellement bien se fondre dans la réalité avec sa caméra qu’on l’oublie, « Fuocoammare » est un film auquel on pense encore bien longtemps après l’avoir vu.

4 étoiles : « Frantz ». Pour quelle raison Adrien, un Français, se recueille-t-il sur la tombe d’un soldat allemand, Frantz, mort au front durant la guerre de 14-18 ? Cette question va provoquer de nombreuses réactions, à commencer par celle d’Anna, la fiancée de Frantz, dans cette petite ville d’Allemagne qui tente de se remettre péniblement de la défaite et des immenses pertes humaines causées par la guerre. Tourné en noir et blanc, « Frantz » est ce que l’on pourrait appeler un « beau » film. Mise en scène, photographie, lumières, cadrage, décors, costumes, direction d’acteurs, tout est parfait. On se laisse également prendre par l’histoire de cet ancien soldat (Pierre Niney tout en finesse) dont on se demande pendant toute la première partie du film ce qu’il cherche en faisant ce pèlerinage en terrain « ennemi ». « Frantz » est donc un très bon film à voir. Il lui manque juste ce petit supplément d’âme sur le plan émotionnel qui fait la différence entre un très bon film et un excellent.

1 étoile. « Juste la fin du monde ». Récompensé à Cannes par le Grand Prix du jury, « Juste la fin du monde » met en scène les cinq membres d’une famille qui au cours d’un après-midi vont s’engueuler, s’insulter, se déchirer, hurler, pleurer rendant impossible toute communication entre eux. Et pourtant Louis, après douze ans d’absence, a décidé de se confronter une dernière fois à sa famille pour leur faire une communication de la plus haute importance : il va mourir. « Juste la fin du monde » est une grande déception. Pas, ou très peu, d’émotion, une violence entre les personnages qui tourne le plus souvent à une hystérie vulgaire, une incompréhension du comment cette famille en est arrivée à ce point de non-retour. « Juste la fin du monde » est un huis-clos étouffant, pénible et très décevant.

 

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

 

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