16/11/2016

"Mal de pierres": pour Marion Cotillard (et 7 autres films à l'affiche)

IFullSizeRender.jpgl y a une bonne raison d’aller voir « Mal de pierres » : Marion Cotillard. Elle est formidable dans le rôle de Gabrielle, cette femme en avance sur son époque, le film se déroule dans la France rurale des années 50, qui rêve de vivre le grand amour alors que son entourage ne pense qu’à la marier selon les conventions en vigueur. Et c’est ce que sa famille va faire en donnant Gabrielle à José, un ouvrier agricole.

Quant au film en lui-même, il ne soulève pas l’enthousiasme. C’est certes bien fait, avec une mention particulière à la magnifique photographie, mais le tout manque d’émotions, ce qui est paradoxal en regard du sujet du film.

Lent à démarrer, on frôle l’ennui dans les trente premières minutes, « Mal de pierres » prend son envol quand Gabrielle commence sa cure thermale et qu’elle a le coup de foudre pour ce lieutenant français de retour de la guerre d’Indochine bien mal en point (Louis Garrel, à la hauteur du rôle). Cette passion va conduire Gabrielle au bord de la folie, comme la dernière partie du film le fera comprendre dans un retournement de situation peu crédible, mais aussi lui permettre de rebondir grâce à un mari bien plus aimant qu’on aurait pu l’imaginer. La dernière scène du film est à cet égard touchante (2 étoiles).

Toujours à l’affiche

5 étoiles. « Ma vie de Courgette ». Ce film d’animation est un vrai bijou. Techniquement bien sûr, mais aussi au niveau de son scénario intelligent, des dialogues percutants prononcés par des voix formidablement bien choisies et de la bande son tout aussi remarquable. Rien n’est laissé au hasard, le film est soigné dans ses moindres détails aussi bien du point de vue de la psychologie et de l’apparence des personnages que de leur environnement. C’est un plaisir visuel immense de faire une nouvelle découverte pratiquement à chaque plan. « Ma vie de Courgette » véhicule, avec finesse, tendresse et humour, beaucoup d’émotions, sans pathos. Tous les enfants qui fréquentent ce foyer, lieu d’apaisement qui protège des agressions du monde extérieur, et les adultes qui gravitent autour d’eux sont extrêmement attachants. « Ma vie de Courgette » est un film tout public. Mais le travail d’orfèvre qu’il a fallu accomplir pour le réaliser prend probablement encore une autre dimension avec des yeux d’adulte. Cour(g)ez-y !

4 étoiles. « Fuocoammare ». Ours d’or du dernier festival du film de Berlin, « Fuocoammare » est un documentaire qui met en scène des habitants de Lampedusa et le drame des réfugiés qui débarquent par milliers sur cette île sans pour autant que les uns et les autres se côtoient. La grande force du film est de suivre des habitants de Lampedusa, à savoir le docteur, le DJ de la radio locale, Samuele, un garçon de 12 ans, et son entourage, et par leur rôle ou leur regard, de donner un impact d’une force incroyable au drame qui se joue, jour après jour, sous leur yeux, mais sans qu’ils le voient. « Fuocoammare » est un film très intelligemment construit avec des scènes d’une folle intensité, celles qui filment la détresse des migrants bien sûr, mais pas seulement. Il suffit de penser, par exemple, à celle où Samuele joue à faire semblant de tirer en voyant au large des navires de guerre qui sont pourtant là pour sauver des vies. Tourné par un homme seul qui a su tellement bien se fondre dans la réalité avec sa caméra qu’on l’oublie, « Fuocoammare » est un film auquel on pense encore bien longtemps après l’avoir vu.

3 étoiles. « La fille du train ». L’adaptation du roman à succès de Paula Hawkins à l’écran est très proche dans les faits. Par contre, on n’y retrouve pas l’ambiance plus sombre, plus glauque qui se dégage à la lecture du livre et qui fait sa grande force. Le personnage principal de Rachel, pourtant fort bien joué par Emily Blunt - on n’en dira pas autant des seconds rôles, surtout masculins, pas très convaincants - est beaucoup moins torturé, cette remarque étant d’ailleurs valable pour tous les autres personnages qui sont bien plus lisses que dans le roman. Cela a une influence sur tout le film qui manque de souffle avec comme conséquence que la tension n’atteint pas celle ressentie lors de la lecture du livre. Il n’en demeure pas moins que cette adaptation est honnête et qu’elle a toutes les chances de plaire aux amateurs de thrillers qui ne feront pas la comparaison avec le roman ! Pot de terre contre pot de fer ou encore David contre Goliath. C’est le type de combat que va mener Clara, la soixantaine épanouie, contre des promoteurs qui vont tout tenter pour l’obliger à vendre l’appartement qu’elle occupe depuis toujours, ou presque, dans l’Aquarius, un immeuble où elle est la dernière habitante à résister.

1 étoile. « Juste la fin du monde ». Récompensé à Cannes par le Grand Prix du jury, « Juste la fin du monde » met en scène les cinq membres d’une famille qui au cours d’un après-midi vont s’engueuler, s’insulter, se déchirer, hurler, pleurer rendant impossible toute communication entre eux. Et pourtant Louis, après douze ans d’absence, a décidé de se confronter une dernière fois à sa famille pour leur faire une communication de la plus haute importance : il va mourir. « Juste la fin du monde » est une grande déception. Pas, ou très peu, d’émotion, une violence entre les personnages qui tourne le plus souvent à une hystérie vulgaire, une incompréhension du comment cette famille en est arrivée à ce point de non-retour. « Juste la fin du monde » est un huis-clos étouffant, pénible et très décevant.

Dans le cadre du Festival Filmar

3 étoiles. « Aquarius ». Portrait magnifique d’une femme, « Aquarius » est aussi une critique du Brésil, pays où la corruption est reine et les inégalités sociales bien présentes. « Aquarius » est un film avec du suspense, malgré une deuxième partie trop longue où l’histoire peine à avancer. Malgré ce bémol, on suit avec intérêt et beaucoup d’empathie le combat entre passé et présent de cette femme attachante de la bonne société, ce qui ne l’empêche pas d’être rebelle dans ses actes ou dans ses relations avec son entourage qu’elle n’hésite pas à remettre à sa place. Mais pas de quoi le faire fuir pour autant, son rayonnement exceptionnel fascinant même ceux qui veulent lui faire du tort et…les spectateurs grâce à la performance exceptionnelle de Sonia Braga, actrice très connue dans son pays, qui porte le film de bout en bout.

3 étoiles. « Les amants de Caracas ». Récompensé par le Lion d'Or 2015 à Venise, "Les amants de Caracas" met en scène la relation improbable entre un quinquagénaire plutôt aisé, Armando, et un adolescent délinquant d'un quartier pauvre de Caracas prénommé Elder. "Les amants de Caracas" est porté par ses deux acteurs qui sont excellents et rendent crédibles cette relation à laquelle on peine à croire au début, bien que le film soit basé sur des faits réels. Le rythme est un peu lent, parfois même à la limite de l'ennui, mais il permet d'accentuer l'atmosphère lourde qui règne tout au long du film et qui donne tout son sens au moment de la scène finale qui laisse de nombreuses secondes sans voix, car on ne la voit pas venir. Un film perturbant auquel l'on pense encore plusieurs jours après l'avoir vu.

2 étoiles. « Rara ». Le film est centré sur le personnage de Sara une adolescente de 13 ans qui a les préoccupations d’une fille de son âge, sauf que ses parents sont en instance de divorce et que son père souhaite obtenir sa garde et celle de sa petite sœur parce que leur mère vit avec une autre femme. Le père obtiendra-t-il gain de cause dans une société conservatrice chilienne où l’homoparentalité est très mal considérée quand bien même Sara et sa sœur vivent dans une famille attentionnée et aimante ? Malgré son sujet très émotionnel « Rara » (Bizarre), pourtant inspiré d’une histoire vraie, manque…d’émotions. La succession de trop nombreuses courtes scènes empêche en effet d’entrer véritablement dans le film, l’enjeu de la garde des enfants n’en est pas vraiment un et le jeu des acteurs, mis à part celui des deux sœurs, sonne faux. Décevant.

 

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

 

Commentaires

Bonjour,

Je suis content de vous lire sur "Mal de Pierres". Je cherchais un autre avis que le mien. J'avais vu Yann Moix en parler de manière dithyrambique et je ne partage pas son avis.

J'aime beaucoup Nicole Garcia, depuis "Mon Oncle d'Amérique" de Resnais, un film-référence pour moi sur la compréhension de l'humain, que j'ai montré à toutes mes volées d'étudiants. Son jeu est d'une étonnante complexité, logique et illogique à la fois (je ne sais pas le dire autrement). J'ai l'impression qu'elle a mis cet aspect d'elle-même dans le film et dans les personnages.

Je me suis aussi ennuyé au début. Après, je pense avoir fait le tour des histoires bovarystes et le sujet m'a laissé distant, même à partir de son hospitalisation: trop téléphoné, trop rapide, malgré la belle présence de Cotillard. J'ai l'impression que Nicole Garcia a fait la même direction d'acteurs pour tous les personnages: même phrasé, même distanciation et absence d'émotion, et du coup j'ai trouvé assez peu de relief de ces personnages.

Les éclairages m'ont aussi dérangés, une sorte de traitement de l'image à l'ancienne. Sauf dans les débuts ou fins de jours où la lumière était très belle.

La fin, oui, surprenante. Touchante certes, ces deux êtres qui soudain se parlent d'amour en si peu de mots, juste en une phrase: "Je voulais que tu vives". Mais un peu artificiel.

Je comprends que Nicole Gracia ait choisi une manière très sobre pour traiter ce sujet mais au final ce film m'a laissé assez froid.

Merci pour cette chronique.

Écrit par : hommelibre | 16/11/2016

Merci à vous d'avoir pris le temps de partager votre point de vue sur "Mal de pierres".

Écrit par : Didier Bonny | 16/11/2016

la mal-compréhension

Si ce n’était l’interprétation sublime de Marion Cotillard, le dernier long métrage de Nicole Garcia «Le mal de pierres » m’aurait laissé insatisfait et dubitatif. Je n’ai pas compris ce qui y relève de l’illusoire, voir du fantastique, et ce qui y relève de la réalité. Et ceci par la faute d’un scénario où les invraisemblances et les incohérences sont vraiment réelles. Peut-être le roman de Milena Agus, dont la réalisatrice s’est inspirée, donne-t-il les détails qui font défaut.

L’actrice interprète le personnage de Gabrielle qui dès les premières scènes est identifiée comme une folle d’amour. Jetant son dévolu sur un instituteur marié et dont la femme est enceinte, elle l’aguiche fiévreusement par toutes sortes de moyens. Éconduite, elle tombe dans une folie exhibitionniste. C’est alors que débute une histoire tirée tant soit peu par les cheveux. La mère désirant se défaire d’elle la promet à un ouvrier (Alex Brendemühl) ayant vécu la guerre civile espagnole. Gabrielle n’ayant aucune attirance pour lui accepte malgré tout le mariage sans que l’on sache pourquoi, car la psychologie de la protagoniste n’a pas été étoffée. Et ce n’est pas le chantage de la mère (Brigitte Roüan) menaçant de la mettre dans un institut spécialisé qui m’a convaincu.

Une fois mariés, le mari assouvit ses désirs auprès des professionnelles du sexe, puis auprès de son épouse déguisée en catin.

Après qu’une femme médecin lui a détecté des calculs rénaux, Gabrielle soigne son mal dans un établissement de cure situé dans les Alpes suisses. Elle y fait la connaissance d’un éclopé de guerre, André Sauvage (Louis Garrel), qui est à l’article de la mort. Elle s’éprend de lui. Il n’est pas insensible à son charme non plus. Son état s’étant soudainement détérioré, il est transporté d’urgence à l’hôpital de Lyon, ville où il habite. Désespérée, l’amoureuse poursuit l’ambulance, puis, à bout de souffle, elle s’évanouit.

Je dois maintenant utiliser le mode conditionnel, car l’ambiguïté demeure quant à savoir si l’épisode qui suit tient du fantasme de Gabrielle ou de la réalité.

André serait revenu dans l’établissement thermal. Gabriel et lui y auraient assis leur amour. Elle se serait aussi fait photographier avec lui. Un jour avant de quitter l’établissement, elle l’aurait supplié de pouvoir l’accompagner. Il le lui aurait refusé, disant qu’il avait des affaires urgentes à régler, mais lui aurait juré de lui écrire.

En emballant ses affaires la caméra nous montre une photo. André est assis dans une chaise et elle se tient à ses cotés, assise sur l’accoudoir. Ce souvenir est soigneusement emballé.

De retour au village, le mari lui fait la surprise d’une maison plus agréable à vivre. Les jours passants, puis les semaines et les mois, Gabrielle, ne recevant aucune réponse aux nombreux courriers qu’elle a adressé à André, tombe dans le désespoir. Celui-ci atteint son pic lorsque son mari lui ramène toutes les lettres en retour. Mais le temps suit son cours. Elle donne naissance à un garçon, dont André est le père, pense-t-elle. L’enfant se révèle être doué pour le piano, tant et si bien que son professeur décide de l’inscrire à un concours qui a lieu à Lyon. Le jour venu, la mère, le père et le fils s’embarquent en voiture et font route vers cette ville. Arrivés dans celle-ci, ils sont pris dans un embouteillage et les yeux de Gabrielle ont tout le loisir de croiser l’adresse d’André Sauvage. Entrée dans un état second, elle dit aux deux qu’elle doit absolument descendre ici mais qu’elle les rejoindrai plus tard au conservatoire. Elle se précipite à l’étage et sonne à la porte portant le nom recherché. Un homme lui ouvre. Elle s’enquiert d’André. Il lui répond qu’il est mort le jour après que l’ambulance est arrivée. Elle s’écrie qu’il était revenu à la cure car il se disait guéri. Mais l’homme n’en démord pas et lui répète qu’il est bien mort après avoir été amené à l’hôpital.

Cela voudrait dire que Gabrielle a halluciné son retour. Je suis arrivé à cette conclusion jusqu’à la scène où une nuit, Gabrielle, hantée par son hallucination se précipite sur la valise qu’elle avait rangée à l’abri de yeux indiscrets. Elle en sort le dossier médical où elle avait enfoui la photo d’elle et d’André. En la regardant, elle est abasourdie : elle seule y figure. Pourtant, nous spectateurs, avons bien vu que les deux y figuraient. Si la photo reflétait son hallucination, alors comment expliquer que soudainement elle soit guérie de sa folie hallucinatoire?

Par ailleurs, comment croire au fait qu’elle n’ait jamais essayé de rejoindre son amant puisqu’elle connaissait son adresse ? Elle avait pourtant été prête de partir avec lui.

Le summum de l’incompréhension est atteint lorsqu’elle lui demande dans une des dernières scènes : « Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? » et qu’il lui répond : « Je voulais que tu vives ». Et moi, spectateur, je me demande alors quelles sont les scènes s’inscrivant dans la réalité et quelles sont celles qui s’inscrivent dans l’imagination de Gabrielle ? Ou est ce que tout le film relève-t-il du fantastique ?

Dommage que la prestation de Marion Cotillard soit ternie par une histoire on ne peut plus amphigourique.

Écrit par : frenkel | 18/11/2016

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