31/12/2016

Dernier coucher de soleil sur 2016

Dans ce monde qui va globalement plutôt mal, quand bien même l'information est ainsi faite qu'elle a une forte tendance à ne pas mettre en avant les formidables initiatives qui sont prises jour après jour pour essayer de le rendre meilleur, ose-t-on encore adresser ses meilleurs vœux pour l'année qui va débuter alors que l'on sait d'avance qu'elle comportera des drames en tout genre, mais aussi des moments de joie?

La réponse est sans hésitation affirmative. Souhaiter à ses proches, à celles et ceux avec lesquels on mène des combats communs, avec lesquels on travaille ou encore aux lectrices et lecteurs de votre blog une bonne année 2017 est un acte positif qui permettra peut-être de donner plus de force au moment d'affronter des obstacles.

Alors au moment où le soleil va se coucher pour la dernière fois sur 2016 (ici sur les Dents du Midi et le Miroir d'Argentine, que la nature est belle, préservons-la), je vous souhaite une année 2017 à la hauteur de vos espérances!

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29/12/2016

L'esprit de Noël a soufflé sur le Conseil d'Etat

IMG_7659.PNGEn raison des fêtes de fin d'année, la nouvelle est passée un peu inaperçue. C'est en effet le 23 décembre que le Conseil d'Etat a annoncé qu'il s'était adressé par lettre à la Conseillère fédérale Simonetta Sommaruga pour lui demander de "limiter les expulsions d'enfants pendant le cursus scolaire, notamment par le biais de vols spéciaux, aux périodes de vacances d'été". Autrement dit, que l'on arrête de renvoyer chez eux des élèves au cours de l'année scolaire.

Cette réaction du Conseil d'Etat, qui n'a rien de très révolutionnaire, fait suite au renvoi début décembre d'une famille kosovare, installée depuis six ans à Avully, par vol spécial. La manière brutale dont cela s'est passé, les enfants scolarisés n'ont même pas pu dire au revoir à qui que ce soit, a soulevé une levée de boucliers parmi la population, mais aussi - enfin serait-on tenté de dire - parmi les politiques.

C'est ainsi que les deux Conseillers d'Etat de gauche ont brisé la collégialité pour lancer un appel à un droit d'asile plus humaniste et que l'ancien Conseiller d'Etat démocrate-chrétien Dominique Föllmi a déclaré dans une interview à La Tribune de Genève qu' "il y avait des moments où l'humain devait passer par-dessus les lois." Il en avait fait la preuve en 1986 lorsqu'il avait amené lui-même une élève clandestine, ce qui avait finalement débouché un peu plus tard sur la scolarisation des élèves sans-papiers.

Le message de Dominique Föllmi vise principalement le Conseiller d'Etat Pierre Maudet, le premier concerné par l'application des renvois, qui devrait pourtant savoir qu'il y a la loi et l'esprit de la loi. Cela ne ferait pas de lui un mauvais Magistrat s'il mettait de temps en temps (un peu) les pieds au mur pour éviter des drames humains, bien au contraire.

Espérons donc que l'esprit de Noël qui a soufflé, certes avec modération, sur le Conseil d'Etat se maintienne avec la nouvelle année afin que plus un seul élève de l'école genevoise ne soit renvoyé au cours d'une année scolaire, quitte à désobéir à Berne. Question de replacer les valeurs humaines à leur juste place.

28/12/2016

"Sully": un habile mélange (et 4 autres films à l'affiche)

FullSizeRender.jpgTout le monde se souvient de l’amerrissage d’un Airbus A320 sur l’Hudson en plein New-York en janvier 2009 avec 155 passagers à son bord et…155 survivants. Un véritable miracle qui pourtant, à y regarder de plus près, est avant tout un exploit humain hors du commun qui va d’ailleurs au-delà du pilote, même si celui-ci joue bien évidemment un rôle central.

C’est cet aspect de ce fait divers heureux que privilégie Clint Eastwood bien plus inspiré que pour son film précédent, le patriotique « American Sniper » jusqu’à l’excès. « Sully » est avant tout une aventure humaine qui montre aussi l’autre côté du décor, à savoir l’enquête ouverte sur le commandant de bord pour savoir s’il n’aurait pas dû privilégier d’autres options que l’amerrissage et ainsi sauver aussi l’appareil.

Dans le rôle de Chesley « Sully » Sullenberger, Tom Hanks, présent dans pratiquement tous les plans du film, est une fois de plus génial. Il exprime avec peu de mots tous les tourments qui assaillent cet homme qui vient de réaliser quelque chose de fort, peut-être de trop fort. Du grand art.

Le film mêle très habilement grâce à un excellent montage et une mise en scène au cordeau, le côté spectaculaire et à grand suspense du film - alors qu’on connaît la fin dès le début du film, la tension est à son comble jusqu’aux dernières minutes ! - avec celui beaucoup plus intimiste des remises en question du commandant et de l’enquête. « Sully » fait passer le spectateur par toutes les émotions - peur, pleurs, rage, soupir, sourires – et c’est un vrai plaisir à ne surtout pas bouder ! (5 étoiles)

Toujours à l’affiche

5 étoiles. « Moi, Daniel Blake ».  Récompensé par la Palme d’or au Festival de Cannes 2016 le film a pour thématique principale le poids d’une administration qui au lieu de venir en aide à ses administrés ne fait que de les enfoncer toujours plus dans la précarité. C’est ainsi que l’on suit les déboires de Daniel Blake qui se voit refuser une rente invalidité après un grave accident cardiaque. Il se retrouve dès lors condamner à s’inscrire au chômage pour toucher des indemnités et à faire des recherches d’emploi alors qu’il a l’interdiction de ses médecins de travailler. On peut, certes, reprocher au film son côté un brin démagogique et un peu trop manichéen – les fonctionnaires, à l’exception d’une, sont tous des méchants et les pauvres tous des gentils – mais c’est bien le seul reproche qu’on puisse lui faire. « Moi, Daniel Blake » est émouvant, bouleversant même, il dénonce avec force un système dénué de toute humanité et qui dérape. La mise en scène est d’un grand réalisme avec des scènes très variées qui donnent de l’épaisseur à l’histoire et les dialogues sont percutants. Le tout est joué par des acteurs formidables qui vous touchent jusqu’à en avoir les larmes aux yeux.

5 étoiles. « Ma vie de Courgette ». Ce film d’animation est un vrai bijou. Techniquement bien sûr, mais aussi au niveau de son scénario intelligent, des dialogues percutants prononcés par des voix formidablement bien choisies et de la bande son tout aussi remarquable. Rien n’est laissé au hasard, le film est soigné dans ses moindres détails aussi bien du point de vue de la psychologie et de l’apparence des personnages que de leur environnement. C’est un plaisir visuel immense de faire une nouvelle découverte pratiquement à chaque plan. « Ma vie de Courgette » véhicule, avec finesse, tendresse et humour, beaucoup d’émotions, sans pathos. Tous les enfants qui fréquentent ce foyer, lieu d’apaisement qui protège des agressions du monde extérieur, et les adultes qui gravitent autour d’eux sont extrêmement attachants. « Ma vie de Courgette » est un film tout public. Mais le travail d’orfèvre qu’il a fallu accomplir pour le réaliser prend probablement encore une autre dimension avec des yeux d’adulte. Cour(g)ez-y !

3 étoiles. « La fille de Brest », c’est l’histoire vraie d’Irène Frachon, pneumologue, qui en 2007 alerte les autorités sanitaires françaises des risques de problèmes cardiaques liés à la prise du Mediator, un antidiabétique. La bombe est lancée. Mais elle va mettre plusieurs années à exploser, le chemin pour faire éclater la vérité étant parsemé d’obstacles. C’est ce long combat à la David contre Goliath que raconte le film aux allures de thriller. Porté par l’énergie de son actrice principale Sidse Babett Knudsen (l’héroïne de l'excellente série danoise « Borgen » et César du meilleur second rôle 2016 pour « L’hermine »), « La fille de Brest » ne laisse rien au hasard : crédibilité de la reconstitution de l’affaire, rythme soutenu, suspense, belle distribution et scènes « choc » à l’image des deux autopsies. Le film contient donc tous les éléments pour être accroché à son siège du début à la fin. Et pourtant, ce n’est pas toujours le cas en raison d’un côté didactique trop prononcé et de la linéarité du récit qui réserve au final peu de surprises et d’émotions. Malgré ces réserves, « La fille de Brest » est un bel hommage à toutes celles et ceux qui se sont battu pour sauver des vies et faire indemniser les victimes, ce qui n’est toujours pas fait à ce jour.

2 étoiles. « Mal de pierres ». Marion Cotillard est formidable dans le rôle de Gabrielle, cette femme en avance sur son époque - le film se déroule dans la France rurale des années 50 - qui rêve de vivre le grand amour alors que son entourage ne pense qu’à la marier selon les conventions en vigueur. Et c’est ce que sa famille va faire en donnant Gabrielle à José, un ouvrier agricole. Quant au film en lui-même, il ne soulève pas l’enthousiasme. C’est certes bien fait, avec une mention particulière à la magnifique photographie, mais le tout manque d’émotions, ce qui est paradoxal en regard du sujet du film. Lent à démarrer, « Mal de pierres » prend son envol quand Gabrielle commence sa cure thermale et qu’elle a le coup de foudre pour ce lieutenant français de retour de la guerre d’Indochine. Cette passion va conduire Gabrielle au bord de la folie, comme la dernière partie du film le fera comprendre dans un retournement de situation peu crédible.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire