30/01/2017

"La La Land" mérite-t-il tous ces éloges?

IMG_7890.PNG7 Golden Globes, 14 nominations aux Oscar 2017, un battage médiatique énorme, des critiques pour la plupart élogieuses, ça donne forcément très envie d'aller voir "La La Land". Ça donne d'autant plus envie quand on a adoré "Whiplash", le film précédent de Damien Chazelle. Avec le risque que le résultat ne soit pas à la hauteur de toutes ces attentes. 

Autant le dire tout de suite, "La La Land" est un bon film, mais ce n'est pas le chef d'œuvre annoncé. Cet hommage aux comédies musicales des années cinquante est esthétiquement une réussite: la photographie, les costumes et les décors nous font replonger dans l'âge d'or des comédies musicales avec un côté moderne puisque l'action se passe de nos jours. La musique, les chansons et les danses, pas très nombreuses, sont plutôt entraînantes et donnent par moment des fourmillements dans les pieds et les jambes.

Ryan Gosling et Emma Stone sont craquants et très investis dans leur rôle de pianiste de jazz (Ryan Gosling a appris le piano afin de jouer lui-même les morceaux) et de comédienne à la poursuite de leur rêve. Ils chantent (plutôt bien en ce qui concerne Emma Stone, on n'en dira pas autant de Ryan Gosling), dansent et s'aiment. Mais leur amour survivra-t-il à leurs ambitions artistiques? 

"La La land" est à l'image de la vie de ses deux héros: il y a des hauts et des bas. Un début sur les chapeaux de roue, la romance qui se met en place avec une bonne dose d'humour et le hasard en guise de Cupidon, puis ça patine dans le mélo avant de reprendre son envol avec une scène magnifique d'intensité entre les deux amoureux qui doivent faire face au dilemme entre vivre leur vie d'artiste ou leur vie de couple. Quant à la fin, qui tire en longueur, on pourra regretter que le conte de fées ne soit pas assumé jusqu'au bout, "La La Land" n'ayant pas pour vocation d'être un film réaliste.

Au final, "La La Land" ne manque donc pas de qualités, sans pour autant susciter le fol enthousiasme dont une très grande partie des critiques s'est fait l'écho. Il y manque indéniablement ce qui fait la marque des tout grands films: de l'émotion. (3 étoiles)

 

27/01/2017

Pas de "Trumperie" sur la marchandise

images.jpgLe moins que l’on puisse écrire, et que l’on apprécie le personnage ou non, c’est qu’après une semaine de pouvoir, Donald Trump a mis à exécution plusieurs de ses promesses électorales.

On peut imaginer que ses électrices et électeurs sont ravis de la diminution drastique des aides financières aux ONG qui ont un lien avec l’avortement, du tour de vis sur les immigrés clandestins, de l’annonce de la construction d’un mur à la frontière mexico-américaine (les électrices et électeurs de Donald Trump ont-ils vraiment cru que le Mexique serait assez stupide pour le financer ?!), de la suppression de toutes les références aux droits des personnes LGBT sur le site de la Maison Blanche, de la relance de deux projets d’oléoducs mettant sérieusement en danger la protection de l’environnement, de la remise en question de l’assurance maladie, de la dérégulation massive qui se répercutera d’une manière ou d’une autre sur les droits des travailleuses et travailleurs et la liste n’est pas exhaustive.

Il n’y a donc pas « Trumperie sur la marchandise ». Le nouveau président des Etats-Unis applique le programme sur lequel il a été élu, ce qui est plutôt rare, il faut bien le dire. Cette qualité ne fait pas pour autant de moi un nouveau supporter de Donald Trump ! Je continue de ne pas comprendre comment une majorité des Etats (rappelons que c’est Hillary Clinton qui a obtenu la majorité des voix) a pu mettre à la tête du pays le plus puissant du monde un homme qui prend ses décisions à la hache.

Et qu’en pensent à présent celles et ceux qui ont renoncé à voter en novembre refusant de se prononcer entre ce qui leur apparaissait comme un choix entre la peste Trump et le choléra Clinton (ou inversement) ? Il faudra sans doute attendre les élections de mi-mandat en novembre 2018 pour le savoir. Que le temps va paraître long jusque-là !

23/01/2017

"Primaire": un bel hommage à l'école (et 5 autres films à l'affiche)

FullSizeRender.jpgAller voir un film dont l’école est le sujet central quand on y passe soi-même une bonne partie de son temps, est-ce bien raisonnable ? Dans le cas de « Primaire », la réponse est affirmative. Le film est dans l’ensemble crédible et rend hommage à cette profession difficile d’enseignant. Il y a certes quelques facilités scénaristiques, mais rien de bien choquant. « Primaire » est bel et bien une œuvre de fiction, qui se nourrit logiquement de faits improbables, et non pas un documentaire.

Florence est passionnée par son métier et gère le mieux qu’elle peut son rôle d’enseignante et de mère divorcée d’un enfant qui est dans sa propre classe, ce qui n’est d’ailleurs pas sans poser certains problèmes. Cet équilibre sera rompu quand Sacha, un élève en difficulté en raison de sa situation familiale, fera son apparition dans la vie de Florence remettant en question ce en quoi elle croit.

Sara Forestier est très convaincante dans le rôle de cette enseignante attachée non seulement à transmettre des connaissances, mais également à mettre en place les conditions pour que chacun trouve sa place au sein de la classe. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si une élève autiste occupe un rôle en vue dans le film.

On suit donc avec plaisir - on rit souvent grâce à des situations comiques et à des dialogues qui font mouche - et parfois émotion cette classe de CM2 (élèves de 10-11 ans) jouée par des enfants confondants de naturel, la palme revenant à l’acteur qui joue le fils de Florence absolument épatant. (3 étoiles)

Toujours à l’affiche

5 étoiles. « Sully ». Tout le monde se souvient de l’amerrissage d’un Airbus A320 sur l’Hudson en plein New-York en janvier 2009 avec 155 passagers à son bord et…155 survivants. Un véritable miracle qui pourtant est avant tout un exploit humain hors du commun qui va d’ailleurs au-delà du pilote, même si celui-ci joue bien évidemment un rôle central. C’est cet aspect de ce fait divers heureux que privilégie Clint Eastwood. « Sully » est avant tout une aventure humaine qui montre aussi l’autre côté du décor, à savoir l’enquête ouverte sur le commandant de bord pour savoir s’il n’aurait pas dû privilégier d’autres options que l’amerrissage et ainsi sauver aussi l’appareil. Le film mêle très habilement grâce à un excellent montage et une mise en scène au cordeau, le côté spectaculaire et à grand suspense du film avec celui beaucoup plus intimiste des remises en question du commandant, génial Tom Hanks, et de l’enquête. « Sully » fait passer le spectateur par toutes les émotions - peur, pleurs, rage, soupir, sourires – et c’est un vrai plaisir.

5 étoiles. « Moi, Daniel Blake ».  Récompensé par la Palme d’or au Festival de Cannes 2016 le film a pour thématique principale le poids d’une administration qui au lieu de venir en aide à ses administrés ne fait que de les enfoncer toujours plus dans la précarité. C’est ainsi que l’on suit les déboires de Daniel Blake qui se voit refuser une rente invalidité après un grave accident cardiaque. Il se retrouve dès lors condamner à s’inscrire au chômage pour toucher des indemnités et à faire des recherches d’emploi alors qu’il a l’interdiction de ses médecins de travailler. On peut, certes, reprocher au film son côté un brin démagogique et un peu trop manichéen – les fonctionnaires, à l’exception d’une, sont tous des méchants et les pauvres tous des gentils – mais c’est bien le seul reproche qu’on puisse lui faire. « Moi, Daniel Blake » est émouvant, bouleversant même, il dénonce avec force un système dénué de toute humanité et qui dérape. La mise en scène est d’un grand réalisme avec des scènes très variées qui donnent de l’épaisseur à l’histoire et les dialogues sont percutants. Le tout est joué par des acteurs formidables qui vous touchent jusqu’à en avoir les larmes aux yeux.

5 étoiles. « Ma vie de Courgette ». Ce film d’animation est un vrai bijou. Techniquement bien sûr, mais aussi au niveau de son scénario intelligent, des dialogues percutants prononcés par des voix formidablement bien choisies et de la bande son tout aussi remarquable. Rien n’est laissé au hasard, le film est soigné dans ses moindres détails aussi bien du point de vue de la psychologie et de l’apparence des personnages que de leur environnement. C’est un plaisir visuel immense de faire une nouvelle découverte pratiquement à chaque plan. « Ma vie de Courgette » véhicule, avec finesse, tendresse et humour, beaucoup d’émotions, sans pathos. Tous les enfants qui fréquentent ce foyer, lieu d’apaisement qui protège des agressions du monde extérieur, et les adultes qui gravitent autour d’eux sont extrêmement attachants. « Ma vie de Courgette » est un film tout public. Mais le travail d’orfèvre qu’il a fallu accomplir pour le réaliser prend probablement encore une autre dimension avec des yeux d’adulte. Cour(g)ez-y !

4 étoiles. « Dalida ». La première chose que l’on a envie d’écrire après avoir visionné le film, c’est à quel point la performance de Sveva Alviti dans le rôle-titre est époustouflante. Elle ne joue pas Dalida, elle l’est. Une vraie résurrection. La ressemblance est frappante, il a certes fallu quatre heures de maquillage chaque jour pour arriver à ce résultat, et la gestuelle parfaite jusqu’au bout des ongles. Un travail d’actrice de haut vol qui vaut déjà la peine à lui tout seul d’aller voir le film, le reste la distribution étant également excellent. Si le film est parfois un peu pesant en raison des événements dramatiques qui ont émaillé la vie de Dalida, et sur deux heures ça fait beaucoup, il n’en demeure pas moins que « Dalida » est à l’image de son héroïne : flamboyant, touchant, émouvant, intelligent, divertissant, entraînant, réjouissant. On ajoutera enfin que le film est également un régal pour l’œil, car il est soigné dans les moindres détails au niveau des décors et des costumes. A regretter qu’une heure de film ait été coupée au montage.

2 étoiles. « Nocturnal animals ». C’est le titre du manuscrit que Susan Morrow, riche galeriste d’art à Los Angeles, reçoit un jour de son ex-mari Edward épousé dans sa jeunesse et qu’elle a quitté pour un homme plus ambitieux qui la délaisse. Elle entreprend alors la lecture du manuscrit, un thriller plutôt violent, âmes sensibles s’abstenir, qui se déroule devant les yeux du spectateur. Lecture interrompue par des flashbacks et la vie actuelle de Susan, le roman la renvoyant à son passé avec Edward et à son présent désenchanté. L’histoire du roman est bien plus passionnante que celle qui nous raconte l’existence chaotique de Susan. Les allers et retours entre réalité et fiction, si l’on ose dire, finissent par lasser mettant lentement mais sûrement une distance entre le spectateur et le film à l’image de la fin dénuée de toute émotion et qui vous laisse sur votre faim. Un film pas désagréable à regarder avec une excellente distribution, mais sans âme.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire