29/03/2017

"Sage femme": pour son duo d'actrices, mais pas seulement (et 8 autres films à l'affiche)

FullSizeRender.jpgL’affiche est alléchante : Catherine Deneuve et Catherine Frot qui se donnent la réplique pour la première fois dans un film, il y a effectivement de quoi saliver. Mais des acteurs et actrices, même formidables, ne suffisent pas à faire un bon film. Qu’en est-il alors pour « Sage femme » ?

Claire (Catherine Frot), mère célibataire d’un fils étudiant en médecine, approche la cinquantaine. Elle est passionnée par son métier de sage-femme, mais mène une vie sans éclat jusqu’au jour où le passé frappe à sa porte sous la forme de Béatrice (Catherine Deneuve), une ancienne maîtresse de son père décédé qui s’est enfuie du jour au lendemain quand Claire était adolescente, lui faisant beaucoup de mal. Claire pourra-t-elle pardonner pour renouer les liens avec cette femme égoïste, fantasque et gravement malade ?

Martin Provost, également le réalisateur de « Séraphine », voulait rendre hommage par ce film à la sage-femme qui lui a sauvé la vie à la naissance en lui donnant son sang, épisode repris d’ailleurs de manière très émouvante à la fin de « Sage femme ». C’est donc le point de départ de ce film où il est question de transmission – le petit-fils qui ressemble comme deux gouttes d’eau à son grand-père et qui veut faire le même métier que sa mère, Claire qui reprend vie au fur et à mesure que Béatrice la perd, les sages-femmes qui transmettent la vie sur Terre, Béatrice qui retrouve ses racines après avoir lutté tant et plus contre elles –  et d’opposition entre deux femmes que tout sépare, si ce n’est ce bout de passé en commun.

Ce duo est magnifiquement interprété par Catherine Frot, une sage-femme très sage, et Catherine Deneuve, femme insouciante et centrée sur elle-même, qui sont excellentes. Leur jeu est très complémentaire, un vrai plaisir. Olivier Gourmet trouve également fort bien sa place entre ses deux monuments du cinéma français.

Quant au film en lui-même, on peut sans doute lui reprocher d’être un peu long et parfois répétitif, mais rien de bien grave en comparaison avec la délicatesse et la subtilité dont il fait preuve. Il est de plus fort bien écrit avec d’excellents dialogues et quelques scènes d’une intense émotion. Un film français de qualité. (4 étoiles)

Toujours à l’affiche

5 étoiles. « Moonlight ». Chiron vit dans un quartier noir très défavorisé de Miami avec une mère toximane. Il se fait harceler par ses camarades parce que son physique, sa démarche ou encore sa manière de jouer au football ne correspondent pas aux « attentes ». Puis arrive l’adolescence, la confirmation d’une orientation sexuelle différente et une brève expérience avec Kevin, celui qui est son seul ami depuis l’enfance. Mais Kevin ne résistera pas à la pression du groupe et blessera, au propre et au figuré, Chiron que l’on retrouve une dizaine d’années plus tard, métamorphosé, en apparence tout du moins. Malgré son sujet dramatique et des scènes dures, « Moonlight » est un film lumineux grâce à sa photographie, sa distribution de très haut niveau et quelques scènes d’une beauté et/ou d’une intensité incroyable filmées avec une grande sensibilité. « Moonlight », Oscar 2017 du meilleur film, fait partie de ces rares films qui vous donne encore plus de plaisir après la projection : il grandit en vous jour après jour à l’image de son héros dont on suit avec émotion, effroi et empathie la quête d’identité.

5 étoiles. « Lion » raconte l’histoire vraie de Saroo, âgé de 5 ans dans les années 80, qui se retrouve seul dans un train qui le conduit à Calcutta, à des milliers de kilomètres de chez lui. Perdu dans cette mégapole, Saroo va survivre comme il peut dans un milieu hostile avant d’être recueilli dans un orphelinat et d’être adopté par un couple d’Australiens. 20 ans plus tard, Saroo pense toujours à sa famille qu’il veut tenter de retrouver à l’aide de ses rares souvenirs et de Google Earth. Le film, six nominations aux Oscars, comporte donc deux parties plus ou moins d’égale longueur. Dans la première, on fait la connaissance d’un enfant de 5 ans espiègle, débrouillard et issu d’un milieu très modeste. Sunny Pawar qui joue le rôle de Saroo enfant est absolument génial. La deuxième partie se concentre sur la quête de Saroo pour retrouver ses racines et les difficultés pour y arriver aussi bien sur un plan opérationnel qu’émotionnel. Si l’on peut reprocher quelques petites longueurs dans cette seconde partie, elles n’enlèvent toutefois en rien l’intense émotion qui est présente pratiquement à chaque seconde. A tel point qu’il est quasiment impossible de retenir ses larmes tant le film vous touche en plein cœur. A ne pas manquer.

5 étoiles. « Manchester by the sea ». Lee Chandler est concierge à Boston. Il est taciturne, fuit la compagnie et provoque des bagarres dans les bars quand il a trop bu. Lorsque son frère décède subitement d’une crise cardiaque, il doit retourner à Manchester, une heure et demi de voiture de Boston, pour s’occuper des funérailles et apprendre que son frère l’a désigné comme tuteur de son neveu de 16 ans l’obligeant à se confrontant à un passé tragique avec lequel il tente de vivre ou plutôt survivre. La mission que lui a confiée son frère sera-t-elle l’occasion d’un nouveau départ ou y a-t-il des drames dont on ne se remet pas parce qu’ils sont définitivement trop lourds à porter ? « Manchester by the sea » est un film sans aucune fausse note parfaitement écrit, réalisé, monté et photographié. Malgré son sujet difficile, il ne tombe jamais dans le pathos, tout est fait en finesse à l’image du jeu des acteurs tous formidables avec une mention spéciale pour Casey Affleck, justement récompensé par l’Oscar du meilleur acteur, époustouflant et bouleversant. Un film d’une grande humanité qui vous habite encore bien des jours après l’avoir visionné. Absolument remarquable.

5 étoiles. « Ma vie de Courgette ». Ce film d’animation, doublement récompensé aux César, est un vrai bijou. Techniquement bien sûr, mais aussi au niveau de son scénario intelligent, des dialogues percutants prononcés par des voix formidablement bien choisies et de la bande son tout aussi remarquable. Rien n’est laissé au hasard, le film est soigné dans ses moindres détails aussi bien du point de vue de la psychologie et de l’apparence des personnages que de leur environnement. C’est un plaisir visuel immense de faire une nouvelle découverte pratiquement à chaque plan. « Ma vie de Courgette » véhicule, avec finesse, tendresse et humour, beaucoup d’émotions, sans pathos. Tous les enfants qui fréquentent ce foyer, lieu d’apaisement qui protège des agressions du monde extérieur, et les adultes qui gravitent autour d’eux sont extrêmement attachants. « Ma vie de Courgette » est un film tout public. Mais le travail d’orfèvre qu’il a fallu accomplir pour le réaliser prend probablement encore une autre dimension avec des yeux d’adulte. Cour(g)ez-y !

4 étoiles. « Les figures de l’ombre ». Basé sur une histoire vraie, le film raconte l’histoire hors du commun de trois scientifiques afro-américaines qui ont grandement contribué au début des années 60 à la conquête de l’espace. Elles y sont parvenues grâce à leurs extraordinaires compétences, car le moins que l’on puisse écrire est que le contexte ne leur était guère favorable. Confrontée à la double discrimination d’être femme et noire dans un Etat, la Virginie, qui à cette époque avait des lois ségrégationnistes, elles ont réussi à se faire une place au sein de la NASA non seulement grâce à leur intelligence, mais également grâce à leur patience et leur détermination. Un film à la réalisation et mise en scène certes classiques, mais soignées, porté par une excellente distribution, avec du suspense, de l’émotion, une bande originale remarquable et un contexte qui fait réfléchir sur la différence, et pas seulement sur celle d’hier…Un bon moment de cinéma.

3 étoiles. « Mapplethorpe ». Le grand intérêt de « Mapplethorpe » est de replacer l’artiste dans sa génération et de brosser ainsi également le portrait d’une époque. C’est ainsi que grâce à des témoignages de sa famille, de ses amis, de ses amants et des interviews que Mapplethorpe a données, le spectateur découvre la vie tumultueuse, le talent - l’un et l’autre étant étroitement liés - mais aussi le côté ambitieux et carriériste du photographe qui n’apparaît pas toujours sous son meilleur jour. Le documentaire, plutôt classique dans sa forme, n’est donc pas à proprement parlé un hommage à Robert Mapplethorpe, mais un éclairage sans complaisance sur un artiste fauché en plein succès par le sida en 1989 et qui a permis à la photographie de trouver sa place au sein de l’art contemporain.

3 étoiles. « Patients ». Suite à un grave accident, Ben est devenu tétraplégique et va devoir réapprendre les gestes simples du quotidien, sans garantie d’y parvenir, dans un centre de rééducation. Il va faire la connaissance d’autres patients, certains encore plus mal en point que lui. Ils vont ensemble tenter de se donner de l’espoir en affrontant des bons et mauvais moments qui ne seront pas sans conséquence sur leurs relations. Basé sur l’histoire vraie de Grand Corps Malade, co-réalisateur du film, « Patients » possède deux grandes qualités : sa distribution et ses dialogues. Les acteurs sont excellents. Ils font vivre avec justesse et humanité leur personnage. Quant aux dialogues, ils sont percutants, drôles, touchants, vachards et font souvent appel au second degré et à la dérision, un moyen de se protéger dans un milieu aussi complexe que celui-ci. Mais « Patients » a aussi un défaut : il s’essouffle sur la longueur. Ceci étant dit, l’impression finale reste positive à l’image d’un film résolument optimiste malgré son sujet.

3 étoiles. « La La Land ». 6 Oscars 2017, mais pas celui de meilleur film, un battage médiatique énorme, des critiques pour la plupart élogieuses et pourtant « La La Land » n’est pas le chef d'œuvre annoncé. Cet hommage aux comédies musicales des années cinquante est esthétiquement une réussite: la photographie, les costumes et les décors nous font replonger dans l'âge d'or des comédies musicales avec un côté moderne puisque l'action se passe de nos jours. La musique, les chansons et les danses sont plutôt entraînantes. Ryan Gosling et Emma Stone sont craquants et très investis dans leur rôle de pianiste de jazz et de comédienne à la poursuite de leur rêve. Mais « La La land » est à l'image de la vie de ses deux héros: il y a des hauts et des bas. Un début sur les chapeaux de roue, puis ça patine dans le mélo avant de reprendre son envol pour se terminer avec une fin qui tire en longueur et qui n’assume pas le conte de fées jusqu'au bout. « La La Land » ne manque donc pas de qualités, sans pour autant susciter un fol enthousiasme. Il y manque indéniablement ce qui fait la marque des tout grands films: de l'émotion.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

 

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