30/05/2017

"Get out": amateurs du genre ne pas s'abstenir (et 6 autres films à l'affiche)

FullSizeRender.jpgFilm à petit budget, "Get out" a fait un malheur au box office américain, ce qui n'est pas pour autant une garantie de qualité. Sauf que dans ce cas précis, les critiques sont bonnes et l'indice de satisfaction des spectateurs qui l'on vu très élevé. De quoi titiller la curiosité du cinéphile et avoir envie d'aller juger sur pièce.

Couple mixte, Chris et Rose filent le parfait amour. L'envie de présenter Chris à ses parents est donc une évidence pour Rose qui ne leur a toutefois pas dit que son amoureux était Noir, ce qui n'est pas sans inquiéter Chris. Tranquillisé par Rose qui l'assure que ce n'est pas un problème pour ses géniteurs "qui auraient voté une troisième fois pour Obama s'ils l'avaient pu", les deux amoureux partent en week-end rencontrer la belle famille qui vit dans une magnifique propriété et dans un univers très "Blanc". Si l'accueil est effectivement chaleureux, Chris va toutefois petit à petit être déstabilisé par des détails - la gouvernante et le jardinier qui sont Noirs et au comportement inquiétant, la maman de Chris qui veut l'hypnotiser, une garden party avec des invités étranges - qui mis bout à bout ont de quoi créer de l'angoisse...

On l'aura compris à la lecture de ce synopsis, "Get out" est un film qui fait monter crescendo la pression grâce à une mise en scène à la hauteur, un rythme soutenu, un peu d'humour et des pics de stress soulignés par une musique qui fait tout son effet. Et bien évidemment grâce également à un scénario intelligent, car si de l'aveu même du réalisateur Jordan Peel le premier but de "Get out" est de divertir, le deuxième objectif est de faire en sorte que le spectateur se pose des questions sur les préjugés que l'on se forge dès la naissance en fonction du milieu social. "Get out" est donc aussi une satire tout en respectant les codes du thriller horrifique dont une fin qui fait honneur aux meilleurs films d'horreur, y compris dans son outrance. Les amateurs du genre y trouveront sans problème leur compte. (4 étoiles)

Toujours à l’affiche

5 étoiles. « Moonlight ». Chiron vit dans un quartier noir très défavorisé de Miami avec une mère toximane. Il se fait harceler par ses camarades parce que son physique, sa démarche ou encore sa manière de jouer au football ne correspondent pas aux « attentes ». Puis arrive l’adolescence, la confirmation d’une orientation sexuelle différente et une brève expérience avec Kevin, celui qui est son seul ami depuis l’enfance. Mais Kevin ne résistera pas à la pression du groupe et blessera, au propre et au figuré, Chiron que l’on retrouve une dizaine d’années plus tard, métamorphosé, en apparence tout du moins. Malgré son sujet dramatique et des scènes dures, « Moonlight » est un film lumineux grâce à sa photographie, sa distribution de très haut niveau et quelques scènes d’une beauté et/ou d’une intensité incroyable filmées avec une grande sensibilité. « Moonlight », Oscar 2017 du meilleur film, fait partie de ces rares films qui vous donne encore plus de plaisir après la projection : il grandit en vous jour après jour à l’image de son héros dont on suit avec émotion, effroi et empathie la quête d’identité.

5 étoiles. « Lion » raconte l’histoire vraie de Saroo, âgé de 5 ans dans les années 80, qui se retrouve seul dans un train qui le conduit à Calcutta, à des milliers de kilomètres de chez lui. Perdu dans cette mégapole, Saroo va survivre comme il peut dans un milieu hostile avant d’être recueilli dans un orphelinat et d’être adopté par un couple d’Australiens. 20 ans plus tard, Saroo pense toujours à sa famille qu’il veut tenter de retrouver à l’aide de ses rares souvenirs et de Google Earth. Le film, six nominations aux Oscars, comporte donc deux parties plus ou moins d’égale longueur. Dans la première, on fait la connaissance d’un enfant de 5 ans espiègle, débrouillard et issu d’un milieu très modeste. Sunny Pawar qui joue le rôle de Saroo enfant est absolument génial. La deuxième partie se concentre sur la quête de Saroo pour retrouver ses racines et les difficultés pour y arriver aussi bien sur un plan opérationnel qu’émotionnel. Si l’on peut reprocher quelques petites longueurs dans cette seconde partie, elles n’enlèvent toutefois en rien l’intense émotion qui est présente pratiquement à chaque seconde. A tel point qu’il est quasiment impossible de retenir ses larmes tant le film vous touche en plein cœur. A ne pas manquer.

5 étoiles. « Ma vie de Courgette ». Ce film d’animation, doublement récompensé aux César, est un vrai bijou. Techniquement bien sûr, mais aussi au niveau de son scénario intelligent, des dialogues percutants prononcés par des voix formidablement bien choisies et de la bande son tout aussi remarquable. Rien n’est laissé au hasard, le film est soigné dans ses moindres détails aussi bien du point de vue de la psychologie et de l’apparence des personnages que de leur environnement. C’est un plaisir visuel immense de faire une nouvelle découverte pratiquement à chaque plan. « Ma vie de Courgette » véhicule, avec finesse, tendresse et humour, beaucoup d’émotions, sans pathos. Tous les enfants qui fréquentent ce foyer, lieu d’apaisement qui protège des agressions du monde extérieur, et les adultes qui gravitent autour d’eux sont extrêmement attachants. « Ma vie de Courgette » est un film tout public. Mais le travail d’orfèvre qu’il a fallu accomplir pour le réaliser prend probablement encore une autre dimension avec des yeux d’adulte. Cour(g)ez-y !

4 étoiles. «The Lost City of Z». En 1906, la Société géographique royale d’Angleterre propose à Percy Fawcett, explorateur qui a vraiment existé, de partir en Amazonie afin de cartographier les frontières entre le Brésil et la Bolivie. Tout d’abord décontenancé par cette mission qu’il considère comme peu en rapport avec ses ambitions, mais n’ayant pas vraiment le choix, il va s’embarquer, en laissant femme et enfants derrière lui pour plusieurs années, dans une aventure dont il ne reviendra pas indemne. Persuadé d’avoir découvert les vestiges d’une cité perdue, il n’aura de cesse au cours d’autres voyages de prouver son existence au risque de se perdre, au sens propre et figuré. « The lost City of Z » brosse en finesse le portrait d’un homme à la personnalité complexe. Tiraillé entre son sens du devoir paternel et militaire et son obsession quasi mystique de découvrir cette cité perdue, le personnage de Percy Fawcett ne laisse pas indifférent. Le film aux images magnifiques et à la réalisation soignée prend son temps, sans doute un petit peu trop par moment, et fait son chemin jusqu’à une fin à la hauteur des espoirs du colonel Percy Fawcett : magique.

4 étoiles. « M. et Mme Adelman » raconte l’histoire de Sarah et Victor, de leur rencontre en 1971 à la mort de ce dernier, première scène du film, durant les 45 ans où ils se sont côtoyés. On la découvre au travers d’une interview-vérité que donne Sarah à un journaliste après les funérailles de Victor, écrivain célèbre, qui n’était peut-être pas en fin de compte celui que le public imaginait. Amours, secrets, trahisons, ambitions et retournements de situation se bousculent dans ce film mené, la plupart du temps, tambours battants avec des moments jouissifs : les rencontres familiales, la chasse, le gigolo pour n’en citer que quelques uns sans dévoiler une partie de l’intrigue. Nicolas Bedos et Doria Tillier, co-auteurs du film, sont convaincants en Victor et Sarah et fort bien entourés. En résumé, une première partie à pleurer de rire, à condition toutefois d’apprécier l’humour noir et par moment très second degré, et une deuxième plus émouvante où les francs éclats de rire du début laissent petit à petit la place à un rire plus jaune, parfois à la limite, il est vrai. Une comédie romantique au vitriol que les amateurs du genre apprécieront.

3 étoiles. « Le procès du siècle ». Comment peut-on nier l’Holocauste ? Cette question est au centre de « Le procès du siècle », film qui se base sur une histoire vraie, ce qui lui donne une dimension encore plus incroyable. Confrontée à un historien qui lui intente en procès en diffamation parce qu’elle combat ses thèses négationnistes, Deborah Lipstadt, elle-même historienne de la Shoah, va se retrouver dans la situation hallucinante de devoir prouver l’existence des chambres à gaz. Le thème du film est passionnant et soulève la question du «comment bien faire » pour à la fois faire triompher la vérité sans pour autant donner une tribune à un négationniste qui cherche par tous les moyens à propager ses idées nauséabondes. L’élaboration de la stratégie de la défense est sans aucun doute le point fort du film. On y ajoutera également la qualité de ses interprètes et quinze dernières minutes très réussies. Si on peut regretter un certain manque de rythme au début du film et une réalisation très classique, il n’en demeure pas moins que « Le procès du siècle », qui a eu lieu en 2000, est d’une brûlante actualité avec toutes ces vérités alternatives qui circulent sans cesse sur internet et qu’il ne manque pas de pertinence.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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