01/07/2017

«Grand froid » : une comédie macabre (et 6 autres films à l’affiche)

FullSizeRender.jpg« Grand froid » est l’adaptation d’un roman qui a séduit Gérard Pautonnier, dont c’est la première réalisation, en raison de l’absurdité des situations qui s’y déroulent et des personnages singuliers qui les vivent. Force est de constater que le réalisateur n’a pas trahi l’esprit du roman dans son film.

Dans une petite ville perdue au milieu de nulle part, les clients des pompes funèbres d’Edmond Zweck se font rares. Les postes des deux employés, Georges quarante ans de boîte, et Eddy, débutant dans la profession, sont menacés. C’est dans cette ambiance déprimante et par un froid glacial qu’une épouse éplorée frappe à la porte d’Edmond Zweck pour qu’il prenne en charge les obsèques de son défunt mari. Cette opération des plus ordinaire pour une entreprise de pompes funèbres va pourtant s’avérer pleine de rebondissements tout aussi improbables les uns que les autres.

« Grand froid » démarre lentement. Les premiers ingrédients de cette comédie macabre, au sens propre et figuré, sont livrés avec parcimonie et l’ennui guette. Mais après ce premier quart d’heure pas tout à fait mortel, mais presque, les événements s’accélèrent et le film prend la forme d’un road-movie en corbillard qui va se révéler décapant, burlesque, absurde, loufoque, drôle, tendre, surprenant, touchant, liste probablement non exhaustive.

Beaucoup de qualités pour un film dont les points forts sont les dialogues et ses acteurs qui les portent avec conviction, faisant presque oublier que les situations dans lesquelles ils se trouvent sont le plus souvent invraisemblables. Jean-Pierre Bacri est comme souvent grincheux, limite dépressif et caustique, mais il le fait tellement bien qu’on ne s’en lasse pas. Il forme un duo très complémentaire avec Arthur Dupont de plus en plus en décalage avec les événements au fur et à mesure que l’intrigue progresse. Les seconds rôles sont également excellents.

« Grand froid » tient donc, après ce début poussif, fort bien la route, y compris jusqu’à son dernier rebondissement qui bien que choquant s’inscrit tout à fait dans cette logique de l’absurde, et ravira les amateurs d’humour noir, grinçant et décalé. (3 étoiles)

Toujours à l’affiche

4 étoiles. « Wonder Woman ». Diana est la fille de la reine des Amazones et vit sur une île paradisiaque à l’abri des regards. Elle est entraînée durement pendant sa jeunesse afin de devenir une guerrière imbattable au cas où les Amazones seraient attaquées, ce que craint sa mère qui lui a caché ses véritables origines…Mais avant de régler ses comptes avec le passé, Diana va affronter le monde réel et utiliser ses super pouvoirs au service de la paix alors que la première guerre mondiale fait rage. Femme libérée et en tenue légère, Diana se trouve plongée dans un monde qui est son exact opposé, ce qui donne lieu à des scènes fort drôles tout en permettant à l’intrigue d’avancer d’un bon pas. On ne s’ennuie en effet pas une seconde, les rebondissements étant nombreux et parfois inattendus. Le seul reproche que l’on peut faire est que la confrontation finale pourrait durer facilement cinq minutes de moins. Pour le reste, les effets spéciaux sont à la hauteur de ce que l’on peut attendre d’un film de super héroïne, les scènes d’action sont captivantes et s’intègrent fort bien avec des scènes plus intimes sans mièvrerie, les personnages secondaires sont très sympathiques ou très inquiétants et enfin Gal Gadot est une Wonder Woman très crédible et à la plastique irréprochable, comme il se doit pour le personnage. Un très bon divertissement.

4 étoiles. « Get out ». Couple mixte, Chris et Rose filent le parfait amour. L'envie de présenter Chris à ses parents est donc une évidence pour Rose qui ne leur a toutefois pas dit que son amoureux était Noir, ce qui n'est pas sans inquiéter Chris. Tranquillisé par Rose qui l'assure que ce n'est pas un problème pour ses géniteurs, les deux amoureux partent en week-end rencontrer la belle famille qui vit dans une magnifique propriété et dans un univers très "Blanc". Si l'accueil est effectivement chaleureux, Chris va toutefois petit à petit être déstabilisé par des détails qui mis bout à bout ont de quoi créer de l'angoisse..."Get out" est un film qui fait monter crescendo la pression grâce à une mise en scène à la hauteur, un rythme soutenu, un peu d'humour et des pics de stress soulignés par une musique qui fait tout son effet. Et bien évidemment grâce également à un scénario intelligent qui tire sur la satire tout en respectant les codes du thriller horrifique dont une fin qui fait honneur aux meilleurs films d'horreur, y compris dans son outrance. Les amateurs du genre y trouveront sans problème leur compte.

4 étoiles. «The Lost City of Z». En 1906, la Société géographique royale d’Angleterre propose à Percy Fawcett, explorateur qui a vraiment existé, de partir en Amazonie afin de cartographier les frontières entre le Brésil et la Bolivie. Tout d’abord décontenancé par cette mission qu’il considère comme peu en rapport avec ses ambitions, mais n’ayant pas vraiment le choix, il va s’embarquer, en laissant femme et enfants derrière lui pour plusieurs années, dans une aventure dont il ne reviendra pas indemne. Persuadé d’avoir découvert les vestiges d’une cité perdue, il n’aura de cesse au cours d’autres voyages de prouver son existence au risque de se perdre, au sens propre et figuré. « The lost City of Z » brosse en finesse le portrait d’un homme à la personnalité complexe. Tiraillé entre son sens du devoir paternel et militaire et son obsession quasi mystique de découvrir cette cité perdue, le personnage de Percy Fawcett ne laisse pas indifférent. Le film aux images magnifiques et à la réalisation soignée prend son temps, sans doute un petit peu trop par moment, et fait son chemin jusqu’à une fin à la hauteur des espoirs du colonel Percy Fawcett : magique.

3 étoiles. « Ce qui nous lie ». Jean, le frère aîné, est parti de sa Bourgogne natal dix ans auparavant, en froid avec son père, pour faire le tour du monde qui l’a conduit à s’installer en Australie où il a fondé une famille. A l’annonce de la mort imminente du paternel, il décide de faire le voyage pour dire adieu à son père. C’est l’occasion de revoir sa sœur, Juliette, et son frère, Jérémie, et de tenter de recréer ce lien fort qu’ils avaient entre eux enfants, mais qui s’est beaucoup distendu après cette décennie synonyme d’abandon pour les deux cadets. La qualité première de « Ce qui nous lie » n’est en tout cas pas son scénario qui manque d’originalité et qui tourne rapidement en rond, à tel point que l’on se désintéresse assez rapidement de la question de la succession qui prend trop de place, d’où certaines longueurs. Malgré ce défaut qui pourrait être rédhibitoire, le film fonctionne pourtant plutôt bien grâce à plusieurs scènes émouvantes, drôles ou d’une très grande maîtrise au niveau de la mise en scène comme cette superbe scène collective qui marque la fin des vendanges. Enfin, les acteurs sont bons, une condition essentielle pour se laisser porter par ce genre de film, et les paysages de la Bourgogne, que l’on découvre sur les quatre saisons, fort agréables à l’œil. Un film donc que l’on qualifiera de verre à moitié plein.

2 étoiles. « Pirates des Caraïbes : la vengeance de Salazar » est plaisant dans sa première partie. On a un réel plaisir à retrouver Jack Sparrow encore plus déjanté que d’habitude. Les premières minutes sont à la fois drôles et spectaculaires. La mise en place de l’intrigue est également intéressante avec la découverte de l’inquiétant Capitaine Salazar (Javier Bardem, excellent) et de sa bande de pirates prisonniers du Triangle du Diable. Les effets spéciaux pour donner vie à ces morts-vivants et leur bateau sont époustouflants. Il en est de même pour les premières batailles sur les flots. Et puis, au milieu du film, le soufflé retombe : l’intrigue n’avance guère, les rebondissements sont prévisibles, les combats de pirates se répètent, Johnny Depp caricature à outrance son personnage et le dernier quart d’heure est d’un ennui mortel. Un cinquième épisode qui, au final, se nourrit des précédents en reprenant ce qui a fait leur succès : des personnages caricaturaux et attachants, de l’action, des effets spéciaux bluffants, une musique assourdissante et de l’humour. Sans doute suffisant pour satisfaire les fans, les autres passeront leur chemin. 

1 étoile. « L’amant double ». Chloé est une jeune femme fragile qui se plaint de maux de ventre persistants. Suivant le conseil de son médecin, elle va voir un psychothérapeute, Paul Meyer. Coup de foudre réciproque entre le médecin et sa patiente qui s’installent ensemble quelques mois plus tard. Mais un jour, Chloé découvre que son amoureux a un frère jumeau, Louis Delors, également psy, dont il ne lui a jamais parlé. Décidée à découvrir la vérité sur ce frère caché, elle prend alors rendez-vous avec celui qui va devenir un amant pour le moins inquiétant…« L’amant double » est un thriller érotico-psychologique à tiroirs sur le thème de la gémellité où l’on se perd. Les fausses pistes sont nombreuses, les rêves côtoient la réalité sans savoir si celle-ci est bien…réelle. Les scènes érotiques entre Chloé et Louis font la part belle à un machisme insupportable. Et il ne faut pas compter sur la fin du film des plus ambiguës pour voir plus clair dans ce jeu de miroirs bien flou. Certes, « L’amant double » est formellement impeccable, mais complètement dénué d’émotions. C’est donc avant tout un pur exercice de style, froid, vain, tordu et malsain dont on peut aisément se passer.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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