21/10/2017

« Numéro Une » : chronique du sexisme ordinaire (et 7 autres films à l’affiche)

IMG_0503.jpgComme l’affiche le mentionne, il est question dans le film de Tonie Marshall, seule réalisatrice « césarisée » à ce jour, du prix à payer quand on est une femme pour avoir des très hautes responsabilités.

Emmanuelle Blachey est une femme brillante qui occupe une place en vue au sein de son entreprise. Elle est l’exception qui confirme la règle dans un monde essentiellement masculin. Un jour, elle est contactée par un réseau de femmes d’influence qui lui propose de l’aider pour faire d’elle la première femme à diriger une entreprise du CAC 40. Après avoir hésité, Emmanuelle accepte de se lancer dans ce combat où elle devra affronter non seulement le sexisme ordinaire, mais aussi les coups bas de celui qui entend bien placer son candidat par tous les moyens.

« Numéro Une » décrit de manière très crédible les difficultés que peut rencontrer une femme qui veut accéder à un tel poste et les enjeux de pouvoir qui y sont liés. Malgré quelques longueurs, un manque de tension et de mordant pour un film qui s’apparente à un thriller sans en être vraiment un, on suit avec intérêt le parcours semé d’embûches d’Emmanuelle Blachay.

L’excellente distribution du film n’est pas étrangère à ce constat. Emmanuelle Devos est parfaite entre ambition, détermination et fragilité, Richard Berry est ignoble juste ce qu’il faut, Suzanne Clément a comme d’habitude la grande classe et enfin les scènes entre Sami Frey, le père d’Emmanuelle, et sa fille sont très touchantes. Au final, un film qui se laisse voir agréablement, mais qui manque tout de même de piquant et de folie. (3 étoiles)

Toujours à l’affiche

5 étoiles. « L’ordre divin ». "En 1971, le monde était en pleine mutation, mais ici en Suisse, le temps semblait s'être arrêté." Le contraste avec le générique est saisissant et donne immédiatement le ton du film: Nora et ses amies vont devoir soulever des montagnes pour lutter contre cette société patriarcale et machiste qui est à la veille de décider si elle donnera le droit de vote et d'éligibilité aux femmes. Pour raconter les semaines qui précèdent cette votation qui deviendra historique, le film de la réalisatrice Petra Volpe reconstitue à la perfection cette ambiance du début des années septante de cette Suisse fermée sur elle-même: décors, costumes, coiffures, mœurs, attitudes de la gente masculine, tout y est. C'est à la fois jouissif et consternant de voir où en étaient les droits des femmes au niveau national il y a seulement 45 ans. Le film est d'ailleurs à l'image de ce constat, puisqu'il comporte des scènes franchement drôles et tendres qui alternent avec d'autres où l'on rit jaune, voire où l'on pleure de tristesse ou de joie. "L'ordre de divin" est très bien écrit que ce soit au niveau de son scénario ou de ses personnages auxquels on s'attache rapidement. Il faut dire que la distribution est excellente et donne toute sa crédibilité au film. A voir absolument.

4 étoiles. « Detroit ». Il y a 50 ans, Detroit connaissait des émeutes d’une rare violence. Bien qu’elles ne puissent être qualifiées de raciales, puisque des Blancs y ont aussi participé et y ont été tués (10 sur les 43), ces cinq jours de guérilla urbaine ont mis à jour les tensions raciales existantes. En se basant sur des faits réels, « Detroit » les illustre au travers d’un épisode particulièrement violent qui se déroule l’espace d’une nuit dans un motel où trois policiers débarquent à la recherche d’un sniper. Ils vont faire connaître l’horreur à ses occupants.  « Detroit » est un film violent, particulièrement sur le plan psychologique. La tension qui y règne est par moment à la limite du supportable. La manière de filmer de Kathryn Bigelow, 3 ou 4 caméras qui tournent en même temps autour des acteurs en mouvement, et des acteurs irréprochables donnent un sentiment de réalisme qui fait par moment tellement froid dans le dos qu'il prend le dessus sur l’émotion. Un film coup de poing formellement irréprochable et aux résonances, hélas, toujours d'actualité.

4 étoiles. « Le sens de la fête ». Depuis le succès colossal de « Intouchables », les films des réalisateurs Eric Toledano et Olivier Nakache sont très attendus et « Le sens de la fête » ne déçoit pas. L’histoire de Max, organisateur de fêtes que l’on suit pendant 24 heures, durant lesquelles toutes les tuiles possibles et inimaginables vont lui tomber dessus à l’occasion d’un mariage organisé dans un château du 17ème siècle, est en effet dans l’ensemble très réussie. Jean-Pierre Bacri est tout simplement exceptionnel. Omniprésent, il est à la fois drôle, ironique, caustique, jaloux, bougon, tendre, émouvant, touchant, excédé, désabusé, liste non exhaustive, dans son rôle de chef d’une équipe qui compte en son sein bien des bras cassés. Il est entouré par une distribution au diapason. Le film est bien écrit, avec tout de même quelques invraisemblances, et les dialogues sont souvent jouissifs. Il a également du rythme malgré une petite baisse au milieu. Il y a des scènes à pleurer de rire et d’autres émouvantes, à l’image d’une fin très réussie. « Le sens de la fête » est une comédie humaine, certes pleine de bons sentiments, pétillante comme du champagne et ça fait du bien !

4 étoiles. « 120 battements par minute ». Paris début des années 90, l’épidémie du sida fait des ravages, tout particulièrement dans la communauté homosexuelle, dans une indifférence quasi générale. Les militants d’Act Up multiplient les actions coup de poing pour attirer l’attention des pouvoirs publics et des pharmas sur le drame qui se joue sous leurs yeux et dont ils ne mesurent pas l’ampleur par ignorance, parce qu’ils se voilent la face ou encore par calcul. La première partie du film, qui donne une grande place aux réunions hebdomadaires et aux actions est absolument remarquable aussi bien au niveau des contenus que de la manière dont elles sont mises en scène. Du grand cinéma. Et puis, il y a au milieu de ce tourbillon militant la relation amoureuse entre Sean, dont la santé décline semaine après semaine, et Nathan, qui a échappé à l’infection. Leur relation illustre par deux destins individuels le combat qu’Act Up a mené pour l’ensemble de la collectivité. Si la romance entre Sean et Nathan, les deux acteurs sont exceptionnels, tire vers la fin un peu trop en longueur et vers le mélo, seul reproche que l’on peut faire au film, elle est autrement drôle, sensuel, d’une très grande complicité, pleine d’espoir malgré tout, bouleversante, tragique. Bref, belle, tout simplement.

4 étoiles. « Ça ». Adapté du roman de Stephen King « It », le film raconte l’histoire d’un terrible prédateur ayant la capacité de modifier son apparence physique, avec tout de même une prédilection pour celle de clown pour mieux attirer les enfants qui sont sa cible. Film d’horreur qui a donc l’ambition de faire peur. Ambition réussie grâce à des effets spéciaux très réussis qui occupent leur juste place, une photographie parfaite, une bande sonore irréprochable que ce soit au niveau des effets ou de la musique, une excellente direction d’acteurs – les sept jeunes acteurs sont tous crédibles – et un scénario intelligent qui tient en haleine la plupart du temps. Après un départ très réussi qui donne bien le ton du film (relations humaines, humour et bien sûr ambiance angoissante), « Ça » peine en effet un peu par la suite à prendre son rythme, mais ce n’est que pour mieux rebondir dans une deuxième partie d’une rare intensité. Un film qui ravira sans aucun doute les amateurs du genre.     

1 étoile. « Blade Runner 2049 ». K est chasseur de réplicants (sorte d’esclaves créés par les humains) récalcitrants et lui-même réplicant, mais avec un supplément d’âme qui lui viendrait des souvenirs qu’on lui a fabriqués. Il a pour mission de chercher et d’éliminer celui ou celle qui apparemment serait né.e de la liaison entre un réplicant et un humain, car si cela se vérifiait alors l’équilibre du monde en serait bouleversé. A partir de ce synopsis, on pourrait imaginer que « Blade Runner 2049 » est un film d’action qui se déroule dans un univers futuriste et qui questionne sur la relation entre les humains et les créatures qu’ils ont créés. Or, sur l’extrême longueur du film (2h45), il doit y avoir un tiers, et encore, d’actions et les questions existentielles sont à peine effleurées. C’est le sentiment d’un vide abyssal qui domine. Les coups de corne de brume exagérément forts qui font office de musique tiennent « heureusement » le spectateur éveillé. Il y a bien un sursaut au moment où Harrison Ford fait enfin son apparition après 1h45 (!) de film. C’est à n’en pas douter le meilleur moment de « Blade Runner 2049 » dont la fin est aussi décevante que le reste.

1 étoile. « Barbara ». Mathieu Amalric rend hommage à Barbara 20 ans après sa disparition dans un film dans le film qui met en scène une actrice qui joue Barbara. On la voit ainsi travailler son rôle, sa voix, ses chansons, ses partitions, ses gestes, ses scènes à apprendre, le tout se mêlant à sa propre vie de femme et à des images de Barbara qui apparaît de temps à autre grâce à des archives sans que l’on soit toutefois toujours forcément sûr que ce soit bien elle et pas l’actrice. Le spectateur a toutes les peines du monde à se laisser emporter par un film qui mélange constamment fiction et réalité et qui part dans tous les sens. Alors certes, Jeanne Balibar est convaincante dans son rôle d’actrice qui joue Barbara au point de se confondre avec son modèle. Il y a également quelques scènes réussies, particulièrement celles qui laissent un peu de place aux chansons de Barbara, mais le tout manque de liant et surtout d’émotion. « Barbara » est avant tout un exercice de style aux allures résolument nombrilistes, comme le relève d’ailleurs l’actrice qui s’adressant à son réalisateur, joué bien évidemment par Mathieu Amalric, lui demande s’il ne fait pas un film sur lui-même, et qui laisse de marbre. Barbara méritait mieux.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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