21/11/2017

« Borg / McEnroe » : drame « psycho sportif » réussi (et 7 autres films à l’affiche)

FB677662-C39D-4600-94E6-1AB431809077.jpegCelles et ceux qui ont vu à la télévision en 1980 la finale de Wimbledon entre Borg et McEnroe se souviennent de l’endroit où ils étaient en raison de la tension exceptionnelle qui régnait durant le match en général et durant le tie-break d’anthologie qui a conclu le quatrième set en particulier.

Ce jeu décisif symbolise à lui tout seul le film : un combat non seulement face à l’adversaire, mais également, et surtout, un combat face à soi-même pour ne pas céder à ses démons que l’un, Borg, a enfui au plus profond de lui-même au risque d’imploser si la machine à gagner s’enraille, et l’autre, McEnroe, prêt à exploser à la moindre erreur d’arbitrage ou à une mauvaise réaction du public.

Ce combat intérieur est bien mis en évidence dans le film grâce à des flashbacks qui expliquent l’ascension des deux joueurs vers le sommet du tennis avec une attention portée plus particulièrement sur Borg qui est le numéro un mondial. Il a tout à perdre s’il ne remporte pas un cinquième succès consécutif à Wimbledon. Il subit dès lors une forte pression. Il est au bord du gouffre, comme le montre ce plan où il est en équilibre sur le rebord de son balcon. Quant à McEnroe, s’il vise certes le trône de Borg, il se doit également de faire en sorte que la qualité exceptionnelle de son tennis soit reconnue avant ses trop nombreux coups de gueule.

Tous les éléments sont donc réunis pour faire de ce face à face un film sous haute tension et force est de constater que tel est bien le cas. Elle est palpable du début à la fin et le fait de connaître ou non à l’avance le vainqueur de ce bras de fer n’enlève rien au suspense grâce à un très bon montage, une excellente alternance entre les moments de jeu et ceux plus intimes, une musique qui souligne juste ce qu’il faut la tension et à des acteurs très crédibles dans leur rôle, avec une mention particulière à Sverrir Gudnason véritable sosie de Borg. Un drame « psycho sportif » réussi. (4 étoiles)

Toujours à l’affiche

4 étoiles. « Au revoir là-haut ». Edouard Péricourt et Albert Maillard se sont connus dans les tranchées de la première guerre mondiale sous le commandement de l’ignoble lieutenant Pradelle. Edouard, dessinateur de talent, est gravement blessé au visage lors d’une bataille peu avant l’armistice. Albert, à qui Edouard a sauvé la vie juste avant sa blessure, va alors faire tout son possible pour soutenir son ami au plus mal physiquement et moralement jusqu’au jour où Edouard a l’idée de monter une arnaque aux monuments aux morts qui va déclencher des rebondissements en cascade. « Au revoir là haut » est un film de grande qualité grâce à son scénario - qui mêle comédie, tragédie et poésie - son esthétisme, sa lumière, ses décors, sa mise en scène, ses masques magnifiques, qui permettent à Edouard le défiguré d’exprimer ses sentiments, sa créativité et bien évidemment ses personnages qui ne laissent pas indifférents qu’ils soient du côté des « gentils » ou des « méchants ». Mis à part quelques longueurs par-ci, par-là qui font parfois retomber l’émotion, « Au revoir là haut » est un film magnifique aussi bien du point de vue du fond, d’une grande actualité malgré que l’action se passe il y a un siècle, que de celui de la forme très réussie.

4 étoiles. « Confident royal ». En 1887, la Reine Victoria en fin de règne fait la connaissance d’un serviteur indien, Abdul Karim. Venu du « sous-continent », colonialisé par les Britanniques, pour remettre de manière folklorique un présent à la souveraine à l’occasion de son jubilé d’or pour ses 50 ans de règne, Abdul va rapidement côtoyer de très près la reine tombée sous son charme pour le plus grand désespoir de la Maison royale. Sous ces airs plutôt légers, les situations comiques sont nombreuses, « Confident royal » aborde pourtant des thèmes qui sont toujours d’actualité sur les différences sociales, religieuses ou d’origine. Ce duo qui a construit une complicité hautement improbable dans la réalité, la reproduit à l’écran grâce au talent reconnu de Judi Dench, mais aussi à celui d’Ali Sazal qui rend crédible le fait que la reine Victoria soit tombé sous son charme. Si l’on peut reprocher au film d’être un peu répétitif sur la longueur et de laisser sur sa faim le spectateur sur la suite de la vie d’Abdul après cet épisode « victorien », il convient de souligner que « Confident royal » allie divertissement et réflexion avec subtilité. Et c’est déjà beaucoup.

4 étoiles. « Le sens de la fête ». Depuis le succès colossal de « Intouchables », les films des réalisateurs Eric Toledano et Olivier Nakache sont très attendus et « Le sens de la fête » ne déçoit pas. L’histoire de Max, organisateur de fêtes que l’on suit pendant 24 heures, durant lesquelles toutes les tuiles possibles et inimaginables vont lui tomber dessus à l’occasion d’un mariage organisé dans un château du 17ème siècle, est en effet dans l’ensemble très réussie. Jean-Pierre Bacri est tout simplement exceptionnel. Omniprésent, il est à la fois drôle, ironique, caustique, jaloux, bougon, tendre, émouvant, touchant, excédé, désabusé, liste non exhaustive, dans son rôle de chef d’une équipe qui compte en son sein bien des bras cassés. Il est entouré par une distribution au diapason. Le film est bien écrit, avec tout de même quelques invraisemblances, et les dialogues sont souvent jouissifs. Il a également du rythme malgré une petite baisse au milieu. Il y a des scènes à pleurer de rire et d’autres émouvantes, à l’image d’une fin très réussie. « Le sens de la fête » est une comédie humaine, certes pleine de bons sentiments, pétillante comme du champagne et ça fait du bien !

3 étoiles : « Kingsman : le cercle d’or ». Les espions britanniques en costume trois pièces héritiers des James Bond période Roger Moore à l’humour délirant, aux péripéties plus folles les unes que les autres et aux gadgets incroyables sont de retour. Ils vont devoir face à une ennemie déjantée qui veut exercer son pouvoir sur le monde en exerçant un horrible chantage. Dans cette suite de « Kingsman », les éléments qui avaient fait son succès sont toujours bien présents : gadgets, humour très second degré, dérision, clins d’œil à James Bond, scènes d’actions aussi époustouflantes qu’invraisemblables, méchante caricaturale et une distribution de haut vol. En effet, outre les rescapés du premier volet, on retrouve dans cette suite Julianne Moore parfaite dans son rôle de méchante (très) allumée, Jeff Bridges, Channing Tatum, Halle Berry et dans son propre rôle Elton John qui fait preuve d’une sacrée dose de dérision et qui est à hurler de rire. « Kingsman : le cercle d’or » souffre certes de quelques longueurs en raison d’un scénario qui tourne un peu trop en boucle dans la seconde partie, mais cela ne l’empêche pas toutefois d’atteindre l’objectif poursuivi : divertir agréablement.

1 et 3 étoiles. « Epouse-moi mon pote ». Yassine, jeune étudiant marocain, fait la fierté de sa famille qui s’est cotisée pour qu’il puisse faire des études à Paris. Suite à un malheureux concours de circonstances, Yassine rate son examen et se retrouve dès lors sans statut légal. Pour remédier à cette situation, il se marie avec son meilleur ami Frédéric. Soupçonné par un fonctionnaire d’avoir fait un mariage blanc, ils vont alors devoir s’inventer une vraie vie de couple homosexuel. Pas difficile d’imaginer à partir de ce synopsis que les quiproquos et les situations loufoques vont s’enchaîner avec de nombreux gags parfois très drôles. Ce n’est certes pas un humour subtil, les clichés sont légions et l’histoire est cousue de fil blanc. Pour ce genre de comédie, plus les traits sont grossiers et plus ça fonctionne. Alors oui, bien sûr, avec cet esprit les gays, mais aussi les immigrés, les aveugles, les obèses, les riches émirs du Qatar, etc., sont outrancièrement caricaturés, mais pas de quoi toutefois crier à l’homophobie. Au final, « Epouse-moi mon pote » est un film qui tient ses promesses : stupide (1 étoile) et drôle (3 étoiles).

2 étoiles. « Tout nous sépare ». Tout est dit dans le titre : qu’il y a-t-il de commun entre la bourgeoise Louise qui vit à la campagne dans une grande maison et le jeune Ben dealer habitant la cité aux fréquentations douteuses, voire dangereuses ? Rien. Sauf que la fille de Louise se drogue et qu’elle va malgré elle contribuer à cette rencontre fort improbable. Et c’est là que réside le point faible du film, car si elle est improbable, la manière dont elle va évoluer l’est tout autant. Ceci étant dit, « Tout nous sépare » se laisse pourtant voir sans ennui grâce à la tension qui règne en permanence, au suspense présent pratiquement du début à la fin et aux personnages de Louise et de Ben auxquels on s’attache grâce au charme indéniable de leurs interprètes. « Tout nous sépare » est un film noir qui se situe entre le drame social et le polar. Pas déplaisant, il y a quand même deux ou trois scènes violentes qui peuvent heurter les personnes sensibles, mais pas suffisamment abouti en raison de son scénario peu crédible.

1 étoile. « Blade Runner 2049 ». K est chasseur de réplicants (sorte d’esclaves créés par les humains) récalcitrants et lui-même réplicant, mais avec un supplément d’âme qui lui viendrait des souvenirs qu’on lui a fabriqués. Il a pour mission de chercher et d’éliminer celui ou celle qui apparemment serait né.e de la liaison entre un réplicant et un humain, car si cela se vérifiait alors l’équilibre du monde en serait bouleversé. A partir de ce synopsis, on pourrait imaginer que « Blade Runner 2049 » est un film d’action qui se déroule dans un univers futuriste et qui questionne sur la relation entre les humains et les créatures qu’ils ont créés. Or, sur l’extrême longueur du film (2h45), il doit y avoir un tiers, et encore, d’actions et les questions existentielles sont à peine effleurées. C’est le sentiment d’un vide abyssal qui domine. Les coups de corne de brume exagérément forts qui font office de musique tiennent « heureusement » le spectateur éveillé. Il y a bien un sursaut au moment où Harrison Ford fait enfin son apparition après 1h45 (!) de film. C’est à n’en pas douter le meilleur moment de « Blade Runner 2049 » dont la fin est aussi décevante que le reste.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

19/11/2017

Du grand au petit écran : « Seul sur Mars » et « Une nouvelle amie »

IMG_0863.jpgLors d’une expédition sur Mars, une terrible tempête oblige l’équipe à décoller précipitamment de la planète rouge. L’astronaute Mark Watney (Matt Damon), après avoir été heurté violemment par un objet, perd le contact avec ses camarades qui n’ont pas d’autre choix que de le laisser, le pensant mortellement blessé. Les aventures d’un homme seul, dans ce qui ressemble à un désert orange, pourraient a priori retenir celles et ceux qui auraient peur de s’ennuyer. Or, il n’en est rien. Il y a de l’action en permanence et le suspense, à la limite du soutenable dans la dernière partie, est présent de bout en bout. Les décors sont grandioses et la réalisation de Ridley Scott, un grand habitué des super productions, excellente.

La distribution est au diapason avec de nombreux seconds rôles auxquels on s’attache facilement. D’ailleurs, le côté « humain » du film prend le dessus sur son côté production américaine à gros budget, c’est tout dire. Le patriotisme souvent agaçant dans ce genre de film n’est pas complètement absent, il ne faut tout de même pas rêver, mais reste très acceptable : pour avoir une chance de sauver Mark, les USA devront même compter sur la Chine. Un excellent spectacle cinématographique qui risque toutefois de souffrir de son passage du grand au petit écran.

5 étoiles, « Seul sur Mars ». RTS UN, lundi 20 novembre, 20h45.

IMG_0864.jpgDavid est veuf et père d’une fillette de quelques mois. Claire est inconsolable d’avoir perdu sa meilleure amie d’enfance disparue si jeune. David et Claire vont se rapprocher l’un de l’autre au moment où cette dernière va découvrir que David aime se travestir en femme. Miroir de la disparue pour l’une, mère de substitution et besoin d’être en accord avec soi-même pour l’autre, Virginia prend petit à petit corps dans celui de David en exerçant une attraction de plus en plus forte sur Claire.

Le film de François Ozon est parfois drôle, mais jamais caricatural, et souvent émouvant, comme dans la formidable scène dans la discothèque sur la chanson de Nicole Croisille « une femme avec toi ». Il interpelle le spectateur sur la question du genre, de la différence et de la confusion des sentiments. Spectateur qui se demande où le film va finalement l’emmener, les rebondissements étant nombreux. Les acteurs, Romain Duris et Anaîs Moustier en tête, sont à la hauteur comme d’ailleurs la fin du film. Reste à regretter, une fois encore, l’heure de diffusion.

4 étoiles. « Une nouvelle amie »RTS UN, vendredi 24 novembre, 0h10.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

 

15/11/2017

« Kingsman 2 » : objectif atteint (et 9 autres films à l’affiche)

IMG_0780.jpgRares sont les suites qui sont à la hauteur du premier épisode. « Kingsman : le cercle d’or » ne fait pas exception à la règle, mais s’en tire toutefois avec les honneurs. Il faut dire qu’il était impossible de recréer l’effet de surprise de l’original qui a beaucoup contribué à son succès.

On retrouve donc l’élite des espions britanniques en costume trois pièces héritiers des James Bond période Roger Moore à l’humour délirant, aux péripéties plus folles les unes que les autres et aux gadgets incroyables qui vont devoir faire face à une ennemie déjantée qui veut exercer son pouvoir sur le monde avec un horrible chantage. Pour tenter d’y arriver, ils vont s’allier par obligation avec une organisation d’espions américains.

Dans cette suite de « Kingsman », les éléments qui avaient fait son succès sont toujours bien présents : gadgets, humour très second degré, dérision, clins d’œil à James Bond, scènes d’actions aussi époustouflantes qu'invraisemblables, méchante caricaturale et une distribution de haut vol.

En effet, outre les rescapés du premier volet (Colin Firth, pourtant laissé pour mort dans le premier épisode dont la résurrection vaut le détour, Taron Egerton et Mark Strong), on retrouve dans cette suite Julianne Moore parfaite dans son rôle de méchante (très) allumée, Jeff Bridges, Channing Tatum, Halle Berry et dans son propre rôle Elton John qui fait preuve d’une sacrée dose de dérision et qui est à hurler de rire. « Kingsman : le cercle d’or » souffre certes de quelques longueurs en raison d’un scénario qui tourne un peu trop en boucle dans la seconde partie, mais cela ne l’empêche pas toutefois d’atteindre l’objectif poursuivi : divertir agréablement. (3 étoiles)

Toujours à l’affiche

5 étoiles. « L’ordre divin ». "En 1971, le monde était en pleine mutation, mais ici en Suisse, le temps semblait s'être arrêté." Le contraste avec le générique est saisissant et donne immédiatement le ton du film: Nora et ses amies vont devoir soulever des montagnes pour lutter contre cette société patriarcale et machiste qui est à la veille de décider si elle donnera le droit de vote et d'éligibilité aux femmes. Pour raconter les semaines qui précèdent cette votation qui deviendra historique, le film de la réalisatrice Petra Volpe reconstitue à la perfection cette ambiance du début des années septante de cette Suisse fermée sur elle-même: décors, costumes, coiffures, mœurs, attitudes de la gente masculine, tout y est. C'est à la fois jouissif et consternant de voir où en étaient les droits des femmes au niveau national il y a seulement 45 ans. Le film est d'ailleurs à l'image de ce constat, puisqu'il comporte des scènes franchement drôles et tendres qui alternent avec d'autres où l'on rit jaune, voire où l'on pleure de tristesse ou de joie. "L'ordre de divin" est très bien écrit que ce soit au niveau de son scénario ou de ses personnages auxquels on s'attache rapidement. Il faut dire que la distribution est excellente et donne toute sa crédibilité au film. A voir absolument.

4 étoiles. « Au revoir là-haut ». Edouard Péricourt et Albert Maillard se sont connus dans les tranchées de la première guerre mondiale sous le commandement de l’ignoble lieutenant Pradelle. Edouard, dessinateur de talent, est gravement blessé au visage lors d’une bataille peu avant l’armistice. Albert, à qui Edouard a sauvé la vie juste avant sa blessure, va alors faire tout son possible pour soutenir son ami au plus mal physiquement et moralement jusqu’au jour où Edouard a l’idée de monter une arnaque aux monuments aux morts qui va déclencher des rebondissements en cascade. « Au revoir là haut » est un film de grande qualité grâce à son scénario - qui mêle comédie, tragédie et poésie - son esthétisme, sa lumière, ses décors, sa mise en scène, ses masques magnifiques, qui permettent à Edouard le défiguré d’exprimer ses sentiments, sa créativité et bien évidemment ses personnages qui ne laissent pas indifférents qu’ils soient du côté des « gentils » ou des « méchants ». Mis à part quelques longueurs par-ci, par-là qui font parfois retomber l’émotion, « Au revoir là haut » est un film magnifique aussi bien du point de vue du fond, d’une grande actualité malgré que l’action se passe il y a un siècle, que de celui de la forme très réussie.

4 étoiles. « Confident royal ». En 1887, la Reine Victoria en fin de règne fait la connaissance d’un serviteur indien, Abdul Karim. Venu du « sous-continent », colonialisé par les Britanniques, pour remettre de manière folklorique un présent à la souveraine à l’occasion de son jubilé d’or pour ses 50 ans de règne, Abdul va rapidement côtoyer de très près la reine tombée sous son charme pour le plus grand désespoir de la Maison royale. Sous ces airs plutôt légers, les situations comiques sont nombreuses, « Confident royal » aborde pourtant des thèmes qui sont toujours d’actualité sur les différences sociales, religieuses ou d’origine. Ce duo qui a construit une complicité hautement improbable dans la réalité, la reproduit à l’écran grâce au talent reconnu de Judi Dench, mais aussi à celui d’Ali Sazal qui rend crédible le fait que la reine Victoria soit tombé sous son charme. Si l’on peut reprocher au film d’être un peu répétitif sur la longueur et de laisser sur sa faim le spectateur sur la suite de la vie d’Abdul après cet épisode « victorien », il convient de souligner que « Confident royal » allie divertissement et réflexion avec subtilité. Et c’est déjà beaucoup.

4 étoiles. « Detroit ». Il y a 50 ans, Detroit connaissait des émeutes d’une rare violence. Bien qu’elles ne puissent être qualifiées de raciales, puisque des Blancs y ont aussi participé et y ont été tués (10 sur les 43), ces cinq jours de guérilla urbaine ont mis à jour les tensions raciales existantes. En se basant sur des faits réels, « Detroit » les illustre au travers d’un épisode particulièrement violent qui se déroule l’espace d’une nuit dans un motel où trois policiers débarquent à la recherche d’un sniper. Ils vont faire connaître l’horreur à ses occupants.  « Detroit » est un film violent, particulièrement sur le plan psychologique. La tension qui y règne est par moment à la limite du supportable. La manière de filmer de Kathryn Bigelow, 3 ou 4 caméras qui tournent en même temps autour des acteurs en mouvement, et des acteurs irréprochables donnent un sentiment de réalisme qui fait par moment tellement froid dans le dos qu'il prend le dessus sur l’émotion. Un film coup de poing formellement irréprochable et aux résonances, hélas, toujours d'actualité.

4 étoiles. « Le sens de la fête ». Depuis le succès colossal de « Intouchables », les films des réalisateurs Eric Toledano et Olivier Nakache sont très attendus et « Le sens de la fête » ne déçoit pas. L’histoire de Max, organisateur de fêtes que l’on suit pendant 24 heures, durant lesquelles toutes les tuiles possibles et inimaginables vont lui tomber dessus à l’occasion d’un mariage organisé dans un château du 17ème siècle, est en effet dans l’ensemble très réussie. Jean-Pierre Bacri est tout simplement exceptionnel. Omniprésent, il est à la fois drôle, ironique, caustique, jaloux, bougon, tendre, émouvant, touchant, excédé, désabusé, liste non exhaustive, dans son rôle de chef d’une équipe qui compte en son sein bien des bras cassés. Il est entouré par une distribution au diapason. Le film est bien écrit, avec tout de même quelques invraisemblances, et les dialogues sont souvent jouissifs. Il a également du rythme malgré une petite baisse au milieu. Il y a des scènes à pleurer de rire et d’autres émouvantes, à l’image d’une fin très réussie. « Le sens de la fête » est une comédie humaine, certes pleine de bons sentiments, pétillante comme du champagne et ça fait du bien !

1 et 3 étoiles. « Epouse-moi mon pote ». Yassine, jeune étudiant marocain, fait la fierté de sa famille qui s’est cotisée pour qu’il puisse faire des études à Paris. Suite à un malheureux concours de circonstances, Yassine rate son examen et se retrouve dès lors sans statut légal. Pour remédier à cette situation, il se marie avec son meilleur ami Frédéric. Soupçonné par un fonctionnaire d’avoir fait un mariage blanc, ils vont alors devoir s’inventer une vraie vie de couple homosexuel. Pas difficile d’imaginer à partir de ce synopsis que les quiproquos et les situations loufoques vont s’enchaîner avec de nombreux gags parfois très drôles. Ce n’est certes pas un humour subtil, les clichés sont légions et l’histoire est cousue de fil blanc. Pour ce genre de comédie, plus les traits sont grossiers et plus ça fonctionne. Alors oui, bien sûr, avec cet esprit les gays, mais aussi les immigrés, les aveugles, les obèses, les riches émirs du Qatar, etc., sont outrancièrement caricaturés, mais pas de quoi toutefois crier à l’homophobie. Au final, « Epouse-moi mon pote » est un film qui tient ses promesses : stupide (1 étoile) et drôle (3 étoiles).

2 étoiles. « Tout nous sépare ». Tout est dit dans le titre : qu’il y a-t-il de commun entre la bourgeoise Louise qui vit à la campagne dans une grande maison et le jeune Ben dealer habitant la cité aux fréquentations douteuses, voire dangereuses ? Rien. Sauf que la fille de Louise se drogue et qu’elle va malgré elle contribuer à cette rencontre fort improbable. Et c’est là que réside le point faible du film, car si elle est improbable, la manière dont elle va évoluer l’est tout autant. Ceci étant dit, « Tout nous sépare » se laisse pourtant voir sans ennui grâce à la tension qui règne en permanence, au suspense présent pratiquement du début à la fin et aux personnages de Louise et de Ben auxquels on s’attache grâce au charme indéniable de leurs interprètes. « Tout nous sépare » est un film noir qui se situe entre le drame social et le polar. Pas déplaisant, il y a quand même deux ou trois scènes violentes qui peuvent heurter les personnes sensibles, mais pas suffisamment abouti en raison de son scénario peu crédible.

2 étoiles. « D’après une histoire vraie » raconte l’histoire d’un auteur qui après avoir connu le succès avec un roman intime consacré à sa mère se retrouve en panne d’inspiration, complètement épuisée et tourmentées par des lettres anonymes qui lui reprochent d’avoir livré sa famille sur la place publique. C’est dans ce contexte que Delphine rencontre Elle, une jeune femme séduisante et brillante qui va petit à petit et de manière de plus en plus envahissante et inquiétante s’immiscer dans sa vie. Si l’on n’a pas lu le livre éponyme de Delphine de Vigan, on devine tout de même après cinq minutes l’issue du film. Il faut toutefois reconnaître que parfois le doute s’installe sur les certitudes acquises au début de l’histoire. Le mélange entre réalité et fiction s’entremêle en effet par moment avec suffisamment de subtilité pour brouiller les cartes, sans pour autant susciter un réel intérêt du spectateur régulièrement agacé par le personnage d’Elle beaucoup trop caricatural pour y croire. Ce défaut est rédhibitoire et met au second plan ce qui devrait pourtant l’être en premier : la question de l’angoisse de la page blanche de l’écrivain qui peut conduire jusqu’à la folie. Décevant de la part de Roman Polanski, réalisateur des remarquables « La Vénus à la fourrure » et « The Ghost Writer » pour ne citer que deux films relativement récents.

1 étoile. « Blade Runner 2049 ». K est chasseur de réplicants (sorte d’esclaves créés par les humains) récalcitrants et lui-même réplicant, mais avec un supplément d’âme qui lui viendrait des souvenirs qu’on lui a fabriqués. Il a pour mission de chercher et d’éliminer celui ou celle qui apparemment serait né.e de la liaison entre un réplicant et un humain, car si cela se vérifiait alors l’équilibre du monde en serait bouleversé. A partir de ce synopsis, on pourrait imaginer que « Blade Runner 2049 » est un film d’action qui se déroule dans un univers futuriste et qui questionne sur la relation entre les humains et les créatures qu’ils ont créés. Or, sur l’extrême longueur du film (2h45), il doit y avoir un tiers, et encore, d’actions et les questions existentielles sont à peine effleurées. C’est le sentiment d’un vide abyssal qui domine. Les coups de corne de brume exagérément forts qui font office de musique tiennent « heureusement » le spectateur éveillé. Il y a bien un sursaut au moment où Harrison Ford fait enfin son apparition après 1h45 (!) de film. C’est à n’en pas douter le meilleur moment de « Blade Runner 2049 » dont la fin est aussi décevante que le reste.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire