26/12/2017

« The Square » : un paquet vide (et 6 autres films à l’affiche)

IMG_1091.jpgJe suis allé à reculons voir « The Square ». J’avais pourtant bien aimé le film précédent de Ruben Östlund, « Snow Therapy ». Il faut dire que les Palmes d’or trouvent rarement grâce à mes yeux, car (trop) souvent d’un ennui mortel. Et puis, comme j’ai beaucoup aimé « 120 battements par minute », qui pour beaucoup auraient mérité bien plus la consécration à Cannes que « The Square », je me suis tout de même décidé à y aller pour comparer.

Et bien, je n’ai pas été déçu, « The Square » étant à la hauteur de la plupart des Palmes d’or : long comme un jour sans pain avec une histoire dont on peine à comprendre l’intérêt. Qualifié de film dramatique et satirique par son auteur qui « voulait faire un film élégant en se servant de dispositifs visuels et rhétoriques pour bousculer le spectateur et le divertir », « The Square » est certes bien emballé, mais le paquet est vide.

L’histoire de ce conservateur de musée contemporain bien sous tous rapports, qui va devoir sortir de sa zone de confort après s’être fait voler son portable et son portefeuille, s’apparente à une succession de sketchs qui sont autant d’occasions pour le réalisateur d’aborder des thèmes comme la responsabilité et la confiance, la richesse et la pauvreté, le pouvoir et l’impuissance ou encore l’individu et la communauté.

Alors, certes, quelques scènes attirent l’attention comme celle de l’homme qui fait le chimpanzé lors d’un dîner de gala ou celle de l’enfant qui réclame des comptes au conservateur parce qu’il se sent injustement accusé. Mais elles sont bien trop rares pour faire oublier que c’est avant tout un profond ennui qui domine. Comment dès lors comprendre que « The Square » a reçu le prix du meilleur film européen et de la meilleure comédie européenne de 2017, alors qu’on n’y rit pas une seule seconde, et que le formidable « 120 battements par minute » n’a obtenu que le prix du meilleur montage ? Mystère. (1 étoile)  

Toujours à l’affiche

4 étoiles : « Le Brio ». Yvan Attal, le réalisateur, qualifie « Le Brio » de « dramedy ». Une définition qui correspond fort bien au film qui est à la fois drôle, léger, émouvant, mais également sérieux dans les thèmes abordés : différences sociales, racisme, sexisme, enfermement ou encore difficultés à vaincre les a priori. Neïla Salah a grandi dans la banlieue et aimerait devenir avocate. Inscrite à l’université, elle va être confrontée à un professeur coutumier de provocations et dérapages plus que limites. Sous la menace d’un renvoi, il va alors, pour tenter de se racheter une conduite, prendre sous son aile, à son cœur défendant, Neïla pour la préparer au concours d’éloquence. « Le Brio » s’appuie sur un schéma cinématographique bien connu, à savoir la confrontation entre deux personnages que tout oppose, mais qui vont finir par s’apprivoiser. En cela, il n’est pas très original et le scénario n’évite pas toujours l’écueil de la facilité et de certains clichés. Mais ce défaut n’est de loin pas rédhibitoire, car les dialogues sont très bien écrits et fort bien interprétés. La mise en scène, plutôt inventive pour éviter au spectateur de se lasser de ces joutes verbales, et de l’émotion bien dosée font de « Le Brio » un film tout à fait recommandable.

4 étoiles. « Confident royal ». En 1887, la Reine Victoria en fin de règne fait la connaissance d’un serviteur indien, Abdul Karim. Venu du « sous-continent », colonialisé par les Britanniques, pour remettre de manière folklorique un présent à la souveraine à l’occasion de son jubilé d’or pour ses 50 ans de règne, Abdul va rapidement côtoyer de très près la reine tombée sous son charme pour le plus grand désespoir de la Maison royale. Sous ces airs plutôt légers, les situations comiques sont nombreuses, « Confident royal » aborde pourtant des thèmes qui sont toujours d’actualité sur les différences sociales, religieuses ou d’origine. Ce duo qui a construit une complicité hautement improbable dans la réalité, la reproduit à l’écran grâce au talent reconnu de Judi Dench, mais aussi à celui d’Ali Sazal qui rend crédible le fait que la reine Victoria soit tombé sous son charme. Si l’on peut reprocher au film d’être un peu répétitif sur la longueur et de laisser sur sa faim le spectateur sur la suite de la vie d’Abdul après cet épisode « victorien », il convient de souligner que « Confident royal » allie divertissement et réflexion avec subtilité. Et c’est déjà beaucoup.

4 étoiles. « Le sens de la fête ». Depuis le succès colossal de « Intouchables », les films des réalisateurs Eric Toledano et Olivier Nakache sont très attendus et « Le sens de la fête » ne déçoit pas. L’histoire de Max, organisateur de fêtes que l’on suit pendant 24 heures, durant lesquelles toutes les tuiles possibles et inimaginables vont lui tomber dessus à l’occasion d’un mariage organisé dans un château du 17ème siècle, est en effet dans l’ensemble très réussie. Jean-Pierre Bacri est tout simplement exceptionnel. Omniprésent, il est à la fois drôle, ironique, caustique, jaloux, bougon, tendre, émouvant, touchant, excédé, désabusé, liste non exhaustive, dans son rôle de chef d’une équipe qui compte en son sein bien des bras cassés. Il est entouré par une distribution au diapason. Le film est bien écrit, avec tout de même quelques invraisemblances, et les dialogues sont souvent jouissifs. Il a également du rythme malgré une petite baisse au milieu. Il y a des scènes à pleurer de rire et d’autres émouvantes, à l’image d’une fin très réussie. « Le sens de la fête » est une comédie humaine, certes pleine de bons sentiments, pétillante comme du champagne et ça fait du bien !

3 étoiles. « Happy Birthdead » se situe quelque part entre « Scream » et « Un jour sans fin ». La référence est d’ailleurs totalement assumée dans la dernière scène du film. Tree, son héroïne, revit en effet sans cesse sa journée d’anniversaire qui se termine quoiqu’elle fasse par sa mort, d’où le titre du film. Si « Happy Birthdead » utilise certains codes du film d’horreur, le film est avant tout un thriller qui lorgne du côté du fantastique avec pas mal d’humour. Le point fort du film est incontestablement le fait de ne pas ennuyer le spectateur malgré son côté répétitif et de l’impliquer dans l’histoire à la recherche d’indices pour tenter de découvrir l’assassin. Il y a même un côté jouissif à anticiper le meurtre de l’héroïne et la retrouver dans le plan suivant se réveiller une nouvelle fois pour affronter une « même » journée avec une autre stratégie pour démasquer, au sens propre et figuré, son meurtrier. Si le scénario est donc très efficace dans les scènes d’action, on n’en dira pas autant dans celles qui développent les relations entre les personnages d’une platitude certaine, frôlant même parfois la mièvrerie. Pas de quoi toutefois renoncer à voir le film si on est un amateur du genre.

3 étoiles. « Jalouse ». Entre drame et comédie, on y rit souvent jaune, « Jalouse » brosse le portrait d’une femme constamment au bord de la crise de nerfs parce que le bonheur des autres lui est insupportable, à commencer par celui de sa fille, jeune femme de 18 ans resplendissante, amoureuse et brillante danseuse. Tout son entourage va être tour à tour victime de son mal être jusqu’à ce qu’un événement particulièrement grave lui fasse prendre conscience qu’elle a dépassé les limites, quoique…Cette femme dans la cinquantaine rongée par la jalousie a les traits de Karin Viard qui excelle dans ce rôle où elle est à la fois drôle, émouvante et souvent odieuse. Elle arrive à rendre crédible un personnage caricatural, condition nécessaire pour faire rire, mais également touchant. Les dialogues sont le plus souvent incisifs et percutants. Les réalisateurs David et Stéphane Foenkinos voulaient faire un film dont le ton oscille sans cesse entre la comédie et le portrait intime. Objectif indéniablement atteint avec toutefois comme conséquence que ces fréquents changements de ton, surtout dans la première partie, mettent un peu trop de distance entre le spectateur et l’héroïne du film. Pas suffisamment toutefois pour s’abstenir d’aller le voir.

« C’est tout pour moi ». 2 étoiles. Nawell Madani, devant et derrière la caméra, s’inspire de son propre parcours pour raconter dans « C’est tout pour moi » sa découverte du monde de la danse et du stand-up à Paris après avoir quitté sa Belgique natale. Depuis toute petite, Lila, issue d’un milieu modeste, veut devenir danseuse contre l’avis paternel. Elle débarque à Paris pour réaliser son rêve. Elle va toutefois vite se rendre compte qu’il est difficile de passer du rêve à la réalité. Mais Lila est une femme qui a de l’ambition et qui est prête à tout pour voir son nom en haut de l’affiche et retrouver la fierté de son père. A l’image de la vie de son héroïne, il y a des hauts et des bas dans « C’est tout pour moi ». Ils correspondent presque exactement à l’état d’esprit de Lila : quand elle est en pleine euphorie le film est dynamique, drôle et même touchant, mais quand elle est au creux de la vague l’ennui guette. Et comme les hauts et les bas, avec une tendance à tirer un peu trop sur la corde sensible particulièrement dans la relation père-fille, se succèdent régulièrement, cela finit par lasser au point de se désintéresser petit à petit du destin de Lila. Pas désagréable, mais pas indispensable.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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