10/02/2018

« Le 15h17 pour Paris » reste en gare (et 9 autres films à l’affiche)

3AB28E08-E5C4-4130-B09F-56FB3258DBB2.jpegAprès le très décevant « American Sniper », ode à la grande Amérique, suivi du très réussi « Sully », mélange habile entre actions et émotions, « Le 15h17 vers Paris » allait-il plutôt s'apparenter au premier ou au second dans la manière de mettre en scène ces héros ordinaires dont raffole Clint Eastwood? 

Le film relate l’attaque terroriste du 21 août 2015 perpétrée dans le train Thalys Amsterdam-Paris. Grâce au courage de trois jeunes Américains qui ont réussi à maîtriser le terroriste, l’attentat, qui aurait pu faire des centaines de morts, a échoué. L’originalité du film repose sur le fait que la plupart des acteurs sont ceux qui ont réellement vécu cet événement. À commencer par les trois héros qui, bien dirigés, rejouent d’aileurs de manière plutôt convaincante leur rôle pour des comédiens amateurs.


Avec la scène de l’attaque dans le train parfaitement mise en scène, mais qui ne dure pas plus d’une dizaine de minutes, c’est d’ailleurs le seul point positif du film. Celui-ci démarre lentement avec des longs flashbacks sur l’enfance et l’adolescence des héros et atteint des sommets d’ennui avec d’interminables scènes des trois jeunes gens en train de faire du tourisme en Europe en prenant des selfies à n’en plus finir.

Et puis, Clint Eastwood retombe dans ses travers de « American Sniper » en glorifiant l’armée américaine, son patriotisme, ses amitiés viriles, et en donnant une connotation religieuse très appuyée à ce qui arrive à ses trois hommes dont on peut finalememt déduire qu’ils ont accompli une mission divine. C’est lourdingue avec comme cerise sur le gâteau des images d’archives montrant pendant cinq minutes François Hollande remettant la légion d’honneur aux héros. Indigeste. (1 étoile)

Toujours à l’affiche

4 étoiles. « Wonder Wheel » débute comme une comédie romantique et se termine comme une tragédie. Pour passer d’un extrême à l’autre, il y a bien sûr l’amour et la trahison, deux thèmes chers à Woody Allen. Ils sont incarnés par le personnage de Ginny, ex-actrice et dorénavant serveuse mariée à Humpty dont la vie va soudainement retrouver un peu de sel quand son chemin va croiser celui de Mickey, séduisant maître-nageur passionné de littérature. Un sel qui pourrait toutefois bien avoir un goût amer avec l’apparition de sa belle-fille, Carolina, qui vient se réfugier chez son père pour fuir des gangsters à ses trousses. Le film s’appelle « Wonder Wheel » parce que la grande roue symbolise aux yeux de Woody Allen le fait que « ces personnages sont enfermés dans une sorte de boucle comportementale qui se répète indéfiniment. » La mise en scène, proche de celle d’une pièce de théâtre, renforce parfaitement ce sentiment de cercle vicieux. La lumière joue également un rôle important dans le film en évoquant avec réalisme les années 50 et en distinguant les deux personnages féminins. Mais pour que toutes ses prouesses techniques, du plus bel effet, aient une valeur ajoutée, il faut des acteurs à la hauteur, car ils sont la plupart du temps filmés en gros plan. Tel est bien le cas avec une mention toute particulière pour Kate Winslet véritablement habitée par son rôle. Un très bon Woody Allen.

4 étoiles. « God’s Own Country » (« Seule la terre »). Fils d’un fermier handicapé suite à une attaque, Johnny se retrouve à devoir gérer seul le domaine familial situé dans le Yorkshire où les conditions climatiques peuvent être fort rudes. Frustré par cette vie très dure, Johnny se saoule tous les soirs au pub du village et connaît des aventures sans lendemain avec des inconnus. Mais quand Georghe, un saisonnier roumain, débarque à la ferme pour donner un coup de main, Johnny va alors éprouver des sentiments jamais ressentis auparavant. Saura-t-il les apprivoiser pour ouvrir son cœur et son esprit à la tendresse et à l’amour que lui offre Georghe et l’assumer dans un milieu peu favorable pour vivre son homosexualité? « God’s Own Country » invite le spectateur à partager l’univers des deux hommes grâce à une caméra toujours installée entre les personnages pour qu’ils ne puissent jamais se soustraire au regard de celui-ci. Pari totalement réussi grâce à deux acteurs bouleversants de vérité et à une photographie et un son qui mettent en valeur avec une rare authenticité les paysages du Yorshire. Au final, une magnifique histoire d’amour, dont le seul bémol se résume à quelques petites longueurs dans la seconde partie.

4 étoiles. « 3 Billboards » mêle à la fois tragédie et comédie, ce qui est souvent un pari risqué. Autant le dire tout de suite, et à quelques détails près, le mélange des genres est réussi dans « 3 Billboards » grâce à un scénario inventif, une mise en scène qui ne laisse rien au hasard, des images magnifiques et une distribution exceptionnelle. Le film raconte l’histoire de Mildred Hayes, lassée que l’enquête sur la mort de sa fille violemment assassinée n’avance pas, qui décide un beau jour de louer 3 panneaux publicitaires immenses et abandonnés à l’entrée de la ville afin d’interpeller la police sur son inaction. Cette initiative va mettre le feu, au sens propre et figuré, dans cette petite ville du Missouri qui cumule les travers d’une Amérique réactionnaire, à savoir, entre autres, bêtise, violence, racisme, homophobie et alcoolisme. Si le trait est volontairement forcé, ce qui permet de jouer sur un humour noir du meilleur effet, c’est pour mieux questionner les notions de justice et de pardon, mais aussi la capacité de l’être humain d’évoluer dans un contexte qui bouge à l’image d’une fin très réussie. « 3 Billboards » est parfois déroutant, jamais ennuyeux malgré son rythme relativement lent et, au final, souvent jouissif. A voir.

4 étoiles. « Les heures sombres ». Mai 1940. Les Alliés concèdent défaites sur défaites face aux troupes nazies. Plus de 300 000 soldats britanniques sont piégés à Dunkerque et la menace d’une invasion du Royaume-Uni par Hitler est réelle. C’est dans ce contexte explosif que Winston Churchill est nommé le 10 mai Premier ministre suite à la démission de Neville Chamberlain. Mais c’est en fait une nomination par défaut, car seul Churchill est à même de rallier les voix de l’opposition sur sa personne alors que son propre parti, ainsi que le roi George VI, préféreraient un autre candidat. La grande force de « Les heures sombres » est d’en faire un film à suspense alors qu’on connaît déjà la fin et que l’action tourne principalement autour des discours de Churchill et de ses relations plutôt conflictuelles avec son entourage. On pourrait craindre l’ennui durant les plus de deux heures que durent le film, mais il n’en est rien. Le mérite en revient en premier lieu à l’extraordinaire performance de Gary Oldman. L’apparence de Churchill a également été très soignée. Ce souci du détail se voit aussi dans les décors et dans la lumière. Alors, certes, le film tire parfois un peu trop sur la corde du patriotisme, mais il n’y a là rien de rédhibitoire, tant le film est passionnant de bout en bout.

4 étoiles. « Jumanji : Bienvenue dans la jungle ». Se situant quelque part entre un remake et une suite du film de 1996 devenu culte avec Robin Williams, « Jumanji : Bienvenue dans la jungle » inverse la donne de son modèle : ce n’est plus la jungle qui envahit le monde réel, mais les personnages qui se retrouvent propulsés dans la jungle. C’est ainsi que quatre lycéens, deux filles et deux garçons, suite à la découverte d’une vieille console qui contient un jeu vidéo de la fin du siècle passé, vont se retrouver dans la jungle de Jumanji et devoir…déjouer les nombreux pièges qui leur sont tendus s’ils veulent pouvoir retourner dans la réalité. Ils vont le faire avec leur avatar qui est physiquement l’exact opposé de ce qu’ils sont dans la vie réelle et possède ses forces et ses faiblesses qu’il s’agira d’utiliser à bon escient pour s’en sortir. Le point fort du film est incontestablement l’humour qui s’en dégage. Les dialogues sont excellents et font souvent mouche. Les effets spéciaux sont également très réussis et on ne s’ennuie pas une seule seconde. Alors, certes, tout n’est pas parfait, notamment la toute fin qui frise la mièvrerie, mais pas de quoi gâcher l’impression générale que le film est un très bon divertissement.

3 étoiles. « La promesse de l’aube». Adapté du roman autobiographique éponyme de Romain Gary, le film raconte la vie du double lauréat du prix Goncourt de son enfance en Pologne dans les années 20 à son adolescence à Nice jusqu’à ses années estudiantines à Paris et son dur vécu pendant la seconde guerre mondiale. Mais « La promesse de l’aube », raconte avant tout comment une mère par son amour, sa volonté, ses rêves et son esprit libre a façonné son fils en grand écrivain. « La promesse de l’aube » est à la fois une comédie et une tragédie où par moment la réalité et la fiction s’entremêlent en faisant régner une douce folie dans cette relation mère-fils hors normes. C’est un film d’aventure dans le sens où l’action et le dépaysement ne manquent pas, mais c’est aussi une aventure humaine parfois un peu laborieuse, surtout dans la première partie, et qui manque d’âme. Le jeu de Charlotte Gainsbourg n’est pas étranger à ce constat, car il agace tant il paraît excessif. D’ailleurs, « La promesse de l’aube » devient bien plus intéressant à partir du moment où l’excellent Pierre Niney entre en scène et où le héros prend, par la force des choses, ses distances physiques, mais pas psychiques, avec sa mère. Au final, un film de très bonne facture sur la forme, mais qui n’arrive que trop rarement à émouvoir.

2 étoiles. « Pentagon Papers », nom du document de 7000 pages émanant du département de la défense détaillant l’implication politique et militaire américaine dans la guerre du Vietnam, raconte l’histoire de Katharine Graham, directrice du Washington Post, et de son rédacteur en chef Ben Bradlee qui vont se retrouver confronter au gré des circonstances à un dilemme monumental : publier ou non des extraits dans le journal de ce document au risque de tout perdre, y compris leur liberté. Résumé de cette manière, on imagine que « Pentagon Papers » fera la part belle au drame avec une énorme tension et un suspense par moment insoutenable. Tel est bien le cas, mais hélas seulement dans la deuxième moitié du film. Avant d’y parvenir, il aura fallu affronter une mise en place du contexte qui à vouloir être trop démonstrative et didactique (que de paroles !) en devient laborieuse et franchement ennuyeuse. Mais heureusement, le film décolle et devient franchement intéressant quand il entre dans le vif du sujet. On se met alors à apprécier la mise en scène, la reconstitution minutieuse d’une rédaction du début des années 70 et le côté résolument féministe du film incarné par une Meryl Streep comme toujours excellente. Au final, et malgré cette seconde partie plutôt réussie, le bilan est globalement décevant pour un film dont on attendait beaucoup plus sur le…papier.

2 étoiles. « Le crime de l’Orient-Express ». Kenneth Branagh signe cette nouvelle adaptation de « Le crime de l’Orient-Express » en jouant également le célèbre détective Hercule Poirot. Le réalisateur-comédien a apporté un soin tout particulier à son personnage en rassemblant toutes les descriptions faites par Agatha Christie dans ses écrits. Et force est de constater que cela se voit à l’écran, le personnage d’Hercule Poirot étant particulièrement développé aussi bien sur le plan psychologique que sur celui de l’apparence. Il est d’ailleurs à relever que du point de vue formelle le film n’est pas loin d’être irréprochable avec de magnifiques décors et costumes, des mouvements de caméra spectaculaires et une mise en scène qui tire la maximum de ce huis-clos ferroviaire. Mais ce bel emballage ne suffit pourtant pas à susciter un véritable intérêt pour l’enquête que mène le célèbre détective suite au meurtre qui a été commis dans l’Orient-Express. L’ennui guette rapidement et semble contagieux : les actrices et acteurs, pourtant pour la plupart très connus, ne paraissent, eux non plus, guère concernés par les événements. Au moment où la vérité éclate, on se dit qu’on aurait tout aussi bien pu rester sur le quai de gare ou manqué le train tant monté dans cet Orient-Express n’était pas indispensable.

1 étoile. « Downsizing ». A l’origine de l’histoire que raconte le film, il y a des scientifiques qui, pour lutter contre la surpopulation et la destruction de la planète, inventent un processus, le « downsizing », permettant de réduire les humains à une taille de 12 centimètres. Celles et ceux qui se lancent dans cette opération, au sens propre et figuré, sont avant tout intéressés par le fait qu’en réduisant leur taille, ils augmenteront considérablement leur niveau de vie, une maison de poupée étant bien moins chère qu’une villa à taille humaine ordinaire. C’est dans ce contexte que Paul et Audrey Safranek décident de se lancer dans l’aventure, mais rien ne va se passer comme ils l’avaient imaginé. « Downsizing » est un film louable dans le sens qu’il questionne l’avenir de la planète (surpopulation, déchets, réchauffement climatique), mais également la place de l’homme dans la société, ses choix, ses relations aux autres, les rapports entre les classes sociales, l’appât du gain et la survie de l’espèce. Il est même plutôt plaisant au début avec des personnages et des effets spéciaux qui amusent. Mais son intérêt se…réduit au fur et à mesure que les minutes passent. A trop vouloir embrasser de thèmes, le film les survole, part dans tous les sens et s’enlise définitivement au cours de trente dernières minutes interminables et d’une niaiserie absolue. Un petit film.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

00:03 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Surtout lorsqu'on sait que la légion d'honneur ne vaut plus que peau de zobe. Mais il est évident qu'un acte de bravour, cela déplaît à un gauchiste. Vous auriez sans doute préféré que tout le monde attende sagement de se prendre une rafale de kalachnikov.

Cela me fait un peu penser à tous ces débiles qui étaient venus mettre une gerbe de fleurs après les attentats du Bataclan, et qui ont déguerpis illico presto après l'explosion d'un pêtard. On ne compte pas trop sur le courage de ces clampins pour nous défendre.

Écrit par : Laurent Lefort | 12/02/2018

Et le fait que Clint Eastwoodsoit un des seuls du cirque hollywoodien à avoir soutenu Trump, n'est sans doute pas étranger à votre jugement. Mais lorsqu'on a déjà peur des mots, imaginez pour le reste.

Écrit par : Laurent Lefort | 12/02/2018

Un beau procès d’intention que vous me faites là... Ça m’est bien évidemment égal, sauf que ma critique portait bel et bien sur le film raté que j’ai vu et non pas sur Clint Eastwood. La preuve? J’ai mis 5 étoiles à son film précédent « Sully » qui véhiculait pourtant les mêmes valeurs que dans « Le 15h17 pour Paris », à la différence près que c’était de l’excellent cinéma. À bon entendeur...

Écrit par : didier bonny | 12/02/2018

J'ai peut-être été un peu brusque avec "abrutis". J'aurais dû parler de bobos parisiens qui nous font le coup à chaque attentat.

Qui plus est, j'aurais également essayé de sauver ma peau, comme ces soldats. Je n'aurais en revanche pas accepté de participer au film. J'aurais préféré rester dans l'ombre.

Quant au reproche qui vous était adressé, j'ai crû comprendre que dans les deux films d'Eastwood, abordant une certaine glorification du soldat américain, vous n'aviez pas aimé. Pour "American Sniper", je n'avais pas aimé non plus. "Sully" concerne un équipage de bord, donc aborde la senctuarisation de pilotes civils exceptionnels. C'était plus un constat.

Écrit par : Laurent Lefort | 12/02/2018

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