13/03/2018

« Moi, Tonya »: une tragi-comédie passionnante et inventive (et 9 autres films à l’affiche)

IMG_1893.jpgJanvier 1994, le championnat américain de patinage artistique va désigner les concurrentes qui défendront les couleurs des USA aux Jeux olympiques de Lillehammer en février. C’est alors que Nancy Kerrigan, la favorite, se fait agresser avec une barre de fer qui va l’empêcher de disputer la compétition. Les soupçons se tournent rapidement en direction de sa principale adversaire, Tonya Harding, à la réputation sulfureuse. Mais comment a-t-on pu en arriver à cette extrémité ?

Tourné sous la forme d’un docu-fiction avec des interviews des proches de Tonya Harding et de la patineuse elle-même qui entrecoupent des flashbacks qui permettent de comprendre le cercle vicieux dans lequel Tonya Harding était enfermée depuis toute petite, « Moi, Tonya » est un petit bijou de tragi-comédie à suspense. Cette réussite est due tout d’abord à un scénario que le réalisateur Graig Gillespie définit comme « une maîtrise absolue de la narration, un parfait équilibre entre humour et émotion et une construction dramaturgique foncièrement originale.»

On ne saurait mieux dire, car plus les minutes passent plus le film devient captivant avec un réel attachement à ses personnages pourtant loin d’être sympathiques. La réalisation est à la hauteur de cette originalité avec des scènes de patinage à couper le souffle. Elles participent parfaitement à faire monter petit à petit la tension qui se dégage dans le film et peu importe que l’on soit ou non un fan de patinage artistique et de son milieu sans pitié pour celles, comme Tonya, qui n’appartiennent pas à son monde.

Mais toutes ces qualités seraient quasiment inutiles si « Moi, Tonya » n’était pas porté par d’excellents interprètes, à commencer par Margot Robbie qui met formidablement en valeur l’arrogance, la vulgarité, la vulnérabilité, la naïveté, mais aussi le courage et la ténacité du personnage qu’elle interprète. A ses côtés, Allison Janney est géniale dans son rôle de mère méprisante, violente, mais également désireuse que sa fille réussisse. Elle a d’ailleurs reçu l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour sa performance qui est l’image de ce film passionnant et inventif: caustique, cruel, drôle, émouvant, féroce, immoral, ironique, jouissif et tragique. (4 étoiles)


Toujours à l’affiche

5 étoiles. « Call me by your name». Eté 1983, Lombardie. Elio, 17 ans, passe ses vacances dans une magnifique villa en compagnie de ses parents dont il est proche. Son père est un éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine et sa mère traductrice. Il a grandi dans un milieu ouvert aux autres et a reçu une excellente éducation. Au cours de cet été, il va s’éveiller au désir de l’autre. Ce sera tout d’abord avec son amie Marzia, puis de manière de plus en plus irrésistible avec le séduisant Oliver, étudiant américain venu travailler auprès de son père. A partir de cette histoire simple adaptée du roman éponyme d’André Aciman, James Ivory a tiré un scénario, récompensé d’un Oscar, d’une très grande finesse et sensibilité. Magnifiquement mis en scène par Luca Guadagnino, « Call me by your name » est un film lumineux, dans tous les sens du terme. Quant à l’interprétation, elle est irréprochable, avec une mention toute particulière pour le jeune Timothée Chalamet d’une justesse incroyable jusqu’au dernier plan d’une folle intensité émotionnelle. Mais cette scène finale n’est, et de loin, pas la seule à bouleverser. En résumé, « Call me by your name » est beau, bouleversant, délicat, émouvant, érotique, fin, humain, intense, juste, lumineux, romantique, sensible, sensuel, solaire, subtile et plus encore. Une réussite.

4 étoiles. « Wonder Wheel » débute comme une comédie romantique et se termine comme une tragédie. Pour passer d’un extrême à l’autre, il y a bien sûr l’amour et la trahison, deux thèmes chers à Woody Allen. Ils sont incarnés par le personnage de Ginny, ex-actrice et dorénavant serveuse mariée à Humpty dont la vie va soudainement retrouver un peu de sel quand son chemin va croiser celui de Mickey, séduisant maître-nageur passionné de littérature. Un sel qui pourrait toutefois bien avoir un goût amer avec l’apparition de sa belle-fille, Carolina, qui vient se réfugier chez son père pour fuir des gangsters à ses trousses. Le film s’appelle « Wonder Wheel » parce que la grande roue symbolise aux yeux de Woody Allen le fait que « ces personnages sont enfermés dans une sorte de boucle comportementale qui se répète indéfiniment. » La mise en scène, proche de celle d’une pièce de théâtre, renforce parfaitement ce sentiment de cercle vicieux. La lumière joue également un rôle important dans le film en évoquant avec réalisme les années 50 et en distinguant les deux personnages féminins. Mais pour que toutes ses prouesses techniques, du plus bel effet, aient une valeur ajoutée, il faut des acteurs à la hauteur, car ils sont la plupart du temps filmés en gros plan. Tel est bien le cas avec une mention toute particulière pour Kate Winslet véritablement habitée par son rôle. Un très bon Woody Allen.

4 étoiles. « 3 Billboards » mêle à la fois tragédie et comédie, ce qui est souvent un pari risqué. Autant le dire tout de suite, et à quelques détails près, le mélange des genres est réussi dans « 3 Billboards » grâce à un scénario inventif, une mise en scène qui ne laisse rien au hasard, des images magnifiques et une distribution exceptionnelle. Le film raconte l’histoire de Mildred Hayes, lassée que l’enquête sur la mort de sa fille violemment assassinée n’avance pas, qui décide un beau jour de louer 3 panneaux publicitaires immenses et abandonnés à l’entrée de la ville afin d’interpeller la police sur son inaction. Cette initiative va mettre le feu, au sens propre et figuré, dans cette petite ville du Missouri qui cumule les travers d’une Amérique réactionnaire, à savoir, entre autres, bêtise, violence, racisme, homophobie et alcoolisme. Si le trait est volontairement forcé, ce qui permet de jouer sur un humour noir du meilleur effet, c’est pour mieux questionner les notions de justice et de pardon, mais aussi la capacité de l’être humain d’évoluer dans un contexte qui bouge à l’image d’une fin très réussie. « 3 Billboards » est parfois déroutant, jamais ennuyeux malgré son rythme relativement lent et, au final, souvent jouissif. A voir.

4 étoiles. « Les heures sombres ». Mai 1940. Les Alliés concèdent défaites sur défaites face aux troupes nazies. Plus de 300 000 soldats britanniques sont piégés à Dunkerque et la menace d’une invasion du Royaume-Uni par Hitler est réelle. C’est dans ce contexte explosif que Winston Churchill est nommé le 10 mai Premier ministre suite à la démission de Neville Chamberlain. Mais c’est en fait une nomination par défaut, car seul Churchill est à même de rallier les voix de l’opposition sur sa personne alors que son propre parti, ainsi que le roi George VI, préféreraient un autre candidat. La grande force de « Les heures sombres » est d’en faire un film à suspense alors qu’on connaît déjà la fin et que l’action tourne principalement autour des discours de Churchill et de ses relations plutôt conflictuelles avec son entourage. On pourrait craindre l’ennui durant les plus de deux heures que durent le film, mais il n’en est rien. Le mérite en revient en premier lieu à l’extraordinaire performance de Gary Oldman, Oscar du meilleur acteur. L’apparence de Churchill a également été très soignée. Ce souci du détail se voit aussi dans les décors et dans la lumière. Alors, certes, le film tire parfois un peu trop sur la corde du patriotisme, mais il n’y a là rien de rédhibitoire, tant le film est passionnant de bout en bout.

4 étoiles. « Jumanji : Bienvenue dans la jungle ». Se situant quelque part entre un remake et une suite du film de 1996 devenu culte avec Robin Williams, « Jumanji : Bienvenue dans la jungle » inverse la donne de son modèle : ce n’est plus la jungle qui envahit le monde réel, mais les personnages qui se retrouvent propulsés dans la jungle. C’est ainsi que quatre lycéens, deux filles et deux garçons, suite à la découverte d’une vieille console qui contient un jeu vidéo de la fin du siècle passé, vont se retrouver dans la jungle de Jumanji et devoir…déjouer les nombreux pièges qui leur sont tendus s’ils veulent pouvoir retourner dans la réalité. Ils vont le faire avec leur avatar qui est physiquement l’exact opposé de ce qu’ils sont dans la vie réelle et possède ses forces et ses faiblesses qu’il s’agira d’utiliser à bon escient pour s’en sortir. Le point fort du film est incontestablement l’humour qui s’en dégage. Les dialogues sont excellents et font souvent mouche. Les effets spéciaux sont également très réussis et on ne s’ennuie pas une seule seconde. Alors, certes, tout n’est pas parfait, notamment la toute fin qui frise la mièvrerie, mais pas de quoi gâcher l’impression générale que le film est un très bon divertissement.

3 étoles. « Tout l’argent du monde ».  Inspiré de faits réels, avec une place non négligeable pour la fiction, le film raconte le kidnapping à Rome en juillet 1973 de Paul Getty III, petit-fils de Paul Getty, homme le plus riche du monde à ce moment-là. Mais pour le milliardaire réputé pour son avarice, l’enlèvement de son petit-fils préféré n’est toutefois pas une raison suffisante pour mettre la main au porte-monnaie. Le personnage du grand-père est sans conteste l’atout majeur du film tant il est surréaliste. Les relations entre les protagonistes participent d’ailleurs tout autant à la tension qui règne dans le film que les rebondissements du kidnapping. Il faut dire que la distribution de « Tout l’argent du monde » est en…or. Les autres points forts du film sont ses décors et sa lumière superbes qui vous plongent magnifiquement dans l’ambiance des années 70. Malgré toutes ces qualités, « Tout l’argent du monde » manque toutefois par moment de rythme, particulièrement dans sa première partie, ce qui s’explique par sa durée excessive (2h15), des rebondissements parfois peu crédibles et des scènes qui tirent inutilement en longueur. Il n’en demeure pas moins que ce thriller, où s’entremêle argent, violence, avant tout psychologique, et filiation, plaira sans doute aux amateurs du genre.

2 étoiles. « La forme de l’eau ». Elisa est nettoyeuse dans un laboratoire gouvernemental ultrasecret en pleine guerre froide à la fin des années 50. Sa vie va basculer lorsqu’elle va tomber amoureuse d’une créature emprisonnée au sein de ce laboratoire et en danger de mort en raison des expériences qui sont faites sur elle. Conte fantastique érigé en hymne (trop) appuyé à la tolérance (l’héroïne est muette, son colocataire est homosexuel, sa meilleure amie noire et son amoureux une créature à la E.T., n’en jetez plus la coupe est pleine), « La forme de l’eau » a un défaut rédhibitoire : après dix minutes de film, on devine ce qui va arriver jusqu’à la dernière minute. La conséquence est que l’ennui n’est jamais bien loin et qu’on peine franchement à s’intéresser aux péripéties de ce couple hautement improbable. Alors, certes, c’est bien joué et plutôt agréable à regarder avec des couleurs qui font inévitablement penser à « Amélie Poulain ». Mais cela ne suffit toutefois pas à susciter ce qui fait la marque des grands films : l’émotion. Tout est tellement prévisible et fait pour tirer sur la corde sensible du spectateur que cela en devient artificiel. Mais apparemment pas pour tout le monde puisque ce film très politiquement correct et emprunt d’une nostalgie romantique dégoulinante a remporté l’Oscar du meilleur film…

2 étoiles. « Pentagon Papers », nom du document de 7000 pages émanant du département de la défense détaillant l’implication politique et militaire américaine dans la guerre du Vietnam, raconte l’histoire de Katharine Graham, directrice du Washington Post, et de son rédacteur en chef Ben Bradlee qui vont se retrouver confronter au gré des circonstances à un dilemme monumental : publier ou non des extraits dans le journal de ce document au risque de tout perdre, y compris leur liberté. Résumé de cette manière, on imagine que « Pentagon Papers » fera la part belle au drame avec une énorme tension et un suspense par moment insoutenable. Tel est bien le cas, mais hélas seulement dans la deuxième moitié du film. Avant d’y parvenir, il aura fallu affronter une mise en place du contexte qui à vouloir être trop démonstrative et didactique (que de paroles !) en devient laborieuse et franchement ennuyeuse. Mais heureusement, le film décolle et devient franchement intéressant quand il entre dans le vif du sujet. On se met alors à apprécier la mise en scène, la reconstitution minutieuse d’une rédaction du début des années 70 et le côté résolument féministe du film incarné par une Meryl Streep comme toujours excellente. Au final, et malgré cette seconde partie plutôt réussie, le bilan est globalement décevant pour un film dont on attendait beaucoup plus sur le…papier.

2 étoiles. « Le crime de l’Orient-Express ». Kenneth Branagh signe cette nouvelle adaptation de « Le crime de l’Orient-Express » en jouant également le célèbre détective Hercule Poirot. Le réalisateur-comédien a apporté un soin tout particulier à son personnage en rassemblant toutes les descriptions faites par Agatha Christie dans ses écrits. Et force est de constater que cela se voit à l’écran, le personnage d’Hercule Poirot étant particulièrement développé aussi bien sur le plan psychologique que sur celui de l’apparence. Il est d’ailleurs à relever que du point de vue formelle le film n’est pas loin d’être irréprochable avec de magnifiques décors et costumes, des mouvements de caméra spectaculaires et une mise en scène qui tire la maximum de ce huis-clos ferroviaire. Mais ce bel emballage ne suffit pourtant pas à susciter un véritable intérêt pour l’enquête que mène le célèbre détective suite au meurtre qui a été commis dans l’Orient-Express. L’ennui guette rapidement et semble contagieux : les actrices et acteurs, pourtant pour la plupart très connus, ne paraissent, eux non plus, guère concernés par les événements. Au moment où la vérité éclate, on se dit qu’on aurait tout aussi bien pu rester sur le quai de gare ou manqué le train tant monté dans cet Orient-Express n’était pas indispensable.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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