22/04/2018

« La Finale » : entre humour et émotion (et 4 autres films à l’affiche)

IMG_2377.jpgLa maladie d’Alzheimer est un thème sensible, chacun redoutant d’y être confronté un jour ou l’autre, et l’aborder dans une comédie est donc plutôt « casse-gueule ». C’est le pari de « La Finale » qui met en scène un grand-père qui perd la mémoire et son petit-fils qui va devoir s’en occuper bien malgré lui deux jours durant pour disputer sa finale de basket qui a lieu à Paris. Comme on peut aisément l’imaginer, les situations rocambolesques et les embûches ne vont pas épargner les deux protagonistes sur le parcours qui les mènera dans la capitale française.

« La Finale » est un road-movie qui manque par moment un peu de rythme, ce qui n’est toutefois pas très grave pour un film qui dure moins de 1h30. Les rebondissements sont parfois attendus, voire répétitifs, mais également parfois surprenants, les meilleurs étant ceux qui mettent au centre l’émotion.

C’est d’ailleurs un des deux points forts du film qui relève de la comédie, mais qui mélange le plus souvent, avec bonheur, humour et émotion au service de la relation entre le grand-père et son petit-fils qui est le thème principal du film bien avant la maladie d’Alzheimer. Les conséquences de cette dernière sont certes importantes, mais elles permettent à toute la famille d’avancer dans une direction positive. A ce titre, la fin est très réussie.

Le second point fort de « La Finale » est son duo d’acteurs Thierry Lhermitte/Rayane Bensetti qui fonctionne très bien, le premier jouant à merveille sur les deux registres du comique et de l’émotion et le second mettant au service du film toute son énergie et son indéniable charisme. Pari donc globalement réussi. (3 étoiles)


Toujours à l'affiche

5 étoiles. « Call me by your name». Eté 1983, Lombardie. Elio, 17 ans, passe ses vacances dans une magnifique villa en compagnie de ses parents dont il est proche. Son père est un éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine et sa mère traductrice. Il a grandi dans un milieu ouvert aux autres et a reçu une excellente éducation. Au cours de cet été, il va s’éveiller au désir de l’autre. Ce sera tout d’abord avec son amie Marzia, puis de manière de plus en plus irrésistible avec le séduisant Oliver, étudiant américain venu travailler auprès de son père. A partir de cette histoire simple adaptée du roman éponyme d’André Aciman, James Ivory a tiré un scénario, récompensé d’un Oscar, d’une très grande finesse et sensibilité. Magnifiquement mis en scène par Luca Guadagnino, « Call me by your name » est un film lumineux, dans tous les sens du terme. Quant à l’interprétation, elle est irréprochable, avec une mention toute particulière pour le jeune Timothée Chalamet d’une justesse incroyable jusqu’au dernier plan d’une folle intensité émotionnelle. Mais cette scène finale n’est, et de loin, pas la seule à bouleverser. En résumé, « Call me by your name » est beau, bouleversant, délicat, émouvant, érotique, fin, humain, intense, juste, lumineux, romantique, sensible, sensuel, solaire, subtile et plus encore. Une réussite.

4 étoiles. « 3 Billboards » mêle à la fois tragédie et comédie, ce qui est souvent un pari risqué. Autant le dire tout de suite, et à quelques détails près, le mélange des genres est réussi dans « 3 Billboards » grâce à un scénario inventif, une mise en scène qui ne laisse rien au hasard, des images magnifiques et une distribution exceptionnelle. Le film raconte l’histoire de Mildred Hayes, lassée que l’enquête sur la mort de sa fille violemment assassinée n’avance pas, qui décide un beau jour de louer 3 panneaux publicitaires immenses et abandonnés à l’entrée de la ville afin d’interpeller la police sur son inaction. Cette initiative va mettre le feu, au sens propre et figuré, dans cette petite ville du Missouri qui cumule les travers d’une Amérique réactionnaire, à savoir, entre autres, bêtise, violence, racisme, homophobie et alcoolisme. Si le trait est volontairement forcé, ce qui permet de jouer sur un humour noir du meilleur effet, c’est pour mieux questionner les notions de justice et de pardon, mais aussi la capacité de l’être humain d’évoluer dans un contexte qui bouge à l’image d’une fin très réussie. « 3 Billboards » est parfois déroutant, jamais ennuyeux malgré son rythme relativement lent et, au final, souvent jouissif. A voir.

2 étoiles. « La Ch'tite famille ». Valentin D. et Constance Brandt forment un couple BCBG très à la mode dans le monde parisien de l'architecture moderne. Tout ce beau monde ignore toutefois que Valentin a menti sur ses origines prolétaires et ch'tis. La vérité va éclater lors d'un vernissage d'une rétrospective qui lui est consacrée quand sa famille débarque par surprise. A la lecture de ce synopsis, on aura deviné que ce choc des cultures va occasionner des situations comiques, des quiproquos et des rebondissements en cascade, par moment jusqu'à l'excès. Et c'est bien là le plus gros reproche que l'on peut faire au film: il ne fait pas dans la dentelle, tout particulièrement dans une première partie lourdingue où à force de grossir le trait sur les Ch'tis, mais aussi sur le milieu BCBG parisien, cela en devient grotesque et même gênant.Heureusement, la seconde partie est plus digeste et on rit par moment de bon cœur, l'accent ch'ti étant cette fois-ci utilisé comme un simple ressort comique et non comme une caricature. Il y a même de l'émotion avec une fin certes convenue, mais plutôt originale dans sa conception. Les acteurs sont à la hauteur avec une mention à Laurence Arné qui donne beaucoup d'humanité à son rôle et à Pierre Richard, émouvant dans sa maladresse. Au final, une comédie pas « chi » pire, même si on en attendait plus.

2 étoiles. « La forme de l’eau ». Elisa est nettoyeuse dans un laboratoire gouvernemental ultrasecret en pleine guerre froide à la fin des années 50. Sa vie va basculer lorsqu’elle va tomber amoureuse d’une créature emprisonnée au sein de ce laboratoire et en danger de mort en raison des expériences qui sont faites sur elle. Conte fantastique érigé en hymne (trop) appuyé à la tolérance (l’héroïne est muette, son colocataire est homosexuel, sa meilleure amie noire et son amoureux une créature à la E.T., n’en jetez plus la coupe est pleine), « La forme de l’eau » a un défaut rédhibitoire : après dix minutes de film, on devine ce qui va arriver jusqu’à la dernière minute. La conséquence est que l’ennui n’est jamais bien loin et qu’on peine franchement à s’intéresser aux péripéties de ce couple hautement improbable. Alors, certes, c’est bien joué et plutôt agréable à regarder avec des couleurs qui font inévitablement penser à « Amélie Poulain ». Mais cela ne suffit toutefois pas à susciter ce qui fait la marque des grands films : l’émotion. Tout est tellement prévisible et fait pour tirer sur la corde sensible du spectateur que cela en devient artificiel. Mais apparemment pas pour tout le monde puisque ce film très politiquement correct et emprunt d’une nostalgie romantique dégoulinante a remporté l’Oscar du meilleur film…

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

16:46 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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