21/05/2018

« En guerre» : poignant et criant de vérité

IMG_2542.jpg« Je ne me fais le porte-parole d’aucun parti ni d’aucun syndicat, je fais simplement le constat d’un système objectivement cohérent d’un point de vue boursier, mais tout aussi objectivement incohérent d’un point de vue humain. Et ce sont ces deux points de vue que le film oppose. »

Voilà le décor de « En guerre » parfaitement planté par son réalisateur Stéphane Brizé qui après l’excellent « La Loi du marché » met à nouveau en scène le remarquable Vincent Lindon dans un film qui voit s’affronter, dans tous les sens du terme, la dimension humaine et la dimension économique au moment de l’annonce de la fermeture d’une usine, pourtant rentable. Les 1100 salariés refusent cette décision d’autant plus brutale qu’elle a été précédée par de lourds sacrifices financiers de la part des employés et un bénéfice record de leur entreprise. Ils vont alors tout tenter pour sauver leur emploi.

C’est cette lutte que raconte « En guerre » dans un film coup de poing où les scènes de négociation, si on peut les appeler comme ça, les désaccords entre grévistes et les coups d’éclat se succèdent à un rythme soutenu avec une tension, soulignée par une musique énergique, qui va crescendo jusqu’à une fin d’une radicalité extrême. C’est poignant et criant de vérité du début à la fin grâce à une manière de tourner qui donne l’impression que tout se passe en direct alors que tout est écrit et préparé dans les moindres détails.

Le scénario et les dialogues sont d’une grande précision, rien n’échappe à la caméra - pour certaines scènes il y avait jusqu’à trois caméras qui tournaient en même temps - et les acteurs non-professionnels, à part Vincent Lindon évidemment, ajoutent à cette sensation de réalité. A ce propos, Stéphane Brizé précise que les comédiens non-professionnels « apportent une vérité au verbe que je leur donne à dire, la vérité de leur vécu. Et ça, c’est colossal. » Et ça crève l’écran, peut-on ajouter.

Un film à ne pas manquer pour celles et ceux qui aiment la politique dans le sens étymologique du terme, à savoir le cadre général dans lequel une population est gérée par ses dirigeants. (5 étoiles)

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15/05/2018

« Place Publique» : un peu trop sage

IMG_2494.jpgUn film d’Agnès Jaoui et de Jean-Pierre Bacri, elle à la mise en scène, et les deux devant la caméra au milieu d’un casting cinq étoiles, ça donne forcément envie aux amateurs de comédies caustiques d’aller le voir.

Castro, autrefois célèbre, est un animateur sur le déclin. Son émission est en perte de vitesse et son remplacement par quelqu’un de plus jeune paraît inéluctable. C’est dans ce contexte qu’il se rend à la pendaison de crémaillère de sa productrice, et amie de longue date, qui a emménagé dans une magnifique demeure près de Paris. Il va y retrouver son ex-femme, sa fille et plein d’autres invités qui ne vont pas l’épargner au cours de cette soirée où bien des coups bas seront donnés.

Pour qu’une comédie chorale comme « Place Publique » fonctionne à plein, il faut qu’elle soit bien écrite, bien jouée et que, malgré le fait qu’elle soit statique, l’action ne tourne pas en rond. Pour ce qui est des deux premiers pré requis, aucun problème. Le mépris social, le culte du jeunisme, la chasse aux selfies avec des « vedettes », la critique des réseaux sociaux et du parisianisme font mouche grâce à des dialogues le plus souvent percutants et des situations où l’on rit parfois de bon cœur, mais parfois aussi jaune.

Quant aux acteurs, ils sont excellents. Jean-Pierre Bacri est finalement plus touchant que drôle dans son rôle d’animateur vieillissant qui tente de se protéger en faisant preuve d’un cynisme, mais qui est loin de toujours y parvenir. Reste donc l’action qui tourne en rond et réserve par conséquent peu de surprises : Jaoui/Bacri font du Jaoui/Bacri. C’est suffisant pour passer un bon moment, et c’est déjà pas mal, mais on aurait souhaité plus de folie (3 étoiles).

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13/05/2018

Du grand écran au petit : Deneuve, Forestier, Balasko, Lamy et les autres

IMG_2513.jpgConfronté dès son plus jeune âge à la juge pour mineurs, suite à l’incapacité de sa mère de s’en occuper, Malony va avoir à faire à elle régulièrement dès qu’il enchainera les bêtises plus ou moins grosses une fois l’adolescence arrivée. Formidablement bien joué par Rod Paradot, César du meilleur espoir masculin 2015, le personnage de Malony est extrêmement touchant et crédible. Ecorché vif, il se rebelle avec toute personne autre que sa mère, pourtant totalement immature et dépassée, avec une rare violence verbale, voire physique. Malgré tout, la juge et l’éducateur qui est chargé de son suivi vont maintenir sans cesse le lien avec l’adolescent.

« La tête haute » est un film émouvant, et même par moment bouleversant, magnifiquement interprété (Catherine Deneuve, Benoît Magimel et Sara Forestier sont excellents), qui frappe en plein cœur.

5 étoiles. « La tête haute ». France 2, dimanche 13 mai, 21h

IMG_2514.jpgDans son rôle de mère et veuve qui accueille à bras ouverts sa fille de 40 ans contrainte de retourner dans le domicile familial après avoir tout perdu, Josiane Balasko est parfaite. A la fois drôle, émouvante et espiègle, elle donne une grande crédibilité à son personnage de mère dévouée, mais aussi de femme d’un certain âge qui n’entend pas pour autant renoncer à sa vie intime dont ses enfants ignorent tout. Le potentiel comique de cette double vie est fort bien exploité dans le film et conduit à des scènes vraiment très drôles.

Il y a certes des facilités scénaristiques, spécialement la fin digne d’un happy end à l’américaine, et la mise en scène n’est pas très inventive. Mais ces défauts n’empêchent pas de passer un bon moment grâce à des dialogues bien écrits alternant entre humour vache et doux-amer, des scènes à pleurer de rire et des quiproquos bien trouvés. « Retour chez ma mère » est donc une comédie familiale plutôt réussie.

3 étoiles. « Retour chez ma mère ». RTS UN, lundi 14 mai, 20h40

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

 

 

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11/05/2018

Cumul des mandats : quid des députés suppléants ?

Deux conseillères administratives et deux conseillers administratifs d’une grande commune (Mesdames Salerno et Kast pour Genève et Onex et Messieurs Rochat et Pagani pour Vernier et également Genève) élu.e.s au Grand Conseil le 15 avril dernier, ont annoncé qu’ils siègeraient en tant que député.e malgré le fait qu’ils aient déjà un autre mandat. Encore faut-il que leur parti leur accorde une dérogation, le cumul des mandats étant proscrit dans les statuts des socialistes et des Verts.

Pour justifier leur choix, ces quatre élu.e.s mettent en avant le fait que leur mandat à l’Exécutif de leur commune prendra fin en 2020 et que ce cumul ne sera donc que transitoire. Certes. Mais cette période transitoire va tout de même durer deux ans. On aurait donc en Ville de Genève 3 magistrats sur 5 (!) qui cumuleraient deux mandats, puisqu’il faut ajouter la double casquette de Guillaume Barazzone, conseiller administratif et conseiller national. Est-ce bien raisonnable ? Ces deux charges sont-elles compatibles en termes d’investissement à fournir pour les remplir comme il le faudrait ?

S’il est compréhensible que ces quatre élu.e.s ne souhaitent pas se retirer de la députation du fait que la fin de leur autre mandat est relativement proche, pourquoi dès lors ne pas laisser leur place aux députés suppléants pendant ces deux années ? Cette solution aurait l’avantage de régler la question du cumul des mandats, tout en préservant la possibilité aux quatre conseillers administratifs de siéger comme député.e à la fin de leur mandat de magistrat communal.

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10/05/2018

« Avengers : Infinity War » : une surenchère qui paye

IMG_2482.jpg24 super-héros dans le même film, de quoi réjouir les amateurs du genre qui ne manquent pas d’ailleurs de se précipiter dans les salles où le film fait un véritable tabac un peu partout dans le monde. Cette surenchère dans le super-héroïsme paye donc, au sens propre et figuré, et les fans sont globalement très enthousiastes et en redemandent.

A tel point que l’on se sent un peu seul quand on a trouvé le film longuet (2h20), peu intéressant – le scénario se résumant en une phrase, à savoir que Thanos veut récupérer les six pierres de l’infinité pour les mettre sur son gant et ainsi tuer la moitié de l’univers – et répétitif avec des scènes de combat qui succèdent à d’autres scènes de combat avec plus ou moins de super-héros, le tout dans des décors essentiellement de science-fiction rendant quasi absente la dimension humaine qui est pourtant habituellement un point fort des Avengers.

Alors bien sûr, les effets spéciaux sont impressionnants, mais ce n’est pas une surprise pour ce genre de film, il y a des touches d’humour bienvenues qui permettent de reposer ses oreilles entre deux scènes de combat et le méchant Thanos est le personnage le plus crédible de tous donnant le ton à un film finalement très sombre dont la fin laisse augurer bien évidemment une suite. On ne saurait tuer la poule aux œufs d’or du super-héroïsme ! (2 étoiles).

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