16/10/2018

« Girl » : un beau film (et 6 autres films à l'affiche)

IMG_4460.jpgCaméra d’Or à Cannes, prix qui récompense le meilleur premier film, « Girl » raconte l’histoire de Lara, 15 ans, qui rêve de devenir danseuse étoile. Mais il y a un obstacle de taille pour qu’elle y parvienne : elle est née dans un corps de garçon. Soutenue par sa famille et le corps médical, Lara aimerait que sa transition se fasse au plus vite, ce qui n’est pas possible. Prisonnière de ce corps qui ne lui ressemble pas, elle est prête à souffrir pour qu’il colle, au sens propre et figuré, à son identité de fille.

C’est à la lecture d’un article relatant le parcours d’une jeune fille née dans un corps de garçon, mais convaincue d’être une fille que le réalisateur belge Lukas Dhont a eu envie d’écrire sur un personnage comme elle : quelqu’un de courageux, qui très jeune remettait en cause le lien qu’établit la société entre sexe et genre.

Et il en faut en effet du courage pour affronter non seulement les autres, mais surtout soi-même en luttant avec ce corps dans lequel on ne se reconnait pas. C’est principalement sur cet aspect très personnel que se concentre le film, l’entourage de Lara, à part quelques copines, étant bienveillant et soutenant à son égard. A ce titre, la relation qu’entretiennent Lara et son père (Arieh Worthalter, formidable) est très touchante. Les scènes où ils sont présents tous les deux sont des grands moments d’émotion.

De l’émotion, il y en a d’ailleurs tout au long du film grâce au formidable talent de Victor Polster, prix d’interprétation à Cannes dans la catégorie Un Certain Regard. Il exprime avec une justesse incroyable les tourments de Lara. Ils sont magnifiés par une caméra virtuose qui filme Lara au plus près, notamment dans les scènes de danse parfaitement maîtrisées, mais toutefois un peu trop répétitives, comme c’est le cas d’ailleurs pour d’autres scènes. Un petit défaut qui ne doit toutefois pas faire oublier que « Girl » est ce que l’on peut appeler « un beau film ». 4 étoiles.


Toujours à l'affiche

5 étoiles. « The Guilty ». Asger est un policier visiblement mal dans sa peau. Il a été déplacé au centre d’appels des urgences (le 112) de la police danoise où il répond de mauvaise grâce aux téléphones qu’il reçoit jusqu’au moment où il est mis en communication avec une femme qui dit être victime d’un enlèvement. Son instinct de policier va alors reprendre le dessus et le conduire à mener l’enquête avec comme seules armes la représentation qu’il se fait de la situation et son téléphone. Le spectateur se fait également ses propres images tout au long du film, puisque la caméra ne quitte pas une seule seconde le centre d’appels. A l’instar du policier Asger, le spectateur écoute très attentivement les sons et les voix pour imaginer non seulement les lieux où l’action se déroule à l’extérieur ou encore le visage des différents personnages, mais surtout pour essayer de comprendre ce qui se cache derrière cet enlèvement. On ne s’ennuie pas une seule seconde grâce à une mise en scène efficace et à de nombreux rebondissements vocaux qui permettent de découvrir petit à petit la personnalité complexe des deux personnages principaux de l’intrigue et conduisent à une fin à grand suspense et pleine d’émotions. Epatant.

4 étoiles. « BlacKkKlansman » est une adaptation de l’autobiographie de Ron Stallworth, policier afro-américain qui au début des années 70 a infiltré le Ku Klux Klan avec l’un de ses collègues. Comment un policier noir a-t-il pu réaliser une prouesse pareille ? C’est ce que le film nous apprend dans une première partie qui s’apparente à une comédie, avec de l’ironie et des charges à peine voilées contre Trump. Elles ne cesseront de s’accentuer, avec des « America First » qui ne laissent aucun doute, au fur et à mesure que le suspense augmente et que film devient plus dramatique, en gardant toutefois une certaine légèreté. Légèreté qui disparaît totalement au cours des cinq dernières minutes qui rappellent les événements de Charlottesville en 2017 et ses manifestations d’extrême droite. « BlacKkKlansman » est donc un film militant qui n’évite pas toujours la caricature. En effet, les membres du Ku Klux Klan en prennent la plupart pour leur grade, mais comment pourrait-il en être autrement quand on est prêt à tuer des gens uniquement en raison de la couleur de leur peau ? Au final, un film qui n’a pas peur des ruptures de ton, ce qui fait sa force, et qui tient en haleine du début à la fin dans une atmosphère seventies très réussie et avec d’excellents acteurs.

4 étoiles. « Les Indestructibles 2 ».  Le soin apporté aux relations familiales, en toute simplicité et sans aucune mièvrerie, est indéniablement la grande réussite du film. Les personnages sont crédibles dans leur univers de science-fiction. On rit souvent avec une mention toute particulière au génial bébé Jack-Jack craquant, espiègle et très drôle. Quant à l’histoire, elle suit les rebondissements habituels des films d’espionnage et de ceux de super-héros. On pense inévitablement aux Avengers en visionnant « Les Indestructibles 2 ». Le scénario a toutefois la bonne idée d’inverser les rôles « habituels », puisque c’est madame qui va sauver le monde pendant que monsieur s’occupe tant bien que mal de la famille et doit mettre son ego de côté. Et il faut bien reconnaître que malgré la longueur exceptionnelle pour ce genre de film, 1h58, on ne s’ennuie pas une seconde. Il y a de l’action du début à la fin, mais du coup guère de place pour l’émotion, à tel point qu’on est tout étonné au moment du générique de fin que deux heures soient passées. Un très bon divertissement qui plaira à un large public.

3 étoiles. « A Star is born ». Jackson Maine (Bradley Cooper, également le réalisateur) est un chanteur et musicien renommé aux addictions nombreuses. Il entend un soir par hasard dans un bar Ally (Lady Gaga, convaincante), chanteuse reléguée à l’anonymat malgré son indéniable talent d’interprète, mais également d’auteure-compositrice. Il tombe amoureux d’elle, et réciproquement, et va la propulser sur le devant de la scène en chantant en duo avec elle lors de ses concerts. Alors que le succès d’Ally est grandissant, Jackson a de son côté de plus en plus de peine à gérer ses démons intérieurs qui l’emmènent au bord du gouffre, malgré l’amour inconditionnel de celle qui est devenue sa femme. Le scénario n’est pas le point fort du film, tout particulièrement dans sa partie médiane où ça patine sec. Mais, heureusement, la manière « d’habiller » cette trame sans grandes surprises est plutôt réussie, à commencer par l’aspect musical. C’est ainsi que les performances musicales ont été enregistrées dans les conditions du direct et les séquences sur scène filmées en adoptant le point de vue des interprètes ce qui donne l’impression au spectateur d’être sur scène. Les chansons sont de qualité et les voix de Bradley Cooper et de Lady Gaga se marient fort bien à l’image de leur couple qui est crédible. Au final, un film pas dénué de défauts, mais qui se laisse toutefois regarder et écouter avec un certain plaisir.

2 étoiles. « Photo de famille ». Comédie tragi-comique, « Photo de famille » raconte entre deux enterrements comment une famille éclatée va essayer de recoller les morceaux malgré les fissures, voire les fossés, qui existent entre ses membres. Gabrielle, Elsa et Mao sont frères et sœurs, mais ne se fréquentent guère en raison d’un passé que l’on découvre petit à petit compliqué. La première est « statue » pour touristes, à la plus grande gêne de son fils ado, la seconde s’énerve fréquemment et désespère de tomber enceinte et enfin le dernier est un créateur de jeux vidéo doué, mais dépressif chronique. On y ajoute un père pas très fin dans l’expression de ses sentiments, une mère psy envahissante et gaffeuse, une grand-mère qui perd la tête et le tableau, un peu trop caricatural, de la situation familiale est dressé. Le film manque par moment cruellement de rythme. C’est en grande partie dû à un nombre invraisemblable de saynètes qui casse trop souvent un élan qu’on aimerait poursuivre, car il y a des magnifiques scènes, drôles, tendres ou encore émouvantes, dans « Photo de famille ». Un sentiment d’inabouti donc, voire de frustration, car à force de ne pas choisir entre comédie et drame, le film perd le spectateur en route. Dommage. Avec une distribution aussi talentueuse, il y avait mieux à faire.

1 étoile. « Voyez comme on danse ». Suite lointaine du sympathique film de Michel Blanc de 2002 « Embrassez qui vous voudrez », ce second opus est un ratage complet. Dans le genre caricatural, difficile de faire mieux ou pire, c’est selon. A tel point d’ailleurs que des acteurs, plutôt bons d’habitude, donnent dans la caricature d’eux-mêmes. C’est ainsi que, pour ne citer que les personnages principaux, Karine Viard est cantonnée dans son rôle habituel de gaffeuse, Jean-Paul Rouve dans celui de l’idiot de service, Michel Blanc dans celui de la gentille victime et Charlotte Rampling dans celui de la bourgeoise glaciale. Et pour donner un côté branché au film, il est question, notamment, de grossesse à 17 ans, de prostitution masculine, de couguar, d’évasion fiscale, de transidentité et bien évidemment de tromperie, le tout emballé dans des relations entre les différents personnages dont on se moque totalement tant elles sont artificielles. Alors, certes, quelques situations et répliques assassines font sourire de temps à autre. De loin toutefois pas suffisant pour adoucir une déception qui est à la hauteur des fortes attentes que la bande-annonce avait suscitées.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

15:59 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

Les commentaires sont fermés.