10/11/2018

« Mario » : footballeur et homo, un but impossible ?

IMG_4506.jpgQuand Marcel Gisler, le réalisateur suisse de « Mario », découvre qu’il n’existe pas de film sur une histoire d’amour dans le milieu du football professionnel, il trouve cela « intriguant, et surtout incompréhensible, que l’homosexualité dans le football soit encore une tabou aujourd’hui. Dans beaucoup d’autres milieux ce problème n’existe plus, du moins dans les pays démocratiques occidentaux. » Il décide alors de se servir de cet interdit pour raconter une histoire d’amour entre deux footballeurs.

Mario, footballeur prometteur qui a toutes les chances de devenir professionnel la saison suivante, et Léon, nouveau venu dans l’équipe et tout aussi talentueux, tombent amoureux l’un de l’autre. Conscients que leur idylle doit rester secrète s’ils ne veulent pas compromettre leur future carrière, Mario et Léon sont, malgré leurs précautions, rapidement les victimes de rumeur et d’allusions homophobes de la part de leurs coéquipiers. Confrontés à cette situation qui pourrait rapidement ruiner leurs espoirs de devenir des joueurs professionnels, les approches de Mario et Léon vont être très différentes et leur relation va sérieusement en souffrir.

« Mario » est un film avec bien des qualités, mais aussi quelques défauts. Concernant ces derniers, on relèvera une longueur excessive (plus de deux heures), et logiquement par moment un manque de rythme, et une intrigue trop convenue, trop linéaire. On aurait aussi souhaité un meilleur équilibre entre les deux héros du film, les états d’âme de Mario et son parcours prenant largement le pas sur ceux de Léon.

Ceci étant dit, il est à noter que toutes les scènes en lien direct avec le football (vestiaires, entraînements, matchs), tournées pour la plupart au Stade de Suisse à Berne qui accueille le champion de suisse Young Boys, sont très réussies. Elles rendent bien compte de l’ambiance « footballistique ». Il en est de même de celles qui se déroulent dans l’intimité de Mario et Léon grâce à deux très bons acteurs qui donnent toute sa crédibilité à cette histoire d’amour contrariée en raison de l’environnement dans lequel elle se déroule. Il y a également des seconds rôles intéressants, tout particulièrement ceux de la mère et de la meilleure amie de Mario. Au coup de sifflet final, un film pas totalement abouti, mais avec une belle sensibilité. (3 étoiles)


Toujours à l'affiche

5 étoiles. « First Man » retrace l’histoire de celui qui restera à tout jamais le plus célèbre des astronautes. Le film prend le parti d’explorer la part de fragilité de celui qui sera le premier homme à marcher sur la lune. Une fragilité qui prend sa source dans une blessure qui ne se referme jamais quand on perd un enfant. Elle va pousser Neil Amstrong à se donner corps et âme dans cette quête lunaire pour fuir cette souffrance, ce qui ne sera pas sans conséquence pour sa femme et ses deux fils.  Si « First Man » est ce qu’on appelle une « grosse production », il est également un film à maints égards intimistes et le mélange des deux fonctionne fort bien. Ryan Gosling est excellent dans le rôle du héros impassible et torturé qui prend toute sa dimension dans la scène très émouvante avec ses deux fils juste avant son départ pour la lune. On relèvera encore que « First Man », et c’est tout à son honneur, tire très peu sur la corde patriotique, ce qui est cohérent avec l’image du personnage principal. « First Man » est-il dès lors un film parfait ? Presque, à vrai dire. On pourrait sans doute lui reprocher quelques petites longueurs dues à un schéma un peu trop répétitif, mais pas de quoi bouder son plaisir

5 étoiles. « The Guilty ». Asger est un policier visiblement mal dans sa peau. Il a été déplacé au centre d’appels des urgences (le 112) de la police danoise où il répond de mauvaise grâce aux téléphones qu’il reçoit jusqu’au moment où il est mis en communication avec une femme qui dit être victime d’un enlèvement. Son instinct de policier va alors reprendre le dessus et le conduire à mener l’enquête avec comme seules armes la représentation qu’il se fait de la situation et son téléphone. Le spectateur se fait également ses propres images tout au long du film, puisque la caméra ne quitte pas une seule seconde le centre d’appels. A l’instar du policier Asger, le spectateur écoute très attentivement les sons et les voix pour imaginer non seulement les lieux où l’action se déroule à l’extérieur ou encore le visage des différents personnages, mais surtout pour essayer de comprendre ce qui se cache derrière cet enlèvement. On ne s’ennuie pas une seule seconde grâce à une mise en scène efficace et à de nombreux rebondissements vocaux qui permettent de découvrir petit à petit la personnalité complexe des deux personnages principaux de l’intrigue et conduisent à une fin à grand suspense et pleine d’émotions. Epatant.

4 étoiles. « Le Grand Bain ». Bertrand, Marcus, Simon, Laurent, Thierry, John, Basile et Avanish sont des quadragénaires et quinquagénaires mal dans leur peau. Ils ont perdu confiance en eux au fur et à mesure des aléas rencontrés dans leur vie. Ils partagent leur mal-être deux fois par semaine en s’adonnant sous les ordres de Delphine, ancienne gloire des bassins pas au mieux de sa forme elle non plus, à la natation synchronisée, sport féminin par excellence. Ils se moquent des railleries dont ils sont l’objet, car ensemble ils retrouvent le goût de l’effort et un but qui va les mener bien plus loin qu’ils avaient pu l’imaginer. C’est en regardant un documentaire sur une équipe de Suédois qui pratiquait la natation synchronisée masculine que Gilles Lellouche a eu le déclic pour mettre en scène cette histoire. La grande force du film est de ne jamais être ridicule alors qu’il aurait été si facile de l’être avec un sujet pareil. Les personnages sont tous plus attachants les uns que les autres et on a plaisir à les voir retrouver petit à petit leur estime d’eux-mêmes jusqu’à un final où l’émotion est à son maximum. Tout n’est cependant pas parfait dans « Le Grand Bain ». Le début manque en effet un peu de rythme et quelques facilités scénaristiques tirent un peu trop sur la corde sensible. Mais pas de quoi gâcher l’impression générale sur la réussite d’un film très touchant dans lequel on plonge avec bonheur entre drame et comédie.

4 étoiles. « Sauvage ». Léo est un jeune prostitué en quête d'amour, dont il a tant besoin. Cet amour, il aimerait le trouver auprès d'Ahd, également un prostitué, qui a une vision toutefois bien différente de son métier. « Sauvage » est un film par moment éprouvant en raison de certaines scènes violentes non seulement sur un plan physique, mais également sur un plan psychique. On souffre littéralement avec son héros auquel on s'attache dès la première scène, très réussie, mais on partage également avec émotion les moments de sérénité, baignés le plus souvent par un soleil réparateur. Félix Maritaud incarne avec une extraordinaire justesse son personnage et permet « de partager la fulgurance des instants qu'il traverse » comme le souhaitait le réalisateur dont c'est le premier film. Cette fulgurance est accentuée par le fait que « Sauvage » a été tourné en caméra portée, ce qui renforce le sentiment de proximité, y compris dans les scènes de mise à nu, au sens propre et figuré. Si l'on peut regretter un scénario un peu trop prévisible, on soulignera toutefois que l'ensemble est très cohérent jusqu'à sa magnifique scène finale.

4 étoiles. « Girl » raconte l’histoire de Lara, 15 ans, qui rêve de devenir danseuse étoile. Mais il y a un obstacle de taille pour qu’elle y parvienne : elle est née dans un corps de garçon. Soutenue par sa famille et le corps médical, Lara aimerait que sa transition se fasse au plus vite, ce qui n’est pas possible. Il en faut en effet du courage à Lara pour affronter non seulement les autres, mais surtout elle-même en luttant avec ce corps dans lequel on ne se reconnait pas. C’est principalement sur cet aspect très personnel que se concentre le film, l’entourage de Lara, à part quelques copines, étant bienveillant et soutenant à son égard. A ce titre, la relation qu’entretiennent Lara et son père est très touchante. Les scènes où ils sont présents tous les deux sont des grands moments d’émotion. De l’émotion, il y en a d’ailleurs tout au long du film grâce au formidable talent de Victor Polster. Il exprime avec une justesse incroyable les tourments de Lara. Ils sont magnifiés par une caméra virtuose qui filme Lara au plus près, notamment dans les scènes de danse parfaitement maîtrisées, mais toutefois un peu trop répétitives, comme c’est le cas d’ailleurs pour d’autres scènes. Un petit défaut qui ne doit toutefois pas faire oublier que « Girl » est ce que l’on peut appeler « un beau film ».

3 étoiles. « Bohemian Rhapsody » est un film très sage dans sa mise en scène, à l’exact opposé de celui sur lequel il se centre principalement. Il raconte en quelques épisodes et de manière très linéaire la vie du groupe et de son leader de ses débuts en 1970 jusqu’à sa performance lors du Live Aid de juillet 1985 à Wembley. L’accent est particulièrement mis sur Freddie Mercury, ses excès, ses errances, ses questionnements, notamment sur son orientation sexuelle, mais aussi ses traits de génie, sa générosité et sa recherche de l’amitié et de l’amour. Rami Malek est un Freddie Mercury plus vrai que nature et sa performance est bluffante. Ce parti pris n’empêche toutefois pas le film de s’intéresser également aux relations au sein du groupe et c’est heureux, car les moments mettant en scène les quatre musiciens sont les plus réussis. On n’en dira pas autant de ceux qui se focalisent sur le chanteur qui frisent parfois le mélo et ont tendance à se répéter. L’ennui guette. Mais grâce à la musique, ces lourdeurs s’effacent rapidement pour laisser la place à des chansons connues par tout le monde. En résumé, si « Bohemian Rhapsody » est plutôt décevant dans sa partie intimiste, son hommage à la musique de Queen est lui réussi. Suffisant pour passer un bon moment et donner envie de réécouter illico presto les classiques du groupe.

3 étoiles. « A Star is born ». Jackson Maine (Bradley Cooper, également le réalisateur) est un chanteur et musicien renommé aux addictions nombreuses. Il entend un soir par hasard dans un bar Ally (Lady Gaga, convaincante), chanteuse reléguée à l’anonymat malgré son indéniable talent d’interprète, mais également d’auteure-compositrice. Il tombe amoureux d’elle, et réciproquement, et va la propulser sur le devant de la scène en chantant en duo avec elle lors de ses concerts. Alors que le succès d’Ally est grandissant, Jackson a de son côté de plus en plus de peine à gérer ses démons intérieurs qui l’emmènent au bord du gouffre, malgré l’amour inconditionnel de celle qui est devenue sa femme. Le scénario n’est pas le point fort du film, tout particulièrement dans sa partie médiane où ça patine sec. Mais, heureusement, la manière « d’habiller » cette trame sans grandes surprises est plutôt réussie, à commencer par l’aspect musical. C’est ainsi que les performances musicales ont été enregistrées dans les conditions du direct et les séquences sur scène filmées en adoptant le point de vue des interprètes ce qui donne l’impression au spectateur d’être sur scène. Les chansons sont de qualité et les voix de Bradley Cooper et de Lady Gaga se marient fort bien à l’image de leur couple qui est crédible. Au final, un film pas dénué de défauts, mais qui se laisse toutefois regarder et écouter avec un certain plaisir.

1 étoile. « Voyez comme on danse ». Suite lointaine du sympathique film de Michel Blanc de 2002 « Embrassez qui vous voudrez », ce second opus est un ratage complet. Dans le genre caricatural, difficile de faire mieux ou pire, c’est selon. A tel point d’ailleurs que des acteurs, plutôt bons d’habitude, donnent dans la caricature d’eux-mêmes. C’est ainsi que, pour ne citer que les personnages principaux, Karine Viard est cantonnée dans son rôle habituel de gaffeuse, Jean-Paul Rouve dans celui de l’idiot de service, Michel Blanc dans celui de la gentille victime et Charlotte Rampling dans celui de la bourgeoise glaciale. Et pour donner un côté branché au film, il est question, notamment, de grossesse à 17 ans, de prostitution masculine, de couguar, d’évasion fiscale, de transidentité et bien évidemment de tromperie, le tout emballé dans des relations entre les différents personnages dont on se moque totalement tant elles sont artificielles. Alors, certes, quelques situations et répliques assassines font sourire de temps à autre. De loin toutefois pas suffisant pour adoucir une déception qui est à la hauteur des fortes attentes que la bande-annonce avait suscitées.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

 

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