« Les Invisibles » : un bel équilibre entre réalité et fiction (et 9 autres films à l’affiche)

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IMG_5276.jpgInspiré du livre de Claire Lajeunie intitulé « Sur la route des invisibles », le film de Louis-Julien Petit se déroule principalement dans un centre d’accueil qui héberge des femmes SDF. Il raconte le quotidien des travailleuses sociales qui viennent en aide à ces femmes au moment où le centre va devoir fermer suite à une décision de la municipalité. Prêtes à tout pour tenter de réinsérer leurs protégées avant la date fatidique, elles ne vont pas hésiter à faire feu de tout bois pour atteindre leur but.

Malgré son thème difficile, le réalisateur a souhaité que son film soit porteur d’espoir et « plonger le spectateur dans le milieu de la grande précarité par le biais de situations drôles et émouvantes, sans jamais éluder la réalité dramatique dont il est question. » Au terme de la projection, force est de constater que l’objectif visé est atteint. Pour arriver à trouver le juste équilibre entre comédie et drame, Louis-Julien Petit a choisi, à deux exceptions près, des actrices non professionnelles pour incarner des femmes SDF. Il souhaitait engager des femmes qui avaient connu la rue et avaient réussi à en sortir ou qui vivaient en foyer d’accueil.

Encadrées par des actrices professionnelles dans les rôles des travailleuses sociales qui leur donnent la réplique sans tirer la couverture à elles, le film prend des allures de docufiction du plus bel effet : le spectateur est confronté à la fois à un univers très proche de la réalité et souvent dure, mais aussi à des histoires individuelles fictives qui procurent rires et émotions. On s’attache facilement à tous les personnages et on suit avec intérêt leur parcours. Le tout est filmé avec délicatesse, humanité et respect à l’image d’une fin qui, là également, trouve le juste équilibre entre fiction et réalité. (4 étoiles)

Toujours à l'affiche

4 étoiles. « Une femme d’exception » raconte le parcours et les combats de Ruth Bader Ginsburg, juge à la Cour suprême des Etats-Unis depuis 1993, entre le milieu des années 50 et 70. Vingt années semées d’embûches pour lutter contre les discriminations faites aux femmes et faire évoluer les lois dans la direction de l’égalité. Le film débute en 1956 au moment où Ruth Ginsburg intègre l’école de droit de Harvard. Elle est l’une des neuf femmes dans une volée comptant plus de 500 hommes. Bien que première de sa classe, Ruth ne trouve pas d’embauche dans un cabinet parce qu’elle est une femme. Elle doit se contenter d’enseigner le droit jusqu’au jour où sa vie va basculer quand elle va plaider avec son mari une affaire fiscale qui discrimine… un homme. La grande force du film tient à son couple d’acteurs principaux, Felicity Jones et Armie Hammer, qui crève l’écran. Leur complicité est formidable. Les rôles secondaires sont d’ailleurs également fort bien investis. Cette brillante distribution fait oublier le côté un peu trop académique du film, ce qui ne l’empêche toutefois pas d’être passionnant et de terminer en apothéose avec un  formidable monologue de plus de cinq minutes de Ruth Ginsburg. Et montre le chemin parcouru et celui qui est encore à parcourir pour que l’égalité entre les femmes et les hommes soit complètement réalisée.

4 étoiles. « Pupille ». Le film raconte les deux premiers mois de la vie de Théo qui est remis à l’adoption par sa mère biologique le jour de sa naissance. Les services de l’aide sociale à l’enfance et d’adoption prennent en charge Théo en le plaçant dans une famille d’accueil et en entreprenant parallèlement les démarches pour lui trouver, le cas échéant, une famille adoptive. Si le titre du film renvoie bien évidemment à la définition d’un enfant placé sous la responsabilité de l’Etat, il évoque également le regard, comme l’explique Jeanne Herry, la réalisatrice : « Je portais beaucoup d’attention à la place de mon regard, je me suis demandé tout au long de la réalisation quel était mon point de vue, sur chaque séquence, et comment, et d’où regarder chaque personnage.» Cette préoccupation se…voit magnifiquement à l’écran avec une caméra qui filme les personnages le plus souvent en gros plan plongeant le spectateur dans leur intimité sans aucun voyeurisme, mais avec une grande délicatesse. Certes, on pourrait reprocher au film son côté parfois scolaire, on n’est pas très loin par moment du documentaire, une vision sans doute un peu trop idéaliste de l’adoption et certains personnages secondaires inutiles. Mais il n’y a dans ces légers bémols rien de rédhibitoire pour apprécier à sa juste valeur un film intelligent, lumineux, émouvant, sensible et délicat. En deux mots : profondément humain.

4 étoiles. « Le Grand Bain ». Bertrand, Marcus, Simon, Laurent, Thierry, John, Basile et Avanish sont des quadragénaires et quinquagénaires mal dans leur peau. Ils ont perdu confiance en eux au fur et à mesure des aléas rencontrés dans leur vie. Ils partagent leur mal-être deux fois par semaine en s’adonnant sous les ordres de Delphine, ancienne gloire des bassins pas au mieux de sa forme elle non plus, à la natation synchronisée, sport féminin par excellence. Ils se moquent des railleries dont ils sont l’objet, car ensemble ils retrouvent le goût de l’effort et un but qui va les mener bien plus loin qu’ils avaient pu l’imaginer. C’est en regardant un documentaire sur une équipe de Suédois qui pratiquait la natation synchronisée masculine que Gilles Lellouche a eu le déclic pour mettre en scène cette histoire. La grande force du film est de ne jamais être ridicule alors qu’il aurait été si facile de l’être avec un sujet pareil. Les personnages sont tous plus attachants les uns que les autres et on a plaisir à les voir retrouver petit à petit leur estime d’eux-mêmes jusqu’à un final où l’émotion est à son maximum. Tout n’est cependant pas parfait dans « Le Grand Bain ». Le début manque en effet un peu de rythme et quelques facilités scénaristiques tirent un peu trop sur la corde sensible. Mais pas de quoi gâcher l’impression générale sur la réussite d’un film très touchant dans lequel on plonge avec bonheur entre drame et comédie.

3 étoiles. « Les Veuves ». Suite à un braquage qui a mal tourné, les épouses des malfrats, devenues veuves, vont devoir bien malgré elles s’unir pour rembourser la dette que leurs défunts maris ont laissée derrière eux. Question de vie ou de mort, mais aussi de prendre leur destin en main. Le film démarre sur les chapeaux de roue et le spectateur est immédiatement projeté dans l’action. Il en a plein la vue, ce qui sera d’ailleurs le cas tout au long d’un film visuellement très réussi. Puis, le rythme baisse afin de pouvoir mettre en place l’intrigue générée par cette ouverture en fanfare. On découvre alors qui sont ces veuves, Chicago et ses quartiers très différents et inégalitaires les uns des autres, les magouilles politiques, la rivalité entre gangs. On pourra reprocher à cette mise en place de prendre un peu trop son temps.Heureusement, à l’approche du cambriolage, les événements s’accélèrent. Il y a des rebondissements et de l’action. On regrettera toutefois que le braquage soit un peu trop vite expédié et les « méchants » éliminés d’une manière pas toujours très crédible. Assez significatif finalement d’un film qui court trop de lièvres à la fois et qui laisse du coup le spectateur un peu sur sa faim sans qu’il ait pour autant assisté à un mauvais spectacle.

3 étoiles. « Le Jeu ». Le temps d’un dîner, des amis décident de jouer à un jeu qui consiste à poser son téléphone portable au milieu de la table. A chaque fois qu’une notification sera envoyée, le message devra être partagé avec les autres. Un jeu qui va se révéler très dangereux pour les participants et virer petit à petit à un jeu de massacre. Après un démarrage un peu lent, le film prend son rythme de croisière quand il est l’heure de passer à table. Il s’emballe quand le jeu commence. Il y a du rythme, de l’action, c’est drôle et l’on se réjouit à l’avance de la catastrophe qui ne va pas manquer d’arriver avec les premiers messages. Et l’on n’est pas déçu. Le rire devient alors jaune, c’est grinçant à souhait, un régal. Les acteurs sont excellents. « Le Jeu » part du principe que les invités ont tous des choses à se reprocher et/ou à cacher et…les spectateurs dans la salle également. Ils en sont du coup également les acteurs et se demandent forcément au fur et à mesure que le jeu dérape si toute vérité est bonne à dire…Le film, et sa fin décevante en forme de pirouette, se garde d’ailleurs bien de prendre position en rattrapant in extremis ses personnages au bord du gouffre. Dommage que le dérapage ne soit pas incontrôlé jusqu’au bout.

3 étoiles. « Bohemian Rhapsody » est un film très sage dans sa mise en scène, à l’exact opposé de celui sur lequel il se centre principalement. Il raconte en quelques épisodes et de manière très linéaire la vie du groupe et de son leader de ses débuts en 1970 jusqu’à sa performance lors du Live Aid de juillet 1985 à Wembley. L’accent est particulièrement mis sur Freddie Mercury, ses excès, ses errances, ses questionnements, notamment sur son orientation sexuelle, mais aussi ses traits de génie, sa générosité et sa recherche de l’amitié et de l’amour. Rami Malek est un Freddie Mercury plus vrai que nature et sa performance est bluffante. Ce parti pris n’empêche toutefois pas le film de s’intéresser également aux relations au sein du groupe et c’est heureux, car les moments mettant en scène les quatre musiciens sont les plus réussis. On n’en dira pas autant de ceux qui se focalisent sur le chanteur qui frisent parfois le mélo et ont tendance à se répéter. L’ennui guette. Mais grâce à la musique, ces lourdeurs s’effacent rapidement pour laisser la place à des chansons connues par tout le monde. En résumé, si « Bohemian Rhapsody » est plutôt décevant dans sa partie intimiste, son hommage à la musique de Queen est lui réussi. Suffisant pour passer un bon moment et donner envie de réécouter illico presto les classiques du groupe.

3 étoiles. « A Star is born ». Jackson Maine (Bradley Cooper, également le réalisateur) est un chanteur et musicien renommé aux addictions nombreuses. Il entend un soir par hasard dans un bar Ally (Lady Gaga, convaincante), chanteuse reléguée à l’anonymat malgré son indéniable talent d’interprète, mais également d’auteure-compositrice. Il tombe amoureux d’elle, et réciproquement, et va la propulser sur le devant de la scène en chantant en duo avec elle lors de ses concerts. Alors que le succès d’Ally est grandissant, Jackson a de son côté de plus en plus de peine à gérer ses démons intérieurs qui l’emmènent au bord du gouffre, malgré l’amour inconditionnel de celle qui est devenue sa femme. Le scénario n’est pas le point fort du film, tout particulièrement dans sa partie médiane où ça patine sec. Mais, heureusement, la manière « d’habiller » cette trame sans grandes surprises est plutôt réussie, à commencer par l’aspect musical. C’est ainsi que les performances musicales ont été enregistrées dans les conditions du direct et les séquences sur scène filmées en adoptant le point de vue des interprètes ce qui donne l’impression au spectateur d’être sur scène. Les chansons sont de qualité et les voix de Bradley Cooper et de Lady Gaga se marient fort bien à l’image de leur couple qui est crédible. Au final, un film pas dénué de défauts, mais qui se laisse toutefois regarder et écouter avec un certain plaisir.

2 étoiles. « Au bout des doigts ». Mathieu Malinski est un jeune de banlieue qui a une passion pour la musique classique dont il ne parle pas à ses potes avec lesquels il s’adonne parfois à des actes illicites. Pour assouvir son besoin de musique, il joue du piano dans les gares où l’instrument est en accès libre. C’est là qu’un jour le directeur du Conservatoire National Supérieur de Musique, Pierre Geitner, le rencontre. Mais pas question pour Mathieu de frayer avec ce milieu qui n’est pas le sien jusqu’au jour où un cambriolage tourne mal. Pierre Greitner vient alors à sa rescousse en proposant au juge des heures d’intérêt général au Conservatoire à la place de la prison. A partir de là, la « success story » est en route. Evidemment, les obstacles seront nombreux pour y parvenir et, à ce titre, le scénario ne nous en épargne aucun. Mais le défaut principal du film est que l’on ne croit pas une seconde au personnage de Mathieu « petite frappe » alors qu’il est tout à fait crédible dans celui d’apprenti virtuose. Il n’est donc pas étonnant que les scènes en lien avec la musique soient les plus réussies. Et pour être juste, elles procurent même des moments d’intenses émotions. Au final, un film qui donne surtout envie d’écouter le Concerto n°2 de Rachmaninov. Ce n’est déjà pas si mal.

2 étoiles. « L’Empereur de Paris ». Laissé pour mort après sa dernière évasion en compagnie d’un autre condamné, Vidocq tente de se faire oublier en menant une existence de commerçant ambulant. Mais il n’est pas si simple de disparaître quand on est une légende des bas-fonds parisiens. Le passé ne va pas tarder à ressurgir et contraindre Vidocq, pour obtenir sa lettre de grâce, à collaborer avec la police. Polar historique qui se déroule dans un Paris napoléonien très bien reconstitué, les costumes et les décors sont superbes, « L’Empereur de Paris » ne manque pas d’action. Trop à vrai dire. Les moments de répit sont en effet rares et les actes de violence se succèdent les uns après les autres sans que leur justification saute aux yeux. Il est fort dommage que le film ne s’intéresse pas aux méthodes de Vidocq qui ont permis toutes ces arrestations. Cela aurait permis de donner plus d’étoffe à un personnage par trop réduit à son côté « bestial » et dont on se désintéresse petit à petit par la faute d’une intrigue manquant de consistance.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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