« Green Book »: une belle réussite (et 8 films à l’affiche)

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6D492F08-8922-4D1C-A008-F6F16833AABC.jpegPublié chaque année entre 1936 et 1966, « The Negro Motorist Green-Book », du nom de son auteur Victor Hugo Green, recensait les établissements qui acceptaient la clientèle noire. Ce guide permettait aux voyageurs noirs de planifier leur trajet pour éviter tout harcèlement, toute arrestation et toute violence.

Inspiré d’une histoire vraie et co-écrit par Nick Vallelonga, fils aîné du personnage joué par Viggo Mortensen, « Green Book » est un road movie qui raconte la naissance en 1962 d’une amitié qui dura plus de 50 ans entre un videur italo-américain du Bronx et le Dr Don Shirley, pianiste noir de renommée mondiale. Engagé comme chauffeur pour une tournée de concerts de deux mois dans ce sud des Etats-Unis où la ségrégation raciale règne, Tony Vallelonga va au fur et à mesure que le temps passe être bien plus qu’un chauffeur pour le Dr Don Siegel et ce dernier bien plus qu’un simple patron.

Le film repose, comme tant d’autres avant lui, sur deux personnalités que tout oppose et qui, pourtant, vont finir par s’apprécier. Rien donc de très original a priori. Sauf que dans « Green Book », et comme c’était le cas dans « Intouchables », on adhère rapidement à cette histoire d’amitié hautement improbable. Et pas seulement parce qu’elle a véritablement existé, mais parce que les deux personnages sont chacun à leur manière très humain et que, du coup, tout devient possible.

Ajouter à cela deux acteurs excellents, un contexte malheureusement toujours d’actualité, des dialogues de très haute volée à la fois drôles et graves, des situations qui se renouvellent à chaque étape évitant tout ennui au spectateur, juste ce qu’il faut d’émotion et vous avez devant les yeux un film parfaitement réussi à voir de préférence en version originale pour le remarquable travail de prononciation des acteurs. (5 étoiles)

Toujours à l'affiche

4 étoiles. « Les Invisibles ». Le film raconte le quotidien des travailleuses sociales qui viennent en aide à des femmes  hébergées dans un centre d’accueil au moment où celui-ci va devoir fermer suite à une décision de la municipalité. Prêtes à tout pour tenter de réinsérer leurs protégées avant la date fatidique, elles ne vont pas hésiter à faire feu de tout bois pour atteindre leur but. Malgré son thème difficile, le réalisateur a souhaité que son film soit porteur d’espoir. Pour arriver à trouver le juste équilibre entre comédie et drame, Louis-Julien Petit a choisi, à deux exceptions près, des actrices non professionnelles pour incarner des femmes SDF. Il souhaitait engager des femmes qui avaient connu la rue et avaient réussi à en sortir ou qui vivaient en foyer d’accueil. Encadrées par des actrices professionnelles dans les rôles des travailleuses sociales qui leur donnent la réplique sans tirer la couverture à elles, le film prend des allures de docufiction du plus bel effet : le spectateur est confronté à la fois à un univers très proche de la réalité et souvent dure, mais aussi à des histoires individuelles fictives qui procurent rires et émotions. Le tout est filmé avec délicatesse, humanité et respect à l’image d’une fin qui, là également, trouve le juste équilibre entre fiction et réalité.

4 étoiles. « Une femme d’exception » raconte le parcours et les combats de Ruth Bader Ginsburg, juge à la Cour suprême des Etats-Unis depuis 1993, entre le milieu des années 50 et 70. Vingt années semées d’embûches pour lutter contre les discriminations faites aux femmes et faire évoluer les lois dans la direction de l’égalité. Le film débute en 1956 au moment où Ruth Ginsburg intègre l’école de droit de Harvard. Elle est l’une des neuf femmes dans une volée comptant plus de 500 hommes. Bien que première de sa classe, Ruth ne trouve pas d’embauche dans un cabinet parce qu’elle est une femme. Elle doit se contenter d’enseigner le droit jusqu’au jour où sa vie va basculer quand elle va plaider avec son mari une affaire fiscale qui discrimine… un homme. La grande force du film tient à son couple d’acteurs principaux, Felicity Jones et Armie Hammer, qui crève l’écran. Leur complicité est formidable. Les rôles secondaires sont d’ailleurs également fort bien investis. Cette brillante distribution fait oublier le côté un peu trop académique du film, ce qui ne l’empêche toutefois pas d’être passionnant et de terminer en apothéose avec un  formidable monologue de plus de cinq minutes de Ruth Ginsburg. Et montre le chemin parcouru et celui qui est encore à parcourir pour que l’égalité entre les femmes et les hommes soit complètement réalisée.

4 étoiles. « Amanda ». Suite au décès brutal de sa sœur dont il est très proche, David, 24 ans, se retrouve en charge de sa nièce de 7 ans, car mis à part une grand-tante vieillissante, la petite Amanda ne peut compter que sur son oncle. Ce dernier sera-t-il capable non seulement de faire face à ce défi de devenir « père » malgré lui, mais aussi de surmonter et de faire surmonter à sa nièce la perte de l’être cher ? « Amanda » est un film sur la construction et la reconstruction et la relation entre Amanda et David est au cœur du film. Il est dès lors essentiel qu’elle fonctionne à l’écran. Tel est bien le cas grâce à Isaure Multrier qui joue, selon le vœu du réalisateur MikhaëlHers, une Amanda « très juvénile et poupon, mais avec un petit côté adulte ». Et bien sûr grâce à Vincent Lacoste à qui le réalisateur a confié le rôle car « son visage, sa façon de parler, sa douceur, sa grâce, sa beauté un peu gauche » étaient d’indéniables atouts pour jouer David et on ne peut que lui donner raison. Son jeu est d’une grande finesse. Malgré quelques petites longueurs par-ci, par-là et une fin un peu trop démonstrative, « Amanda » est un film plein de douceur, de bienveillance, de justesse et de délicatesse. En un mot, émouvant.

4 étoiles. « Le Grand Bain ». Bertrand, Marcus, Simon, Laurent, Thierry, John, Basile et Avanish sont des quadragénaires et quinquagénaires mal dans leur peau. Ils ont perdu confiance en eux au fur et à mesure des aléas rencontrés dans leur vie. Ils partagent leur mal-être deux fois par semaine en s’adonnant sous les ordres de Delphine, ancienne gloire des bassins pas au mieux de sa forme elle non plus, à la natation synchronisée, sport féminin par excellence. Ils se moquent des railleries dont ils sont l’objet, car ensemble ils retrouvent le goût de l’effort et un but qui va les mener bien plus loin qu’ils avaient pu l’imaginer. C’est en regardant un documentaire sur une équipe de Suédois qui pratiquait la natation synchronisée masculine que Gilles Lellouche a eu le déclic pour mettre en scène cette histoire. La grande force du film est de ne jamais être ridicule alors qu’il aurait été si facile de l’être avec un sujet pareil. Les personnages sont tous plus attachants les uns que les autres et on a plaisir à les voir retrouver petit à petit leur estime d’eux-mêmes jusqu’à un final où l’émotion est à son maximum. Tout n’est cependant pas parfait dans « Le Grand Bain ». Le début manque en effet un peu de rythme et quelques facilités scénaristiques tirent un peu trop sur la corde sensible. Mais pas de quoi gâcher l’impression générale sur la réussite d’un film très touchant dans lequel on plonge avec bonheur entre drame et comédie.

3 étoiles. « Ben is back ». Le veille de Noël, Ben, 19 ans, revient par surprise dans sa famille après avoir apparemment obtenu une autorisation de sortie de son centre de désintoxication. Ce retour inattendu va déstabiliser la famille et faire remonter à la surface en l'espace d'une nuit le passé de toxicomane de Ben et l'angoisse d'une rechute. Malgré quelques rebondissements peu crédibles, qui permettent toutefois de ménager un vrai suspense jusqu'à la fin, le film fonctionne plutôt bien grâce en premier lieu au duo Julia Roberts-Lucas Hedges. L'actrice joue tout en finesse ce rôle d'une mère qui veut croire encore et toujours que son fils va pouvoir s'en sortir grâce, notamment, à l'amour qu'elle lui porte quand bien même elle sait au fond d'elle que tout peut basculer d'une seconde à l'autre. Face à elle, Lucas Hedges, également fils du réalisateur, est impressionnant de vérité dans son rôle de toxicomane qui tente de se réconcilier avec son passé tout en étant à la merci à chaque instant de ses démons. « Ben is back » est un mélodrame qui ne tire pas trop sur la corde sensible à l'image d'une fin plutôt réussie.

3 étoiles. « Bohemian Rhapsody » est un film très sage dans sa mise en scène, à l’exact opposé de celui sur lequel il se centre principalement. Il raconte en quelques épisodes et de manière très linéaire la vie du groupe et de son leader de ses débuts en 1970 jusqu’à sa performance lors du Live Aid de juillet 1985 à Wembley. L’accent est particulièrement mis sur Freddie Mercury, ses excès, ses errances, ses questionnements, notamment sur son orientation sexuelle, mais aussi ses traits de génie, sa générosité et sa recherche de l’amitié et de l’amour. Rami Malek est un Freddie Mercury plus vrai que nature et sa performance est bluffante. Ce parti pris n’empêche toutefois pas le film de s’intéresser également aux relations au sein du groupe et c’est heureux, car les moments mettant en scène les quatre musiciens sont les plus réussis. On n’en dira pas autant de ceux qui se focalisent sur le chanteur qui frisent parfois le mélo et ont tendance à se répéter. L’ennui guette. Mais grâce à la musique, ces lourdeurs s’effacent rapidement pour laisser la place à des chansons connues par tout le monde. En résumé, si « Bohemian Rhapsody » est plutôt décevant dans sa partie intimiste, son hommage à la musique de Queen est lui réussi. Suffisant pour passer un bon moment et donner envie de réécouter illico presto les classiques du groupe.

3 étoiles. « A Star is born ». Jackson Maine (Bradley Cooper, également le réalisateur) est un chanteur et musicien renommé aux addictions nombreuses. Il entend un soir par hasard dans un bar Ally (Lady Gaga, convaincante), chanteuse reléguée à l’anonymat malgré son indéniable talent d’interprète, mais également d’auteure-compositrice. Il tombe amoureux d’elle, et réciproquement, et va la propulser sur le devant de la scène en chantant en duo avec elle lors de ses concerts. Alors que le succès d’Ally est grandissant, Jackson a de son côté de plus en plus de peine à gérer ses démons intérieurs qui l’emmènent au bord du gouffre, malgré l’amour inconditionnel de celle qui est devenue sa femme. Le scénario n’est pas le point fort du film, tout particulièrement dans sa partie médiane où ça patine sec. Mais, heureusement, la manière « d’habiller » cette trame sans grandes surprises est plutôt réussie, à commencer par l’aspect musical. C’est ainsi que les performances musicales ont été enregistrées dans les conditions du direct et les séquences sur scène filmées en adoptant le point de vue des interprètes ce qui donne l’impression au spectateur d’être sur scène. Les chansons sont de qualité et les voix de Bradley Cooper et de Lady Gaga se marient fort bien à l’image de leur couple qui est crédible. Au final, un film pas dénué de défauts, mais qui se laisse toutefois regarder et écouter avec un certain plaisir.

2 étoiles. « Au bout des doigts ». Mathieu Malinski est un jeune de banlieue qui a une passion pour la musique classique dont il ne parle pas à ses potes avec lesquels il s’adonne parfois à des actes illicites. Pour assouvir son besoin de musique, il joue du piano dans les gares où l’instrument est en accès libre. C’est là qu’un jour le directeur du Conservatoire National Supérieur de Musique, Pierre Geitner, le rencontre. Mais pas question pour Mathieu de frayer avec ce milieu qui n’est pas le sien jusqu’au jour où un cambriolage tourne mal. Pierre Greitner vient alors à sa rescousse en proposant au juge des heures d’intérêt général au Conservatoire à la place de la prison. A partir de là, la « success story » est en route. Evidemment, les obstacles seront nombreux pour y parvenir et, à ce titre, le scénario ne nous en épargne aucun. Mais le défaut principal du film est que l’on ne croit pas une seconde au personnage de Mathieu « petite frappe » alors qu’il est tout à fait crédible dans celui d’apprenti virtuose. Il n’est donc pas étonnant que les scènes en lien avec la musique soient les plus réussies. Et pour être juste, elles procurent même des moments d’intenses émotions. Au final, un film qui donne surtout envie d’écouter le Concerto n°2 de Rachmaninov. Ce n’est déjà pas si mal.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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