22/02/2019

« Grâce à Dieu » : en état de grâce (et 8 films à l’affiche)

IMG_5587.jpgTourné dans le plus grand secret principalement au Luxembourg et en Belgique pour ne pas ébruiter son sujet, ce qui en dit long sur le pouvoir de l’Eglise catholique, le film s’inspire de l’affaire du Père Preynat, mis en examen en 2016 pour des agressions sexuelles présumées sur des enfants puisque le procès n’a pas encore eu lieu. Les avocats du père Preynat ont d’ailleurs tenté de faire reporter, en vain, la sortie du film au nom de la présomption d’innocence alors que ce dernier se base sur des verbatims qui ont été publiés.

Mais comme l’a déclaré le réalisateur François Ozon « certaines personnes n’ont pas envie que le film sorte, elles sont dans la continuité de cette omerta du silence. » « Grâce à Dieu » s’attaque à ce fléau du silence qui a fait et fait encore tant de mal aux victimes de ces prêtres pédophiles. Pour le dénoncer, le réalisateur a choisi de prendre le point de vue des victimes en se plaçant résolument du côté humain et non judiciaire ou religieux. Il voulait d’ailleurs à l’origine réaliser un documentaire.

Pour atteindre son objectif, François Ozon a construit son film autour de trois personnages principaux victimes du père Preynat et aux personnalités et aux parcours de vie très différents. Ils vont chacun à leur manière briser le silence, puis unir leurs forces pour libérer la parole en créant l’association « La Parole libérée ». Ils vont également attaquer l’Eglise pour qu’elle reconnaisse qu’elle a caché ce scandale pendant des décennies.

Les regards croisés de ces trois hommes, auxquels s’ajoutent ceux d’autres victimes, mais aussi de leur famille, sont le point fort de « Grâce à Dieu ». Chacun joue sa partition à la perfection et donne à l’ensemble une grande cohérence et beaucoup d’émotions sans jamais tomber dans le pathos ou la démonstration, à l’image des flashbacks où tout est suggéré sans pour autant édulcorer le côté insoutenable de l’abus.

Pour arriver à une telle réussite, il fallait une mise en scène d’une grande maîtrise et des actrices et des acteurs à la hauteur. Toute la distribution, sans exception, mérite des éloges, à commencer bien évidemment par les rôles principaux joués par Melvil Poupaud, Denis Menochet et Swann Arlaud. Mais on n’oubliera pas de mentionner également Bernard Verley, épatant dans le difficile rôle du Père Preynat, ou encore Josiane Balasko et Hélène Vincent, excellentes dans leur rôle de mère d’une victime. Un film en état de grâce. (5 étoiles)    

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15/02/2019

Mariage civil égalitaire pour toutes et tous, ça avance!

3A357714-6226-42E7-BE8A-AA54489C7ECA.jpegBonne surprise du côté de Berne pour l'égalité des droits: la commission des affaires juridiques du Conseil national a décidé d’envoyer deux variantes du projet « mariage pour tous » en consultation : l’une de ces deux variantes contiendra la procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples mariés de lesbiennes. Un signe encourageant pour la communauté LGBTIQ et les partis, avec comme fer de lance les Verts, qui soutiennent un mariage égalitaire et rien d'autres. 

Il n'était de loin pas évident il y a encore quelques semaines que la commission des affaires juridiques du Conseil national prenne cette option. Il s'en est même fallu de très peu, 12 voix contre 11 et 1 abstention, que la variante avec la PMA l'emporte.  L'engagement sans failles des organisations LGBTIQ de suisse pour convaincre le plus grand nombre possible de politiciennes et politiciens que seul un mariage égalitaire trouvait grâce à leurs yeux a visiblement payé.  

C'est ainsi  qu'avant la discussion de la commission, les organisations faîtières LGBTIQ de Suisse se sont retrouvées devant le palais fédéral pour une action qui a réuni une centaine de personnes. Elle avait pour but de souligner l’importance du sujet et rappeler que les couples de même sexe veulent seulement les mêmes droits et devoirs que les coupes hétérosexuels. Ni plus, ni moins.

Les deux variantes sont donc dès maintenant et pour trois mois envoyées en consultation publique auprès des cantons, des partis et des associations. Il n'est évidemment pas possible d'anticiper le résultat de la consultation, mais tout autre résultat qu'un mariage civil égalitaire serait une grande déception pour toutes celles et tous ceux qui se battent pour l'égalité des droits dans notre pays. La mobilisation se poursuit! 

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10/02/2019

Du grand au petit écran : « Spider-Man : Homecoming », « Chocolat », «Whiplash » et Deneuve

IMG_5504.jpgVoilà dix-sept ans que l’Homme-Araignée tisse sa toile sur le grand écran : première apparition en 2002 avec l’excellent film de Sam Raimi qui sera suivi de deux autres qui donneront eux-mêmes naissance à deux nouveaux, qui n’ont rien à voir avec les précédents, et qui finiront par accoucher d’une apparition de Spider-Man dans « Captain America – Civil War ».

C’est dans ce contexte cinématographique pour le moins complexe que s’inscrit « Spider-Man : Homecoming ». Le célèbre héros a désormais 15 ans (!), avec ses problèmes d’adolescent pubère pas intéressants pour deux sous, l’occasion de tout recommencer avec un mentor qui se nomme Iron Man bien décidé à ne pas (trop) faciliter la vie de l’apprenti Homme-Araignée pour devenir un Avenger à part entière.

Cette troisième renaissance de Spider-Man est à la hauteur concernant les effets spéciaux et quelques scènes d’action sont réussies, notamment celles avec le Vautour interprété par un Michael Keaton convaincant. Il y a aussi parfois de quoi arracher quelques sourires. Mais ce super-héros-apprenti-qui-se-cherche, avec pourtant une combinaison qui ressemble à s’y méprendre à l’armure d’Iron Man, met à mal la légende de l’Homme-Araignée et finit même par agacer. On peut également ajouter qu’il y a un sacré coup de mou au milieu du film, heureusement le dernier tiers est plus réussi.

Ce « teen movie » plaira donc sans doute au public adolescent à qui il est destiné, les plus âgés risquant fort d’être déçus par ce bébé-araignée qui, on l’espère, aura pris de la maturité lors de son retour sur les écrans cet été.

2 étoiles. « Spider-Man : Homecoming ». RTS DEUX, vendredi 15 février, 20h55.

IMG_5507.jpgL’histoire débute en 1976 au moment où Agnès Leroux rentre d’Afrique auprès de sa mère après l’échec de son mariage. Elle tombe follement amoureuse de Maurice Agnelet, avocat au service de sa mère, et est prête à tout faire pour lui. C’est ainsi qu’il la convint de voter contre sa mère au Conseil d’administration qui perd ainsi le contrôle du casino au profit de la mafia.

Délaissée petit à petit par Maurice Agnelet, qui ne l’a jamais aimée, Agnès fait une tentative de suicide avant de disparaître en novembre 1977. Le corps ne sera jamais retrouvé. Persuadée que Maurice Agnelet a tué sa fille, Renée Leroux, mènera pendant des décennies un combat avec la justice pour faire condamner le supposé meurtrier d’Agnès…

Un peu lent à démarrer, le film va crescendo. Le spectateur est au fur et à mesure que l’action avance de plus en plus partie prenante du drame qui se déroule devant lui. Les acteurs principaux n’y sont bien évidemment pas pour rien. Catherine Deneuve est, comme d’habitude ou presque, impériale aussi bien comme patronne de casino que comme mère à la poursuite de la vérité. Il faut la voir vieillie, claudicante, avec le masque de celle qui s’est battue pendant plus de 30 ans pour faire condamner celui qu’elle pense être le responsable de la mort de sa fille,  du grand art !

3 étoiles. « L’homme qu’on aimait trop ». France 3, lundi 11 février, 21h00.

IMG_5505.jpgL’histoire vraie du premier artiste noir de la scène française au tournant du 19ème et 20ème siècle vaut la peine d’être vue pour plusieurs raisons.

Tout d’abord parce qu’Omar Sy est excellent dans son rôle de clown fils d’esclave qui va connaître la gloire, tout en devant affronter le racisme ordinaire de cette époque, avant de retourner dans l’anonymat. Ensuite parce que son partenaire, James Thiérrée, le petit-fils de Charlie Chaplin, est encore meilleur dans le rôle de Footit. Danseur, acrobate et musicien, c’est à lui que le réalisateur Roschdy Zem a confié l’élaboration des numéros très réussis. La complicité des deux acteurs crève l’écran et dégage force, énergie et émotion que cela soit dans les moments comiques ou tragiques. Enfin parce qu’au-delà de ses deux acteurs principaux, les seconds rôles sont à la hauteur ainsi que les décors, les costumes, la photographie et la mise en scène.

Certes, le film n’est pas exempt de petits défauts à l’image d’une deuxième partie qui manque un peu de rythme. On aurait aussi voulu en savoir un peu plus sur les personnages de Footit et Marie, la femme qui resta aux côtés de Chocolat pendant toute sa vie, et sur les années qui le séparent entre sa gloire et sa mort. Des reproches qui ne sauraient toutefois gâcher la réussite globale du film.

4 étoiles. « Chocolat ». M6, mardi 12 février, 21h00.

IMG_5506.jpgLe titre, qui fait référence à un morceau de musique de jazz, donne plutôt envie d’aller voir ailleurs. Grave erreur ! L’histoire de ce professeur de musique hyper exigeant à en être carrément sadique avec le nouveau jeune batteur de l’orchestre est remarquable par l’intensité qu’elle dégage du début à la fin. Jusqu’où Andrew (Miles Teller) acceptera-t-il d’être rabaissé et humilié par son professeur pour réaliser son rêve de devenir un musicien d’exception ? Quelle limite Fletcher (J.K. Simmons) est-il prêt à dépasser pour pousser son élève dans ses derniers retranchements pour qu’il donne plus que le maximum de lui-même ? Cette limite existe-t-elle ?

Le film est porté par deux acteurs exceptionnels, une mise en scène qui ne laisse rien au hasard et un montage tiré au cordeau. Le face à face entre le professeur et son élève atteint par moment des sommets d’intensité incroyables avec en particulier un dernier quart d’heure qui vous laisse scotché sur votre fauteuil au moment du générique de fin. A ne pas manquer si vous ne l’avez pas encore vu lors de précédentes diffusions.

5 étoiles. « Whiplash ». TCM Cinéma, vendredi 15 février, 20h45.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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08/02/2019

« Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? » : une copie honorable (et 8 films à l’affiche)

IMG_5494.jpgOn prend les mêmes et on recommence ! Avec le risque évident que cela sente le réchauffé…Après le triomphe du premier opus, il était fort tentant de remettre le couvert, puisque tout le monde était partant. Et c’est un premier plaisir de retrouver la troupe en entier avec à sa tête le très drôle couple Verneuil formé par Christian Clavier et Chantal Lauby.

Après un début un peu poussif, où l’on sent trop bien la volonté des scénaristes de raccrocher le second wagon au premier en plantant à nouveau ce décor qui met en avant, notamment, les pires clichés sur les Juifs, les Noirs, les Asiatiques, les Arabes ou encore les Français, le film prend véritablement son envol au moment où le couple Verneuil se rend compte que tous ses enfants pourraient bien partir vivre à l’étranger. Il met alors en place de nombreux stratagèmes pour déjouer leurs plans et on rit souvent de bon cœur tant les ficelles sont grosses.

A ce propos, que celles et ceux qui s’attendent à de la finesse passent leur chemin, même si le film sous couvert de blagues parfois un peu trop téléphonées est un miroir des jugements qui sont facilement portés sur l’autre avec dans cette suite l’apparition d’un requérant d’asile, avec une scène à hurler de rire, et du mariage pour tous. Au final, sans être aussi réussi que l’original, l’effet de surprise n’est plus là, cette copie est honorable et permet de se divertir si on n’est pas trop exigeant. (3 étoiles)

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04/02/2019

« La Mule » : pour l’acteur Clint Eastwood (et 7 films à l’affiche)

39D04856-F2CD-4EB7-91D5-E34AADF4BB2C.jpegInspiré de la vie de Leo Sharp, vétéran de la seconde guerre mondiale qui est devenu dans les années 80 le transporteur de drogue le plus âgé et le plus efficace du Cartel de Sinaloa, « La Mule » raconte non seulement comment un vieil homme de près de 90 ans en est arrivé à être un passeur de drogues hors normes, mais également comment il en a tiré profit, au sens propre et figuré, pour tenter de recoller les morceaux avec sa famille qu’il avait délaissée tout au long de sa vie.

Après le ratage de son précédent film, « Le 15h17 pour Paris », Clint Eastwood ne pouvait que faire mieux. Et tel est, heureusement, le cas. Il y a certes des scènes trop répétitives, d’autres peu crédibles et le scénario ménage peu de surprises. Et puis, il faut attendre les derniers instants du film pour qu’il y ait une prise de conscience du héros sur son implication dans le trafic de drogues. Mieux vaut cependant tard que jamais.

Mais malgré ces critiques, le film se laisse voir avec un certain plaisir grâce avant tout à l’excellente performance d’acteur de Clint Eastwood qui joue avec conviction un personnage réactionnaire sur les bords et qui pense avant tout à lui. Mais en approchant de la fin de sa vie, il va être capable de se remettre en question et faire preuve d’autodérision. On s’attache à ce vieil homme pince-sans-rire et plein de charme à tel point que malgré son activité on ne peut plus répréhensible, le spectateur espère qu’il échappera à la police. On comprend aussi dès lors fort bien que malgré tous ses défauts, sa famille ait de la peine à l’oublier. Situé quelque part entre comédie, drame et thriller, « La Mule » est un film loin d’être parfait, mais pour lequel on éprouve une indéniable tendresse pour son héros. (3 étoiles)

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