« Mon bébé » : formidable Sandrine Kiberlain (et 8 films à l’affiche)

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IMG_5676.jpgGrand Prix au Festival du Film de Comédie de l’Alpe d’Huez, « Mon bébé » est directement inspiré de la réaction que la réalisatrice, Lisa Azuelos, a eue au moment où sa fille a décidé d’aller poursuivre ses études au Canada.

Et pour que l’inspiration soit totale, c’est sa propre fille, Thaïs Alessandrin, qui incarne à l’écran Jade, la « petite dernière » qui va bientôt partir pour aller étudier à l’étranger. Son frère et sa sœur aînés ayant déjà quitté le cocon familial, Héloïse, la mère divorcée depuis belle lurette et aux relations sans lendemain ou presque, n’a pas d’autre choix que d’affronter cette séparation qui s’annonce.

A partir de cette trame on ne peut plus simple, et qui ne réserve guère de surprises en cours de route, Lisa Azuelos réalise pourtant un film au charme certain grâce, d’une part, à un montage habile et fluide entre les scènes qui montrent Jade enfant et celles où elle est devenue une jeune femme et, d’autre part, grâce à Sandrine Kiberlain qui porte le film sur ses épaules.

En effet, elle est à la fois drôle, et même par moment hilarante, touchante, exubérante, agaçante, émouvante, liste non exhaustive. Elle est à tel point indispensable au film que dès qu’elle n’est plus à l’écran, « Mon bébé » connaît des coups de mou, qui heureusement ne durent jamais longtemps, avec des scènes pas indispensables. Au final, une comédie familiale enjouée, avec juste ce qu’il faut de nostalgie, qui se laisse voir avec plaisir. (3 étoiles)

A l'affiche

5 étoiles. « Grâce à Dieu ». Le film s’inspire de l’affaire du Père Preynat, mis en examen en 2016 pour des agressions sexuelles présumées sur des enfants puisque le procès n’a pas encore eu lieu. « Grâce à Dieu » s’attaque au fléau du silence qui a fait et fait encore tant de mal aux victimes de ces prêtres pédophiles. Pour le dénoncer, le réalisateur a choisi de prendre le point de vue des victimes en se plaçant résolument du côté humain et non judiciaire ou religieux. Pour atteindre son objectif, François Ozon a construit son film autour de trois personnages principaux victimes du père Preynat et aux personnalités et aux parcours de vie très différents. Ils vont chacun à leur manière briser le silence. Les regards croisés de ces trois hommes, auxquels s’ajoutent ceux d’autres victimes, mais aussi de leur famille, sont le point fort de « Grâce à Dieu ». Chacun joue sa partition à la perfection et donne à l’ensemble une grande cohérence et beaucoup d’émotions sans jamais tomber dans le pathos ou la démonstration. Pour arriver à une telle réussite, il fallait une mise en scène d’une grande maîtrise et des actrices et des acteurs à la hauteur. Toute la distribution, sans exception, mérite des éloges. Un film en état de grâce.   

5 étoiles. « Green Book ». Oscar 2019 du meilleur film, « Green Book » est un road movie inspiré d’une histoire vraie qui raconte la naissance en 1962 d’une amitié qui dura plus de 50 ans entre un videur italo-américain du Bronx et le Dr Don Shirley, pianiste noir de renommée mondiale. Engagé comme chauffeur pour une tournée de concerts de deux mois dans ce sud des Etats-Unis où la ségrégation raciale est une triste réalité, Tony Vallelonga va au fur et à mesure que le temps passe être bien plus qu’un chauffeur pour le Dr Don Siegel et ce dernier bien plus qu’un simple patron. Le film repose, comme tant d’autres avant lui, sur deux personnalités que tout oppose et qui, pourtant, vont finir par s’apprécier. Rien donc de très original a priori. Sauf que dans « Green Book », et comme c’était le cas dans « Intouchables », on adhère rapidement à cette histoire d’amitié hautement improbable. Et pas seulement parce qu’elle a véritablement existé, mais parce que les deux personnages sont chacun à leur manière très humain et que, du coup, tout devient possible. Ajouter à cela deux acteurs excellents, un contexte malheureusement toujours d’actualité, des dialogues de très haute volée à la fois drôles et graves, des situations qui se renouvellent à chaque étape évitant tout ennui au spectateur, juste ce qu’il faut d’émotion et vous avez devant les yeux un film parfaitement réussi à voir de préférence en version originale pour le remarquable travail de prononciation des acteurs.

4 étoiles. « Le Grand Bain ». Bertrand, Marcus, Simon, Laurent, Thierry, John, Basile et Avanish sont des quadragénaires et quinquagénaires mal dans leur peau. Ils ont perdu confiance en eux au fur et à mesure des aléas rencontrés dans leur vie. Ils partagent leur mal-être deux fois par semaine en s’adonnant sous les ordres de Delphine, ancienne gloire des bassins pas au mieux de sa forme elle non plus, à la natation synchronisée, sport féminin par excellence. Ils se moquent des railleries dont ils sont l’objet, car ensemble ils retrouvent le goût de l’effort et un but qui va les mener bien plus loin qu’ils avaient pu l’imaginer. C’est en regardant un documentaire sur une équipe de Suédois qui pratiquait la natation synchronisée masculine que Gilles Lellouche a eu le déclic pour mettre en scène cette histoire. La grande force du film est de ne jamais être ridicule alors qu’il aurait été si facile de l’être avec un sujet pareil. Les personnages sont tous plus attachants les uns que les autres et on a plaisir à les voir retrouver petit à petit leur estime d’eux-mêmes jusqu’à un final où l’émotion est à son maximum. Tout n’est cependant pas parfait dans « Le Grand Bain ». Le début manque en effet un peu de rythme et quelques facilités scénaristiques tirent un peu trop sur la corde sensible. Mais pas de quoi gâcher l’impression générale sur la réussite d’un film très touchant dans lequel on plonge avec bonheur entre drame et comédie.

4 étoiles. « Loving ». Richard et Mildred Loving, les biens nommés, s’aiment et souhaitent se marier. Mais en 1958 dans l’Etat de Virginie, c’est interdit quand les futurs époux ne sont pas de la même race. Qu’à cela ne tienne, d’autres Etats l’autorisent. Sauf que de retour en Virginie, ce mariage n’a plus aucune valeur et vivre ensemble sous un même toit est un crime qui conduit tout droit en prison. « Loving » raconte sur une décennie l’histoire vraie de ce couple qui a, presque malgré lui, fait avancer d’un grand pas les droits humains aux Etats-Unis. Le film se concentre principalement sur l’histoire d’amour entre Richard et Mildred Loving, l’aspect judiciaire étant une conséquence de cet amour qu’ils ne peuvent pas vivre librement. Le film est du coup moins spectaculaire et démonstratif qu’il aurait pu l’être, mais il permet de pénétrer avec une grande sensibilité et tendresse dans l’intimité du couple Loving et de ses trois enfants. Le rythme relativement lent du film ne rime absolument pas avec ennui, d’une part parce que la tension est toujours palpable et, d’autre part, parce que la mise en scène et le jeu des acteurs dégagent une formidable finesse.

3 étoiles. « Celle que vous croyez ». Pour épier son jeune amant Ludo, Claire, 50 ans, crée un faux profil sur les réseaux sociaux et devient Clara, jeune femme séduisante de 24 ans. Elle devient l’amie virtuelle d’Alex, meilleur pote de Ludo, qui tombe sous le charme de la mystérieuse Clara et inversement. Prisonnière de son avatar, Clara va alors devoir jongler entre mensonges et réalité au risque de tout perdre. Il y a deux points forts dans « Celle que vous croyez » : les thèmes abordés – le vieillissement, la peur de l’abandon, la passion amoureuse, l’emprise qui peut mener jusqu’à la folie, l’obsession virtuelle – et l’interprétation de Juliette Binoche, à la fois solaire quand elle est amoureuse et meurtrie face à la réalité, et celle de Nicole Garcia fascinante dans son rôle de psy ébranlée par sa patiente. Mais il y a aussi un point faible : on ne croit pas une seconde qu’Alex puisse se laisser « balader » aussi longtemps par Clara et encore moins au rebondissement qui met fin à leur relation. Un film qui au bout du compte ne tient pas totalement ses promesses malgré d’indéniables qualités.

3 étoiles. « Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? ». Après le triomphe du premier opus, il était fort tentant de remettre le couvert, puisque tout le monde était partant. Et c’est un premier plaisir de retrouver la troupe en entier avec à sa tête le très drôle couple Verneuil formé par Christian Clavier et Chantal Lauby. Après un début un peu poussif, où l’on sent trop bien la volonté des scénaristes de raccrocher le second wagon au premier en plantant à nouveau ce décor qui met en avant, notamment, les pires clichés sur les Juifs, les Noirs, les Asiatiques, les Arabes ou encore les Français, le film prend véritablement son envol au moment où le couple Verneuil se rend compte que tous ses enfants pourraient bien partir vivre à l’étranger. Il met alors en place de nombreux stratagèmes pour déjouer leurs plans et on rit souvent de bon cœur tant les ficelles sont grosses. A ce propos, que celles et ceux qui s’attendent à de la finesse passent leur chemin, même si le film sous couvert de blagues parfois un peu trop téléphonées est un miroir des jugements qui sont facilement portés sur l’autre avec dans cette suite l’apparition d’un requérant d’asile, avec une scène à hurler de rire, et du mariage pour tous. Au final, sans être aussi réussi que l’original, l’effet de surprise n’est plus là, cette copie est honorable et permet de se divertir si on n’est pas trop exigeant.

3 étoiles. « Bohemian Rhapsody » est un film très sage dans sa mise en scène, à l’exact opposé de celui sur lequel il se centre principalement. Il raconte en quelques épisodes et de manière très linéaire la vie du groupe et de son leader de ses débuts en 1970 jusqu’à sa performance lors du Live Aid de juillet 1985 à Wembley. L’accent est particulièrement mis sur Freddie Mercury, ses excès, ses errances, ses questionnements, notamment sur son orientation sexuelle, mais aussi ses traits de génie, sa générosité et sa recherche de l’amitié et de l’amour. Rami Malek, Oscar 2019 du meilleur acteur, est un Freddie Mercury plus vrai que nature et sa performance est bluffante. Ce parti pris n’empêche toutefois pas le film de s’intéresser également aux relations au sein du groupe et c’est heureux, car les moments mettant en scène les quatre musiciens sont les plus réussis. On n’en dira pas autant de ceux qui se focalisent sur le chanteur qui frisent parfois le mélo et ont tendance à se répéter. L’ennui guette. Mais grâce à la musique, ces lourdeurs s’effacent rapidement pour laisser la place à des chansons connues par tout le monde. En résumé, si « Bohemian Rhapsody » est plutôt décevant dans sa partie intimiste, son hommage à la musique de Queen est lui réussi. Suffisant pour passer un bon moment et donner envie de réécouter les classiques du groupe.

2 étoiles. « Au bout des doigts ». Mathieu Malinski est un jeune de banlieue qui a une passion pour la musique classique dont il ne parle pas à ses potes avec lesquels il s’adonne parfois à des actes illicites. Pour assouvir son besoin de musique, il joue du piano dans les gares où l’instrument est en accès libre. C’est là qu’un jour le directeur du Conservatoire National Supérieur de Musique, Pierre Geitner, le rencontre. Mais pas question pour Mathieu de frayer avec ce milieu qui n’est pas le sien jusqu’au jour où un cambriolage tourne mal. Pierre Greitner vient alors à sa rescousse en proposant au juge des heures d’intérêt général au Conservatoire à la place de la prison. A partir de là, la « success story » est en route. Evidemment, les obstacles seront nombreux pour y parvenir et, à ce titre, le scénario ne nous en épargne aucun. Mais le défaut principal du film est que l’on ne croit pas une seconde au personnage de Mathieu « petite frappe » alors qu’il est tout à fait crédible dans celui d’apprenti virtuose. Il n’est donc pas étonnant que les scènes en lien avec la musique soient les plus réussies. Et pour être juste, elles procurent même des moments d’intenses émotions. Au final, un film qui donne surtout envie d’écouter le Concerto n°2 de Rachmaninov. Ce n’est déjà pas si mal.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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