« Boy Erased » : froid dans le dos (et 7 films à l’affiche)

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78F47B00-06E5-4E69-8B97-334D0BB16A3C.jpegAdapté des mémoires de Garrard Conley publiées en 2016, « Boy Erased » raconte l'histoire de Jared, jeune homme de 19 ans et fils de pasteur dans une petite ville américaine, qui apprend à ses parents qu'il est homosexuel. Ne voulant pas être rejeté par sa famille et sa communauté religieuse, il accepte de suivre un programme de thérapie de conversion.

Par ce film, le réalisateur-comédien Joel Edgerton souhaitait relancer le débat aux USA autour des thérapies de conversion qui sont autorisées dans 36 Etats et de très nombreux pays. Le réalisateur espère que le message du film « sera entendu par des parents en proie à ce genre de questionnement et de tourment face à leur enfant. L'orientation sexuel ne peut pas être changée ou "guérie", mais heureusement, on peut apprendre à accepter.»

L'acceptation est d'ailleurs au cœur du film: celle de Jared d'être celui qu'il est et celle de ses parents d'avoir un fils comme lui. Mais pour peut-être en arriver là, le chemin sera parsemé d'embûches et notamment ce programme de conversion qui fait froid dans le dos. L'objectif du film est donc largement atteint sur ce plan-là.

On n'en dira toutefois pas autant sur celui de l'émotion. Les allers et retours entre passé et présent rendent en effet le récit par moment hâché et empêchent l'émotion de s'installer, à l'exception des très belles scènes finales entre mère et fils et père et fils portées par les excellents Lucas Hedges, Nicole Kidman et Russel Crowe. Un film nécessaire, mais pas complètement abouti. (3 étoiles)

Toujours à l'affiche

5 étoiles. « Grâce à Dieu ». Le film s’inspire de l’affaire du Père Preynat, mis en examen en 2016 pour des agressions sexuelles présumées sur des enfants puisque le procès n’a pas encore eu lieu. « Grâce à Dieu » s’attaque au fléau du silence qui a fait et fait encore tant de mal aux victimes de ces prêtres pédophiles. Pour le dénoncer, le réalisateur a choisi de prendre le point de vue des victimes en se plaçant résolument du côté humain et non judiciaire ou religieux. Pour atteindre son objectif, François Ozon a construit son film autour de trois personnages principaux victimes du père Preynat et aux personnalités et aux parcours de vie très différents. Ils vont chacun à leur manière briser le silence. Les regards croisés de ces trois hommes, auxquels s’ajoutent ceux d’autres victimes, mais aussi de leur famille, sont le point fort de « Grâce à Dieu ». Chacun joue sa partition à la perfection et donne à l’ensemble une grande cohérence et beaucoup d’émotions sans jamais tomber dans le pathos ou la démonstration. Pour arriver à une telle réussite, il fallait une mise en scène d’une grande maîtrise et des actrices et des acteurs à la hauteur. Toute la distribution, sans exception, mérite des éloges. Un film en état de grâce.   

5 étoiles. « Green Book ». Oscar 2019 du meilleur film, « Green Book » est un road movie inspiré d’une histoire vraie qui raconte la naissance en 1962 d’une amitié qui dura plus de 50 ans entre un videur italo-américain du Bronx et le Dr Don Shirley, pianiste noir de renommée mondiale. Engagé comme chauffeur pour une tournée de concerts de deux mois dans ce sud des Etats-Unis où la ségrégation raciale est une triste réalité, Tony Vallelonga va au fur et à mesure que le temps passe être bien plus qu’un chauffeur pour le Dr Don Siegel et ce dernier bien plus qu’un simple patron. Le film repose, comme tant d’autres avant lui, sur deux personnalités que tout oppose et qui, pourtant, vont finir par s’apprécier. Rien donc de très original a priori. Sauf que dans « Green Book », et comme c’était le cas dans « Intouchables », on adhère rapidement à cette histoire d’amitié hautement improbable. Et pas seulement parce qu’elle a véritablement existé, mais parce que les deux personnages sont chacun à leur manière très humain et que, du coup, tout devient possible. Ajouter à cela deux acteurs excellents, un contexte malheureusement toujours d’actualité, des dialogues de très haute volée à la fois drôles et graves, des situations qui se renouvellent à chaque étape évitant tout ennui au spectateur, juste ce qu’il faut d’émotion et vous avez devant les yeux un film parfaitement réussi à voir de préférence en version originale pour le remarquable travail de prononciation des acteurs.

4 étoiles. « Pupille ». Le film raconte les deux premiers mois de la vie de Théo qui est remis à l’adoption par sa mère biologique le jour de sa naissance. Les services de l’aide sociale à l’enfance et d’adoption prennent en charge Théo en le plaçant dans une famille d’accueil et en entreprenant parallèlement les démarches pour lui trouver, le cas échéant, une famille adoptive. Si le titre du film renvoie bien évidemment à la définition d’un enfant placé sous la responsabilité de l’Etat, il évoque également le regard, comme l’explique Jeanne Herry, la réalisatrice : « Je portais beaucoup d’attention à la place de mon regard, je me suis demandé tout au long de la réalisation quel était mon point de vue, sur chaque séquence, et comment, et d’où regarder chaque personnage.» Cette préoccupation se…voit magnifiquement à l’écran avec une caméra qui filme les personnages le plus souvent en gros plan plongeant le spectateur dans leur intimité sans aucun voyeurisme, mais avec une grande délicatesse. Certes, on pourrait reprocher au film son côté parfois scolaire, on n’est pas très loin par moment du documentaire, une vision sans doute un peu trop idéaliste de l’adoption et certains personnages secondaires inutiles. Mais il n’y a dans ces légers bémols rien de rédhibitoire pour apprécier à sa juste valeur un film intelligent, lumineux, émouvant, sensible et délicat. En deux mots : profondément humain.

3 étoiles. « Le Mystère Henri Pick ». Tiré du livre éponyme de David Foenkinos, « Le Mystère Henri Pick » est une comédie policière dont l’intrigue, son déroulement et son atmosphère font inévitablement penser aux romans d’Agatha Christie et à son héros masculin, Hercule Poirot. Jean-Michel Rouche est un critique littéraire reconnu qui anime une émission télévisuelle consacrée à la littérature. Un jour, il reçoit sur son plateau la veuve d’un auteur totalement inconnu. Le manuscrit de son mari a été découvert par hasard par une jeune éditrice dans une étrange bibliothèque en Bretagne. Publié, il connaît un énorme succès. Mais Jean-Michel Rouche ne croit pas une seule seconde qu’un pizzaïolo breton a pu écrire ce roman. Il décide alors de mener son enquête pour prouver qu’il a raison. A mi-chemin entre la comédie et le film policier, « Le Mystère Henri Pick » permet de passer un bon moment. Porté par Fabrice Luchini et Camille Cottin qui évoluent tous les deux dans le registre d’une sobriété bienvenue, le film est divertissant et les rebondissements, bien que légers, permettent de garder le spectateur en éveil du début à la fin, même si le tout manque un peu de folie.

3 étoiles. « Mon Bébé » est directement inspiré de la réaction que la réalisatrice, Lisa Azuelos, a eue au moment où sa fille a décidé d’aller poursuivre ses études au Canada. Et pour que l’inspiration soit totale, c’est sa propre fille, Thaïs Alessandrin, qui incarne à l’écran Jade, la « petite dernière » qui va bientôt partir pour aller étudier à l’étranger. Son frère et sa sœur aînés ayant déjà quitté le cocon familial, Héloïse, la mère, n’a pas d’autre choix que d’affronter cette séparation qui s’annonce. A partir de cette trame on ne peut plus simple, et qui ne réserve guère de surprises en cours de route, Lisa Azuelos réalise pourtant un film au charme certain grâce, d’une part, à un montage habile et fluide entre les scènes qui montrent Jade enfant et celles où elle est devenue une jeune femme et, d’autre part, grâce à Sandrine Kiberlain qui porte le film sur ses épaules. En effet, elle est à la fois drôle, et même par moment hilarante, touchante, exubérante, agaçante, émouvante, liste non exhaustive. Elle est à tel point indispensable au film que dès qu’elle n’est plus à l’écran, « Mon Bébé » connaît des coups de mou. Au final, une comédie familiale enjouée, avec juste ce qu’il faut de nostalgie, qui se laisse voir avec plaisir.

3 étoiles. « Celle que vous croyez ». Pour épier son jeune amant Ludo, Claire, 50 ans, crée un faux profil sur les réseaux sociaux et devient Clara, jeune femme séduisante de 24 ans. Elle devient l’amie virtuelle d’Alex, meilleur pote de Ludo, qui tombe sous le charme de la mystérieuse Clara et inversement. Prisonnière de son avatar, Clara va alors devoir jongler entre mensonges et réalité au risque de tout perdre. Il y a deux points forts dans « Celle que vous croyez » : les thèmes abordés – le vieillissement, la peur de l’abandon, la passion amoureuse, l’emprise qui peut mener jusqu’à la folie, l’obsession virtuelle – et l’interprétation de Juliette Binoche, à la fois solaire quand elle est amoureuse et meurtrie face à la réalité, et celle de Nicole Garcia fascinante dans son rôle de psy ébranlée par sa patiente. Mais il y a aussi un point faible : on ne croit pas une seconde qu’Alex puisse se laisser « balader » aussi longtemps par Clara et encore moins au rebondissement qui met fin à leur relation. Un film qui au bout du compte ne tient pas totalement ses promesses malgré d’indéniables qualités.

3 étoiles. « Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? ». Après le triomphe du premier opus, il était fort tentant de remettre le couvert, puisque tout le monde était partant. Et c’est un premier plaisir de retrouver la troupe en entier avec à sa tête le très drôle couple Verneuil formé par Christian Clavier et Chantal Lauby. Après un début un peu poussif, où l’on sent trop bien la volonté des scénaristes de raccrocher le second wagon au premier en plantant à nouveau ce décor qui met en avant, notamment, les pires clichés sur les Juifs, les Noirs, les Asiatiques, les Arabes ou encore les Français, le film prend véritablement son envol au moment où le couple Verneuil se rend compte que tous ses enfants pourraient bien partir vivre à l’étranger. Il met alors en place de nombreux stratagèmes pour déjouer leurs plans et on rit souvent de bon cœur tant les ficelles sont grosses. A ce propos, que celles et ceux qui s’attendent à de la finesse passent leur chemin, même si le film sous couvert de blagues parfois un peu trop téléphonées est un miroir des jugements qui sont facilement portés sur l’autre avec dans cette suite l’apparition d’un requérant d’asile, avec une scène à hurler de rire, et du mariage pour tous. Au final, sans être aussi réussi que l’original, l’effet de surprise n’est plus là, cette copie est honorable et permet de se divertir si on n’est pas trop exigeant.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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