« Mon inconnue » : à découvrir (et 7 films à l’affiche)

Imprimer

IMG_5867.jpgLes comédies romantiques trainent derrière elles la réputation d’être la plupart du temps, au mieux, « gentillettes » et, au pire, nulles. Et il faut bien dire que cette réputation, à quelques exceptions près, n’est pas vraiment imméritée. Autant le dire tout de suite, « Mon inconnue » fait partie des exceptions.

Hugo Gélin, le réalisateur avait pour ambition de raconter une histoire « dont la part fantastique est très réaliste. Ainsi parler des choses les plus simples et les plus humaines qui soient prend une ampleur et une dimension particulièrement cinématographique. Le challenge était donc de faire adhérer le spectateur à cette part surnaturelle, de le surprendre et de l’entraîner plus loin. »

Pari réussi, car l’histoire de Raphaël, auteur de science-fiction à succès, qui se retrouve plongé du jour au lendemain dans un monde parallèle où il est un « simple » professeur de lettres et n’a jamais rencontré sa femme qui est, par effet de miroir, une pianiste célèbre, est la plupart du temps jubilatoire.

Le scénario est intelligent, à part quelques petites facilités, notamment vers la fin, mais c’est aussi ce qui donne le label « comédie romantique » au film, on rit souvent de bon cœur, les dialogues sont percutants, il y a de l’émotion, la réalisation est convaincante et les trois acteurs principaux (le craquant François Civil, la délicate Joséphine Japy et le drôlissime Benjamin Lavernhe) sont excellents. De quoi passer un très bon moment et sortir de la salle avec la banane. (4 étoiles)

Toujours à l'affiche

5 étoiles. « Grâce à Dieu ». Le film s’inspire de l’affaire du Père Preynat, mis en examen en 2016 pour des agressions sexuelles présumées sur des enfants puisque le procès n’a pas encore eu lieu. « Grâce à Dieu » s’attaque au fléau du silence qui a fait et fait encore tant de mal aux victimes de ces prêtres pédophiles. Pour le dénoncer, le réalisateur a choisi de prendre le point de vue des victimes en se plaçant résolument du côté humain et non judiciaire ou religieux. Pour atteindre son objectif, François Ozon a construit son film autour de trois personnages principaux victimes du père Preynat et aux personnalités et aux parcours de vie très différents. Ils vont chacun à leur manière briser le silence. Les regards croisés de ces trois hommes, auxquels s’ajoutent ceux d’autres victimes, mais aussi de leur famille, sont le point fort de « Grâce à Dieu ». Chacun joue sa partition à la perfection et donne à l’ensemble une grande cohérence et beaucoup d’émotions sans jamais tomber dans le pathos ou la démonstration. Pour arriver à une telle réussite, il fallait une mise en scène d’une grande maîtrise et des actrices et des acteurs à la hauteur. Toute la distribution, sans exception, mérite des éloges. Un film en état de grâce.   

5 étoiles. « Green Book ». Oscar 2019 du meilleur film, « Green Book » est un road movie inspiré d’une histoire vraie qui raconte la naissance en 1962 d’une amitié qui dura plus de 50 ans entre un videur italo-américain du Bronx et le Dr Don Shirley, pianiste noir de renommée mondiale. Engagé comme chauffeur pour une tournée de concerts de deux mois dans ce sud des Etats-Unis où la ségrégation raciale est une triste réalité, Tony Vallelonga va au fur et à mesure que le temps passe être bien plus qu’un chauffeur pour le Dr Don Siegel et ce dernier bien plus qu’un simple patron. Le film repose, comme tant d’autres avant lui, sur deux personnalités que tout oppose et qui, pourtant, vont finir par s’apprécier. Rien donc de très original a priori. Sauf que dans « Green Book », et comme c’était le cas dans « Intouchables », on adhère rapidement à cette histoire d’amitié hautement improbable. Et pas seulement parce qu’elle a véritablement existé, mais parce que les deux personnages sont chacun à leur manière très humain et que, du coup, tout devient possible. Ajouter à cela deux acteurs excellents, un contexte malheureusement toujours d’actualité, des dialogues de très haute volée à la fois drôles et graves, des situations qui se renouvellent à chaque étape évitant tout ennui au spectateur, juste ce qu’il faut d’émotion et vous avez devant les yeux un film parfaitement réussi à voir de préférence en version originale pour le remarquable travail de prononciation des acteurs.

3 étoiles. « Boy Erased » raconte l'histoire de Jared, jeune homme de 19 ans et fils de pasteur dans une petite ville américaine, qui apprend à ses parents qu'il est homosexuel. Ne voulant pas être rejeté par sa famille et sa communauté religieuse, il accepte de suivre un programme de thérapie de conversion. L'acceptation est d'ailleurs au cœur du film : celle de Jared d'être celui qu'il est et celle de ses parents d'avoir un fils comme lui. Mais pour peut-être en arriver là, le chemin sera parsemé d'embûches et notamment ce programme de conversion qui fait froid dans le dos. L'objectif du film est donc largement atteint sur ce plan-là. On n'en dira toutefois pas autant sur celui de l'émotion. Les allers et retours entre passé et présent rendent en effet le récit par moment hâché et empêchent l'émotion de s'installer à l'exception des très belles scènes finales entre mère et fils et père et fils portées par les excellents Lucas Hedges, Nicole Kidman et Russel Crowe. Un film nécessaire, mais pas complètement abouti.

3 étoiles. « Le Mystère Henri Pick ». Tiré du livre éponyme de David Foenkinos, « Le Mystère Henri Pick » est une comédie policière dont l’intrigue, son déroulement et son atmosphère font inévitablement penser aux romans d’Agatha Christie et à son héros masculin, Hercule Poirot. Jean-Michel Rouche est un critique littéraire reconnu qui anime une émission télévisuelle consacrée à la littérature. Un jour, il reçoit sur son plateau la veuve d’un auteur totalement inconnu. Le manuscrit de son mari a été découvert par hasard par une jeune éditrice dans une étrange bibliothèque en Bretagne. Publié, il connaît un énorme succès. Mais Jean-Michel Rouche ne croit pas une seule seconde qu’un pizzaïolo breton a pu écrire ce roman. Il décide alors de mener son enquête pour prouver qu’il a raison. A mi-chemin entre la comédie et le film policier, « Le Mystère Henri Pick » permet de passer un bon moment. Porté par Fabrice Luchini et Camille Cottin qui évoluent tous les deux dans le registre d’une sobriété bienvenue, le film est divertissant et les rebondissements, bien que légers, permettent de garder le spectateur en éveil du début à la fin, même si le tout manque un peu de folie.

3 étoiles. « Celle que vous croyez ». Pour épier son jeune amant Ludo, Claire, 50 ans, crée un faux profil sur les réseaux sociaux et devient Clara, jeune femme séduisante de 24 ans. Elle devient l’amie virtuelle d’Alex, meilleur pote de Ludo, qui tombe sous le charme de la mystérieuse Clara et inversement. Prisonnière de son avatar, Clara va alors devoir jongler entre mensonges et réalité au risque de tout perdre. Il y a deux points forts dans « Celle que vous croyez » : les thèmes abordés – le vieillissement, la peur de l’abandon, la passion amoureuse, l’emprise qui peut mener jusqu’à la folie, l’obsession virtuelle – et l’interprétation de Juliette Binoche, à la fois solaire quand elle est amoureuse et meurtrie face à la réalité, et celle de Nicole Garcia fascinante dans son rôle de psy ébranlée par sa patiente. Mais il y a aussi un point faible : on ne croit pas une seconde qu’Alex puisse se laisser « balader » aussi longtemps par Clara et encore moins au rebondissement qui met fin à leur relation. Un film qui au bout du compte ne tient pas totalement ses promesses malgré d’indéniables qualités.

3 étoiles. « Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? ». Après le triomphe du premier opus, il était fort tentant de remettre le couvert, puisque tout le monde était partant. Et c’est un premier plaisir de retrouver la troupe en entier avec à sa tête le très drôle couple Verneuil formé par Christian Clavier et Chantal Lauby. Après un début un peu poussif, où l’on sent trop bien la volonté des scénaristes de raccrocher le second wagon au premier en plantant à nouveau ce décor qui met en avant, notamment, les pires clichés sur les Juifs, les Noirs, les Asiatiques, les Arabes ou encore les Français, le film prend véritablement son envol au moment où le couple Verneuil se rend compte que tous ses enfants pourraient bien partir vivre à l’étranger. Il met alors en place de nombreux stratagèmes pour déjouer leurs plans et on rit souvent de bon cœur tant les ficelles sont grosses. A ce propos, que celles et ceux qui s’attendent à de la finesse passent leur chemin, même si le film sous couvert de blagues parfois un peu trop téléphonées est un miroir des jugements qui sont facilement portés sur l’autre avec dans cette suite l’apparition d’un requérant d’asile, avec une scène à hurler de rire, et du mariage pour tous. Au final, sans être aussi réussi que l’original, l’effet de surprise n’est plus là, cette copie est honorable et permet de se divertir si on n’est pas trop exigeant.

2 étoiles. « Lola et ses frères ». Lola est la cadette de la fratrie qui comprend Benoît, le frère aîné nettement plus âgé qu’elle, et Pierre qui n’a qu’un an d’écart avec son grand frère. Leurs parents sont décédés il y a fort longtemps et ils se retrouvent régulièrement devant leur tombe pour faire le point sur leurs vies respectives plus ou moins chaotiques. Mais cet esprit fraternel est parfois mis à mal en raison des gaffes et des secrets de l’un et du manque de vision de l’autre, ce qui oblige Lola à jouer, malgré elle, la maman.  Le moins que l’on puisse écrire est que les scénaristes n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère pour développer les rapports complexes entre Lola et ses frères. Tous les thèmes y passent, ou presque, en un peu plus d’une heure et demi : solitude, chômage, deuil, maternité, paternité, infertilité, adoption, destruction-reconstruction, idylle amoureuse, rupture et, bien évidemment, fraternité. « Lola et ses frères » est donc pétri de bons sentiments et fait penser à « Photo de famille », y compris dans ses défauts et ses qualités. C’est ainsi qu’à vouloir traiter tant de thèmes à la fois, ils sont survolés. Du coup, on ne voit plus très bien où se situe le cœur du scénario. On peine dès lors à s’attacher aux personnages sur la durée malgré certaines scènes drôles, tendres ou encore émouvantes. Pas désagréable, mais pas indispensable.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

Lien permanent Catégories : Cinéma 0 commentaire

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

Optionnel