« L’Adieu à la nuit » : sujet complexe abordé avec sensibilité (et 5 films à l’affiche)

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IMG_6344.jpgRetrouvant pour la huitième fois Catherine Deneuve derrière sa caméra, André Téchiné met en scène Muriel et son petit-fils Alex qui vient passer quelques jours chez elle avant de partir vivre au Canada. Mais la grand-mère réalise assez rapidement qu’Alex lui ment et qu’il a un autre projet qui n’a rien à voir avec un départ à Montréal. Bouleversée par sa découverte, elle se met alors en tête de le sauver malgré lui.

André Téchiné s’est inspiré du livre de David Thomson « Les Français jihadistes », recueil d’entretiens très bruts de jeunes Français partis en Syrie faire le jihad, pour donner vie aux personnages d’Alex, de Lila ou encore de Bilal. Il y a ajouté le regard d’une personne d’une autre génération pour mettre cette problématique, ô combien complexe, en perspective.

Et c’est bien le regard que porte la grand-mère sur son petit-fils et ses agissements qui donne tout son intérêt au film dans une seconde partie passionnante. On n’en dira pas autant de la première qui manque de rythme et ne donne pas assez de profondeur au personnage d’Alex, ses motivations étant plus suggérées que développées, le spectateur devant se contenter des quelques indices qui lui sont donnés.

Mais ce défaut prend moins d’importance dès que le scénario se concentre plus particulièrement sur la grand-mère (excellente Catherine Deneuve) et ce qu’elle va essayer de faire pour ramener son petit-fils à la raison, quitte à la perdre elle-même. Au final, « L’Adieu à la nuit » aborde avec sensibilité un sujet difficile et renvoie à chacun la question suivante : qu’aurais-je fait à sa place ? (3 étoiles)   

Toujours à l'affiche

5 étoiles. « Green Book ». Oscar 2019 du meilleur film, « Green Book » est un road movie inspiré d’une histoire vraie qui raconte la naissance en 1962 d’une amitié qui dura plus de 50 ans entre un videur italo-américain du Bronx et le Dr Don Shirley, pianiste noir de renommée mondiale. Engagé comme chauffeur pour une tournée de concerts de deux mois dans ce sud des Etats-Unis où la ségrégation raciale est une triste réalité, Tony Vallelonga va au fur et à mesure que le temps passe être bien plus qu’un chauffeur pour le Dr Don Siegel et ce dernier bien plus qu’un simple patron. Le film repose, comme tant d’autres avant lui, sur deux personnalités que tout oppose et qui, pourtant, vont finir par s’apprécier. Rien donc de très original a priori. Sauf que dans « Green Book », et comme c’était le cas dans « Intouchables », on adhère rapidement à cette histoire d’amitié hautement improbable. Et pas seulement parce qu’elle a véritablement existé, mais parce que les deux personnages sont chacun à leur manière très humain et que, du coup, tout devient possible. Ajouter à cela deux acteurs excellents, un contexte malheureusement toujours d’actualité, des dialogues de très haute volée à la fois drôles et graves, des situations qui se renouvellent à chaque étape évitant tout ennui au spectateur, juste ce qu’il faut d’émotion et vous avez devant les yeux un film parfaitement réussi à voir de préférence en version originale pour le remarquable travail de prononciation des acteurs.

3 étoiles. « Avengers : Endgame ».  A la fin de « Avengers : Infinity War », le terrifiant Thanos avait anéanti la moitié de l’univers et donc 50% des Avengers. Celles et ceux qui ont survécu cherchent alors une solution pour voyager dans le temps et tenter d’annuler le claquement de doigt de Thanos, qui a conduit à la disparition de la moitié de l’humanité. Le film comporte trois parties et un épilogue. La première se concentre sur le deuil des Avengers qui ont survécu et qui tentent de réagir. Elle est un peu longue, mais parfois touchante et drôle. La deuxième partie est consacrée au voyage dans le temps. Cette remontée dans le passé permet des rencontres inattendues plutôt réussies et tient la route du point de vue du scénario malgré la multiplication des lieux où se déroule l’action. Le rythme est soutenu. Quant à la troisième partie, elle fait feu de tout bois avec un déluge d’excellents effets spéciaux et de superhéros et d’omniprésentes superhéroïnes. Hélas, le combat, s’éternise à force de vouloir en mettre plein la figure au spectateur et sa conclusion est tirée par les cheveux. Mais reconnaissons toutefois que l’issue de la bataille n’est pas forcément celle qu’on attendait. Un dernier épisode en forme de « best of » qui n’est pas sans défaut, mais qui se laisse voir avec un certain plaisir.

3 étoiles. « Le Mystère Henri Pick ». Tiré du livre éponyme de David Foenkinos, « Le Mystère Henri Pick » est une comédie policière dont l’intrigue, son déroulement et son atmosphère font inévitablement penser aux romans d’Agatha Christie et à son héros masculin, Hercule Poirot. Jean-Michel Rouche est un critique littéraire reconnu qui anime une émission télévisuelle consacrée à la littérature. Un jour, il reçoit sur son plateau la veuve d’un auteur totalement inconnu. Le manuscrit de son mari a été découvert par hasard par une jeune éditrice dans une étrange bibliothèque en Bretagne. Publié, il connaît un énorme succès. Mais Jean-Michel Rouche ne croit pas une seule seconde qu’un pizzaïolo breton a pu écrire ce roman. Il décide alors de mener son enquête pour prouver qu’il a raison. A mi-chemin entre la comédie et le film policier, « Le Mystère Henri Pick » permet de passer un bon moment. Porté par Fabrice Luchini et Camille Cottin qui évoluent tous les deux dans le registre d’une sobriété bienvenue, le film est divertissant et les rebondissements, bien que légers, permettent de garder le spectateur en éveil du début à la fin, même si le tout manque un peu de folie.

3 étoiles. « Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? ». Après le triomphe du premier opus, il était fort tentant de remettre le couvert, puisque tout le monde était partant. Et c’est un premier plaisir de retrouver la troupe en entier avec à sa tête le très drôle couple Verneuil formé par Christian Clavier et Chantal Lauby. Après un début un peu poussif, où l’on sent trop bien la volonté des scénaristes de raccrocher le second wagon au premier en plantant à nouveau ce décor qui met en avant, notamment, les pires clichés sur les Juifs, les Noirs, les Asiatiques, les Arabes ou encore les Français, le film prend véritablement son envol au moment où le couple Verneuil se rend compte que tous ses enfants pourraient bien partir vivre à l’étranger. Il met alors en place de nombreux stratagèmes pour déjouer leurs plans et on rit souvent de bon cœur tant les ficelles sont grosses. A ce propos, que celles et ceux qui s’attendent à de la finesse passent leur chemin, même si le film sous couvert de blagues parfois un peu trop téléphonées est un miroir des jugements qui sont facilement portés sur l’autre avec dans cette suite l’apparition d’un requérant d’asile, avec une scène à hurler de rire, et du mariage pour tous. Au final, sans être aussi réussi que l’original, l’effet de surprise n’est plus là, cette copie est honorable et permet de se divertir si on n’est pas trop exigeant.

2 étoiles. « La lutte des classes » s’annonçait comme un film à haut potentiel comique. Et tel est bien le cas dans une première partie plutôt réussie où l’on rit de bon cœur aux (més)aventures de Sofia et Paul qui décident de s’installer dans une petite maison de la banlieue parisienne qui a toujours fait rêver Sofia quand elle habitait enfant dans ce quartier à la population essentiellement émigrée. Devenue avocate, elle a épousé un batteur punk-rock qui a une certaine tendance à se laisser vivre et à ne rien aimer. Leur fils Corentin fréquente l'école publique du quartier. Mais quand ses copains partent les uns après les autres dans le privé et que Corentin semble en souffrir, les certitudes de ses parents sur les bienfaits de l’école publique vacillent. Et le film avec. En effet, les scènes cocasses du début laissent petit à petit la place à une comédie sociale qui tourne en rond et oscille entre bons sentiments et critique d’une société qui aurait tout à gagner à vivre ensemble, à l’image d’une fin qui atteint des sommets de ridicule. Décevant.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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