« Les Crevettes pailletées » : pour le pire et le meilleur (et 6 films à l’affiche)

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IMG_6369.jpgInspiré de la véritable équipe de water-polo gay dont est membre le co-réalisateur Cédric Le Gallo, le film a pour ambition, selon ses deux metteurs en scène, de défendre les valeurs de liberté, de droit à la différence et à l’outrance et de faire triompher la légèreté sur la gravité de la vie. Pas étonnant par conséquent que « Les Crevettes pailletées » partent dans tous les sens, pour le pire et le meilleur.

Commençons par le pire. Les clichés sur les gays sont légions, mais aussi sur les lesbiennes : le match entre « Les Crevettes pailletées » et « Les Déménageuses » est de mauvais goût. Certains gags sont exploités jusqu’à ne plus avoir envie de rire du tout, à l’image de celui du tatouage de l’anus qui finit par être vulgaire ou encore de l’interminable scène de débauche à la piscine. Quant au niveau des acteurs, il est loin d’être homogène. L’impression qu’ils sont en roue libre et donc pas ou peu dirigés par les réalisateurs domine. Enfin, le scénario, à l’exception de la fin, est cousu de fil blanc et fait beaucoup référence à « Priscilla, folle du désert » ou encore au « Grand Bain ».

Passons à présent au meilleur. « Les Crevettes pailletées » est une comédie et, à ce titre, des personnages poussés jusqu’à la caricature, ça n’a rien de surprenant et ça peut faire rire. Et tel est bien le cas, surtout dans la première partie, mais avec les réserves émises plus haut sur l’accumulation exagérée des clichés. Mais, heureusement, plus le film avance et plus le côté attachant et touchant des personnages et leur droit à la différence est mis en avant. On sourit alors plus qu’on rit et on est même ému dans une scène finale inattendue qui trouve le bon équilibre pour mettre en avant les valeurs que les réalisateurs souhaitaient défendre.  

En conclusion, un film qui est constamment à la limite de la sortie de route, voilà qui est bien normal pour un road-movie, mais qui l’évite le plus souvent grâce à ses personnages certes trop caricaturaux, mais également attachants et touchants. (2.5 étoiles)

Toujours à l'affiche

5 étoiles. « Green Book ». Oscar 2019 du meilleur film, « Green Book » est un road movie inspiré d’une histoire vraie qui raconte la naissance en 1962 d’une amitié qui dura plus de 50 ans entre un videur italo-américain du Bronx et le Dr Don Shirley, pianiste noir de renommée mondiale. Engagé comme chauffeur pour une tournée de concerts de deux mois dans ce sud des Etats-Unis où la ségrégation raciale est une triste réalité, Tony Vallelonga va au fur et à mesure que le temps passe être bien plus qu’un chauffeur pour le Dr Don Siegel et ce dernier bien plus qu’un simple patron. Le film repose, comme tant d’autres avant lui, sur deux personnalités que tout oppose et qui, pourtant, vont finir par s’apprécier. Rien donc de très original a priori. Sauf que dans « Green Book », et comme c’était le cas dans « Intouchables », on adhère rapidement à cette histoire d’amitié hautement improbable. Et pas seulement parce qu’elle a véritablement existé, mais parce que les deux personnages sont chacun à leur manière très humain et que, du coup, tout devient possible. Ajouter à cela deux acteurs excellents, un contexte malheureusement toujours d’actualité, des dialogues de très haute volée à la fois drôles et graves, des situations qui se renouvellent à chaque étape évitant tout ennui au spectateur, juste ce qu’il faut d’émotion et vous avez devant les yeux un film parfaitement réussi à voir de préférence en version originale pour le remarquable travail de prononciation des acteurs.

3 étoiles. « Nous finirons ensemble ». Déprimé, Max tente de se ressourcer dans sa maison au bord de mer avec sa nouvelle compagne. Sa bande d’amis, qu’il n’a pas vu depuis plus de trois ans, débarque pour lui faire une surprise à l’occasion de son soixantième anniversaire. Et le moins que l’on puisse écrire est que l’accueil est glacial. Le ton est plus grave dans cette suite. Guillaume Canet a voulu que « Nous finirons ensemble » soit plus cynique. Le réalisateur fait un état des lieux plutôt morose, une partie des potes de la bande ayant perdu leurs illusions. Mais ce n’est pas pour autant que le film est déprimant. En effet, on rit souvent, mais un peu plus jaune, et on est touché par « ces personnages imparfaits, enfermés dans leur problème », selon la définition de Guillaume Canet, qui vont malgré tout essayer de surmonter tous ensemble les blessures du passé. En résumé, si on retrouve dans cette suite une bonne partie des ingrédients qui ont fait le succès des « Petits mouchoirs », ils sont plutôt intelligemment recyclés. Certes, tout n’est pas parfait, notamment l’apparition du personnage joué par José Garcia qui n’apporte pas grand-chose à l’histoire et une fin un peu trop facile, mais il n’en demeure pas moins que l’on passe un bon moment.

3 étoiles. « L’Adieu à la nuit ». André Téchiné met en scène Muriel et son petit-fils Alex qui vient passer quelques jours chez elle avant de partir vivre au Canada. Mais la grand-mère réalise assez rapidement qu’Alex lui ment et qu’il a un autre projet qui n’a rien à voir avec un départ à Montréal. Bouleversée par sa découverte, elle se met alors en tête de le sauver malgré lui. André Téchiné s’est inspiré du livre de David Thomson « Les Français jihadistes », recueil d’entretiens très bruts de jeunes Français partis en Syrie faire le jihad, pour donner vie aux personnages d’Alex, de Lila ou encore de Bilal. Il y a ajouté le regard d’une personne d’une autre génération pour mettre cette problématique, ô combien complexe, en perspective. Et c’est bien le regard que porte la grand-mère sur son petit-fils et ses agissements qui donne tout son intérêt au film dans une seconde partie passionnante. On n’en dira pas autant de la première qui manque de rythme et ne donne pas assez de profondeur au personnage d’Alex, ses motivations étant plus suggérées que développées, le spectateur devant se contenter des quelques indices qui lui sont donnés. Au final, « L’Adieu à la nuit » aborde avec sensibilité un sujet difficile et renvoie à chacun la question suivante : qu’aurais-je fait à sa place ?

3 étoiles. « Avengers : Endgame ».  A la fin de « Avengers : Infinity War », le terrifiant Thanos avait anéanti la moitié de l’univers et donc 50% des Avengers. Celles et ceux qui ont survécu cherchent alors une solution pour voyager dans le temps et tenter d’annuler le claquement de doigt de Thanos, qui a conduit à la disparition de la moitié de l’humanité. Le film comporte trois parties et un épilogue. La première se concentre sur le deuil des Avengers qui ont survécu et qui tentent de réagir. Elle est un peu longue, mais parfois touchante et drôle. La deuxième partie est consacrée au voyage dans le temps. Cette remontée dans le passé permet des rencontres inattendues plutôt réussies et tient la route du point de vue du scénario malgré la multiplication des lieux où se déroule l’action. Le rythme est soutenu. Quant à la troisième partie, elle fait feu de tout bois avec un déluge d’excellents effets spéciaux et de superhéros et d’omniprésentes superhéroïnes. Hélas, le combat, s’éternise à force de vouloir en mettre plein la figure au spectateur et sa conclusion est tirée par les cheveux. Mais reconnaissons toutefois que l’issue de la bataille n’est pas forcément celle qu’on attendait. Un dernier épisode en forme de « best of » qui n’est pas sans défaut, mais qui se laisse voir avec un certain plaisir.

3 étoiles. « Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? ». Après le triomphe du premier opus, il était fort tentant de remettre le couvert, puisque tout le monde était partant. Et c’est un premier plaisir de retrouver la troupe en entier avec à sa tête le très drôle couple Verneuil formé par Christian Clavier et Chantal Lauby. Après un début un peu poussif, où l’on sent trop bien la volonté des scénaristes de raccrocher le second wagon au premier en plantant à nouveau ce décor qui met en avant, notamment, les pires clichés sur les Juifs, les Noirs, les Asiatiques, les Arabes ou encore les Français, le film prend véritablement son envol au moment où le couple Verneuil se rend compte que tous ses enfants pourraient bien partir vivre à l’étranger. Il met alors en place de nombreux stratagèmes pour déjouer leurs plans et on rit souvent de bon cœur tant les ficelles sont grosses. A ce propos, que celles et ceux qui s’attendent à de la finesse passent leur chemin, même si le film sous couvert de blagues parfois un peu trop téléphonées est un miroir des jugements qui sont facilement portés sur l’autre avec dans cette suite l’apparition d’un requérant d’asile, avec une scène à hurler de rire, et du mariage pour tous. Au final, sans être aussi réussi que l’original, l’effet de surprise n’est plus là, cette copie est honorable et permet de se divertir si on n’est pas trop exigeant.

2 étoiles. « La lutte des classes » s’annonçait comme un film à haut potentiel comique. Et tel est bien le cas dans une première partie plutôt réussie où l’on rit de bon cœur aux (més)aventures de Sofia et Paul qui décident de s’installer dans une petite maison de la banlieue parisienne qui a toujours fait rêver Sofia quand elle habitait enfant dans ce quartier à la population essentiellement émigrée. Devenue avocate, elle a épousé un batteur punk-rock qui a une certaine tendance à se laisser vivre et à ne rien aimer. Leur fils Corentin fréquente l'école publique du quartier. Mais quand ses copains partent les uns après les autres dans le privé et que Corentin semble en souffrir, les certitudes de ses parents sur les bienfaits de l’école publique vacillent. Et le film avec. En effet, les scènes cocasses du début laissent petit à petit la place à une comédie sociale qui tourne en rond et oscille entre bons sentiments et critique d’une société qui aurait tout à gagner à vivre ensemble, à l’image d’une fin qui atteint des sommets de ridicule. Décevant.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

Lien permanent Catégories : Cinéma 6 commentaires

Commentaires

  • Connaissez-vous le récit littéraire d'une relation homo ?

    (Pas trop sex, y a tout sur internet-...)

    Meilleures salutations.,

  • Je ne vois pas très bien ce que vous voulez dire. Merci de préciser.

  • "Je ne vois pas très bien ce que vous voulez dire."

    De même, je ne comprends pas très bien que vous puissiez accepter un commentaire d'un tel pseudo: "ouiallenot" traduction bancale anglaise de "Why not!"

    Bonne fin d'après-midi!

  • Parce que « pas touche à », c’est mieux .-)?

  • Y a-t-il un blog où on pourrait avoir la paix, être à l'abri des récriminations, des délations et de la paranoïa de la commissaire politique la patoche?

  • « Parce que « pas touche à « ......

    Ben Didier Bonny? Une réponse pas très digne de vous!

    Patoucha est mon surnom depuis mon adolescence. Cela n’a rien à voir avec les sobriquets que nous servent ceux en mal de dédoublement. De ce fait, vous ne devez pas avoir du mal à très bien voir ce que je veux dire......

    Désolée d’avoir perturbé cette « séance « ..... et vous laisse avec le harceleur dont le commentaire serait plus à votre gôut!

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