« Venise n’est pas en Italie » : un voyage plutôt réussi (et 7 films à l’affiche)

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IMG_6649.jpgIvan Calbérac adapte à l’écran son propre roman du même nom sorti en 2015 qui avait auparavant donné lieu à une pièce de théâtre. Le titre du film est tiré d’une chanson de Serge Reggiani sur un couple qui n’a pas les moyens d’aller en vacances : « Venise n’est pas là où tu crois, Venise aujourd’hui c’est chez toi, c’est où tu vas, c’est où tu veux, c’est l’endroit où tu es heureux. » Le réalisateur déclare « aimer cette façon de signifier que le bonheur est en nous, et non à l’extérieur, on passe pourtant sa vie à le chercher. »

Dans la famille Chamodot, rien n’est impossible ! Emile, 14 ans, va une fois de plus s’en rendre compte quand ses parents décident de partir en famille avec leur caravane à Venise afin qu’Emile puisse assister au concert que sa camarade de classe Pauline, dont il est tombé amoureux, donnera là-bas. Mais voyager avec la famille Chamodot n’est pas de tout repos et arriver à rejoindre Venise n’est pas gagné d’avance.

« Venise n’est pas en Italie » prend son temps pour démarrer. La faute à un scénario qui insiste un peu trop sur le côté fantasque d’Annie et Bernard Chamodot avec des scènes qui se répètent, ce qui n’empêche toutefois pas de rire de bon cœur à quelques-unes d’entre elles, notamment quand Valérie Bonneton chante tellement faux « elle voulait qu’on l’appelle Venise » de Julien Clerc en passant l’aspirateur.

Et puis, le film prend une autre dimension à partir du moment où la famille Chamodot se retrouve sur la route. Si les occasions de rire sont toujours bien présentes, les relations interpersonnelles se complexifient et prennent le dessus sur la simple comédie, notamment grâce à des passagers qui font des apparitions plus ou moins longues et réussies durant le trajet. Les membres de la famille Chamodot deviennent alors beaucoup plus attachants et touchants. Ils emportent petit à petit l’adhésion bienveillante du spectateur jusqu’à la fin de leurs aventures.

La distribution joue également un rôle important vers ce glissement plus sensible et romantique du film dans sa seconde partie grâce à un Benoît Poelvoorde et une Valérie Bonneton qui n’en font heureusement pas trop et surtout au jeune comédien Hélie Thonnat, remarquable. « Venise n’est pas en Italie » est donc plus qu’une simple comédie et prendre la route avec ses personnages est synonyme d’un voyage plutôt réussi. (3 étoiles)

Toujours à l'affiche

4 étoiles « Rocketman ». Largement inspiré de la vie d’Elton John, le film brouille les frontières entre fiction et réalité et ne respecte pas l’ordre chronologique des chansons utilisant leurs paroles en fonction des événements qui s’y déroulent. Mais « Rocketman » ne part pas pour autant dans tous les sens. Il raconte l’histoire de l’ascension très rapide de Reginald Dwight, jeune pianiste prodige et timide devenu une superstar mondiale, mais également les épisodes plutôt tristes de son enfance, sa très belle amitié avec son parolier, sa difficulté à vivre son homosexualité, ses amours contrariées, l’addiction à la drogue et à l’alcool et bien évidemment son génie musical qui est intelligemment mis en avant dans le film avec des scènes où Elton John fait le show et d’autres beaucoup plus intimistes et émouvantes. Cette réussite est due à une mise en scène qui ne laisse rien au hasard et à un formidable Taron Egerton qui crève l’écran dans le rôle d’Elton John aussi bien quand il joue que quand il chante. Le comédien s’est entraîné au chant et au piano pendant cinq mois et le résultat est bluffant. Mis à part quelques petites longueurs dans la seconde partie lors de la descente aux enfers de la star, « Rocketman » est un film qui met le feu tout en laissant une large place à l’émotion.

3 étoiles. « Douleur et Gloire ». Film dont la fiction s’entremêle avec la réalité, l’appartement est une reproduction de celui d’Almodovar et Antonio Banderas était coiffé comme le réalisateur et portait ses vêtements, « Douleur et Gloire » s’inspire donc largement de la vie du cinéaste. La première partie du film est bavarde, égocentrique et met exagérément en avant le mal être du réalisateur Salvador Mallo (Antonio Banderas, excellent). Mais, heureusement, pour passer le cap de cette entrée en matière un peu pénible, il y a dès le début les lumineux flashbacks de l’enfance de Salvador avec une Penélope Cruz très convaincante. Et puis, au milieu du film surviennent l’une à la suite de l’autre deux longues scènes absolument bouleversantes et qui valent à elles toutes seules la peine d’aller voir « Douleur et Gloire ». La tendresse prend alors résolument le pas sur la déprime ambiante de la première partie du film et conduit, grâce notamment à un dernier flashback très réussi sur l’enfance de Salvador, à une belle fin. Au final, le dernier Almodovar est à l’image de son titre : douloureux en son début et de plus en plus glorieux au fur et à mesure que l’action avance.

3 étoiles. « Nous finirons ensemble ». Déprimé, Max tente de se ressourcer dans sa maison au bord de mer avec sa nouvelle compagne. Sa bande d’amis, qu’il n’a pas vu depuis plus de trois ans, débarque pour lui faire une surprise à l’occasion de son soixantième anniversaire. Et le moins que l’on puisse écrire est que l’accueil est glacial. Le ton est plus grave dans cette suite. Guillaume Canet a voulu que « Nous finirons ensemble » soit plus cynique. Le réalisateur fait un état des lieux plutôt morose, une partie des potes de la bande ayant perdu leurs illusions. Mais ce n’est pas pour autant que le film est déprimant. En effet, on rit souvent, mais un peu plus jaune, et on est touché par « ces personnages imparfaits, enfermés dans leur problème », selon la définition de Guillaume Canet, qui vont malgré tout essayer de surmonter tous ensemble les blessures du passé. En résumé, si on retrouve dans cette suite une bonne partie des ingrédients qui ont fait le succès des « Petits mouchoirs », ils sont plutôt intelligemment recyclés. Certes, tout n’est pas parfait, notamment l’apparition du personnage joué par José Garcia qui n’apporte pas grand-chose à l’histoire et une fin un peu trop facile, mais il n’en demeure pas moins que l’on passe un bon moment.

3 étoiles. « L’Adieu à la nuit ». André Téchiné met en scène Muriel et son petit-fils Alex qui vient passer quelques jours chez elle avant de partir vivre au Canada. Mais la grand-mère réalise assez rapidement qu’Alex lui ment et qu’il a un autre projet qui n’a rien à voir avec un départ à Montréal. Bouleversée par sa découverte, elle se met alors en tête de le sauver malgré lui. André Téchiné s’est inspiré du livre de David Thomson « Les Français jihadistes », recueil d’entretiens très bruts de jeunes Français partis en Syrie faire le jihad, pour donner vie aux personnages d’Alex, de Lila ou encore de Bilal. Il y a ajouté le regard d’une personne d’une autre génération pour mettre cette problématique, ô combien complexe, en perspective. Et c’est bien le regard que porte la grand-mère sur son petit-fils et ses agissements qui donne tout son intérêt au film dans une seconde partie passionnante. On n’en dira pas autant de la première qui manque de rythme et ne donne pas assez de profondeur au personnage d’Alex, ses motivations étant plus suggérées que développées, le spectateur devant se contenter des quelques indices qui lui sont donnés. Au final, « L’Adieu à la nuit » aborde avec sensibilité un sujet difficile et renvoie à chacun la question suivante : qu’aurais-je fait à sa place ?

3 étoiles. « Avengers : Endgame ».  A la fin de « Avengers : Infinity War », le terrifiant Thanos avait anéanti la moitié de l’univers et donc 50% des Avengers. Celles et ceux qui ont survécu cherchent alors une solution pour voyager dans le temps et tenter d’annuler le claquement de doigt de Thanos, qui a conduit à la disparition de la moitié de l’humanité. Le film comporte trois parties et un épilogue. La première se concentre sur le deuil des Avengers qui ont survécu et qui tentent de réagir. Elle est un peu longue, mais parfois touchante et drôle. La deuxième partie est consacrée au voyage dans le temps. Cette remontée dans le passé permet des rencontres inattendues plutôt réussies et tient la route du point de vue du scénario malgré la multiplication des lieux où se déroule l’action. Le rythme est soutenu. Quant à la troisième partie, elle fait feu de tout bois avec un déluge d’excellents effets spéciaux et de superhéros et d’omniprésentes superhéroïnes. Hélas, le combat, s’éternise à force de vouloir en mettre plein la figure au spectateur et sa conclusion est tirée par les cheveux. Mais reconnaissons toutefois que l’issue de la bataille n’est pas forcément celle qu’on attendait. Un dernier épisode en forme de « best of » qui n’est pas sans défaut, mais qui se laisse voir avec un certain plaisir.

2.5 étoiles. « Les Crevettes pailletées ». Le film a pour ambition, selon ses deux metteurs en scène, de défendre les valeurs de liberté, de droit à la différence et à l’outrance et de faire triompher la légèreté sur la gravité de la vie. Pas étonnant par conséquent que « Les Crevettes pailletées » partent dans tous les sens, pour le pire et le meilleur. Commençons par le pire. Les clichés sur les gays sont légions et certains gags sont exploités jusqu’à ne plus avoir envie de rire du tout. Quant au niveau des acteurs, il est loin d’être homogène. L’impression qu’ils sont en roue libre et donc pas ou peu dirigés par les réalisateurs domine. Enfin, le scénario, à l’exception de la fin, est cousu de fil blanc. Passons à présent au meilleur. « Les Crevettes pailletées » est une comédie et, à ce titre, des personnages poussés jusqu’à la caricature, ça n’a rien de surprenant et ça peut faire rire. Et tel est bien le cas, surtout dans la première partie, mais avec les réserves émises plus haut sur l’accumulation exagérée des clichés. Mais, heureusement, plus le film avance et plus le côté attachant et touchant des personnages et leur droit à la différence est mis en avant. En conclusion, un film qui est constamment à la limite de la sortie de route, mais qui l’évite le plus souvent grâce à ses personnages certes trop caricaturaux, mais également attachants et touchants.

2 étoiles. « Ni une ni deux ». Suite à une allergie consécutive à une opération de chirurgie esthétique, une comédienne célèbre fait appel à un sosie pour la remplacer sur son prochain tournage qui est censé relancer sa carrière sur le déclin. Mis à part leur physique identique, tout oppose ces deux femmes au caractère et à la trajectoire de vie très différente qui vont devoir se fréquenter et finalement découvrir la vérité sur leur passé. Le « suspense » sur cette vérité n’est pas le moteur du film puisque le spectateur est rapidement mis dans la confidence, au contraire de la comédienne qui ne veut pas voir ce qui saute aux yeux. C’est la manière dont cette vérité va être petit à petit mise à nu qui est au centre de « Ni une ni deux ». Et il faut bien reconnaître que malgré un scénario le plus souvent très prévisible, on se prend au jeu pour une seule et unique raison : l’excellente double performance d’actrice de Mathilde Seigner à la fois drôle, touchante, vulnérable, tendre et exécrable. Elle tient à elle toute seule sur ses épaules un film qui égratigne un univers cinématographique où la superficialité règne en maître. Et ce n’est pas le moindre des paradoxes que de constater que « Ni une ni deux » renforce cette image, car s’il n’est pas désagréable à voir, il n’est pas indispensable.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas désagréable, mais pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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