« Joker» : du cinéma avec un grand C (et 5 films à l'affiche)

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IMG_9087.jpgUn film de super-héros tiré d’une bande dessinée qui reçoit le Lion d’or à Venise, voilà qui peut surprendre. Après avoir vu « Joker », la surprise n’est plus de mise tant le film est exactement l’inverse de ce que Hollywood a pu produire en matière de films de super-héros : il est sombre, parfois violent, sans concession et même subversif. Il est tout sauf politiquement correct.

Arthur Fleck vit avec sa mère dans un immeuble délabré et gagne péniblement sa vie en faisant le clown pour des enfants malades ou des enseignes en mal de publicité, tout en rêvant de devenir un comédien célèbre. Suite à différents événements, ce fragile équilibre va être rompu et le côté sombre d’Arthur va alors éclater au grand jour, à l’image de la société mal en point dans laquelle il vit.

« Joker » est très éloigné du rêve américain que nous renvoie régulièrement Hollywood. Il met en scène avec brio la folie de son personnage principal en s’attaquant aux médias et aux élites et en fait, malgré lui, la figure emblématique d’un mouvement social qui se révolte contre une société à deux vitesses. Pour que ce film fonctionne, il fallait un acteur d’exception. Et c’est bien le cas avec la performance de Joaquin Phoenix (qui a perdu 25 kilos pour le rôle !) qui est hallucinante de noirceur, de folie, de tendresse, de désespoir, de violence à l’image d’un film qui fait honneur au cinéma avec un grand C. (5 étoiles)

Toujours à l'affiche

5 étoiles. « Ad Astra ». Roy McBride est astronaute. Il est recruté pour une mission très spéciale : se rendre aux limites du système solaire à la recherche de son père disparu depuis des décennies et pour résoudre par la même occasion un mystère qui menace la survie de la Terre et qui pourrait bien avoir un lien avec la disparition du paternel. Sous couvert d’un film d’aventure spatiale, le film ne manque d’ailleurs pas de rebondissements qui tiennent le spectateur en haleine malgré quelques petites baisses de régime, « Ad Astra » retrace avant tout la relation entre un fils et un père absent depuis si longtemps. Cette quête intérieure est superbement filmée, la qualité des images est incroyable, et la bande-son n’est pas en reste. Quant à Brad Pitt il est au sommet de son art, comme il l’avait déjà montré tout récemment dans « Once Upon a Time…in Hollywood ». Tout en retenu, souvent en « voix off », l’astronaute McBride nous fait partager sa douleur rentrée et ses émotions, malgré le scaphandre qu’il porte la plupart du temps, jusqu’à une fin dont la symbolique saute certes aux yeux, mais qui est magnifique. Du cinéma de première classe.

5 étoiles. « Parasite ». Palme d’or du Festival de Cannes, « Parasite » est un long-métrage coréen qui a beaucoup d’atouts : un scénario intelligent qui tient le rythme pratiquement du début à la fin avec un énorme coup de théâtre au milieu qui redistribue les cartes, une mise en scène au cordeau, une superbe photographie et une excellente distribution. Si on ajoute à toutes ces qualités, celle d’un film qui commence comme une comédie jubilatoire qui se dirige en cours de route vers le thriller pour finir par flirter avec le film d’horreur, on aura compris que « Parasite » est un film que les cinéphiles ne manqueront pas. « Parasite », c’est l’histoire de la famille Ki-taek dont tous les membres sont au chômage. Un jour, le fils se fait recommander par un camarade d’école pour donner des cours particuliers d’anglais à la fille aînée de la riche famille Park. Une fois dans la place, il réussit à faire engager sa sœur, début d’un engrenage qui va devenir de plus en plus incontrôlable. En résumé, un conte cruel sur le choc des classes réalisé avec très grande classe.

2 étoiles. « Alice et le maire ». Le maire de Lyon, Paul Théraneau, va mal. Il est en panne d’idée. Après trente ans de vie politique, il est totalement vidé. Pour tenter à remédier à ce problème, son équipe décide de lui adjoindre une jeune et brillante philosophe. Et le courant va très bien passer entre eux, ce qui ne sera pas sans conséquences pour leur entourage respectif. L’idée de départ est intéressante, quoique peu crédible. Mais le scénario tourne très vite en rond. Si on y ajoute que le film est extrêmement bavard, on finit par se désintéresser assez rapidement de cette réflexion, quelque peu caricaturale, sur la solitude et l’usure du pouvoir. Alors, certes, Fabrice Luchini, très sobre dans son jeu, ce qui est appréciable, et Anaïs Demoustier sont convaincants dans leur rôle, mais c’est nettement insuffisant pour sauver le film de l’ennui et du manque d’émotion qui s’en dégagent.

2 étoiles. « Once Upon A Time…in Hollywood ». L’histoire de Rick Dalton, star de la télévision des années 50 sur le déclin, et de sa fidèle doublure, est très bien reconstituée. Les décors, la lumière et la photographie sont superbes. On se croirait vraiment dans le Hollywood de la fin des années 60. Le film est bourré de références cinématographiques et télévisuelles à ces années-là, américaines évidemment, qui parleront aux quinquagénaires et plus, avec un plaisir certain. Du côté de la distribution, rien à redire non plus : Leonardo Di Caprio et Brad Pitt sont très bons, même si le premier est desservi par des scènes de « film dans le film » qui n’en finissent pas, surtout dans la première partie. Les moments les plus réussis du film mettent le plus souvent en scène Brad Pitt. C’est tout particulièrement le cas lorsqu’il est en contact avec les hippies, avec son chien ou encore lors des vingt dernières minutes qui s’apparentent à un film d’horreur. A ce propos, que dire de cette fin très réussie sur un plan cinématographique, mais qui ne respecte pas du tout la réalité de l’épisode tragique auquel elle fait référence et qui a marqué durablement les esprits ? Au final, un film formellement impeccable, mais très inégal dans le fond avec des scènes jubilatoires et d’autres où on s’ennuie ferme.

2 étoiles. « Le Roi Lion ». Le réalisme des images de cette nouvelle version apporte-t-il quelque chose par rapport au dessin animé? Après la scène d’ouverture, la réponse est incontestablement positive: les images de synthèse sont absolument magnifiques et l’émotion déjà présente. Mais plus dure sera la chute: dès les premiers dialogues, la magie cesse instantanément. Un lion tellement réaliste qui parle, ça ne le fait pas et bien évidemment les expressions du visage, si l’on ose dire, ne suivent pas non plus par rapport à l’animation. Trop de réalisme, tue le réalisme. Mais heureusement, la puissance de l’histoire est suffisamment forte pour petit à petit passer par-dessus ce gros obstacle. Et puis, la performance technique est bien là. Mais on l’aura compris, ce remake n’apporte pas grand-chose par rapport au dessin animé. Une fois de plus, l’original est supérieur à la copie.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas désagréable, mais pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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