« Madame » : captivant et émouvant

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E63C16AE-45F8-43E1-853B-DA222F402A6E.jpegMadame, c’est Caroline, la grand-mère du réalisateur Stéphane Riethauser. Ils engagent un dialogue cinématographique intergénérationnel très intime sur les thèmes du genre, de la sexualité et de la transmission de l’identité. Grâce à des images d’archives familiales de qualité tournées par Stéphane Riethauser lui-même, qui voulait à la base « simplement » garder des souvenirs de sa grand-mère avant son décès, et par son père qui aurait voulu être cinéaste, « Madame » est bien plus qu’un documentaire. C’est une véritable œuvre cinématographique.

Comment autrement expliquer le fait que le spectateur soit captivé dès la première minute et jusqu’à la dernière par cette histoire d’une grand-mère qui s’est battue toute sa vie durant contre le patriarcat et de son petit-fils qui s’est également battu pour s’accepter en tant qu’homosexuel dans un milieu tout aussi hostile que celui dans lequel sa grand-mère évoluait ?

Ces deux récits de vie aux croisements multiples sont remarquablement mis en scène grâce à un montage qui mérite toutes les louanges : il permet de tenir en haleine le public alors que les films et les photos de famille des autres lassent en principe très vite leur auditoire, comme le relevait Stéphane Riethauser à l’avant-première du film. Et s’il n’en est rien, c’est parce que le film parle à chacune et chacun d’entre nous d’une façon ou d’une autre et qu’il arrive à produire ce qui est la marque d’un grand film : de l’émotion. A ne pas manquer. (5 étoiles)

Toujours à l'affiche

5 étoiles. « Hors normes », c'est l'histoire de Bruno (Vincent Cassel absolument génial dans un rôle à contre-emploi) et de Malik (Reda Kateb impeccable, comme d'habitude) qui au sein de leurs deux associations respectives forment des jeunes issus de milieux défavorisés pour encadrer des enfants et adolescents qui souffrent d'un grave trouble et dont les institutions publiques ne savent pas que faire. La manière dont ces jeunes sont pris en charge sort des sentiers battus et va leur occasionner des difficultés avec l'administration. « Hors normes » est un film d'un grand réalisme rendu encore plus palpable par le fait qu'il a été tourné caméra à l'épaule, avec une scène introductive haletante qui donne le ton. Il est également d'une très forte intensité sur le plan émotionnel, difficile en effet de retenir par moment ses larmes. Ce ne sont pas des larmes de tristesse, ni de joie, quand bien même on rit aussi souvent dans le film, mais des larmes d'optimisme, de courage, d'empathie, de subtilité, en un mot d'humanité. A voir absolument.

5 étoiles. « Joker». Un film de super-héros tiré d’une bande dessinée qui reçoit le Lion d’or à Venise, voilà qui peut surprendre. Après avoir vu « Joker », la surprise n’est plus de mise tant le film est exactement l’inverse de ce que Hollywood a pu produire en matière de films de super-héros : il est sombre, parfois violent, sans concession et même subversif. Il est tout sauf politiquement correct. Arthur Fleck vit avec sa mère dans un immeuble délabré et gagne péniblement sa vie en faisant le clown pour des enfants malades ou des enseignes en mal de publicité, tout en rêvant de devenir un comédien célèbre. Suite à différents événements, ce fragile équilibre va être rompu et le côté sombre d’Arthur va alors éclater au grand jour, à l’image de la société mal en point dans laquelle il vit. « Joker » met en scène avec brio la folie de son personnage principal en s’attaquant aux médias et aux élites et en fait, malgré lui, la figure emblématique d’un mouvement social qui se révolte contre une société à deux vitesses. Pour que ce film fonctionne, il fallait un acteur d’exception. Et c’est bien le cas avec la performance de Joaquin Phoenix qui est hallucinante de noirceur, de folie, de tendresse, de désespoir, de violence, à l’image d’un film qui fait honneur au cinéma avec un grand C.

4 étoiles. « La Belle Epoque ».  Antoine est un entrepreneur d’un genre particulier : il offre la possibilité à chacun de ses clients de se replonger dans le passé. Pour y parvenir, il reconstitue avec son équipe des décors de cinéma dans lesquels ses clients vont pouvoir se projeter dans une époque qu’ils auraient voulu vivre ou revivre. C’est ce qui va arriver à Victor. Sexagénaire désabusé, au chômage et aux relations conflictuelles avec son épouse, il va être projeté dans les années 70 où il va revivre la première rencontre avec celle qui deviendra sa femme jouée par une comédienne qui ne va pas le laisser indifférent. « La Belle Epoque » mélange avec bonheur réalité et fiction. C’est le plus souvent ludique et par moment carrément jouissif. Si le film fonctionne très bien, malgré quelques scènes un peu répétitives, il le doit à son originalité, à son inventivité, à une réalisation fluide qui ne perd jamais le spectateur en route, à d’excellents dialogues et à la très grande qualité de ses interprètes. C’est ainsi que Daniel Auteuil est formidable. Le reste de la distribution est à la hauteur, à commencer par Fanny Ardent qui a toujours la grande classe et Pierre Arditi qui est génialement facétieux. Un film tendre, drôle et romanesque.

3 étoiles. « Ca : chapitre 2 ». Et ça recommence ! 27 ans plus tard, le Clown qui fait peur, mais pas seulement, aux enfants est de retour pour semer la terreur dans les rues de Derry. Désormais quadragénaires, les ados du Club des Ratés, fidèles à la promesse faite dans leur jeunesse, vont se retrouver pour combattre « Ca » lorsque de nouvelles disparitions d’enfants sont signalées. Les suites riment souvent avec déception, mais tel n’est pas le cas cette fois-ci. Alors, certes, il y a une surenchère pas toujours utile dans les effets spéciaux pour palier à l’effet de surprise qui, logiquement, n’est plus vraiment au rendez-vous. On ne voit cependant pas passer les presque trois heures du film grâce à de nombreux rebondissements, aux apparitions du Clown plutôt bien dosées et à des actrices et acteurs toutes et tous concernés par leur rôle. Au final, si « Ca » ne fait plus vraiment peur dans cette seconde partie, sa présence continue d’assurer le spectacle : exactement ce qui est demandé à ce genre de film.  

2 étoiles. « Alice et le maire ». Le maire de Lyon, Paul Théraneau, va mal. Il est en panne d’idée. Après trente ans de vie politique, il est totalement vidé. Pour tenter à remédier à ce problème, son équipe décide de lui adjoindre une jeune et brillante philosophe. Et le courant va très bien passer entre eux, ce qui ne sera pas sans conséquences pour leur entourage respectif. L’idée de départ est intéressante, quoique peu crédible. Mais le scénario tourne très vite en rond. Si on y ajoute que le film est extrêmement bavard, on finit par se désintéresser assez rapidement de cette réflexion, quelque peu caricaturale, sur la solitude et l’usure du pouvoir. Alors, certes, Fabrice Luchini, très sobre dans son jeu, ce qui est appréciable, et Anaïs Demoustier sont convaincants dans leur rôle, mais c’est nettement insuffisant pour sauver le film de l’ennui et du manque d’émotion qui s’en dégagent.

2 étoiles. « Once Upon A Time…in Hollywood ». L’histoire de Rick Dalton, star de la télévision des années 50 sur le déclin, et de sa fidèle doublure, est très bien reconstituée. Les décors, la lumière et la photographie sont superbes. On se croirait vraiment dans le Hollywood de la fin des années 60. Le film est bourré de références cinématographiques et télévisuelles à ces années-là, américaines évidemment, qui parleront aux quinquagénaires et plus, avec un plaisir certain. Du côté de la distribution, rien à redire non plus : Leonardo Di Caprio et Brad Pitt sont très bons, même si le premier est desservi par des scènes de « film dans le film » qui n’en finissent pas, surtout dans la première partie. Les moments les plus réussis du film mettent le plus souvent en scène Brad Pitt. C’est tout particulièrement le cas lorsqu’il est en contact avec les hippies, avec son chien ou encore lors des vingt dernières minutes qui s’apparentent à un film d’horreur. A ce propos, que dire de cette fin très réussie sur un plan cinématographique, mais qui ne respecte pas du tout la réalité de l’épisode tragique auquel elle fait référence et qui a marqué durablement les esprits ? Au final, un film formellement impeccable, mais très inégal dans le fond avec des scènes jubilatoires et d’autres où on s’ennuie ferme.

2 étoiles. « Le Roi Lion ». Le réalisme des images de cette nouvelle version apporte-t-il quelque chose par rapport au dessin animé? Après la scène d’ouverture, la réponse est incontestablement positive: les images de synthèse sont absolument magnifiques et l’émotion déjà présente. Mais plus dure sera la chute: dès les premiers dialogues, la magie cesse instantanément. Un lion tellement réaliste qui parle, ça ne le fait pas et bien évidemment les expressions du visage, si l’on ose dire, ne suivent pas non plus par rapport à l’animation. Trop de réalisme, tue le réalisme. Mais heureusement, la puissance de l’histoire est suffisamment forte pour petit à petit passer par-dessus ce gros obstacle. Et puis, la performance technique est bien là. Mais on l’aura compris, ce remake n’apporte pas grand-chose par rapport au dessin animé. Une fois de plus, l’original est supérieur à la copie.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas désagréable, mais pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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