« Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part » : inabouti (et 12 films à l'affiche)

Imprimer

IMG_9930.jpgAdapté d’un recueil comprenant douze nouvelles écrites par Anna Gavalda, son premier livre vendu à plus de deux millions d’exemplaires, « Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part » raconte l’histoire d’une famille dont le pilier est Jean-Pierre. C’est l’aîné qui a pris le rôle de chef de famille après la mort de son père. Il est entouré par sa mère de 70 ans, ses deux sœurs, Juliette enceinte de son premier enfant à 40 ans et la petite dernière, photographe rebelle, et enfin de son frère Mathieu, 30 ans et qui n’ose pas séduire la femme dont il est amoureux. Ce petit monde va être très secoué après que Jean-Pierre ait décidé de sortir de son rôle.

C’est Jean-Paul Rouve qui joue Jean-Pierre. Il décrit ainsi son personnage : « Jean-Pierre est représentant chez un négociant en vins. Il a plutôt bien réussi et semble aimer son métier. Mais sous son « costume-cravate » et ses allures de bon père de famille, de mari, de frère et de fils attentionné, on sent quelque chose qui cloche chez lui, que sa vie ne l’épanouit pas, qu’il fait semblant. C’est cette fêlure qui m’a touché. »

Film choral par excellence, plusieurs histoires se croisent et se rejoignent, « Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part » répond en partie aux attentes : c’est très bien joué, avec une mention toute particulière à Jean-Paul Rouve et Benjamin Lavernhe excellents, il y a de belles scènes et un rebondissement au milieu du film qui évite de tomber dans l’ennui qui caractérise assez souvent ce genre de long-métrage, spécialité française. Il manque toutefois au film ce petit supplément d’âme qui aurait pu le rendre plus bouleversant, comme si les scénaristes n’avaient pas osé aller jusqu’au bout de leur sujet. Dommage. (2 étoiles)

Toujours à l'affiche

5 étoiles. « 1917 ». Pour résumer au mieux le film et les intentions de son réalisateur, Sam Mendes, rien de mieux que de lui laisser la parole : « Le film ne relate pas l’histoire de mon grand-père, mais s’attache plutôt à évoquer son esprit – ce que ces hommes ont subi, leurs sacrifices, et leur foi en quelque chose qui les dépassait. Nos deux protagonistes doivent participer à une mission périlleuse afin de livrer un message vital et de sauver ainsi 1600 soldats. Notre caméra ne les lâche jamais. Je voulais m’attacher à chacun de leur pas et sentir leur souffle. » Le moins que l’on puisse écrire est que, malgré quelques petites longueurs et invraisemblances au niveau du scénario, l’objectif de Sam Mendes est largement atteint. La manière dont « 1917 » est filmé est tout simplement époustouflante et même par moment étouffante, mais dans le bon sens du terme. Alors, bien sûr, le sujet du film n’est pas facile et pourrait retenir celles et ceux qui n’aiment pas les films de guerre. Ce serait toutefois dommage pour les amateurs de cinéma de passer à côté d’un aussi bon film pour cette raison.

5 étoiles. « Hors normes », c'est l'histoire de Bruno (Vincent Cassel absolument génial dans un rôle à contre-emploi) et de Malik (Reda Kateb impeccable, comme d'habitude) qui au sein de leurs deux associations respectives forment des jeunes issus de milieux défavorisés pour encadrer des enfants et adolescents qui souffrent d'un grave trouble et dont les institutions publiques ne savent pas que faire. La manière dont ces jeunes sont pris en charge sort des sentiers battus et va leur occasionner des difficultés avec l'administration. « Hors normes » est un film d'un grand réalisme rendu encore plus palpable par le fait qu'il a été tourné caméra à l'épaule, avec une scène introductive haletante qui donne le ton. Il est également d'une très forte intensité sur le plan émotionnel, difficile en effet de retenir par moment ses larmes. Ce ne sont pas des larmes de tristesse, ni de joie, quand bien même on rit aussi souvent dans le film, mais des larmes d'optimisme, de courage, d'empathie, de subtilité, en un mot d'humanité. A voir absolument.

5 étoiles. « Joker ». Un film de super-héros tiré d’une bande dessinée qui reçoit le Lion d’or à Venise, voilà qui peut surprendre. Après avoir vu « Joker », la surprise n’est plus de mise tant le film est exactement l’inverse de ce que Hollywood a pu produire en matière de films de super-héros : il est sombre, parfois violent, sans concession et même subversif. Il est tout sauf politiquement correct. Arthur Fleck vit avec sa mère dans un immeuble délabré et gagne péniblement sa vie en faisant le clown pour des enfants malades ou des enseignes en mal de publicité, tout en rêvant de devenir un comédien célèbre. Suite à différents événements, ce fragile équilibre va être rompu et le côté sombre d’Arthur va alors éclater au grand jour, à l’image de la société mal en point dans laquelle il vit. « Joker » met en scène avec brio la folie de son personnage principal en s’attaquant aux médias et aux élites et en fait, malgré lui, la figure emblématique d’un mouvement social qui se révolte contre une société à deux vitesses. Pour que ce film fonctionne, il fallait un acteur d’exception. Et c’est bien le cas avec la performance de Joaquin Phoenix qui est hallucinante de noirceur, de folie, de tendresse, de désespoir, de violence, à l’image d’un film qui fait honneur au cinéma avec un grand C.

4 étoiles. « A couteaux tirés ». Auteur de polars riche et célèbre, Harlan Thrombey est retrouvé mort dans sa magnifique propriété juste après avoir fêté ses 85 ans avec toute sa famille dont la plupart des membres avait un mobile pour le tuer, sans oublier l’infirmière personnelle de Harlan Thrombey à l’attitude étrange. Engagé par un commanditaire anonyme, le détective Benoit Blanc va alors mener son enquête qui va se révéler pleine de surprises. « Cluedo » sur grand écran, « A couteaux tirés » vaut tout particulièrement le détour pour ses personnages plus pittoresques les uns que les autres, les comédiens sont très crédibles dans des rôles à la limite de la caricature sans toutefois tomber dans le ridicule, et pour son scénario à la fois ludique et plein de rebondissements. On s’amuse à suivre l’enquête du détective Benoit Blanc tout en essayant de déjouer les fausses pistes vers lesquelles le scénario tente de nous emmener jusqu’à l’ultime coup de couteau jubilatoire. Une réussite dans le genre.

4 étoiles. « La Belle Epoque ».  Antoine est un entrepreneur d’un genre particulier : il offre la possibilité à chacun de ses clients de se replonger dans le passé. Pour y parvenir, il reconstitue avec son équipe des décors de cinéma dans lesquels ses clients vont pouvoir se projeter dans une époque qu’ils auraient voulu vivre ou revivre. C’est ce qui va arriver à Victor. Sexagénaire désabusé, au chômage et aux relations conflictuelles avec son épouse, il va être projeté dans les années 70 où il va revivre la première rencontre avec celle qui deviendra sa femme jouée par une comédienne qui ne va pas le laisser indifférent. « La Belle Epoque » mélange avec bonheur réalité et fiction. C’est le plus souvent ludique et par moment carrément jouissif. Si le film fonctionne très bien, malgré quelques scènes un peu répétitives, il le doit à son originalité, à son inventivité, à une réalisation fluide qui ne perd jamais le spectateur en route, à d’excellents dialogues et à la très grande qualité de ses interprètes. C’est ainsi que Daniel Auteuil est formidable. Le reste de la distribution est à la hauteur, à commencer par Fanny Ardent qui a toujours la grande classe et Pierre Arditi qui est génialement facétieux. Un film tendre, drôle et romanesque.

3 étoiles. « Scandale ». Le film s’inspire de l’histoire vraie de deux femmes, Gretchen Carlson et Megyn Kelly, respectivement anciennes co-animatrice et correspondante vedette de la chaîne de télévision américaine Fox News. La première, après avoir été congédiée en 2016, a attaqué en justice Roger Ailes, le fondateur de Fox News, pour harcèlement sexuel. Son témoignage va être à l’origine du scandale que raconte le film. Réalisé comme un vrai faux reportage, cette approche, certes extrêmement dynamique et qui restitue l’effervescence d’une chaine d’infos en continue, donne toutefois le tournis dans la première partie du film. Il faut s’accrocher pour ne pas perdre le fil. Mais une fois cette première étape passée, « Scandale » laisse alors toute la place à ses trois excellentes actrices principales et la tension monte inexorablement au fur et à mesure que le voile se découvre sur les agissements à vomir de Roger Ailes. C’est efficace, percutant et moqueur envers Roger Ailes et son entourage qui ne comprennent pas ce qui leur arrivent. Mais cela manque toutefois d’émotion, à l’image de ce monde télévisuel où tous les coups sont permis pour se faire une place au soleil.

3 étoiles. « Manhattan Lockdown ». Suite aux meurtres de plusieurs policiers dans des circonstances plutôt étranges aux environs de minuit, l'inspecteur Davis mène l'enquête au pas de charge puisqu'il a jusqu'à l'aube pour attraper les tueurs. Pour les piéger, il va complètement boucler l'île de Manhattan en fermant ses 21 ponts. Et il n'a pas intérêt à se louper, ses supérieurs l'attendant aux contours. L'inspecteur Davis a en effet la gâchette un peu trop facile à leur goût. « Manhattan Lockdown » est le film policier par excellence avec les ingrédients qui font son succès depuis des décennies : un héros charismatique un brin torturé (Chadwick Boseman alias Black Panther très convaincant), de l'action à revendre, des poursuites spectaculaires, des rebondissements, des flics suspects et bien sûr du suspense. La traque qui a presque lieu en temps réel et de nuit donne encore plus d'intensité au récit. Ce n'est donc ni très original, ni très crédible, mais on ne s'ennuie pas une seconde grâce à une réalisation certes classique, mais efficace. Les amateurs du genre y trouveront très probablement leur compte.

3 étoiles. « L'Art du mensonge ». Arnaqueur professionnel, Roy Courtney a ferré son prochain gros poisson sous les traits de la sémillante Betty McLeish, récemment devenue veuve et dont la fortune se monte à plusieurs millions de livres sterling. Son numéro de charme semble opérer dès la première rencontre et la cible facile à duper. Comme on peut facilement s’en douter à la lecture de ce synopsis, il ne va au bout du compte pas être si simple pour Roy Courtney de tromper Betty McLeish, mais pas pour les raisons que le spectateur imagine dans la première partie du film. Et c’est là tout l’intérêt du scénario qui nous emmène sur des voies inattendues et qui maintient le suspense jusque peu avant la fin. C’est certes par moment un peu tiré par les cheveux, mais ça passe tout de même grâce en grande partie à l’excellent duo Hellen Mirren – Ian Mckellen qui vaut à lui tout seul la peine de voir le film. Les regarder jouer au chat et à la souris est en effet un pur bonheur. Si la réalisation n’a rien de révolutionnaire, « L’Art du mensonge », et ce malgré un sujet finalement pas aussi léger qu’il en a l’air, est un film qui se laisse voir avec un plaisir certain.

3 étoiles. « Notre Dame ». Maud est une femme qui a de l’énergie à revendre. Architecte, mère de deux enfants, accueillant son ex qui vient squatter chez elle chaque fois qu’il se dispute avec sa copine, elle n’arrête pas de courir, mais sans savoir exactement après quoi. Et cela ne va pas s‘arranger le jour où, sur un malentendu, elle gagne le concours pour réaménager le parvis de Notre-Dame, apprend qu’elle est enceinte de son ex et retrouve un amour de jeunesse. A la lecture de ce synopsis, on aura compris que « Notre Dame » est une comédie. Mais pas seulement. C’est également un film où la fantaisie occupe une place importante. Certaines scènes sont complètement surréalistes et même carrément loufoques, sans jamais toutefois être ridicules. Elles n’empêchent pas le récit d’avancer à un bon rythme et de suivre avec un certain plaisir l’avancée du projet architectural de Maud qui va faire scandale. Les personnages secondaires sont hilarants dans leur décalage face à la réalité et on rit souvent de bon cœur, même si certaines situations comiques sont prévisibles, tout comme la fin.

3 étoiles. « Jumanji : Next level ». Après l’énorme succès en 2017 de « Jumanji : Bienvenue dans la jungle », on retrouve avec un plaisir certain l’équipe au complet qui retourne dans Jumanji pour secourir l’un des leurs. Mais une fois propulsée dans le jeu, elle va vite avoir des surprises, ce qui ne l’empêchera toutefois pas, pour pouvoir une nouvelle fois sortir indemne du jeu le plus dangereux du monde, d’affronter de nouvelles épreuves peuplées de personnages et de créatures inquiétants dans des décors peu accueillants. Le point fort de cette suite est toujours l’humour qui s’en dégage. Les dialogues font souvent mouche, les effets spéciaux sont également très réussis et l’action est rondement menée par des comédiens toujours aussi convaincants. Par contre, comme lors du film précédent, les scènes « émotions » sont toujours aussi risibles et ridicules. Elles atténuent l’impression générale que, cette fois encore et malgré la surprise en moins, « Jumanji : Next level » est un bon divertissement. Un point à améliorer, ou alors à pousser franchement vers la parodie, pour le prochain épisode, tant il est vrai qu’il serait fort étonnant qu’on n’ait pas droit à une troisième partie d’ici deux ans.

3 étoiles. « J’accuse ». Le parti pris narratif du réalisateur a été de donner le rôle principal au colonel Picquart qui est un antisémite par tradition plutôt que par conviction, comme on pouvait facilement l’être à cette époque. Pourtant, c’est lui qui, au gré des circonstances, va sauver le capitaine Dreyfus en se muant tout d’abord en détective, puis en dénonciateur en mettant en danger sa carrière et sa réputation au nom de la justice. Le film démarre très fort avec la scène magistrale de la dégradation du capitaine Dreyfus qui fait froid dans le dos. Mais après cette entrée en matière époustouflante, « J’accuse » ne trouve pas son rythme en raison d’un traitement trop scolaire, trop sage. Et l’ennui n’est pas loin. Mais, dans sa seconde partie, au moment où le colonel Picquart découvre que le capitaine Dreyfus a été condamné à tort pour trahison, le film s’accélère et devient bien plus passionnant. Très bien joué, Jean Dujardin est notamment excellent dans le rôle du colonel Picquart, soigneusement reconstitué, les décors et les costumes sont superbes, parfaitement mis en scène et en lumière, « J’accuse » est incontestablement un bon film. Il lui manque toutefois un peu de folie et de l’émotion pour en faire un tout grand film.

3 étoiles. « Les Misérables ». Stéphane effectue son premier jour de service au sein de la brigade Anti-Criminalité de Montfermeil dans la banlieue parisienne. Tout en faisant la connaissance de ses nouveaux co-équipiers, dont les manières d’agir ne manquent pas de le surprendre, Stéphane se rend très rapidement compte des tensions qui règnent au sein du quartier qui est une vraie poudrière. Et il va pourvoir le vérifier lorsque l’interpellation d’un adolescent tourne mal. Malgré une mise en scène brillante du début à la fin, « Les Misérables » est lent au démarrage, on est à la limite de l’ennui. Cette entrée en matière un peu pénible est renforcée par le fait qu’il est difficile d’avoir de l’empathie pour l’un ou l’autre des personnages. L’objectif du réalisateur de renvoyer dos à dos la police et les habitants du quartier est donc atteint, mais avec comme conséquence un manque évident d’émotions. Mais heureusement, le film prend une toute autre dimension au moment où le drame se joue. La tension et le suspense deviennent alors par moment insoutenables grâce à une mise en scène qui de brillante devient carrément grandiose. A ce titre, les amateurs d’un cinéma virtuose apprécieront à leur juste valeur les géniales trente dernières minutes qui méritent à elles toutes seules d’aller voir le film, malgré qu’il ne convainque pas totalement sur le fond.  

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas désagréable, mais pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

Lien permanent Catégories : Cinéma 0 commentaire

Les commentaires sont fermés.