« La Voie de la Justice » : plaidoyer contre la peine de mort (et 12 films à l'affiche)

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IMG_0118.jpgLe film est inspiré du livre autobiographique de l’avocat Bryan Stevenson qui retrace son combat pour défendre des personnes condamnées à mort. Il y raconte les affaires les plus passionnantes dont il s’est occupé, dont celle de Walter McMillan au centre du film.

Après ses études à la prestigieuse université de Harvard, Bryan Stevenson, qui a grandi dans une famille noire fort modeste, aurait pu se lancer dans une carrière lucrative. Il décide de n’en rien faire en se rendant en Alabama pour défendre des prisonniers condamnés à tort et/ou qui n’ont pas eu droit à une assistance juridique digne de ce nom. C’est ainsi qu’il est amené à se pencher sur le cas emblématique de Walter McMillan, condamné à mort en 1987 pour le meurtre d’une jeune fille de 18 ans alors que les preuves contre lui sont quasi inexistantes. Pendant plusieurs années, il va devoir affronter des manœuvres juridiques et politiques, dans un contexte où le racisme règne en maître, pour tenter de faire éclater la vérité.

Michael B. Jordan, excellent dans le rôle de Bryan Stevenson, résume fort bien le film : « On apprend à connaître Walter et à déceler l’humanité de cet homme innocent qui a été accusé à tort. On découvre également le courage et la passion de Bryan, ce qui permet de comprendre pourquoi il a voué sa vie à cette cause. » 

Malgré un sujet souvent traité et une réalisation très classique empreinte par moment d’une certaine lenteur, « La Voie de la Justice » arrive tout de même à captiver le spectateur. Il y parvient grâce à ses deux personnages principaux auxquels on s’attache rapidement, sans oublier les seconds rôles qui donnent également tout leur relief à cette histoire qui dénonce une justice qui criminalise trop facilement de manière arbitraire les hommes afro-américains. C’est également un plaidoyer contre la peine de mort. Un film émouvant et d’une grande humanité. (4 étoiles)

Toujours à l'affiche

5 étoiles. « 1917 ». Pour résumer au mieux le film et les intentions de son réalisateur, Sam Mendes, rien de mieux que de lui laisser la parole : « Le film ne relate pas l’histoire de mon grand-père, mais s’attache plutôt à évoquer son esprit – ce que ces hommes ont subi, leurs sacrifices, et leur foi en quelque chose qui les dépassait. Nos deux protagonistes doivent participer à une mission périlleuse afin de livrer un message vital et de sauver ainsi 1600 soldats. Notre caméra ne les lâche jamais. Je voulais m’attacher à chacun de leur pas et sentir leur souffle. » Le moins que l’on puisse écrire est que, malgré quelques petites longueurs et invraisemblances au niveau du scénario, l’objectif de Sam Mendes est largement atteint. La manière dont « 1917 » est filmé est tout simplement époustouflante et même par moment étouffante, mais dans le bon sens du terme. Alors, bien sûr, le sujet du film n’est pas facile et pourrait retenir celles et ceux qui n’aiment pas les films de guerre. Ce serait toutefois dommage pour les amateurs de cinéma de passer à côté d’un aussi bon film pour cette raison.

5 étoiles. « Hors normes », c'est l'histoire de Bruno (Vincent Cassel absolument génial dans un rôle à contre-emploi) et de Malik (Reda Kateb impeccable, comme d'habitude) qui au sein de leurs deux associations respectives forment des jeunes issus de milieux défavorisés pour encadrer des enfants et adolescents qui souffrent d'un grave trouble et dont les institutions publiques ne savent pas que faire. La manière dont ces jeunes sont pris en charge sort des sentiers battus et va leur occasionner des difficultés avec l'administration. « Hors normes » est un film d'un grand réalisme rendu encore plus palpable par le fait qu'il a été tourné caméra à l'épaule, avec une scène introductive haletante qui donne le ton. Il est également d'une très forte intensité sur le plan émotionnel, difficile en effet de retenir par moment ses larmes. Ce ne sont pas des larmes de tristesse, ni de joie, quand bien même on rit aussi souvent dans le film, mais des larmes d'optimisme, de courage, d'empathie, de subtilité, en un mot d'humanité. A voir absolument.

5 étoiles. « Joker ». Un film de super-héros tiré d’une bande dessinée qui reçoit le Lion d’or à Venise, voilà qui peut surprendre. Après avoir vu « Joker », la surprise n’est plus de mise tant le film est exactement l’inverse de ce que Hollywood a pu produire en matière de films de super-héros : il est sombre, parfois violent, sans concession et même subversif. Il est tout sauf politiquement correct. Arthur Fleck vit avec sa mère dans un immeuble délabré et gagne péniblement sa vie en faisant le clown pour des enfants malades ou des enseignes en mal de publicité, tout en rêvant de devenir un comédien célèbre. Suite à différents événements, ce fragile équilibre va être rompu et le côté sombre d’Arthur va alors éclater au grand jour, à l’image de la société mal en point dans laquelle il vit. « Joker » met en scène avec brio la folie de son personnage principal en s’attaquant aux médias et aux élites et en fait, malgré lui, la figure emblématique d’un mouvement social qui se révolte contre une société à deux vitesses. Pour que ce film fonctionne, il fallait un acteur d’exception. Et c’est bien le cas avec la performance de Joaquin Phoenix qui est hallucinante de noirceur, de folie, de tendresse, de désespoir, de violence, à l’image d’un film qui fait honneur au cinéma avec un grand C.

5 étoiles. « Parasite ». Palme d’or du Festival de Cannes et Oscar du meilleur film, « Parasite » est un long-métrage coréen qui a beaucoup d’atouts : un scénario intelligent qui tient le rythme pratiquement du début à la fin avec un énorme coup de théâtre au milieu qui redistribue les cartes, une mise en scène au cordeau, une superbe photographie et une excellente distribution. Si on ajoute à toutes ces qualités, celle d’un film qui commence comme une comédie jubilatoire qui se dirige en cours de route vers le thriller pour finir par flirter avec le film d’horreur, on aura compris que « Parasite » est un film que les cinéphiles ne manqueront pas. « Parasite », c’est l’histoire de la famille Ki-taek dont tous les membres sont au chômage. Un jour, le fils se fait recommander par un camarade d’école pour donner des cours particuliers d’anglais à la fille aînée de la riche famille Park. Une fois dans la place, il réussit à faire engager sa sœur, début d’un engrenage qui va devenir de plus en plus incontrôlable. En résumé, un conte cruel sur le choc des classes réalisé avec très grande classe.

4 étoiles. « A couteaux tirés ». Auteur de polars riche et célèbre, Harlan Thrombey est retrouvé mort dans sa magnifique propriété juste après avoir fêté ses 85 ans avec toute sa famille dont la plupart des membres avait un mobile pour le tuer, sans oublier l’infirmière personnelle de Harlan Thrombey à l’attitude étrange. Engagé par un commanditaire anonyme, le détective Benoit Blanc va alors mener son enquête qui va se révéler pleine de surprises. « Cluedo » sur grand écran, « A couteaux tirés » vaut tout particulièrement le détour pour ses personnages plus pittoresques les uns que les autres, les comédiens sont très crédibles dans des rôles à la limite de la caricature sans toutefois tomber dans le ridicule, et pour son scénario à la fois ludique et plein de rebondissements. On s’amuse à suivre l’enquête du détective Benoit Blanc tout en essayant de déjouer les fausses pistes vers lesquelles le scénario tente de nous emmener jusqu’à l’ultime coup de couteau jubilatoire. Une réussite dans le genre.

4 étoiles. « La Belle Epoque ».  Antoine est un entrepreneur d’un genre particulier : il offre la possibilité à chacun de ses clients de se replonger dans le passé. Pour y parvenir, il reconstitue avec son équipe des décors de cinéma dans lesquels ses clients vont pouvoir se projeter dans une époque qu’ils auraient voulu vivre ou revivre. C’est ce qui va arriver à Victor. Sexagénaire désabusé, au chômage et aux relations conflictuelles avec son épouse, il va être projeté dans les années 70 où il va revivre la première rencontre avec celle qui deviendra sa femme jouée par une comédienne qui ne va pas le laisser indifférent. « La Belle Epoque » mélange avec bonheur réalité et fiction. C’est le plus souvent ludique et par moment carrément jouissif. Si le film fonctionne très bien, malgré quelques scènes un peu répétitives, il le doit à son originalité, à son inventivité, à une réalisation fluide qui ne perd jamais le spectateur en route, à d’excellents dialogues et à la très grande qualité de ses interprètes. C’est ainsi que Daniel Auteuil est formidable. Le reste de la distribution est à la hauteur, à commencer par Fanny Ardent qui a toujours la grande classe et Pierre Arditi qui est génialement facétieux. Un film tendre, drôle et romanesque.

3 étoiles. « Scandale ». Le film s’inspire de l’histoire vraie de deux femmes, Gretchen Carlson et Megyn Kelly, respectivement anciennes co-animatrice et correspondante vedette de la chaîne de télévision américaine Fox News. La première, après avoir été congédiée en 2016, a attaqué en justice Roger Ailes, le fondateur de Fox News, pour harcèlement sexuel. Son témoignage va être à l’origine du scandale que raconte le film. Réalisé comme un vrai faux reportage, cette approche, certes extrêmement dynamique et qui restitue l’effervescence d’une chaine d’infos en continue, donne toutefois le tournis dans la première partie du film. Il faut s’accrocher pour ne pas perdre le fil. Mais une fois cette première étape passée, « Scandale » laisse alors toute la place à ses trois excellentes actrices principales et la tension monte inexorablement au fur et à mesure que le voile se découvre sur les agissements à vomir de Roger Ailes. C’est efficace, percutant et moqueur envers Roger Ailes et son entourage qui ne comprennent pas ce qui leur arrivent. Mais cela manque toutefois d’émotion, à l’image de ce monde télévisuel où tous les coups sont permis pour se faire une place au soleil.

3 étoiles. « Jumanji : Next level ». Après l’énorme succès en 2017 de « Jumanji : Bienvenue dans la jungle », on retrouve avec un plaisir certain l’équipe au complet qui retourne dans Jumanji pour secourir l’un des leurs. Mais une fois propulsée dans le jeu, elle va vite avoir des surprises, ce qui ne l’empêchera toutefois pas, pour pouvoir une nouvelle fois sortir indemne du jeu le plus dangereux du monde, d’affronter de nouvelles épreuves peuplées de personnages et de créatures inquiétants dans des décors peu accueillants. Le point fort de cette suite est toujours l’humour qui s’en dégage. Les dialogues font souvent mouche, les effets spéciaux sont également très réussis et l’action est rondement menée par des comédiens toujours aussi convaincants. Par contre, comme lors du film précédent, les scènes « émotions » sont toujours aussi risibles et ridicules. Elles atténuent l’impression générale que, cette fois encore et malgré la surprise en moins, « Jumanji : Next level » est un bon divertissement. Un point à améliorer, ou alors à pousser franchement vers la parodie, pour le prochain épisode, tant il est vrai qu’il serait fort étonnant qu’on n’ait pas droit à une troisième partie d’ici deux ans.

3 étoiles. « J’accuse ». Le parti pris narratif du réalisateur a été de donner le rôle principal au colonel Picquart qui est un antisémite par tradition plutôt que par conviction, comme on pouvait facilement l’être à cette époque. Pourtant, c’est lui qui, au gré des circonstances, va sauver le capitaine Dreyfus en se muant tout d’abord en détective, puis en dénonciateur en mettant en danger sa carrière et sa réputation au nom de la justice. Le film démarre très fort avec la scène magistrale de la dégradation du capitaine Dreyfus qui fait froid dans le dos. Mais après cette entrée en matière époustouflante, « J’accuse » ne trouve pas son rythme en raison d’un traitement trop scolaire, trop sage. Et l’ennui n’est pas loin. Mais, dans sa seconde partie, au moment où le colonel Picquart découvre que le capitaine Dreyfus a été condamné à tort pour trahison, le film s’accélère et devient bien plus passionnant. Très bien joué, Jean Dujardin est notamment excellent dans le rôle du colonel Picquart, soigneusement reconstitué, les décors et les costumes sont superbes, parfaitement mis en scène et en lumière, « J’accuse » est incontestablement un bon film. Il lui manque toutefois un peu de folie et de l’émotion pour en faire un tout grand film.

3 étoiles. « Les Misérables ». Stéphane effectue son premier jour de service au sein de la brigade Anti-Criminalité de Montfermeil dans la banlieue parisienne. Tout en faisant la connaissance de ses nouveaux co-équipiers, dont les manières d’agir ne manquent pas de le surprendre, Stéphane se rend très rapidement compte des tensions qui règnent au sein du quartier qui est une vraie poudrière. Et il va pourvoir le vérifier lorsque l’interpellation d’un adolescent tourne mal. Malgré une mise en scène brillante du début à la fin, « Les Misérables » est lent au démarrage, on est à la limite de l’ennui. Cette entrée en matière un peu pénible est renforcée par le fait qu’il est difficile d’avoir de l’empathie pour l’un ou l’autre des personnages. L’objectif du réalisateur de renvoyer dos à dos la police et les habitants du quartier est donc atteint, mais avec comme conséquence un manque évident d’émotions. Mais heureusement, le film prend une toute autre dimension au moment où le drame se joue. La tension et le suspense deviennent alors par moment insoutenables grâce à une mise en scène qui de brillante devient carrément grandiose. A ce titre, les amateurs d’un cinéma virtuose apprécieront à leur juste valeur les géniales trente dernières minutes qui méritent à elles toutes seules d’aller voir le film, malgré qu’il ne convainque pas totalement sur le fond.  

2 étoiles. « Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part » raconte l’histoire d’une famille dont le pilier est Jean-Pierre. C’est l’aîné qui a pris le rôle de chef de famille après la mort de son père. Il est entouré par sa mère de 70 ans, ses deux sœurs, Juliette enceinte de son premier enfant à 40 ans et la petite dernière, photographe rebelle, et enfin de son frère Mathieu, 30 ans et qui n’ose pas séduire la femme dont il est amoureux. Ce petit monde va être très secoué après que Jean-Pierre ait décidé de sortir de son rôle. Film choral par excellence, plusieurs histoires se croisent et se rejoignent, « Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part » répond en partie aux attentes : c’est très bien joué, il y a de belles scènes et un rebondissement au milieu du film qui évite de tomber dans l’ennui qui caractérise assez souvent ce genre de long-métrage, spécialité française. Il manque toutefois au film ce petit supplément d’âme qui aurait pu le rendre plus bouleversant, comme si les scénaristes n’avaient pas osé aller jusqu’au bout de leur sujet. Dommage.

1 étoile. « Les Traducteurs ». Neuf traducteurs se voient confinés dans un luxueux bunker afin de traduire le troisième tome d’une saga à succès. Mais malgré toutes les précautions prises, les dix premières pages du livre sont dévoilées sur internet et l’éditeur doit faire un choix : il paie 5 millions d’euros dans les prochaines heures, le piratage cesse, il ne paie pas et 100 nouvelles pages seront mises en ligne. Refusant de céder au chantage, l’éditeur met alors la pression sur les neuf traducteurs pour trouver qui est le ou la coupable quitte à utiliser la manière forte. Débutant comme un roman d’Aghata Christie, « Les Traducteurs » se transforme en film d’arnaque pour se finir en film de vengeance. Ce mélange des genres est la grande faiblesse du film qui souffre d’un scénario complètement invraisemblable. Et pour tout dire, plus le film progresse, plus c’est du grand n’importe quoi, à l’image du personnage joué par Lambert Wilson qui part en vrille. Les rebondissements s’enchainent les uns après les autres jusqu’à vider complètement de son sens l’intrigue de départ pourtant intéressante sur le papier. Raté.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas désagréable, mais pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

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