« Baghdad in My Shadow » : l'ombre du passé (et 9 films à l'affiche)

Imprimer

67C39718-F747-43AA-BFB2-DA8520E55E7A.jpegRéalisé par le Zurichois d'origine irakienne Samir, « Baghdad in My Shadow » a été présenté pour la première fois au festival de Locarno l'année dernière. Le film raconte l'histoire de trois exilés irakiens à Londres et montre comment le passé politique, idéologique et culturel est attaché comme une ombre, d'où le titre du film, à leur vie. Samir touche à trois tabous fondamentaux de la société arabe: l'athéisme, la libération de la femme et l'homosexualité. Tous les personnages de « Baghdad in My Shadow » sont inspirés de personnes réelles.

Au café Abu Nawas, à Londres, lieu de rendez-vous prisé par les Iraquiens en exil, se côtoient Amal, une architecte irakienne qui a dû fuir son ex-mari, le poète Taufiq, qui s'occupe de son neveu Nasser qui succombe chaque jour un peu plus à l'influence d'un prédicateur islamiste, et Muhanad qui a fui Baghdad pour échapper aux menaces dont il était l'objet en raison de son orientation sexuelle. Cette petite communauté se retrouve menacée quand l'ex-mari d'Amal arrive à Londres et que la radicalisation de Naseer devient inquiétante.

 « Baghdad in My Shadow » est un drame qui s'apparente à un thriller. On découvre au fur et à mesure que l'intrigue avance les différentes pièces du puzzle au cours de l'interrogatoire auquel est soumis Taufiq. Selon la police, il en sait en effet bien plus qu'il ne veut bien le dire sur le meurtre de l'attaché culturel irakien. Cette interrogatoire, qui est le fil rouge du film, est très régulièrement entrecoupé par des flashbacks. Si ces derniers contribuent indéniablement à entretenir le suspense, leur trop grand nombre se fait parfois au détriment de la fluidité du récit, au même titre d'ailleurs que le recours trop fréquent au ralenti, ce qui empêche l'émotion d'être vraiment au rendez-vous. Dommage, car les thèmes abordés, même si le trait paraît tout de même par moment un peu forcé, ne laissent évidemment pas indifférents. (2 étoiles)

Toujours à l'affiche

5 étoiles. « La Communion ». Daniel, 20 ans, est enfermé dans un centre de détention pour des jeunes délinquants. Il se découvre une vocation spirituelle, mais il lui est impossible d'accéder aux études de séminariste en raison de son passé sulfureux. Libéré sur parole, il est envoyé dans une petite ville au fin fond de la Pologne. Alors qu'il se recueille dans l'église de son nouveau lieu d'habitation, les circonstances vont l'amener à se faire passer pour un prêtre et reprendre au pied levé la tête d'une paroisse qui peine à faire son deuil suite à un tragique accident survenu quelques mois auparavant. A propos du personnage de Daniel, le réalisateur, Jan Komasa, explique que les villageois acceptent ses lacunes parce que « c'est un jeune avec un regard frais sur les choses. Daniel n'a pas passé des années dans un séminaire et n'a pas les filtres des institutions, il parle directement avec son cœur. » Cette fraicheur, on la ressent fort bien à l'écran grâce aux sermons de Daniel. Ils sont un superbe lien entre les différents événements qui se déroulent dans le village et tiennent en haleine le spectateur. Ces sermons font sourire, voire même rire, et sont émouvants, à l'image du film qui laisse une grande place aux émotions. Ils sont de plus remarquablement bien interprétés par un acteur, Bartosz Bielena, en état de grâce. A voir absolument.

5 étoiles. « 1917 ». Pour résumer au mieux le film et les intentions de son réalisateur, Sam Mendes, rien de mieux que de lui laisser la parole : « Le film ne relate pas l’histoire de mon grand-père, mais s’attache plutôt à évoquer son esprit – ce que ces hommes ont subi, leurs sacrifices, et leur foi en quelque chose qui les dépassait. Nos deux protagonistes doivent participer à une mission périlleuse afin de livrer un message vital et de sauver ainsi 1600 soldats. Notre caméra ne les lâche jamais. Je voulais m’attacher à chacun de leur pas et sentir leur souffle. » Le moins que l’on puisse écrire est que, malgré quelques petites longueurs et invraisemblances au niveau du scénario, l’objectif de Sam Mendes est largement atteint. La manière dont « 1917 » est filmé est tout simplement époustouflante et même par moment étouffante, mais dans le bon sens du terme. Alors, bien sûr, le sujet du film n’est pas facile et pourrait retenir celles et ceux qui n’aiment pas les films de guerre. Ce serait toutefois dommage pour les amateurs de cinéma de passer à côté d’un aussi bon film pour cette raison.

5 étoiles. « Parasite ». Palme d’or du Festival de Cannes et Oscar du meilleur film, « Parasite » est un long-métrage coréen qui a beaucoup d’atouts : un scénario intelligent qui tient le rythme pratiquement du début à la fin avec un énorme coup de théâtre au milieu qui redistribue les cartes, une mise en scène au cordeau, une superbe photographie et une excellente distribution. Si on ajoute à toutes ces qualités, celle d’un film qui commence comme une comédie jubilatoire qui se dirige en cours de route vers le thriller pour finir par flirter avec le film d’horreur, on aura compris que « Parasite » est un film que les cinéphiles ne manqueront pas. « Parasite », c’est l’histoire de la famille Ki-taek dont tous les membres sont au chômage. Un jour, le fils se fait recommander par un camarade d’école pour donner des cours particuliers d’anglais à la fille aînée de la riche famille Park. Une fois dans la place, il réussit à faire engager sa sœur, début d’un engrenage qui va devenir de plus en plus incontrôlable. En résumé, un conte cruel sur le choc des classes réalisé avec très grande classe.

4 étoiles. « La Belle Epoque ».  Antoine est un entrepreneur d’un genre particulier : il offre la possibilité à chacun de ses clients de se replonger dans le passé. Pour y parvenir, il reconstitue avec son équipe des décors de cinéma dans lesquels ses clients vont pouvoir se projeter dans une époque qu’ils auraient voulu vivre ou revivre. C’est ce qui va arriver à Victor. Sexagénaire désabusé, au chômage et aux relations conflictuelles avec son épouse, il va être projeté dans les années 70 où il va revivre la première rencontre avec celle qui deviendra sa femme jouée par une comédienne qui ne va pas le laisser indifférent. « La Belle Epoque » mélange avec bonheur réalité et fiction. C’est le plus souvent ludique et par moment carrément jouissif. Si le film fonctionne très bien, malgré quelques scènes un peu répétitives, il le doit à son originalité, à son inventivité, à une réalisation fluide qui ne perd jamais le spectateur en route, à d’excellents dialogues et à la très grande qualité de ses interprètes. C’est ainsi que Daniel Auteuil est formidable. Le reste de la distribution est à la hauteur, à commencer par Fanny Ardent qui a toujours la grande classe et Pierre Arditi qui est génialement facétieux. Un film tendre, drôle et romanesque.

3 étoles. « Richard Jewell ». Le film est inspiré d'une histoire vraie. Le 27 juillet 1996, pendant les Jeux Olympiques d'Atlanta, un vigile du nom de Richard Jewell découvre un sac suspect dans un parc où ont lieu des concerts. Il donne aussitôt l'alarme et fait évacuer les lieux sauvant ainsi de nombreuses vies. Héros d'un jour, il devient pourtant trois jours plus tard le principal suspect de l'attentat aux yeux du FBI. Les deux points forts du film sont incontestablement de s'attacher, d'une part, au point de vue de Richard Jewell et de son évolution au fur et à mesure que les accusations se précisent à son encontre et, d'autre part, au duo qu'il forme avec son avocat. La relation entre les deux hommes au cours du film est remarquablement mise en scène et interprétée par Paul Walter Hauser et Sam Rockwell. On peut d'ailleurs y ajouter Kathy Bates, excellente dans le rôle de la mère de Richard Jewell, elle aussi fortement ébranlée par la folie médiatique et la chasse aux sorcières dont est victime son fils. Toutefois, et malgré toutes ces qualités, on reste un peu sur sa faim, car le film n'arrive pas suffisamment à susciter de l'empathie et de l'émotion pour son héros. Mais on saura gré à Clint Eastwood d'avoir réalisé un film tout en nuances sur cet Amérique prompte à célébrer ses héros un jour et à les vouer aux gémonies le lendemain.

3 étoiles. « Scandale ». Le film s’inspire de l’histoire vraie de deux femmes, Gretchen Carlson et Megyn Kelly, respectivement anciennes co-animatrice et correspondante vedette de la chaîne de télévision américaine Fox News. La première, après avoir été congédiée en 2016, a attaqué en justice Roger Ailes, le fondateur de Fox News, pour harcèlement sexuel. Son témoignage va être à l’origine du scandale que raconte le film. Réalisé comme un vrai faux reportage, cette approche, certes extrêmement dynamique et qui restitue l’effervescence d’une chaine d’infos en continue, donne toutefois le tournis dans la première partie du film. Il faut s’accrocher pour ne pas perdre le fil. Mais une fois cette première étape passée, « Scandale » laisse alors toute la place à ses trois excellentes actrices principales et la tension monte inexorablement au fur et à mesure que le voile se découvre sur les agissements à vomir de Roger Ailes. C’est efficace, percutant et moqueur envers Roger Ailes et son entourage qui ne comprennent pas ce qui leur arrivent. Mais cela manque toutefois d’émotion, à l’image de ce monde télévisuel où tous les coups sont permis pour se faire une place au soleil.

3 étoiles. « J’accuse ». Le parti pris narratif du réalisateur a été de donner le rôle principal au colonel Picquart qui est un antisémite par tradition plutôt que par conviction, comme on pouvait facilement l’être à cette époque. Pourtant, c’est lui qui, au gré des circonstances, va sauver le capitaine Dreyfus en se muant tout d’abord en détective, puis en dénonciateur en mettant en danger sa carrière et sa réputation au nom de la justice. Le film démarre très fort avec la scène magistrale de la dégradation du capitaine Dreyfus qui fait froid dans le dos. Mais après cette entrée en matière époustouflante, « J’accuse » ne trouve pas son rythme en raison d’un traitement trop scolaire, trop sage. Et l’ennui n’est pas loin. Mais, dans sa seconde partie, au moment où le colonel Picquart découvre que le capitaine Dreyfus a été condamné à tort pour trahison, le film s’accélère et devient bien plus passionnant. Très bien joué, Jean Dujardin est notamment excellent dans le rôle du colonel Picquart, soigneusement reconstitué, les décors et les costumes sont superbes, parfaitement mis en scène et en lumière, « J’accuse » est incontestablement un bon film. Il lui manque toutefois un peu de folie et de l’émotion pour en faire un tout grand film.

3 étoiles. « Les Misérables ». Stéphane effectue son premier jour de service au sein de la brigade Anti-Criminalité de Montfermeil dans la banlieue parisienne. Tout en faisant la connaissance de ses nouveaux co-équipiers, dont les manières d’agir ne manquent pas de le surprendre, Stéphane se rend très rapidement compte des tensions qui règnent au sein du quartier qui est une vraie poudrière. Et il va pourvoir le vérifier lorsque l’interpellation d’un adolescent tourne mal. Malgré une mise en scène brillante du début à la fin, « Les Misérables » est lent au démarrage, on est à la limite de l’ennui. Cette entrée en matière un peu pénible est renforcée par le fait qu’il est difficile d’avoir de l’empathie pour l’un ou l’autre des personnages. L’objectif du réalisateur de renvoyer dos à dos la police et les habitants du quartier est donc atteint, mais avec comme conséquence un manque évident d’émotions. Mais heureusement, le film prend une toute autre dimension au moment où le drame se joue. La tension et le suspense deviennent alors par moment insoutenables grâce à une mise en scène qui de brillante devient carrément grandiose. A ce titre, les amateurs d’un cinéma virtuose apprécieront à leur juste valeur les géniales trente dernières minutes qui méritent à elles toutes seules d’aller voir le film, malgré qu’il ne convainque pas totalement sur le fond.  

1 étoile. « Les Traducteurs ».  Neuf traducteurs se voient confinés dans un luxueux bunker afin de traduire le troisième tome d’une saga à succès. Mais malgré toutes les précautions prises, les dix premières pages du livre sont dévoilées sur internet et l’éditeur doit faire un choix : il paie 5 millions d’euros dans les prochaines heures, le piratage cesse, il ne paie pas et 100 nouvelles pages seront mises en ligne. Refusant de céder au chantage, l’éditeur met alors la pression sur les neuf traducteurs pour trouver qui est le ou la coupable quitte à utiliser la manière forte. Débutant comme un roman d’Aghata Christie, « Les Traducteurs » se transforme en film d’arnaque pour se finir en film de vengeance. Ce mélange des genres est la grande faiblesse du film qui souffre d’un scénario complètement invraisemblable. Et pour tout dire, plus le film progresse, plus c’est du grand n’importe quoi, à l’image du personnage joué par Lambert Wilson qui part en vrille. Les rebondissements s’enchainent les uns après les autres jusqu’à vider complètement de son sens l’intrigue de départ pourtant intéressante sur le papier. Raté.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas désagréable, mais pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire

Lien permanent Catégories : Cinéma 0 commentaire

Les commentaires sont fermés.