12/05/2017

Mariage civil pour tous: hâte-toi (très) lentement

FullSizeRender.jpgMais quelle patience il faut avoir ! Alors qu’à la fin de l’été 2015, la commission des affaires juridiques du Conseil des Etats, emboîtant le pas à celle du Conseil national, était entrée en matière sur le mariage civil pour toutes et tous, on attendait avec impatience la suite qui est arrivée presque deux ans plus tard avec comme résultat une attente supplémentaire probable de…deux ans !

En effet, lors de ses travaux du jour, la commission des affaires juridiques du Conseil national a une nouvelle fois donné suite à l’initiative parlementaire des Verts libéraux qui demande que la Constitution soit modifiée de telle manière à ce que « les formes d’union régies par la loi soit ouvertes à tous les couples quels que soient leur sexe ou leur orientation sexuelle ».

Elle a même commencé à élaborer un projet de mise en œuvre de l’initiative en chargeant « l’administration d’examiner de manière approfondie les conséquences que pourraient avoir, pour les différents domaines juridiques, l’introduction d’un mariage civil pour tous. » Ce n’est qu’au terme de cet examen que la commission définira la suite de ses travaux.

Autant dire que cela va prendre encore des mois, à tel point d’ailleurs que la commission va proposer au Conseil national de repousser une fois encore de deux ans le délai pour traiter l’initiative ! Il est donc raisonnable de penser que la question du mariage civil pour toutes et tous ne sera pas soumise en votation avant 2019, voire 2020 alors que les plus optimistes imaginaient que tel serait le cas en 2017, voire 2018.

Alors, certes, on peut voir le verre à moitié plein en se réjouissant que la nouvelle composition du parlement n’ait pas remis en cause le mariage civil pour toutes et tous, mais on peut aussi le voir à moitié vide si l’on considère le temps qu’il faut pour que les choses avancent. Ne dit-on pas que la patience est la mère de toutes les vertus ?

 

08/05/2017

Lui laissera-t-on sa chance?

IMG_8647.JPGDeux tiers des Français, plus qu'attendu, qui ont exprimé leur vote l’ont donc fait en faveur d’Emmanuel Macron. Parmi eux, une partie l’a fait contre son adversaire du jour plutôt que par adhésion au projet défendu par le nouveau Président de la République française.

Mais il n’y a là rien de nouveau sous le ciel de la cinquième république puisqu’au premier tour les électeurs choisissent leur candidat et au second tour, si leur candidat n’est pas en finale, ils leur restent à s’abstenir, voter blanc, nul - trois options que les Français ont d'ailleurs largement utilisé - ou désigner celui qui est le plus proche d’eux ou le moins éloigné. Inutile donc de faire un faux procès à Emmanuel Macron en lui renvoyant sans cesse à la figure qu’il a été élu par défaut.

Comme il l’a très bien exprimé lors de la longue et très intéressante interview qu’il a accordée à Mediapart le 5 mai - que celles et ceux qui n’ont soi-disant jamais rien compris à ce qu’il raconte prennent le temps de la visionner sur internet - Emmanuel Macron doit deux choses aux électeurs dont il n’était pas le premier choix : « le respect du champ démocratique et républicain et une plus grande vitalité démocratique. »

Pour cela, il s’engage d’ici la fin de l’année à introduire la proportionnelle, à réduire le nombre de députés et à interdire les doubles mandats. Ces mesures sont fondamentales pour permettre une meilleure représentation de tous les courants politiques au parlement et que la voix de chacun puisse être entendue.

En effet, il n’est pas normal que le FN, et quoique l’on pense du parti de Marine Le Pen, ne soit représenté au législatif que par une poignée de députés alors que plus de 20% des électeurs ont soutenu son programme au premier tour.

Cette réforme est essentielle - Emmanuel Macron a dit qu’il était prêt à l’amener devant le peuple si le Parlement ne se réformait pas lui-même - pour apaiser la vie politique et ainsi pouvoir trouver des solutions aux maux de la société française qui vont au-delà du clivage gauche-droite qui a montré toutes ses limites.

Gouverner au centre est un énorme défi dans un pays habitué à la confrontation. Emmanuel Macron y parviendra-t-il ? Réussira-t-il à rassembler comme il s'est efforcé de le faire lors de ses deux premiers discours? Lui laissera-t-on seulement la chance d’essayer ?

Difficile à dire tant les réactions sont diverses au sein des différentes "familles" politiques quelques heures après l'élection d'Emmanuel Macron. On y verra plus clair ces prochains jours puisque le troisième tour de cette élection présidentielle se profile déjà à l'horizon avec l'ouverture de la campagne pour les législatives de juin. 

07/05/2017

"Le procès du siècle", "Les initiés" et 7 autres films toujours à l'affiche

FullSizeRender.jpgComment peut-on nier l’Holocauste ? Cette question est au centre de « Le procès du siècle », film qui se base sur une histoire vraie, ce qui lui donne une dimension encore plus incroyable. Confrontée à un historien qui lui intente en procès en diffamation parce qu’elle combat ses thèses négationnistes, Deborah Lipstadt, elle-même historienne de la Shoah, va se retrouver dans la situation hallucinante de devoir prouver l’existence des chambres à gaz.

Le thème du film est passionnant et soulève la question du «comment bien faire » pour à la fois faire triompher la vérité sans pour autant donner une tribune à un négationniste qui cherche par tous les moyens à propager ses idées nauséabondes. L’élaboration de la stratégie de la défense est sans aucun doute le point fort du film. On y ajoutera également la qualité de ses interprètes et quinze dernières minutes très réussies. Si on peut regretter un certain manque de rythme au début du film et une réalisation très classique, il n’en demeure pas moins que « Le procès du siècle », qui a eu lieu en 2000, est d’une brûlante actualité avec toutes ces vérités alternatives qui circulent sans cesse sur internet et qu’il ne manque pas de pertinence. (3 étoiles)

 

FullSizeRender1.jpg«Les initiés » se sont des jeunes gens d’Afrique du Sud d’une quinzaine d’années qui participent pendant plusieurs jours à un rite ancestral qui consiste, sous la supervision d’initiateurs qui sont passés par là avant eux, à se faire circoncire pour entrer dans le monde des hommes. C’est dans cette ambiance qui célèbre la virilité et le machisme qu’un des adolescents va comprendre que deux initiateurs vivent depuis de nombreuses années une histoire d’amour impossible en raison du contexte dans lequel elle se déroule.

« Les initiés » est un film où tout d’abord la tension ne se relâche jamais avec une montée dramatique d’une formidable puissance qui laisse sans voix au moment de l’apparition du générique de fin. Cette tension est renforcée par le fait que le réalisateur, John Trengove dont c’est le premier film, a privilégié la caméra à l’épaule, ce qui permet au spectateur d’éprouver encore mieux ce que vivent les protagonistes du film. Ensuite, « Les initiés » est d’une grande beauté formelle : les images et la photographie sont superbes, un régal pour l’œil. Enfin, c’est un film d’une formidable sensibilité et admirablement interprété, casting de professionnels et d’amateurs, que les cinéphiles devraient apprécier. (4 étoiles)

 

Toujours à l'affiche

5 étoiles. « Moonlight ». Chiron vit dans un quartier noir très défavorisé de Miami avec une mère toximane. Il se fait harceler par ses camarades parce que son physique, sa démarche ou encore sa manière de jouer au football ne correspondent pas aux « attentes ». Puis arrive l’adolescence, la confirmation d’une orientation sexuelle différente et une brève expérience avec Kevin, celui qui est son seul ami depuis l’enfance. Mais Kevin ne résistera pas à la pression du groupe et blessera, au propre et au figuré, Chiron que l’on retrouve une dizaine d’années plus tard, métamorphosé, en apparence tout du moins. Malgré son sujet dramatique et des scènes dures, « Moonlight » est un film lumineux grâce à sa photographie, sa distribution de très haut niveau et quelques scènes d’une beauté et/ou d’une intensité incroyable filmées avec une grande sensibilité. « Moonlight », Oscar 2017 du meilleur film, fait partie de ces rares films qui vous donne encore plus de plaisir après la projection : il grandit en vous jour après jour à l’image de son héros dont on suit avec émotion, effroi et empathie la quête d’identité.

5 étoiles. « Lion » raconte l’histoire vraie de Saroo, âgé de 5 ans dans les années 80, qui se retrouve seul dans un train qui le conduit à Calcutta, à des milliers de kilomètres de chez lui. Perdu dans cette mégapole, Saroo va survivre comme il peut dans un milieu hostile avant d’être recueilli dans un orphelinat et d’être adopté par un couple d’Australiens. 20 ans plus tard, Saroo pense toujours à sa famille qu’il veut tenter de retrouver à l’aide de ses rares souvenirs et de Google Earth. Le film, six nominations aux Oscars, comporte donc deux parties plus ou moins d’égale longueur. Dans la première, on fait la connaissance d’un enfant de 5 ans espiègle, débrouillard et issu d’un milieu très modeste. Sunny Pawar qui joue le rôle de Saroo enfant est absolument génial. La deuxième partie se concentre sur la quête de Saroo pour retrouver ses racines et les difficultés pour y arriver aussi bien sur un plan opérationnel qu’émotionnel. Si l’on peut reprocher quelques petites longueurs dans cette seconde partie, elles n’enlèvent toutefois en rien l’intense émotion qui est présente pratiquement à chaque seconde. A tel point qu’il est quasiment impossible de retenir ses larmes tant le film vous touche en plein cœur. A ne pas manquer.

5 étoiles. « Ma vie de Courgette ». Ce film d’animation, doublement récompensé aux César, est un vrai bijou. Techniquement bien sûr, mais aussi au niveau de son scénario intelligent, des dialogues percutants prononcés par des voix formidablement bien choisies et de la bande son tout aussi remarquable. Rien n’est laissé au hasard, le film est soigné dans ses moindres détails aussi bien du point de vue de la psychologie et de l’apparence des personnages que de leur environnement. C’est un plaisir visuel immense de faire une nouvelle découverte pratiquement à chaque plan. « Ma vie de Courgette » véhicule, avec finesse, tendresse et humour, beaucoup d’émotions, sans pathos. Tous les enfants qui fréquentent ce foyer, lieu d’apaisement qui protège des agressions du monde extérieur, et les adultes qui gravitent autour d’eux sont extrêmement attachants. « Ma vie de Courgette » est un film tout public. Mais le travail d’orfèvre qu’il a fallu accomplir pour le réaliser prend probablement encore une autre dimension avec des yeux d’adulte. Cour(g)ez-y !

4 étoiles. « M. et Mme Adelman » raconte l’histoire de Sarah et Victor, de leur rencontre en 1971 à la mort de ce dernier, première scène du film, durant les 45 ans où ils se sont côtoyés. On la découvre au travers d’une interview-vérité que donne Sarah à un journaliste après les funérailles de Victor, écrivain célèbre, qui n’était peut-être pas en fin de compte celui que le public imaginait. Amours, secrets, trahisons, ambitions et retournements de situation se bousculent dans ce film mené, la plupart du temps, tambours battants avec des moments jouissifs : les rencontres familiales, la chasse, le gigolo pour n’en citer que quelques uns sans dévoiler une partie de l’intrigue. Nicolas Bedos et Doria Tillier, co-auteurs du film, sont convaincants en Victor et Sarah et fort bien entourés. En résumé, une première partie à pleurer de rire, à condition toutefois d’apprécier l’humour noir et par moment très second degré, et une deuxième plus émouvante où les francs éclats de rire du début laissent petit à petit la place à un rire plus jaune, parfois à la limite, il est vrai. Une comédie romantique au vitriol que les amateurs du genre apprécieront.

4 étoiles. « Sage femme ». Claire (Catherine Frot), mère célibataire d’un fils étudiant en médecine, approche la cinquantaine. Elle est passionnée par son métier de sage-femme, mais mène une vie sans éclat jusqu’au jour où le passé frappe à sa porte sous la forme de Béatrice (Catherine Deneuve), une ancienne maîtresse de son père décédé qui s’est enfuie du jour au lendemain quand Claire était adolescente, lui faisant beaucoup de mal. Claire pourra-t-elle pardonner pour renouer les liens avec cette femme égoïste, fantasque et gravement malade ? Dans « Sage femme », il est question de transmission et d’opposition entre deux femmes que tout sépare, si ce n’est ce bout de passé en commun. Ce duo est magnifiquement interprété par Catherine Frot et Catherine Deneuve. Leur jeu est très complémentaire, un vrai plaisir. Quant au film en lui-même, on peut sans doute lui reprocher d’être un peu long et parfois répétitif, mais rien de bien grave en comparaison avec la délicatesse et la subtilité dont il fait preuve. Il est de plus fort bien écrit avec d’excellents dialogues et quelques scènes d’une intense émotion. Un film français de qualité.

4 étoiles. « Les figures de l’ombre ». Basé sur une histoire vraie, le film raconte l’histoire hors du commun de trois scientifiques afro-américaines qui ont grandement contribué au début des années 60 à la conquête de l’espace. Elles y sont parvenues grâce à leurs extraordinaires compétences, car le moins que l’on puisse écrire est que le contexte ne leur était guère favorable. Confrontée à la double discrimination d’être femme et noire dans un Etat, la Virginie, qui à cette époque avait des lois ségrégationnistes, elles ont réussi à se faire une place au sein de la NASA non seulement grâce à leur intelligence, mais également grâce à leur patience et leur détermination. Un film à la réalisation et mise en scène certes classiques, mais soignées, porté par une excellente distribution, avec du suspense, de l’émotion, une bande originale remarquable et un contexte qui fait réfléchir sur la différence, et pas seulement sur celle d’hier…Un bon moment de cinéma.

3 étoiles. « A United Kingdom ». Londres 1947. Sereste Khama, héritier du trône du Bechuanaland (Botswana actuel), un protectorat britannique, et Ruth Williams, tombent follement amoureux l'un de l'autre. Mais tout s'oppose à leur amour: leur couleur de peau, leur famille, les lois ségrégationnistes et un contexte géopolitique très défavorable. Mais malgré ces obstacles de taille, le couple n'a pas l'intention de reculer et va se battre contre vents et marées pour défier les diktats de l'apartheid. « A United Kingdom » peut être qualifié de « beau » film : mise en scène soignée, images superbes - le contraste entre la ville de Londres grise et le Bechuanaland à la terre ocre couleur de feu est saisissant - moments d'émotions, acteurs excellents, bref de la bel ouvrage. Un peu trop sans doute. Le film manque en effet de folie et par moment d'énergie. Mais pas de quoi toutefois passer son chemin, car l'histoire qu'il raconte est édifiante et pleine d'espoir pour notre monde qui a toujours et encore beaucoup de peine à accepter la différence.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire