24/11/2018

« Les Chatouilles » : bouleversant, mais jamais pesant (et 6 autres films à l’affiche)

IMG_4843.jpgJe n’avais pas vraiment envie d’aller voir un film qui parle de pédophilie, trop dur. Et puis, en m’informant, j’ai cru comprendre que « Les Chatouilles » était aussi un film sur la reconstruction de soi-même après avoir subi un tel traumatisme dans son enfance. Je me suis donc décidé à y aller et je ne l’ai pas regretté, que d’émotions !

Adapté de la pièce d’Andréa Bescond et d’Eric Métayer, qui sont passés pour la première fois à la réalisation, « Les Chatouilles » raconte l’histoire d’Odette basée sur la vie d’Andréa Bescond qui tient le rôle principal dans le film. Abusée dans son enfance par un ami très proche de ses parents, Odette décide une fois devenue adulte d’aller déposer ce fardeau qui l’empêche d’avancer dans la vie auprès d’une psychologue. En libérant la parole, elle va recoller les morceaux de son puzzle intérieur qui a explosé lors de son enfance en raison des agressions sexuelles qu’elle a connues.

Cette reconstruction de longue haleine prend différentes formes, à l’image des morceaux du puzzle, dans le film : des flashbacks, des souvenirs imaginaires, des entretiens avec la psychologue et la réalité de la vie d’adulte d’Odette. Le tout est incroyablement vivant. Le spectateur passe régulièrement des rires aux larmes, de la joie à la haine ou encore de la compréhension à l’incompréhension, à l’instar de l’état psychologique d’Odette. Les ruptures sont parfois surprenantes, mais l’ascenseur émotionnel n’en souffre jamais. Un véritable exploit pour un film qui part dans tous les sens, mais seulement en apparence, tant son propos est cohérent.

Pour qu’un film sur un sujet aussi délicat puisse emporter l’adhésion, il est indispensable d’avoir une distribution à la hauteur. Et tel est bien le cas. Andréa Bescond étale avec brio toute la palette de ses sentiments, Karin Viard est remarquable dans le rôle de cette mère qui ne comprend pas sa fille, Clovis Cornillac est touchant dans celui du père qui n’a rien vu venir et enfin Pierre Deladonchamps joue tout en finesse un pédophile à qui l’on donnerait le bon Dieu sans confession. Au final, un film bouleversant, mais jamais pesant, et porteur d’espoir. Magnifique. (5 étoiles)

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10/11/2018

« Mario » : footballeur et homo, un but impossible ?

IMG_4506.jpgQuand Marcel Gisler, le réalisateur suisse de « Mario », découvre qu’il n’existe pas de film sur une histoire d’amour dans le milieu du football professionnel, il trouve cela « intriguant, et surtout incompréhensible, que l’homosexualité dans le football soit encore une tabou aujourd’hui. Dans beaucoup d’autres milieux ce problème n’existe plus, du moins dans les pays démocratiques occidentaux. » Il décide alors de se servir de cet interdit pour raconter une histoire d’amour entre deux footballeurs.

Mario, footballeur prometteur qui a toutes les chances de devenir professionnel la saison suivante, et Léon, nouveau venu dans l’équipe et tout aussi talentueux, tombent amoureux l’un de l’autre. Conscients que leur idylle doit rester secrète s’ils ne veulent pas compromettre leur future carrière, Mario et Léon sont, malgré leurs précautions, rapidement les victimes de rumeur et d’allusions homophobes de la part de leurs coéquipiers. Confrontés à cette situation qui pourrait rapidement ruiner leurs espoirs de devenir des joueurs professionnels, les approches de Mario et Léon vont être très différentes et leur relation va sérieusement en souffrir.

« Mario » est un film avec bien des qualités, mais aussi quelques défauts. Concernant ces derniers, on relèvera une longueur excessive (plus de deux heures), et logiquement par moment un manque de rythme, et une intrigue trop convenue, trop linéaire. On aurait aussi souhaité un meilleur équilibre entre les deux héros du film, les états d’âme de Mario et son parcours prenant largement le pas sur ceux de Léon.

Ceci étant dit, il est à noter que toutes les scènes en lien direct avec le football (vestiaires, entraînements, matchs), tournées pour la plupart au Stade de Suisse à Berne qui accueille le champion de suisse Young Boys, sont très réussies. Elles rendent bien compte de l’ambiance « footballistique ». Il en est de même de celles qui se déroulent dans l’intimité de Mario et Léon grâce à deux très bons acteurs qui donnent toute sa crédibilité à cette histoire d’amour contrariée en raison de l’environnement dans lequel elle se déroule. Il y a également des seconds rôles intéressants, tout particulièrement ceux de la mère et de la meilleure amie de Mario. Au coup de sifflet final, un film pas totalement abouti, mais avec une belle sensibilité. (3 étoiles)

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05/11/2018

« Bohemian Rhapsody» : tout pour la musique

IMG_4652.jpgIl y a deux stars dans « Bohemian Rhapsody » : la musique de Queen omniprésente pour le plus grand bonheur des fans, mais aussi pour ceux qu’elle a accompagnés à un moment ou à un autre de leur vie, et le charismatique Freddie Mercury sans lequel, et malgré tout le talent des autres membres du groupe, Queen n’aurait jamais été un groupe adulé dans le monde entier.

Autant le dire tout de suite, « Bohemian Rhapsody » est un film très sage dans sa mise en scène, à l’exact opposé de celui sur lequel il se centre principalement. Il raconte en quelques épisodes et de manière très linéaire la vie du groupe et de son leader de ses débuts en 1970 jusqu’à sa performance lors du Live Aid de juillet 1985 à Wembley. L’accent est particulièrement mis sur Freddie Mercury, ses excès, ses errances, ses questionnements, notamment sur son orientation sexuelle, mais aussi ses traits de génie, sa générosité et sa recherche de l’amitié et de l’amour. Rami Malek est un Freddie Mercury plus vrai que nature et sa performance est bluffante.

Ce parti pris n’empêche toutefois pas le film de s’intéresser également aux relations au sein du groupe et c’est heureux, car les moments mettant en scène les quatre musiciens sont les plus réussis. On n’en dira pas autant de ceux qui se focalisent sur le chanteur qui frisent parfois le mélo et ont tendance à se répéter. L’ennui guette.

Mais grâce à la musique, qui occupe la place attendue dans le film, ces lourdeurs s’effacent rapidement pour laisser la place à des chansons connues par tout le monde, ou presque. Difficile de rester assis sur son siège. Il faut dire qu’avec les techniques d’aujourd’hui le son est fantastique dans une salle équipée de haut-parleurs jusqu’au plafond. A ce titre, les vingt dernières minutes mettent une pêche d’enfer.

En résumé, si « Bohemian Rhapsody » est plutôt décevant dans sa partie intimiste, son hommage à la musique de Queen est lui réussi. Largement suffisant pour passer un bon moment et donner envie de réécouter illico presto les classiques du groupe. (3 étoiles)

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31/10/2018

« Le Grand Bain» : on y plonge avec bonheur (et 9 autres films à l’affiche)

IMG_4631.jpgComédie dramatique. Voilà une excellente définition pour un film certes par moments (très) drôles, mais dont l’humour repose avant tout sur les blessures de ses héros.

Bertrand, Marcus, Simon, Laurent, Thierry, John, Basile et Avanish sont des quadragénaires et quinquagénaires mal dans leur peau. Ils ont perdu confiance en eux au fur et à mesure des aléas rencontrés dans leur vie. Ils partagent leur mal-être deux fois par semaine en s’adonnant sous les ordres de Delphine, ancienne gloire des bassins pas au mieux de sa forme elle non plus, à la natation synchronisée, sport féminin par excellence. Ils se moquent des railleries dont ils sont l’objet, car ensemble ils retrouvent le goût de l’effort et un but qui va les mener bien plus loin qu’ils avaient pu l’imaginer.

Gilles Lellouche, bien connu comme acteur et dont c’est le deuxième film, avait envie de parler de la lassitude qu’il sent chez les gens de sa génération. Il la met sur le compte de « cette course un peu individualiste où l’on se retrouve tous malgré nous coincés, où l’on oublie le collectif, l’entrain, le goût de l’effort. » C’est en regardant un documentaire sur une équipe de Suédois qui pratiquait la natation synchronisée masculine qu’il a eu le déclic pour mettre en scène cette histoire « d’hommes plus ou moins désenchantés qui courent après des rêves déchus. »

La grande force du film est de ne jamais être ridicule alors qu’il aurait été si facile de l’être avec un sujet pareil. L’évidence que le réalisateur aime ses personnages avec leurs défauts et leurs qualités saute aux yeux. Les acteurs le lui rendent d’ailleurs bien. Ils sont tous excellents et au service du collectif, même Benoît Poelvoorde, c’est tout dire. Les personnages sont tous plus attachants les uns que les autres et on a plaisir à les voir retrouver petit à petit leur estime d’eux-mêmes jusqu’à un final où l’émotion est à son maximum.

Tout n’est cependant pas parfait dans « Le Grand Bain ». Le début manque en effet un peu de rythme et quelques facilités scénaristiques tirent un peu trop sur la corde sensible. Mais pas de quoi gâcher l’impression générale sur la réussite d’un film très touchant dans lequel on plonge avec bonheur entre drame et comédie. (4 étoiles)

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26/10/2018

« First man» : un film (presque) parfait (et 8 autres films à l’affiche)

IMG_4534.jpgAdapté du livre de James R. Hansen intitulé « Le premier homme : à la découverte de Neil Amstrong », le film de Damien Chazelle - réalisateur du surestimé « La La Land », mais aussi de l’excellent « Whiplash » - met en scène celui qui fit « un petit pas pour l’homme, mais un grand pour l’humanité. »

« First Man » retrace donc l’histoire, qui rejoindra finalement l’Histoire avec un grand H, de celui qui restera à tout jamais le plus célèbre des astronautes. Le film prend le parti d’explorer la part de fragilité de celui qui sera le premier homme à marcher sur le satellite de la Terre le 21 juillet 1969. Une fragilité qui prend sa source dans une blessure qui ne se referme jamais quand on perd un enfant. Elle va pousser Neil Amstrong à se donner corps et âme dans cette quête lunaire pour fuir cette souffrance, ce qui ne sera pas sans conséquence pour sa femme et ses deux fils.  

Si « First Man » est ce qu’on appelle une « grosse production », il est également un film à maints égards intimistes et le mélange des deux fonctionne fort bien. Si tel est le cas, c’est grâce au fait que les scènes spectaculaires, au demeurant fort bien réparties dans le film avec notamment une séquence d’ouverture à couper le souffle, sont tournées en caméra portée et ne lâchent par conséquent pas d’une semelle les astronautes, comme si on y était, pour le meilleur, mais aussi parfois pour le pire.

Il ne faut en effet pas oublier que la conquête de la lune ne s’est pas faite sans dommages collatéraux avec plusieurs décès d’astronautes. Cet aspect sombre est bien présent dans le film et montre à quel point Neil Amstrong était déterminé à réussir, ce qui fait presque froid dans le dos. A ce titre, Ryan Gosling est excellent dans le rôle du héros impassible et torturé qui prend toute sa dimension dans la scène très émouvante avec ses deux fils juste avant son départ pour la lune.

On relèvera encore que « First Man », et c’est tout à son honneur, tire très peu sur la corde patriotique, ce qui est cohérent avec l’image du personnage principal, et qu’il va même jusqu’à montrer des manifestations contre cette conquête spatiale. « First Man » est-il dès lors un film parfait ? Presque, à vrai dire. On pourrait sans doute lui reprocher quelques petites longueurs dues à un schéma un peu trop répétitif, mais pas de quoi bouder son plaisir. (5 étoiles)

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