23/10/2018

« Sauvage» : besoin d’amour

IMG_4480.jpgLéo est un jeune prostitué qui « n'est attaché à rien de matériel. Il est ailleurs. Il s'agit d'un héros en décalage avec son environnement par sa candeur, qui ne porte pas de jugement sur ce qu'il fait et qui vit sa situation comme une normalité, sans remettre en cause ses conditions de vie » précise le réalisateur, Camille Vidal-Naquet.

Ce décalage est souligné lors de la très belle scène de la visite chez la doctoresse qui tente, sans succès, de ramener avec une grande humanité Léo dans le monde réel tout en lui donnant un peu d'amour, dont il a tant besoin. Cet amour, il aimerait le trouver auprès d'Ahd, également un prostitué, qui a une vision toutefois bien différente de son métier.

« Sauvage » est un film par moment éprouvant en raison de certaines scènes violentes non seulement sur un plan physique, mais également sur un plan psychique. On souffre littéralement avec son héros auquel on s'attache dès la première scène, très réussie, mais on partage également avec émotion les moments de sérénité, baignés le plus souvent par un soleil réparateur.

Félix Maritaud incarne avec une extraordinaire justesse son personnage et permet « de partager la fulgurance des instants qu'il traverse » comme le souhaitait le réalisateur dont c'est le premier film. Cette fulgurance est accentuée par le fait que « Sauvage » a été tourné en caméra portée, ce qui renforce le sentiment de proximité, y compris dans les scènes de mise à nu, au sens propre et figuré. Si l'on peut regretter un scénario un peu trop prévisible, on soulignera toutefois que l'ensemble est très cohérent jusqu'à sa magnifique scène finale. (4 étoiles)

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19/10/2018

« Rafiki » : un film militant

IMG_4493.jpgBien que sélectionné au Festival de Cannes 2018 dans le cadre de la section Un Certain Regard, une première pour un film kenyan, « Rafiki » a été dans un premier temps interdit de sortie au Kenya, avant que la justice ne lève cette interdiction pour…sept jours. Voilà qui en dit long, même s’il n’y a là rien de surprenant, sur l’homophobie très présente en Afrique.

Adapté de la nouvelle « Jambula Tree » qui se situe en Ouganda, l’action de « Rafiki » a été transposée à Nairobi. Pour la réalisatrice, qui appartient à un collectif d’artistes dont l’ambition est de créer des images fun, féroces et frivoles, il était important de montrer le modernisme et le dynamisme de la capitale du Kenya.

C’est dans ce contexte « branché », éloigné des stéréotypes occidentaux sur l’Afrique, que les chemins de deux lycéennes vont se croiser. Irrésistiblement attirées l’une vers l’autre, elles vont braver les interdits pour s’aimer. Mais dans une société largement homophobe, et une fois leur amour découvert, les deux jeunes femmes vont être contraintes de faire des choix.

Film résolument de son époque qui met l’accent sur les couleurs « flashy » et qui affiche ses ambitions dès le générique avec une présentation et une bande son très pop, « Rafiki » prend tout son temps, l’ennui guette, pour installer ses personnages et dépeindre un environnement globalement insouciant. C’est dans ce contexte que les deux étudiantes vont se séduire sans vraiment chercher à se cacher. Et on a de la peine à y croire quand on sait que vivre une relation homosexuelle au grand jour en Afrique relève de la mission impossible.

Quand les ennuis surviennent sous la forme d’un violent tabassage des deux jeunes femmes, « Rafiki » bascule d’un seul coup de la romance au drame, rattrapé par une réalité sociétale pratiquement absente du film jusque-là. C’était bien évidemment prévisible compte tenu du contexte africain, mais en décalage avec la première partie du film qui s’apparente à un roman à l’eau de rose, jusque dans les tresses et les ongles d’une des héroïnes. Au final, on saluera avant tout un film militant qui fera probablement avancer la cause des personnes LGBT en Afrique. (2 étoiles, sortie lundi aux Cinémas du Grütli) 

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18/10/2018

Festival Everybody's Perfect: « Les initiés »

Les initiés.jpgSéances de rattrapage en cette fin de semaine, pour celles et ceux qui ne l'auraient pas vu ou souhaiteraient le revoir, pour le très beau film « Les initiés » dans le cadre du Festival du film LGBTIQ Everybody's Perfect.

« Les initiés » se sont des jeunes gens d’Afrique du Sud d’une quinzaine d’années qui participent pendant plusieurs jours à un rite ancestral qui consiste, sous la supervision d’initiateurs qui sont passés par là avant eux, à se faire circoncire pour entrer dans le monde des hommes. C’est dans cette ambiance qui célèbre la virilité et le machisme qu’un des adolescents va comprendre que deux initiateurs vivent depuis de nombreuses années une histoire d’amour impossible en raison du contexte dans lequel elle se déroule.

« Les initiés » est un film où tout d’abord la tension ne se relâche jamais avec une montée dramatique d’une formidable puissance qui laisse sans voix au moment de l’apparition du générique de fin. Cette tension est renforcée par le fait que le réalisateur, John Trengove dont c’est le premier film, a privilégié la caméra à l’épaule, ce qui permet au spectateur d’éprouver encore mieux ce que vivent les protagonistes du film. Ensuite, « Les initiés » est d’une grande beauté formelle : les images et la photographie sont superbes, un régal pour l’œil. Enfin, c’est un film d’une formidable sensibilité et admirablement interprété, casting de professionnels et d’amateurs, que les cinéphiles devraient apprécier.

4 étoiles. « Les initiés ». Cinémas du Grütli, vendredi 19 octobre à 17h45 et dimanche 21 octobre à 21h30.

5 étoiles : à voir absolument, 4 étoiles : chaudement recommandé, 3 étoiles : ça vaut la peine, 2 étoiles : pas indispensable, 1 étoile : il y a mieux à faire 

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16/10/2018

« Girl » : un beau film (et 6 autres films à l'affiche)

IMG_4460.jpgCaméra d’Or à Cannes, prix qui récompense le meilleur premier film, « Girl » raconte l’histoire de Lara, 15 ans, qui rêve de devenir danseuse étoile. Mais il y a un obstacle de taille pour qu’elle y parvienne : elle est née dans un corps de garçon. Soutenue par sa famille et le corps médical, Lara aimerait que sa transition se fasse au plus vite, ce qui n’est pas possible. Prisonnière de ce corps qui ne lui ressemble pas, elle est prête à souffrir pour qu’il colle, au sens propre et figuré, à son identité de fille.

C’est à la lecture d’un article relatant le parcours d’une jeune fille née dans un corps de garçon, mais convaincue d’être une fille que le réalisateur belge Lukas Dhont a eu envie d’écrire sur un personnage comme elle : quelqu’un de courageux, qui très jeune remettait en cause le lien qu’établit la société entre sexe et genre.

Et il en faut en effet du courage pour affronter non seulement les autres, mais surtout soi-même en luttant avec ce corps dans lequel on ne se reconnait pas. C’est principalement sur cet aspect très personnel que se concentre le film, l’entourage de Lara, à part quelques copines, étant bienveillant et soutenant à son égard. A ce titre, la relation qu’entretiennent Lara et son père (Arieh Worthalter, formidable) est très touchante. Les scènes où ils sont présents tous les deux sont des grands moments d’émotion.

De l’émotion, il y en a d’ailleurs tout au long du film grâce au formidable talent de Victor Polster, prix d’interprétation à Cannes dans la catégorie Un Certain Regard. Il exprime avec une justesse incroyable les tourments de Lara. Ils sont magnifiés par une caméra virtuose qui filme Lara au plus près, notamment dans les scènes de danse parfaitement maîtrisées, mais toutefois un peu trop répétitives, comme c’est le cas d’ailleurs pour d’autres scènes. Un petit défaut qui ne doit toutefois pas faire oublier que « Girl » est ce que l’on peut appeler « un beau film ». 4 étoiles.

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12/10/2018

« Voyez comme on danse » : les pieds dans le tapis (et 9 films à l’affiche)

IMG_4381.jpg« Qui trop embrasse, mal étreint. » Voilà un titre tout trouvé pour cette suite lointaine du sympathique film de Michel Blanc de 2002 « Embrassez qui vous voudrez ». Autant le dire tout de suite, ce second opus est un ratage complet.

Dans le genre caricatural, difficile de faire mieux ou pire, c’est selon. A tel point d’ailleurs que des acteurs, plutôt bons d’habitude, donnent dans la caricature d’eux-mêmes. C’est ainsi que, pour ne citer que les personnages principaux, Karine Viard est cantonnée dans son rôle habituel de gaffeuse, Jean-Paul Rouve dans celui de l’idiot de service, Michel Blanc dans celui de la gentille victime et Charlotte Rampling dans celui de la bourgeoise glaciale.

Et pour donner un côté branché au film, il est question, notamment, de grossesse à 17 ans, de prostitution masculine, de couguar, d’évasion fiscale, de transidentité et bien évidemment de tromperie, le tout emballé dans des relations entre les différents personnages dont on se moque totalement tant elles sont artificielles.

Alors, certes, quelques situations et des répliques assassines font sourire de temps à autre. De loin toutefois pas suffisant pour adoucir une déception qui est à la hauteur des fortes attentes que la bande-annonce avait suscitées. « Voyez comme on danse » s’est pris les pieds dans le tapis. (1 étoile)

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