Cinéma - Page 5

  • « J'accuse » : un peu trop sage (et 7 films à l’affiche)

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    IMG_9257.jpgPendant les 12 années qu’elle dura, à cheval entre le 19ème et le 20ème siècle, l’Affaire Dreyfus déchira la France et au-delà. Cet immense scandale qui mêle erreur judiciaire, déni de justice et antisémitisme contient tous les éléments pour faire un film passionnant. Roman Polanski n’y parvient qu’en partie.

    Le parti pris narratif du réalisateur a été de donner le rôle principal au colonel Picquart qui est un antisémite par tradition plutôt que par conviction, comme on pouvait facilement l’être à cette époque. Pourtant, c’est lui qui, au gré des circonstances, va sauver le capitaine Dreyfus en se muant tout d’abord en détective, puis en dénonciateur en mettant en danger sa carrière et sa réputation au nom de la justice.

    Le film démarre très fort avec la scène magistrale de la dégradation du capitaine Dreyfus qui fait froid dans le dos. Mais après cette entrée en matière époustouflante, « J’accuse » ne trouve pas son rythme en raison d’un traitement trop scolaire, trop sage. Et l’ennui n’est pas loin. Mais, dans sa seconde partie, au moment où le colonel Picquart découvre que le capitaine Dreyfus a été condamné à tort pour trahison, le film s’accélère et devient bien plus passionnant. Les rebondissements sont nombreux et le sort du colonel Picquart et du capitaine Dreyfus, victimes d’une armée qui est prête à tout pour ne pas se remettre en question, tiennent en haleine jusqu’à la fin.

    Très bien joué, Jean Dujardin est notamment excellent dans le rôle du colonel Picquart, soigneusement reconstitué, les décors et les costumes sont superbes, parfaitement mis en scène et en lumière, « J’accuse » est incontestablement un bon film. Il lui manque toutefois un peu de folie et de l’émotion pour en faire un tout grand film. (3 étoiles)

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  • « Les Misérables » : une mise en scène brillante (et 5 films à l’affiche)

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    IMG_9217.jpgAvec « Les Misérables », le réalisateur Ladj Ly adapte dans une version longue son propre court métrage, tourné en 2017 et nommé au César 2018, avec la même distribution. Pour son premier long métrage, le réalisateur de 39 ans s’inspire de sa vie et de celle de ses proches : « Tout ce qui est dedans est basé sur des choses vécues. J’ai voulu montrer toute la diversité incroyable qui fait la vie des quartiers. »

    Et il ajoute qu’il a essayé de filmer les personnages de la manière la plus neutre possible « parce qu’on navigue dans un monde tellement complexe que c’est difficile de porter des jugements brefs et définitifs. Les quartiers sont des poudrières, il y a des clans, et malgré tout, on essaye de tous vivre ensemble et on fait en sorte que ça ne parte pas en vrille. »

    Ce monde complexe, Stéphane va le découvrir dès son premier jour de service au sein de la brigade Anti-Criminalité de Montfermeil dans la banlieue parisienne. Tout en faisant la connaissance de ses nouveaux co-équipiers, dont les manières d’agir ne manquent pas de le surprendre, Stéphane se rend très rapidement compte des tensions qui règnent au sein du quartier qui est une vraie poudrière. Et il va pourvoir le vérifier lorsque l’interpellation d’un adolescent tourne mal…

    Malgré une mise en scène brillante du début à la fin, « Les Misérables » est lent au démarrage, on est à la limite de l’ennui. C’était la volonté du réalisateur qui souhaitait que les 40 premières minutes du film constituent une immersion tranquille dans le quartier tout en évitant les clichés (drogue, armes, musique rap). Il ne les évite pas en revanche dans le langage qui se résume, je caricature à peine, à des « pédés » et à « des enculés » par dizaines.

    Cette entrée en matière un peu pénible est renforcée par le fait qu’il est difficile d’avoir de l’empathie pour l’un ou l’autre des personnages. L’objectif du réalisateur de renvoyer dos à dos la police et les habitants du quartier est donc atteint, mais avec comme conséquence un manque évident d’émotions.

    Mais heureusement, le film prend une toute autre dimension au moment où le drame se joue. La tension et le suspense deviennent alors par moment insoutenables grâce à une mise en scène qui de brillante devient carrément grandiose. A ce titre, les amateurs d’un cinéma virtuose apprécieront à leur juste valeur les géniales trente dernières minutes qui méritent à elles toutes seules d’aller voir le film, malgré qu’il ne convainque pas totalement sur le fond. (3 étoiles)

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  • « Le Mans 66 » : une réalisation de haut vol (et 6 films à l’affiche)

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    IMG_9180.jpgLe cœur du film, c’est l’affrontement, qui a vraiment existé, entre le constructeur américain Ford et l’italien Ferrari lors de la course des 24 heures du Mans de 1966. Mais avant de parvenir à ce combat épique, filmé de manière grandiose pendant quarante minutes, le réalisateur James Mangold s’intéresse à l’histoire d’amitié tumultueuse entre les deux personnages principaux du film : le pilote Ken Miles et l’ex-pilote reconverti en patron d’écurie Caroll Shelby.

    « Le Mans 66 » est donc autant une aventure humaine qu’un film sur la course automobile. Ceci dit, celles et ceux qui ne s’intéressent pas à l’épopée automobile n’y trouveront probablement pas leur compte.

    Pour les autres, en revanche, et si on fait abstraction d’un début qui manque de rythme, ils apprécieront l’excellent jeu de Christian Bale, dans le rôle de Ken Miles, une fin qui ne répond pas aux standards de Hollywood, la reconstitution impeccable des années 60, le suspense et une réalisation « à l’ancienne » de haut vol. James Mangold s’explique à ce propos : « Aujourd’hui, l’action au cinéma se veut généralement spectaculaire et renforcée par des effets numériques. J’ai voulu au contraire quelque chose de profondément analogique, de réel et de brut. Je désirais montrer ce qu’il y a de séduisant dans ces bolides, la mécanique, les moteurs, le danger. Et je voulais que les spectateurs puissent le ressentir aussi. » Objectif atteint. (4 étoiles)

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  • « Madame » : captivant et émouvant

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    E63C16AE-45F8-43E1-853B-DA222F402A6E.jpegMadame, c’est Caroline, la grand-mère du réalisateur Stéphane Riethauser. Ils engagent un dialogue cinématographique intergénérationnel très intime sur les thèmes du genre, de la sexualité et de la transmission de l’identité. Grâce à des images d’archives familiales de qualité tournées par Stéphane Riethauser lui-même, qui voulait à la base « simplement » garder des souvenirs de sa grand-mère avant son décès, et par son père qui aurait voulu être cinéaste, « Madame » est bien plus qu’un documentaire. C’est une véritable œuvre cinématographique.

    Comment autrement expliquer le fait que le spectateur soit captivé dès la première minute et jusqu’à la dernière par cette histoire d’une grand-mère qui s’est battue toute sa vie durant contre le patriarcat et de son petit-fils qui s’est également battu pour s’accepter en tant qu’homosexuel dans un milieu tout aussi hostile que celui dans lequel sa grand-mère évoluait ?

    Ces deux récits de vie aux croisements multiples sont remarquablement mis en scène grâce à un montage qui mérite toutes les louanges : il permet de tenir en haleine le public alors que les films et les photos de famille des autres lassent en principe très vite leur auditoire, comme le relevait Stéphane Riethauser à l’avant-première du film. Et s’il n’en est rien, c’est parce que le film parle à chacune et chacun d’entre nous d’une façon ou d’une autre et qu’il arrive à produire ce qui est la marque d’un grand film : de l’émotion. A ne pas manquer. (5 étoiles)

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  • « La Belle Epoque » : tendre, drôle et romanesque (et 8 films à l’affiche)

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    IMG_9162.jpgAntoine est un entrepreneur d’un genre particulier : il offre la possibilité à chacun de ses clients de se replonger dans le passé. Pour y parvenir, il reconstitue avec son équipe (habilleurs, décorateurs, machinistes, assistants, comédiens) des décors de cinéma dans lesquels ses clients vont pouvoir se projeter dans une époque qu’ils auraient voulu vivre ou revivre. C’est ce qui va arriver à Victor. Sexagénaire désabusé, au chômage et aux relations conflictuelles avec son épouse, il va être projeté dans les années 70 où il va revivre la première rencontre avec celle qui deviendra sa femme jouée par une comédienne qui ne va pas le laisser indifférent.

    « La Belle Epoque » mélange avec bonheur réalité et fiction. C’est le plus souvent ludique et par moment carrément jouissif. On a en effet beaucoup de plaisir à suivre Victor dans son retour vers le passé et de partager avec lui des moments à la fois empreints d’une grande nostalgie, mais également source d’un nouveau départ. Si le film fonctionne très bien, malgré quelques scènes un peu répétitives, il le doit à son originalité, à son inventivité, à une réalisation fluide qui ne perd jamais le spectateur en route, à d’excellents dialogues et à la très grande qualité de ses interprètes.

    C’est ainsi que Daniel Auteuil est formidable. Pour Nicolas Bedos, choisir Daniel Auteuil était une évidence : « je cherchais un homme dont l’âge « mûr » ne rendrait pas pour autant pathétique ou grotesque ce retour à sa jeunesse, aux costumes cintrés des années 70 ! Un homme sans âge qui nous ferait croire à son histoire d’amour avec une très jeune femme, sans que cela paraisse libidineux, prosaïque. » Le reste de la distribution est à la hauteur, à commencer par Fanny Ardent qui a toujours la grande classe et Pierre Arditi qui est génialement facétieux. Un film tendre, drôle et romanesque. (4 étoiles)

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