27/09/2018

« En eaux troubles »: divertissant dans sa nullité

IMG_4196.jpg« Nanar est, dans le langage familier, un film tellement mal réalisé et ridicule qu’il en devient amusant et comique. Le nanar diffère du navet par son aptitude à divertir. » Ne soyons pas trop injuste, « En eaux troubles » n’est pas si mal réalisé que cela et les effets spéciaux corrects, mais c’est le moins que l’on puisse attendre d’une super production qui a coûté 150 millions de dollars !

« En eaux troubles » se résume en quelques mots : un Megalodon, un requin préhistorique de 23 mètres, qui ne demandait rien à personne jusqu’à ce qu’une mission sous-marine exploratoire vienne le chatouiller, refait surface, c’est le cas de le dire, et sème la terreur dans les eaux du Pacifique.

A partir de ce synopsis on ne peut plus simple, « En eaux troubles » aligne un à un tous les clichés possibles et imaginables inhérents à ce genre de film catastrophe : personnage principal mis au ban de la société et devenu alcoolique transformé en moins de deux secondes en héros, sacrifice des uns pour sauver les autres, idylle amoureuse entre le héros et la belle, méchant milliardaire qui va finir par le payer, le Noir qui ne sait pas nager, un enfant et un chien pour lesquels on est censé trembler à l’approche du grand méchant requin, adieu déchirant d’un père à sa fille juste avant de mourir et j’en passe et des pires.

Le tout est « agrémenté » de dialogues d’une telle pauvreté que ça en est franchement risible. En plus, le Megalodon, pourtant en 3D, ne fait même pas peur. Bref ! Une vraie…catastrophe. A tel point que ça en devient mégaridiculement drôle et que la salle applaudit de bon cœur aux exploits invraisemblables du héros. En résumé, un film divertissant dans sa nullité. (1 étoile)

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17/09/2018

« Première année »: profondément humain

IMG_4161.jpgAprès « Hippocrate » et « Médecin de campagne », Thomas Lilti, ancien médecin, persiste et signe avec un troisième film qui a également comme contexte le milieu médical. Mais à la différence des deux premiers, pas de patients et de docteurs dans « Première année », mais des étudiants qui entament leur cursus pour devenir médecin dans un environnement compétitif et sans pitié.

Antoine recommence sa première année de médecine pour la troisième fois. Il est persuadé que c’est sa vocation et s’accroche tant et plus. Benjamin est fils de chirurgien. Il n’est pas particulièrement motivé, mais cherche la reconnaissance de son père. Il réalise très rapidement que sa facilité pour les études ne sera pas suffisante et qu’il va devoir bosser dur. Complémentaires, Antoine et Benjamin vont unir leur destin, pour le meilleur et pour le pire, pour tenter de passer cette première année.

Si « Première année » débute de manière classique pour un film de ce genre, Benjamin découvre l’univers de la fac de médecine avec les conseils d’Antoine qui le connaît déjà fort bien, les rôles s’inversent très vite entre les deux étudiants. Pour Thomas Lilti, « c’est le cœur du film. Montrer l’inégalité au cœur du système éducatif. Benjamin a les codes. Même s’il est nouveau, très vite il se fond dans le moule, se laisse absorber par le système et comprend des choses qu’en deux ans Antoine n’a toujours pas intégrées. Ce n’est pas que Benjamin soit plus intelligent, non. Il a juste compris le système. »

Cette inégalité, dont ils ne sont pas responsables, va mettre à dure épreuve la relation entre les deux étudiants, mais aussi donner toute sa force à leur amitié remarquablement mise en scène par Thomas Lilti qui sait décidément créer de l’émotion à l’écran. Il est bien évidemment aidé par le remarquable duo que forment Vincent Lacoste, dont le talent est déjà bien connu, et William Lebghil, véritable révélation du film. L’humanité de son personnage transpire à chaque seconde grâce à son interprétation toute en finesse.

« Première année » est un film, à quelques exceptions près, rythmé, drôle, tendre, émouvant et avec du suspense. On pourrait lui reprocher une fin un peu téléphonée, mais on le pardonnera aisément au réalisateur, car elle est à l’image du film : profondément humaine. (4 étoiles)

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12/09/2018

« Photo de famille »: frustrant

IMG_4127.jpgComédie tragi-comique, « Photo de famille » raconte entre deux enterrements comment une famille éclatée va essayer de recoller les morceaux malgré les fissures, voire les fossés, qui existent entre ses membres.

Gabrielle (Vanessa Paradis, touchante), Elsa (Camille Cottin qui en fait parfois un peu trop) et Mao (Pierre Deladonchamps, toujours aussi craquant) sont frères et sœurs, mais ne se fréquentent guère en raison d’un passé que l’on découvre petit à petit compliqué. La première est « statue » pour touristes, à la plus grande gêne de son fils ado, la seconde s’énerve fréquemment et désespère de tomber enceinte et enfin le dernier est un créateur de jeux vidéo doué, mais dépressif chronique. On y ajoute un père pas très fin dans l’expression de ses sentiments (Jean-Pierre Bacri qui fait du…Bacri), une mère psy envahissante et gaffeuse (Chantal Lauby, convaincante), une grand-mère qui perd la tête et le tableau, un peu trop caricatural, de la situation familiale est dressé.

« A partir d’un élément déclencheur – la grand-mère qui veut aller mourir dans son village – chaque personnage va enclencher chez lui et chez les autres un processus qui va leur permettre à tous de se réparer » déclare Cecilia Rouaud, réalisatrice et scénariste du film. Et l’on peut deviner sans trop de peine que cela ne se fera pas sans des rires et des larmes et des hauts et des bas qui se ressentent dans le film qui manque par moment cruellement de rythme. C’est en grande partie dû à un nombre invraisemblable de saynètes qui casse trop souvent un élan qu’on aimerait poursuivre, car il y a des magnifiques scènes, drôles, tendres ou encore émouvantes, dans « Photo de famille ».

Un sentiment d’inabouti donc, voire de frustration, car à force de ne pas choisir entre comédie et drame, le film perd le spectateur en route. Dommage. Avec une distribution aussi talentueuse, il y avait mieux à faire. (2 étoiles)

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04/09/2018

« Les Vieux fourneaux »: plus tendre que drôle (et 11 films toujours à l’affiche)

41AD766D-96BA-4D49-90E6-0D67B5213134.jpegAdapté de la bande-dessinée française du même nom, le film met en scène trois septuagénaires, Pierrot, Mimile et Antoine, des amis d’enfance, qui vont se retrouver dans leur village natal suite au décès de l’épouse d’Antoine. Cet événement, sous l’œil interrogateur de la petite-fille d’Antoine, va faire petit à petit remonter à la surface des secrets que les trois vieux pensaient enfouis à tout jamais.

Ce synopsis qui peut paraître de prime abord dramatique ne l’est pas, puisque « Les Vieux fourneaux » est avant tout une comédie, même si on y sourit plus qu’on y rit, à l’exception du début où les frasques de Pierrot sont plutôt drôles, quoiqu’un peu trop répétitives. Pierrot, c’est Pierre Richard, en pleine forme à 84 ans, bien plus convaincant que ses comparses Roland Giraud et surtout Eddy Mitchell qui semble peu concerné par son rôle. Après un départ sur les chapeaux de roue, le film perd ensuite le rythme en raison d’une intrigue qui prend trop de temps pour se mettre en place et l’ennui n’est pas loin.

Heureusement, la seconde partie, qui se transforme en une sorte de road movie, est plus réussie. La tendresse laisse avantageusement la place à la pure comédie grâce, notamment, à la touchante performance d’Henri Guybet. La dernière partie du film privilégie carrément l’émotion avec une scène très réussie sous la forme d’un dessin animé qui dénoue l’intrigue. (2 étoiles)

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31/08/2018

« Bonhomme »: un optimisme à toute épreuve

IMG_4017.jpgQu’advient-il si les qualités de la personne qu’on aime se trouvent altérées ou retirées ? C’est à cette question que Marion Vernoux, la réalisatrice, tente de donner une réponse dans « Bonhomme » après avoir construit le personnage principal en s’inspirant d’hommes et de femmes traumatisés crâniens et cérébro-lésés.

La vie de Piotr et Marylin, jeune couple qui vit dans la banlieue lilloise, va être bouleversée suite à un accident de voiture qui occasionne un grave traumatisme crânien à Piotr. S’il n’a aucune séquelle physique, il n’a par contre plus toute sa tête et fait de plus preuve d’une hypersexualité difficilement gérable et fort embarrassante suivant les moments où elle s’exprime. L’amour que Marylin porte à Piotr sera-t-il suffisant pour que le couple surmonte les nombreux obstacles qui se dressent, c’est le cas de le dire, devant lui ?

Tour à tour drôle, tendre, touchant, questionnant, embarrassant voire dérangeant (les scènes de sexe sont sans filtre) et émouvant, « Bonhomme » ne laisse pas indifférent. Le film est porté par un duo d’acteurs remarquable : Nicolas Duvauchelle (César en vue ?) et Ana Girardot qui rendent cette relation pourtant improbable tout à fait crédible.

Certes, tout n’est pas parfait dans « Bonhomme », à commencer par un scénario qui fait trop souvent appel aux mêmes ressorts. L’hypersexualité de Piotr finit par lasser, même si paradoxalement elle a des conséquences auxquelles on ne s’attend pas forcément, et les problèmes de Marylin avec son employeur sont répétitifs. Mais ces défauts n’empêchent pas le film de dégager une incroyable vitalité et un optimisme à toute épreuve qui font le plus grand bien. (3 étoiles)

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