17/09/2018

« Première année »: profondément humain

IMG_4161.jpgAprès « Hippocrate » et « Médecin de campagne », Thomas Lilti, ancien médecin, persiste et signe avec un troisième film qui a également comme contexte le milieu médical. Mais à la différence des deux premiers, pas de patients et de docteurs dans « Première année », mais des étudiants qui entament leur cursus pour devenir médecin dans un environnement compétitif et sans pitié.

Antoine recommence sa première année de médecine pour la troisième fois. Il est persuadé que c’est sa vocation et s’accroche tant et plus. Benjamin est fils de chirurgien. Il n’est pas particulièrement motivé, mais cherche la reconnaissance de son père. Il réalise très rapidement que sa facilité pour les études ne sera pas suffisante et qu’il va devoir bosser dur. Complémentaires, Antoine et Benjamin vont unir leur destin, pour le meilleur et pour le pire, pour tenter de passer cette première année.

Si « Première année » débute de manière classique pour un film de ce genre, Benjamin découvre l’univers de la fac de médecine avec les conseils d’Antoine qui le connaît déjà fort bien, les rôles s’inversent très vite entre les deux étudiants. Pour Thomas Lilti, « c’est le cœur du film. Montrer l’inégalité au cœur du système éducatif. Benjamin a les codes. Même s’il est nouveau, très vite il se fond dans le moule, se laisse absorber par le système et comprend des choses qu’en deux ans Antoine n’a toujours pas intégrées. Ce n’est pas que Benjamin soit plus intelligent, non. Il a juste compris le système. »

Cette inégalité, dont ils ne sont pas responsables, va mettre à dure épreuve la relation entre les deux étudiants, mais aussi donner toute sa force à leur amitié remarquablement mise en scène par Thomas Lilti qui sait décidément créer de l’émotion à l’écran. Il est bien évidemment aidé par le remarquable duo que forment Vincent Lacoste, dont le talent est déjà bien connu, et William Lebghil, véritable révélation du film. L’humanité de son personnage transpire à chaque seconde grâce à son interprétation toute en finesse.

« Première année » est un film, à quelques exceptions près, rythmé, drôle, tendre, émouvant et avec du suspense. On pourrait lui reprocher une fin un peu téléphonée, mais on le pardonnera aisément au réalisateur, car elle est à l’image du film : profondément humaine. (4 étoiles)

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12/09/2018

« Photo de famille »: frustrant

IMG_4127.jpgComédie tragi-comique, « Photo de famille » raconte entre deux enterrements comment une famille éclatée va essayer de recoller les morceaux malgré les fissures, voire les fossés, qui existent entre ses membres.

Gabrielle (Vanessa Paradis, touchante), Elsa (Camille Cottin qui en fait parfois un peu trop) et Mao (Pierre Deladonchamps, toujours aussi craquant) sont frères et sœurs, mais ne se fréquentent guère en raison d’un passé que l’on découvre petit à petit compliqué. La première est « statue » pour touristes, à la plus grande gêne de son fils ado, la seconde s’énerve fréquemment et désespère de tomber enceinte et enfin le dernier est un créateur de jeux vidéo doué, mais dépressif chronique. On y ajoute un père pas très fin dans l’expression de ses sentiments (Jean-Pierre Bacri qui fait du…Bacri), une mère psy envahissante et gaffeuse (Chantal Lauby, convaincante), une grand-mère qui perd la tête et le tableau, un peu trop caricatural, de la situation familiale est dressé.

« A partir d’un élément déclencheur – la grand-mère qui veut aller mourir dans son village – chaque personnage va enclencher chez lui et chez les autres un processus qui va leur permettre à tous de se réparer » déclare Cecilia Rouaud, réalisatrice et scénariste du film. Et l’on peut deviner sans trop de peine que cela ne se fera pas sans des rires et des larmes et des hauts et des bas qui se ressentent dans le film qui manque par moment cruellement de rythme. C’est en grande partie dû à un nombre invraisemblable de saynètes qui casse trop souvent un élan qu’on aimerait poursuivre, car il y a des magnifiques scènes, drôles, tendres ou encore émouvantes, dans « Photo de famille ».

Un sentiment d’inabouti donc, voire de frustration, car à force de ne pas choisir entre comédie et drame, le film perd le spectateur en route. Dommage. Avec une distribution aussi talentueuse, il y avait mieux à faire. (2 étoiles)

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04/09/2018

« Les Vieux fourneaux »: plus tendre que drôle (et 11 films toujours à l’affiche)

41AD766D-96BA-4D49-90E6-0D67B5213134.jpegAdapté de la bande-dessinée française du même nom, le film met en scène trois septuagénaires, Pierrot, Mimile et Antoine, des amis d’enfance, qui vont se retrouver dans leur village natal suite au décès de l’épouse d’Antoine. Cet événement, sous l’œil interrogateur de la petite-fille d’Antoine, va faire petit à petit remonter à la surface des secrets que les trois vieux pensaient enfouis à tout jamais.

Ce synopsis qui peut paraître de prime abord dramatique ne l’est pas, puisque « Les Vieux fourneaux » est avant tout une comédie, même si on y sourit plus qu’on y rit, à l’exception du début où les frasques de Pierrot sont plutôt drôles, quoiqu’un peu trop répétitives. Pierrot, c’est Pierre Richard, en pleine forme à 84 ans, bien plus convaincant que ses comparses Roland Giraud et surtout Eddy Mitchell qui semble peu concerné par son rôle. Après un départ sur les chapeaux de roue, le film perd ensuite le rythme en raison d’une intrigue qui prend trop de temps pour se mettre en place et l’ennui n’est pas loin.

Heureusement, la seconde partie, qui se transforme en une sorte de road movie, est plus réussie. La tendresse laisse avantageusement la place à la pure comédie grâce, notamment, à la touchante performance d’Henri Guybet. La dernière partie du film privilégie carrément l’émotion avec une scène très réussie sous la forme d’un dessin animé qui dénoue l’intrigue. (2 étoiles)

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18:02 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

31/08/2018

« Bonhomme »: un optimisme à toute épreuve

IMG_4017.jpgQu’advient-il si les qualités de la personne qu’on aime se trouvent altérées ou retirées ? C’est à cette question que Marion Vernoux, la réalisatrice, tente de donner une réponse dans « Bonhomme » après avoir construit le personnage principal en s’inspirant d’hommes et de femmes traumatisés crâniens et cérébro-lésés.

La vie de Piotr et Marylin, jeune couple qui vit dans la banlieue lilloise, va être bouleversée suite à un accident de voiture qui occasionne un grave traumatisme crânien à Piotr. S’il n’a aucune séquelle physique, il n’a par contre plus toute sa tête et fait de plus preuve d’une hypersexualité difficilement gérable et fort embarrassante suivant les moments où elle s’exprime. L’amour que Marylin porte à Piotr sera-t-il suffisant pour que le couple surmonte les nombreux obstacles qui se dressent, c’est le cas de le dire, devant lui ?

Tour à tour drôle, tendre, touchant, questionnant, embarrassant voire dérangeant (les scènes de sexe sont sans filtre) et émouvant, « Bonhomme » ne laisse pas indifférent. Le film est porté par un duo d’acteurs remarquable : Nicolas Duvauchelle (César en vue ?) et Ana Girardot qui rendent cette relation pourtant improbable tout à fait crédible.

Certes, tout n’est pas parfait dans « Bonhomme », à commencer par un scénario qui fait trop souvent appel aux mêmes ressorts. L’hypersexualité de Piotr finit par lasser, même si paradoxalement elle a des conséquences auxquelles on ne s’attend pas forcément, et les problèmes de Marylin avec son employeur sont répétitifs. Mais ces défauts n’empêchent pas le film de dégager une incroyable vitalité et un optimisme à toute épreuve qui font le plus grand bien. (3 étoiles)

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15:00 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

29/08/2018

« BlacKkKlansman »: un film militant

IMG_3979.jpgGrand Prix du Festival de Cannes 2018, « BlacKkKlansman » est une adaptation de l’autobiographie de Ron Stallworth, policier afro-américain qui au début des années 70 a infiltré le Ku Klux Klan avec l’un de ses collègues. Comment un policier noir a-t-il pu réaliser une prouesse pareille ?

C’est ce que le film nous apprend dans une première partie qui s’apparente à une comédie, avec de l’ironie et des charges à peine voilées contre Trump. Elles ne cesseront de s’accentuer, avec des « America First » qui ne laissent aucun doute, au fur et à mesure que le suspense augmente et que film devient plus dramatique, en gardant toutefois une certaine légèreté. Légèreté qui disparaît totalement au cours des cinq dernières minutes qui rappellent les événements de Charlottesville en 2017 et ses manifestations d’extrême droite. « BlacKkKlansman » est donc un film militant qui n’évite pas toujours la caricature.

En effet, les membres du Ku Klux Klan en prennent la plupart pour leur grade, mais comment pourrait-il en être autrement quand on est prêt à tuer des gens uniquement en raison de la couleur de leur peau ? La très belle scène en montage alterné, où l’on voit d’un côté les membres du KKK s’enthousiasmer à la vision d’un film muet de 1916 d’un racisme à faire froid dans le dos et de l’autre des étudiants noirs écoutés religieusement un témoin (Harry Belafonte, 91 ans, émouvant) qui raconte les conséquences que ce film a eues sur la condamnation d’un jeune noir en 1917, est à cet égard très explicite.

Au final, un film qui n’a pas peur des ruptures de ton, ce qui fait sa force, et qui tient en haleine du début à la fin dans une atmosphère seventies très réussie et avec d’excellents acteurs. (4 étoiles)

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